‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 183 sur 202 · LES IMAGES S6S · texte numérisé non relu

LES IMAGES S6S

plusieurs rangs de clous parfaitement dorés l'aient éblouie {I, 291, De la. Ville) ; après toutes ses rêveries et toutes ses mesures, on est échec, quelquefois mat ; souvent, avec des pions qu'on ménage bien, on va îi dame, et l'on gagne la partie : le plus habile l'emporte, ouïe plus heureux (I, 325, Delà Cour); ils crient, ils s'agitent; semblables à ces figures de carton qui servent de montre à une fête publique, ils jettent feu et flamme, tonnent et foudroient : on n'en approche pas, jusqu'à ce que venant k s'éteindre, ils tombent, et par leur chute deviennent traitables, mais inutiles (I, 34!*, Des Grands) ; Les roues, les ressorts, les mouvements sont cachés ; rien ne paroît d'une montre que son aiguille, qui insensiblement s'avance et achève son tour : image du courtisan, d'autant plus parfaite qu'après avoir fait assez de chemin, il revient assez souvent au même point d'où il est parti (I, 325, De la Coar) : il est au guet. . . sur tout ce qui paroît de nouveau avec les livrées de la faveur (f, 322, Ib.) ; Le panneau le plus délié et le plus spécieux qui dans tous les temps ait été tendu aux grands par leurs gens d'alFaires... est la leçon qu'ils leur font de s'acquitter et de s'enrichir " (1, 381, Du Souverain).

Certains théoriciens de la poésie et de l'éloquence avaient aussi, d'assez bonne heure, fait leurs réserves, le P. Rapin, par exemple : <i On est tombé, dit-i), dans une autre extrémité par un soin trop scrupuleux de la pureté du langage : car on commença d'oster è la Poésie sa force et son élévation, par une retenue trop timide, et par une fausse pudeur, dont on s'avisa de faire le caractère de nostre langue, pour luy oster toutes ces hardiesses sages et Judicieuses que demande la Poésie : on en retrancha sans raison l'usage des métaphores, et de toutes ces ligures qui donnent de la force et de l'éclat aux paroles... Le goust du siècle qui aimoit la pureté ; les femmes qui sont naturellement modestes, la Cour qui n'avoit alors presque aucun commerce avec les Sçavans de l'antiquité, par son antipatie ordinaire pour la doctrine, et l'ignorance universelle des gens de qualité donnèrent de la réputation à cette manière » [Re/J. s. laPoet. d'Arisl., 82-83).

A la fin du siècle, les adversaires du « phébus >■ chantent victoire : « On commence fort à se défaire de tout ce galimatias, et pour dire moi-même quelque chose qui approche peut-être du Phehus ; on laisse le Soleil et l'Aurore assez en repos, et on n'aime plus aux dépens des astres. Tout de bon, on a fort abandonné ce jai^on, plus impertinent qu'idolâtre, et l'Amour a quitté le langage du Parnasse, pour ne plus parler que celui de la Cour et de la nature. On se contente de dire naïvement et simplement ce qu'on sent, et souvent

3ÇB HISTOIRE DB LA LAKGl'E FRANÇAISE

ce qu'on ne sent pas » {Dial. sur les Plaisirs, p. til 1 '. Or dès ce moment un changement d'opinion se prépare, u La corruption du goût '), comme diraplus tard Madame Dacier, s'annonce. Des maîtres de la rhétorique reprennent le P. Lamy de son abstinence des Métaphores, n mortification nouvelle, mais réjouissante h(B, Gibert, Hep.. !^(t. III, 56). La vérité, suivant eux, est ailleurs. Les images « contribuent à l'abondance du discours, à la délicatesse et k la force, h la noblesse et à la beauté, à la clarté, k l'agrément et à la vivacité, tant des pensées que des expressions >■ (Id., /A., Letl. III, 12). H Elles y sont aussi utiles, qu'il est utile de bien peindre et d'expliquer clairement les sujets dont on est obligé de parler pour porter les hommes h agir » (Id., Ibid., 13). « On n'entend par cette expression (images sensibles), que les Métaphores et les Comparaisons; que les Hyperboles et les autres figures qui mettent les choses devant les yeux : que les preuves palpables ; que les peintures vives et circonstanciées, ce Dramatique, ces nobles imaginations.... Tout cela est l'efTet d'un génie heureux, d'un enthousiasme, d'un mouvement extraordinaire de l'ame, qui représente d'une manière sensible toutes les choses dont on parle » (Id. , Ihid., 10)-. Et l'auteur de citer, pour défendre sa thèse, le plus vénérable des textes anciens : l'Ecriture. « Où trouverez-vous plus d'images sensibles, que dans le Sermon de Jesus-Christ sur la Montagne, dans lequel le Sauveur du monde explique tant de véritez de la Morale Chrétienne pur des expressions populaires et métaphoriques, ou autrement figurées? » (Id., De la vcril. Eloq., Ht) ■'. En exemple, il allègue un chapitre de Job, le Cantique de Moïse, etc., et il me semble qu'il en comprend le caractère aussi complètement que le P. Bouhours le méconnaissait. Les temps de Ln Mothe vont venir.

1. Kcnaud est du même neiilimeut que Uary. »ur le sujcl de» méUpliores : et comme Bouhoui-B, il ne cmil plus au Uimps ' oi'i dè»-iA qu'on «'éloit embarqué en umour, on prenoiL pour phare le tlambeau de l'amour uiômc'. on faisoiL voler ses ddsirx. à pleines voiles, i la Ttiveur du venl de l'espérance, cl on aloil enRn échouer contre un ctcur de rocher », il Irouve oulré el on ne saurait trop l'approuver. • d'apeler 1er bàlimeus im^gulicrs <fe> lotéciimu en. pierre ; la Sentence, te poivre blmc de la diction ; les longues queues des femmes, t/ei hyperboles de drup » , Il veul que l'on garde dans la •• Métaphore de la retenus, de la netteté et de la vérité » tJI/an. de ptrler. I jN

3. Voici qui estmuiiis net : « Il est presque impossible de ne pas se servir souvent de Métaphores dans un discours, par la raison que Ifs langues n'a.vant pas u»scx de mots propres pour exprimer toutes les pensées, il faut nécessairement avoir rccniirs aux mots impropres ; et ainsi l'on fait A tout moment des Métaphores sans y penser » ;Bretlev., Eloq. de U Ch. H du Btr.. 2»r. .

3. r Mais on peul lui nicraussi (au P. Lamyl que toutes les fois ({ue l'on aura à parter de Uieii dans un draeours, el à se servir des idées sensibles diiiil l'Kcriture se sert, el à parler du l>ras, ilu doi)(l- de la bouche de Dieu, il faille rommeiioei' par dire au peuple qu'il n'y il iiucnne de fes parties corporelles dans la Divinité, cl qu'un p.irlei-u tinurémcnl quand nu Ivs Ini ullrihui'n • (Gibert. Dr (n l'ertV. Ktiiq., Hti, .

CHAPITRE VII LES SENS NOUVEAUX. LES SENS FIGURES. NOUVELLES EXPRESSIONS.'

likuUiqut prend le sens iféglise (H. D. T. cite un premier exumple de Bossuel, Uial. u«., 1, 11); •Rich.,Fur., A.; 9 Poni., G. Miege.

Cheminer — Le sens propre tendait à disparaître (Bouh.,Suilp, 166; c[. A. de B., Suite, 3i). Richelet le trouvait déjà un peu vieui. En revancbe Boulioura constatait que dans la conTersation on disait un tel cheminer», une aiïaire chemine {I. c). — Pour réussir, il faut Cheminer en avant {Hsuter., Bourg, lie quai., a. 11, se. 4). Ce nouveau sens est dans A', Toutefois, L, de Templery conseille d'appliquer le mot aux choses plutôt qu'aux personnes [Gen. et Pol., 243;.

combu»tion ne se dit qu'au tiguré, mettre tout en conthualion, semer partout » la dissention et le desordre ■•{\.àeB.,Befl., 127). C'est le seulsens donné par les lexiques contemporains. — l'ambitieuse Fredegonde.... mettoit toute la France en combattton (Boss.. Uixt. Unir., 133) ».

eongidératioa — Avoir île ta considéralion, tout en gai-dant le sens actif de connidérer, prenait peu i peu le sens passif de être Vabjel de U contidération. Bouhours et Audry protestèrent {Enir., 86; Reft., 133-134).— A< enregistra pourtant ; il n'a nulle cnnsideration dans le monde, entre en grande considerii-

1 . Ce chapitre devra èlrr rapprociié du cliapilre IV de la Section I : Mois qui lierdent det leiu ancieni, et du chapitre IV de la Section 11 : Difinitiont de tenx et ditliactiont dt lynonyiae*. Souvent on efTet, quand un mot perd un sens ancien. c'est pour en prendre un nouveau. D'autre pari les observations des grammairiens portent fréquemment sur des chan)rements de sens qu'on tendait ï introduire dan» let mots,

2. briller ~ L'emploi du mot dans une expression i-omnic briller dans la conversation, aurait été aasez nouveau, selun Bouhoui-s [Snir.. U3,. — Riclirlet traduit : paraître avec âclat, c'est un esprit qui brille. Fur,. A. cl .V donnent : briUer dans toutes les compagnie». — Elle brilla dans toutes ses riSponscs (SiSvigné, rite par L.'..

DemËme pourcfiApilre. Sorel siimale comme nouveau l'emploi du mot dans les locutions : n'avoir rien à se reprocher iiur iocAaptlcede quelqu'un, se mettre sur le cfcapifre de quelqu'un, et il ne les approuve pas dans un livre sérieux (Conn.de» il. liv.. IS71,387). Bouhours constate que l'emploi en o>t commun (Httlr.. 64;. — * Pom., Duil., Rich.. Fur, A.,.\=. On trouvci'o de nombreux exemples dans le l,ex. de Mol. par Livet. — Ea réalité cet emploi remonte plu» liaul.

Il y H lieu de faire les plus expresses rcservcs sur ces mots et expression» cités comme nouveaux par Bouliours dant les £nlrelieni. Briller el chapitre nous fournJB!icnt des exeoiplex , Ou en trouvera une foule d'autres par la suite. Je n'ai cepeuikanl pas cru devoir ometli-c ce qui passait pour nouveautés aux jeux d'un homme comme lluuhuurs. je cile ses ubscrvaliona, généralement en note.

.1. ciimpteet compter «sunt fort usitcx dans certains aeiis.Jr vous tieudray compte de tout ce que vous ferez pour liiy :,.. j'ay iii le livre d'un Ici, je n'y tiy pas trouvé mon confie. Je com/ile pour rieu la favi'iir des Grands; ...vous |Hiuv['xri>»ifjfersurmoy "

consolable, consoler — A. de B. admet qu'on peut employai- coiualalite, en parlant d'une douleur aussi bien que dune personne [Befl., 218), VEnterr^ du Dict. condamne cette expression (3 H). Bellegarde fait une réserve analogue il celle d'Andry pour le verbe coiuoter (Eleg., 368) '.

convive commence il siffniBer qui assiste b ud repas. Alemand signale l'emploi du mot par Bouhours dans sa Traduction de Martial ; il n'est pas François, ajoiile-t'il, mais Boubours a raison de s'en servir [Guerre cio,, n+-13S). — e Duil., 0. Miege, Bich.; * Pom,, For., A,, A'. — Un convive échappé de la table du roi {Begnard, Dfinoc.^ a. IV, se. 1). — Les dictionnaires ne donnent plus, sauf Duillicr, le sens de repan, qu'on rencontre si souvent dans Loret (9 fév. I65B, v. 108 ; 9 août 1659, v. 88 ; 3 janvier 1660, v. 49 ; 17 juin 1662, v. 177, eU-.}.

co»su — Tandis que Furetière ne le elle que comme terme de botanique, l'Académie de 1694 mentionne la locution : il en conte de bien contuft, avec le sens de <:hoses invraiseinbUbles . En 1718, A* donne enfin le sens de riche. Ilfaut signaler toutefois que Godefroy (Compl')cite un exemple de ce dernier sens, au xiv< siècle, Mir. de N.-D., VI, 232.

creuser — Ce mot peut-il s'employer au figuré et peut-oii dire rreuser une matière ! Oui, selon Bouhours [Huile, 365). S'-Béal a même entendu des gens de grande distinction dire : creuter un homme, pour dire pénétrer dans sa pensée [De la Critique, 93). Andry conteste que cette dernière locution soit en usage, et s'il accepte qu'on emploie ereii»er au figuré, encore veut-il que ce soit " dans un sens neutre " : creutcr dans la Physique, mais non rreii- Mr la Physique. Il est exact que les exemples rapportés par Bouhours lui-même sont tous des exemples de creuser intransitif {A, de B., Suite, àO-'M). — ePom., Duil., G. Miege, Rich. ;*Fur. : creuser dans un procès, A. et A' r creuser une affaire et creuser dans une affaire. — Creusant dans les sujets, et forts d'expériences. Ils étendent partout l'empire des sciences (1^ Font., ni, 320, V. 13-16) ; où a-t-il rêvé, creaif, rassemblé des idées si e\lraoi-dinaircs?(LaBruy., II. 107).

culture, que Vaugelas écartait, se prend au figuré {Alem., -Voup. /fem., 5itr>16). A. de B. admet la culture det Lettres IRefl., 145). — Richelet donne : rulture des arts, de son esfirit ; Q Fur. et A. Mais A" reproml les expressions de Hichelet.

Déboutonner — Au sens d'ouvrir son Cfeur, faire connaître sa pensée, Q diction naii-cs jusqu'à A', qui donne: sci/e/ioufo;in?ravecscs amis ; * L., qui cite S'-Simon, H. D. T. ; e Hug. Ou trouvait déjà ce sens chei Camus : si je ne vous dehoalonnoia entièrement mon cœur [iphUjene, I, '334; cf. Alcime, 335).

déchai'ner (te) — Bouhours signale qu'on dit élégamment : "les peuples se déchaisnenl contre les favoris. C'est un déchaiinement horrible contre !uy "

^Bouhourii, Entr., 89-90). — Tous les lexiques donnent ces sens figurés de compte et de compler.CcpcndantDuil.et G. Miefçc ne IcH mentionnent que pourle substantif. — Mon nmour-pTOpre y trouve si bien son compte iSéiiftné, 1, 108'; vous pouvci compter qu'elle l'a fait de son cbof (Racine. VII, ÎBâ, Lell). Voirie Ux. de Mol. par Livel.

Au sens de réputer, eiitimer donné par A.. A= ajoute le sens de se proposer.

1. conjoiider — Vaugelas n'aimait (ibr ce mot nu sens lifcur^, mais Alemand eu publiant la Remarque posthume dii innlli-e, approuve l'emploi nouveau \Niiar. Kern., 3.1J ; il passa iliins .V- et A- : consolider une union, une amitié.

NOUVEAUX SENS. \0tJVELt,E8 EXPBESSIOS 369

[EiUr., 96). — '''Poin., qui ne donne dans cet emploi que le substantif, Ricli., Pur., A.., A'. — jamais on ne s'étoit si fort déchaîné coatre 1« théâtre (Mol., IV, 3/8, Tart., Préf.) ; Que feront des valets qui toute la journée Vous verront contre eux déchaînée [La Font., II, 105, v. 41-42). — Voir le Lex. de Mol. par Livet.

défaire — On dit depuis quelques années : " elle a été défaite au premier mot qu'on luy a dit, en parlant d'une pt^rsonne qui a perdu contenance. Il ne faut rien pourfe défaire, c'est b dire pour l'embarrasser. Des personnes dont l'une d^/'ailTautre, pour dire, dont l'une obscurcit le mérite de l'autre >> [Bouhours, Entr., 99). — *Pom., Fur., A., A'. Les deux derniers donnent de plus le sens d'obscurcir une personne par l'éclat, le mérite, la beauté. — le voilà qui se trouble. — Courage, Seigneur!... Ne vous défaiie» pas (Mol., IV, 199, Princ. d'Ei., a. IV, se. 1) ; Le rebut du la cour est reçu ft la ville, ...où il défait le magistrat (La Bruy., I, l~7) ; M°" de Roquelaure est revenue tellement belle, qu'elle défit hier le Louvre i plate couture (Sévigné, I, 406-407] ; l'offense la plus irrémissible parmi ce sexe, c'est quand l'une d'elles en défait une autre en pleine assemblée (La Font., VIII, k5,P»yché, liv. 1).

Je note pour mémoire que tp défaire continue toujours â signifier se laer : Je crains, dieu me pardonna, qu'elle ne se défaite, elle se veut jetter dans le puits (Dancourt, Colin-Maillard, 8, p. 139)*.

démêler — On dît élégamment se démesler d'une affaire, déiiiesler une intrigue, je n'ay pu vous démealer dans la foule (Bouhours, Enlr., 96]. Bouhours a même écrit ; démêler un mouvement, ce que Barbier d'Aucour blfime fort [Sent, de Cleante, 1671, 90), Villars l'accepterait, quand il s'agit de mouvements si imperceptibles qu'on a peine * s'en apercevoir [Délicat., 134). — * tous les lexiques. — son esprit étoit... capable de démêler les affaires les plus difTiciles (La Roch., 11, 427-428) ; la fausse femelle, qui d'un tel pas se sut bien démêler ^Im Font., iV, 104, v. 3S-36); en dimetlanl l'obscurité d'un passage (Bossuet, Apocat., "01 ]. Voir le Lex. de Mol. par Livet *.

dérangé, employé dans le sens nouveau de dérouté, déplstt à de Callières : dérangé, dit-il, u suppose diverses choses qu'on avoit mises auparavant dans quelque ordre », or, vous avez beau être détourné de votre chemin, vous n'êtes toujours qu'une seule personne. Et il préfère désorienté, que les jeunes trouvent » colet monté " (MoU à la Mode, 46-49 ; voir Schenk, o. c, SI). — (^omme de Callières, Pom., Outl., G. Miege, Rich. n'emploient le mot qu'en parlant d'objets matériels; A, et A* l'appliquent aux personnes : cela m'a tout

t. délicat — Il Quoy-que délicat, delicatetie, délicatement aycalloiiiauTB élu en usage, ou ne s'en eat pas loUJoura servi comme l'on s'en sert. Un esprit deUcat, une raillerie délicate... U a benucoup de delicaltitt dans l'esprit; il sçait toutes les delicattuei de la 1an)(ue. .\ raiHonner un peu délicatement ■ (Bouhours, Enlr., gï}. tl faut ajouter que Sorel Hignalaîl comme locution nouvelle : des, sentiments tendres et dilicali ■ (Duc. lUr l'Aead, fr.]. — Tous les lexiques donnent ces emplois de délicat et dilicattne. L'adverbe est aussi rei;u, sauf dans Pom. et G. Miege, qui ne précisent pas suftlsammenl. — La moquerie... platt toujours, quand elle est délicate [La Hoch., I. 311} ; Le raguùt d'un sonnet, qui chez une princesse A passé pour avoir quelque dética- (eifs (Mol., IX, nt-131, Fem. Sav., v. T&l-7aS}; entre ceux qui lisent, ceu:t-ci aiment &' 6tre forces par la démonstration, et ceux-li veulent entendre délîtalement (La Bruy.,

Z. Noter que JémêJer une /a«e 'cc qu'il y a si une alTaii-e) est déjit dans Malherbe (II, 93) : ces ne le croyait Bouhours.

370 HISTOIRE Db: LA LANGUE FRANÇAISE

dérangé, ua homme lUrangèdeins sa conduite, dans des affaires. — Jamais il ne Tut une telle dissipation : ou est quelquefois dérangé ; Dtais de s'abîmer et de s'enfoncer b perte de vue, c'est ce qui ne devroit point arriver (Sévigné, IX, 436) <.

déroaler — Boui'sault le range parmi les mots à la mode: S'il méfait dérouter du chemin de la gloire {MoU à la mode, se. 41. — * A.*. Cependant il faut noter qu'on en a des exemples antérieurs. — c'est trop se moquer... de ne prouvei- leurs voyages dans ces vastes pals de l'antiquité, que parce qu'ils s'y sont souvent (/^roufe: (Bossuet, Averl. aux Pmt., Vl, I" part,, g cm, 605-6".

iléiaccoulumer — On dit élégamment te deiaccoiUumtr d'une personne ^Bouhours, Enlr. , 96). — * Pom., Rich. ; Ô tous les autres lexiques. — il l'etl détaccouluiné de M"* de Coulauges (Sévigné, IX, 536\

détoler es! signalé par de Calliéres ilans des phrases comme: le dîner et \c ceitile sont deux endroits qui devaient., mais on h 1h chasse, etc. (Mola à fa A/or/e, 9; voir Schenk, o, c, 53). — Les lexiques ne donnent pas d'emploi du mol dans un sens aussi affaibli '.

diligence prend le sens de voiture : aux diliijencea de Lyon [Lie. des Adr., II, 168). — e Pom., Duil.,G. Miege ; * Rich., Fur., Th. Corn., A., A». '

F.iuiner est employé parS'-Siniou au sens de connsîli-e, savoir des nouvelles le premier : Maulévrier^ciiifiarlea premiers ce qui sepassoit â l'égard de Nangis iXIl, 274); Je ne sais comment M, de Lauzun Vécu.na (XVII, 346-3i7i. — 9 Pom., Duil., G- .Miege, Bicb., Th. Corn. ;» Fur., A., .V».

effutiun — Bouliours constate qu'un dil effusion de sang, de bile, mais il ne sait ce que c'est i.ya effusionAe colère \D., 99;. Ménage conteste cette opinion et accepte l'expression ((>., Il, 52).

1 . Notons : mon slytc naturel cl dérangé {Sivigné, 11. (HT,.

3. détraire est devenu un beau mot en devenant métaphorique : De« gens qui se rMlruûenleux-mesmes par leur mau va iic conduite : rf^lraireunepertonne dans l'esprit U'un autre : l'absence ne m'a-t-ellc point déiruil (ianii vôtre eoeur?... cette modération qu'ils alTecloient dans leurs paroles, étoil drtraile par leurs aclionE (BouhourE, £n(r.. 00-91 ;. — * tous les lexiques. — Che^ vous Quintilicn s'en va tous nous délntire (La Font., IX, 201, v. 1); M. Je Gi-ignan se soutiendra |j>ujuurs très-bien, pour\'u qu'il ne se délriiite point lui-m£me (Sévî)cnc. VU, S'S] ; Il est vrai que M~* de Schomberp vnus aime, vous estime, et vous trouve Tort au-dessus des aiiti'es : ce sera i vous cet hiver A ne pas délrairt lËad., IV. bb»i,

3. distinguer — On dit élégamment : ditUngutr lc« personnes de mérite, en faire distinction : de» gea» de basse naissance, qui se dùlinif iienl par leur esprit, et par leur svavoir (Ikiuhours, Enlr.. 96). " I.e verbe se trouve avecct'l emploi dans Rich., Fur., A.. A'. — Vous avez bien cai-essé. ména^î', ditUngué la bonne Baronne (Sévipié. IV. :>U3'3a6) :1e maréchal d'Humii-L-csétaithienavec le roi, qui le (fûfingoaif fort <S'-Simon. I, 196, dans H.D.T.l. — [.esubstantifsc reui-onti-e avec c>- sens dans Kich.. Fur., A., \-. — Leduc (le l^anfoH... avc>itûlë,dGpiiislonglcmpB. parliculièrementallachéàla llcinc: elle vcnuit de lui donner une marque publique de Non estime, en lui confiant M. le Dauphin... Le dur. de Ueauforl... se sei-voit utilement de cet te ditlinclion...puur établir KH faveur ;I.a Itoch.. IL :>S>-nu.; Vou»m'en dites beaucoup de bien en me parlant de la diilinclion etderépnuouifFementqii'il a eu pour vous (Sévigné. Vil, 30^). Plus t^rrl Bouliours ai)^nale que disliugué et iliitiiwtÎDn sont fort A la mode [Suite. IGSi. — 11 faut noter que le sen^aeluel: pci'siiniiaitcde iJ(*tinet(on. ne se montre que dan» A. et AI, VoirL.

rfonner, se dit dcpuiii quelque temps eu plusieurs façons foH clcganles. IJonner dans le sens de quelqu'un, donner dnns li- h'alimalias. etu. (Iluuhours. Knir.. 91. — * Piira., Fur., A., .\-. On trouve dansBioli, un emploi HppriichanL: donner là dedao'^. c'est-à-dire entrer duni' ce dessein. Vuir de ces expressions qui sont assez aucicnne> de ni>nihreu\ exemples dans le Lex, de .Vol. par Livet.

NOUVEAUX SËSS. XOCVELLEB EXPRESSIONS 671

égard — On a tonjours dit : anoir égard k, mais ; seoir dei égard» est une locution nouvelle (Bouhoui's,£nfr.,8t; cf. Sorel, Conn.det b. /(o.,i671, 400). Bellegarde constate le grand uss^^e de ce pluriel qu'il trouve tort énergique {Eleg., 373)'.

employer ne vaut rien dans des eipressions comme : empluyer de la dépense (Elary, Secr. de anslre Langue, Hli; ; on employa pour celii les plus pénibles recherches est également mal {\. de B., Befl., 406) ',

engagement — Selon Bouhours, les engagement du monde, prendre des engagement avec quelqu'un, sont des termes de nouvelle création {Enlr., 93]. Le sens donné au mot par les lexiques antérieurs est en efTt't : mise en gage, hypothèque, embarras. — B Pom., Duil.,G. Miegc;* Rich.. qui donne comme exemple : les engagement du monde sont puissans; *l-'ui'.. svec le même sens, sans exemple précis. A': prendre des engagements. A. donne bien le sens de promesse, d'attachement, d'obligation qui esl cause que l'on n'est plus en liberté de faire ce que l'on veut, mais on n'y trouve point le pluriel. — M"' la Princesse suivoit ses en^ajr^menfs [l.a Roch., Il, 81); Il y a quelquefois dans le cours de la vie de si chers plaisirs et de si tendres engagem<n(«(La Bruy., 1,214).

engoué ^ entêté de quelque chose — Sorel note que quelques personnes en usent dans ce sens, mais cet emploi lui parait barbare (Conn. de» b. lie., 1672, 447). — © Pom., Duil., G. Miege; * Rich. avec -J-, Fur., A. ; © Th. Corn. ; • Aï; * L.. H.D.T,; © Hug. — M"' de la Fayette,., «st engnaée de vous, c'est son mot (Sévigné, VII, 351); Un auteur n'est que trop facile kt'engoaer (La Font., VU, 354, Ragotin, v. 872); Je vois bien que nous ne sommes pas engouéen de musique aujourd'hui (Regnard, Dinorce, a. Il, .t. 8) ■.

enrôler — L'emploi figuré du mot est familier selon A', 1res bas, selon Bellegarde, qui blâme la phrase : c'est s'enroller avec le peuple, pour dire : avoir les sentimensdu peuple {Eleg., 139, 37ïi). — Le mot au sens propre est dans tous les lexiques, au sens figuré, il n'est que dans Fur. et \*. — Corbînelli me trouve un peu enrôlée dans la sacrée paresse (Sévigné, IV, 496), Voir le Lej:. de Mol. psr I.ivet.

entamer se prend dans une nouvelle significalion, pour dii-e faire les premières démarches, ou les premières avances pour la réussite de quelque projet, ou d'une intrigue (Bellegarde, Eleg., 264). — Personne à la cour ne veut enla-

1 . Ê'embargutr dans une afbirc est une meta] l'expression A la cour \Enlr., 93 : cf. ^orcl, Con nombreux exemplen dans le Lex. de Mal. parl.ii

:. empoisonner esl devenu un beau mot en devenant métaphorique: les medisans entpoùonnant tout... des InOan^i empoUonnèei .Bouhunm, ^n(r., Ml-91), — * Pom., Kich.. Fur.. A,, A-. — Des lauan)ce!< emfioiionneei I.s Rocli., 1. flOl : On a pri^soin. Monsieur, d'empfliionner ma manière de vie; quand vous vnudrei l'examiner, vous ne la trouvei-ei point criminelle [Baron. t:oqaetle. a. V, se. to;.

endroit se dit élégamment depuis quelques années en un certain sens : vous ne le cuiinoiseez que par ses mauvais endroifi. pour dire, par ses mauvaises qualitei. . . I)n n toujours dit, les lieaux eitdroiU d'un livre .^Boulioura. Bem.. \W\ — Q Pom..I>uil., <:. Miege;* Ricli,. Fnr., A. : . , Th. Corn.; * A';*I.„ 11, l). T. ; ,3 llu(r. Voirie I^x. de Mol. par Livel.

-t. Voirie lens ancien dan» Si-an-on : Il ne mange pn s. il devurc. KL 1<> fait tant avi- <lenient, Qu'il s'en^oug ordiuiiirmii-nt ; Vii;i. trur.. I, ï.'ili.

ST2 HISTOIRE DE LA LAItGl'E FRA>'ÇAI8E

mer; on s'olTre d'appuyer, parce (|ue... on espère que quI a'entaiiifra L» Bruyère, I, 309): on fait sa brigue pour parvenir A un grand poste,. .. les uns doivent entamer, les autres appujer (Id., I, M'.i). — Q tous les lexiques, eu

enterrer et déterrer a'employent élégamment dans le fîguré depuis quelques années. On dit d'une femme qui a renoncé au commerce du grand monde, qui aime la retraite, et qui ne voit presque personne, elle s'est enUrrie. On dit, en Taisant une couRdenco, et i-ecommandant le secret, U faut enterrer cela, pour dire qu'il n'en faut point du tout parler [Bouhours, Rem., 470-1 ■, Bellegarde confirme {Eleg. , 262}. — B Pom., Duil,, G. Miege, Th. Corn. ;

• Ricb., Fur., A., A»; * L.. ll.D.T. : e Hug. — Quel âge avei-vous, s'il vous plait'^.. D'oii vient donc que rouK vous enterrez comme Pliilémon et Baucis (Sévigné, VI, 302) ; J'admire l'étoile de M. de Lauzun, qui veut encore rendre son nom éclatant, quand il semble qu'il soit tout à fait enterré (Ead.. VIII, 3541; cf. \eLex. de Mol. par Livet'.

épuiser — Bouhours soutient l'expression : épuiser une remarque, contri; Ménage, qui acceptait épuiser une matière, mais noD ipuiter une Remarque (Bouhours, .S'uifc, 'JO). Andry est de l'avis de Ménage (A. de B., Suite, 91'^.

éreinler est employé par S'-Simon dans le sens figuré moderne : Elle avoil freinte Vendôme (XVII, 1991. 11. D. T. cite : M"" de Mainteoon, qui |>eu à peu avec les jésuites r^reinf^re/if auprès du roi [S'-Simon, III, 360 1. — Le mot est seulement dans Fur., A. et A', et il n'y a que son sens propre celui tVetrener : fouler ou i-ompre les reins.

esMnfie/est signalé comme nouveau par Bouhours dans l'emploi suivant : un homme essentiel [Enlr., 102). Cci emploi ne se trouve dans aucun lexique.

* I,., qui cite deux exemples de Massillon, II. D. T. : Q Hug.

élinceler — C'est mal parler que de dire estinceller de beauté:. Il faut au moins sçHvoir parler François, quand on s'établit en maistre de la PoPsie Françoise {Def. du Pa. lier., M7). Richelet est le seul lexique qui donne cette expression.

étoile — parmy les Uons du Monde, le nom â'Etoite est aujourd'huy employé dans les Discours, sans que l'on pense à l'heure de la naissance, ny au.\ fai-

I , eatiti de : &trc tnittti d'an homme ou d'une femme, c'est les avoir loitjouru en la teste; C'est ce qu'on disoit autrefois, en eslre coiffe (Sorel, Conn. des b. li'r., IS'I. IO:ii. Ailleurs Sorcl onstatc que VHistoire de la Comtesse de Selles, qui suit le Inngagc i la mode, a employa l'eipression {Ib., 37!'. Bouhourx ne discute que M>n contraire dtsealester, qui lui parait bas ]A'nlr.. B"; Rem., iSî). — • Pom.. Duil.. Hich.. Fur., A.; 0 Tli. Corn. : * A''', Il n'est pas sdr que le mol ait ce sens daim U. Miege. — ce Prince a toujours r^tc ti-cs-zclé : uu, pour parler avec luy, tres-enluM de tous ces arliclcs (llossuel, Hist. des Var., I. 386): un prolecteur enlesté de la nouvelle hérésie (Id., Ib., l,-i»ï: cf. H. 173. 393, t07). LeK exemples s<ml nunibrcuv. Le mut enUtemiat a été forme au .wii' s., avec le sens du verbe. Les exemples sont nombreux é)ralement, Vc.ir pour les deux mois L,, H.D.T,. Hur. et surtout le Ux. de Mot. par Livet.

en l'en r mer est de venu un beau mut en devenant métaphorique: les médisans... enceni'ntenf tout, jusqu'aux actions les plus innocentes, ...un cccur envenimé (Bouhours. Entr.. ao-91]. — • l'uni,. Rich., Fur., A.. A:. — Cetto querelle enreitim^e (La FonL. Il, 170, V. t'; un protestant IrtS-enrenime contre l'Ëf;lise Ractnc, IV. 471. P.-R.-; Luther... publia.... une réponse si enrriii'mee (Rossuet. Ilisl. des Var., 1. 69.. Vniri rinéneuT, rtnimeux,p.bib.

MILVKAUX SENS, NOUVELLES EXPHRBS10NS ".73

seiirs d'horoscopes '; C'est comme deilire La Fortune, le Suri, le Destin, uu U Dettinff iSorel, V.onn. de», b. Un., leil, 391 ; cf. 373) ; On a été jusqu'il dire YHoile d'un mot, expression monstrueuse (Renaud, Afan. de parler, ni), e Pom., Duil., G. Miege; • Rich., Fur., A. ; e Th. Corn. ; * A »: * L., H.D.T. ; © Hug. — on ne açauroil résister i son estoile (Montreuil, Œut., 163) ; je n'ai point encore trouvé en mon chemin celle Lisette si aimable ; j'en sais mauvais gré k mon élolte. — Ce n'est pas votre étoile. Monsieur; c'est moi qui ai pris soin de vous cacher Lisette (Regnard, AUeintt'inoi a. forme, se. i) '.

évaparalioa — Pour Bouliours, si ce mol est François, c'est un mot <le Physique et de Cliimie. On peut, quand il s'agit d'un alambic, dire Véo&poralion des esprits, mais, en matière de morale, esprit évaporé ne justifie pas évaporationde l'esprit (D., 43-44), — * tous leslexiques, sauf Rich.

traporé a été, d'après Sorel, introduit au sens figuré par M"' de Scudêry « pour signiGer que la cervelle s'est évanoiiie, s'eatant subtilisée en vapeur » (Sorel, Conn. des b. liv., 1671, 361-362). Bouhours l'a accepté dans ce sens {D., U), ~ * Pom. ; Q Duil. ; ♦ G. Miege ; Q Rich. ; * Fur., A. ; © Th. Corn. ; *A^;* L., ll.D.T. ; e Hug. — Tant emportez, que modérez. Tant gros cerveaux, qa'écaporez {Loret, I!) fév. 1639, v. 11-12) ; L'opulente Ville d'Ertert... Ne fait plus tant l'^oapor^e {Id., 1" nov. 1664, v. 71-74) ; si nous avons nostre défaut en ce que nous sommes trop évapores, ils (les Espagnols) vont dans un autre excès qui n'est pas moins condamnable avec leur gravité (Montreuil, (Euv., 360-361).

exercer — Andry ne veut pas qu'on dise : exercrr une vengeance, mais ; exercer la vengeance. Et il reproche uu P. Bouliours d'avoir écrit : Il exerce une impitoyable critique. , , il aurait fallu écrire : ...i! exerce impitoyablement an critique (A. de B., Suite, 73-75). — Il me laisse exercer un pouvoir inutile (Racine, II, 484, Bajazet, v. 90); (a dure et impitoyable vengeance qu'il (Dieu) voulait exercer sur eux (Bossuct, Hiit., 11, 3, dans L.)

extinction — On a toujours dit extinction de la chaleur naturelle ; mais ce n'est que depuis quelques années qu'on dit extinction de raiton, de senlimen», etc. Encore n'y a-t-il que quelques Ecrivains qui parlent de la sorte... Je connois des gens qui... font scrupule de mettre extinction h tout indilTeremment dans le figuré. Ils diroieut néanmoins sans peine l'f'icfinctiori d'une famille, d'un droit, d'âne rente. ...On ne dit point dans le propre Vextinelion d'un grand incendie ^Bouhours, Suite, 127-12S). Il ajoute que le mot s'emploie au propre en terme d'art dans les eipressions comme : les fermes du Roy s'ajugent à Vexlinction de ta chandelle; on fulmine les excommunications à Vextinclian de la chandelle ; mais ce seroit parler allemand que de dire : j'ay leù toute la nuit jusqu'k Vexiinction de ma chandelle (Id., //>.. 139). — O Pom., Duil., G. Miege; * Uich., Fur., A.; © Th, Corn., en ce sens ; * A >; *L.,

1. Barbiord'Aucour avait reproché à Bouhours de a' Stre servi de ce mol d'^foile dans les Entretiens. Il demande s'il est devenu Astrologue el s'il croit à l'Astroloirie fS«rel, Conn. det b. Iif.,16TI, »»1).

!. itadier le içoust, l'humeur des gens, étudier un homme sont des expressions élégantes (Bouhours, Entr,,&T]. — *Pom., G. Miege, Rich,. Fur., A., A '. — Je vont étar/i'e des yeux et des oreilles iMol., III, 31t, Cril. de l'Éc. ilei Fem., se. 3;; Des siècles, des pays, étudiet les mœuii (Buil., Art P.. III. v. 113).

Ti'i HISTOIRE DE I.A LANGUE fBA.NÇAIRE

H.n.T., -- llug. — Cl- i(ui va à Vej:tinHiaii i\c lu piété fBossiiet, Aoerl. aux Pr<it., III, ^ XV, 11)6' ; il i-achèlerait rolontk'i's sa mort' de Vfjctinclîon du ([enie humain iLh Bruyère, II, 'M ; Le roi, ...me demanda... comment alloil voire erliaclion de voix /Racine, VI, 561, LpII.)^ Ah! l'horreur ! quelle extinction de teint ! (Hegnard, Dirorce, a. I, se. fi).

Face — Des mots h double fn^-f. pour dire ; i double sens, est un monstre dans Dotre langue (Renaud. Hun. de parler. 11 T '.

faix —CuefTeleau avait écrit : ...Qnimouroîent cruellement souale/aixde leurs playes l't de leurs armes. Vauf^las trouvait l'eipi-ession fort bonue, par la raison qu'on dit très bien : chargé de blessuras. Toutes Ich raisons du monde n'em|}ècheDt pas \e fai.r. dexplayex d'êlrc une expression condamnée par l'usage (\lemand. Noue. Rem., til>-fi6 . Ce n'élail pas une nouveauté, c'eût été bien plutôt un archaïsme.

fànlattin ne s'emploie plus exclusivement dans le langage militaire. Les bourgeois de Parisen usent pour désigner un gentilhomme ridicule (Sorel, Berger ej;frai>., Rem.duXI* livre, 369; cf. Roy, o.c, 190'. Regnard l'emploie avec le sensde petit laquais : FanUitin'i — Mon maistre? — Petit garçon, ne laissez approcher ny fille ny femme auprès de moi (Regnard et Oufresoy, La Foire Sainl-Cermâin. a. Il, se. 3, Th. liai., VI, 210). II a aussi employé le mot au sens de piéton comme adjectif : c'est bon pour les maîtres à danser fantat»inii (Regnard, Dioorce, a. 1. se. 7), — O tous les lexiques dans ce sens.

fanciner t'eiprit est une expression qui a de l'elegance {\. de R.. Refl., 286'. Elle se trouve dans Rich., qui cite Maucroix. et aussi dans A. et K^. Le mol n'est pas dans Dui). et il élait rejeté dans le B. F. par G . Miege.

finenteni a vu récemment son sens se développer dans des expressions comme : il entend toutyîneme/i/ (Boubours, Enlr,, 8i), Cette association de mots est aussi considérée comme neuve par Sorel (Ciinn. dp» b. livret, 1671, 379). C'est un adverbe de nouvelle création et fort expressif, dit â son tour Rellegarde [Eleg., JI^V}. Rarbierd'Aucour prétend que : ilentend tout ^emen/ marque plutôt un défaut d'esprit qu'une qualité (Seat, de Cleaitte, 1776, 3-39). — Ce sens est dans tous les lexiques; toutofois on peut hésiter sur l'interprétation de Duillier qui traduit : astutamente.

fîn» * faller, venir à ses — ) se dit élégamment (Bouhours., Entr, 96). — * Iticb., Fur.,.V., A^. Les autres lexiques ne donnent pas l'expression. Toutefois on y trouve fin avec le sens de but. — Pour venir à ses coupables /ïn> ''Mol., Il, 220, Br. de» Feiii.. v. K2fii ; Il vient à ses ^ns sans se donner même la

1. Fmçoh, fitfoitner, façonnier sont A ta mode t Bouhours, £nfr., 9t). — Façon, en ce HCns, est dans tous les lexiques. — vous m'écriviei avec des façont que, b! vouk continuel, nous ferons comme Icsévéque» (La Hoch., 111, l'ï). Voir le Lex. de Mol. par Livel. — Façonner manque & Duil. et à G. Miegc. — J'ai de l'esprit, et je ne raï>^ point dinicultë de le dire; ear à quoi bon façonner tà-dessua ? [La Roch., I, T. — Façonnier manque i Duil. et â G. Mie^e, Voirie Lex. de Mol. par Livel.

3. Fin. fineite. Bouhours signale l'exlension d'emploi de ces mots : finetta d'esprit. finette de l'arl, esprit ^n, Koâl/in \,Enlr.. 83-M]. Baliac. daos une lettre à Chapelain. |3l> juin 1fla«) faixait déjà remarquer que la finesK d'une lan^e, la fineite d'un art • sont termes qui ue se prennent pas eu mauvaise part i, — * toui les lexiques. — On y épuisa toutes les fineitet du métier [Rac, V, 3il'. — Sorel dans son Dite, tur VAeadiaiie avait noté l'emploi de fin : un raisonnement fia [Hiit. de lAcMd., éd. Livel, 1, 471). Voir le Lex, de Mol, par Livel.

NOUVEAUX 8KNS. NOfVELLES KXrilESRIONS "."."i

ptiiii« d'ouvrir lu liuiiclii; 1^ Bruy.. Il, lli'J, ; luul y faîl (|Uiiii(] on aime ; Tout tend BUS fin» La Font-, V, 2B-;iy, v. ;U-3r. .

/f:i//<i— uiipoilrail/ïa(Mfslii..oexi.ri'ssionroHvu;i(! Boiiliours. AWr., lOt > — *Pom.;0 Duil.;*G. Miette; O Hich.;* i'ur., A.; ' Tli. Corn ;♦ A»; * I,., II.U.T. ; e Hug. Furetii^re dit : oaVa flalli' ilaun son portrait. C'est parlA qiii< s'est fait le passage. \'oir A ce pi'ojius Molière : Si votre pinceau flatle aulanl <[ue votre langue, vous alleï me faii-e un portrait qui ne me ressemblera pa« ;VI, 261, Le Sic. se. H): L'Iiomm*' d'esprit, est si prodigieusement ^atf^ dans toutes les peiiitui-es <]u'on tait de lui 11.» Bruy.. I, .110, D<- Ih Cnar}.

peiireile (propos galant') ^Bouliours constate que le mot a perdu sa signification propre et n'a plus [|ue celle que la f^alanterie lui a donnée [Enlr., 45). Mai'g. BufTet prétend qu'on ne dit plus: il sait bien dire la fleurette, mais ; il entend la belle galanterie (-Vour, 01»., W}. — * Pom.. Duil.. G. Miegc. Bich., Fur.. A. ; C. Th. Corn. ; * A> ; » I.., H.n.T. ; ■;- llug. — le nombre de mes livres est fort borné, encore ne sont-ce pas des livres à conter fleureltei (Bacine, VI. .W4, /,*■«.). CMes lexiques d'auteurs, et en particulier le Lex. de itol. par Livet.

fleuri est fort en usage dans le Tiguré : On dit un teint fleuri, un stîle. des termes fleuri», des manières fli-uriei> (Bonhours, Item., 297). A l'égard du slile, ajoute-t-il, fleuri se prend d'ordinaire en mauvaise part (Id., Ib., 298). Ce ne fut pas l'avis de Ménage (O., II, 13D el suiv.). — Un jeune homme fleuri, vif, enjoué, spirituel (Lu Bruy., I, 290); quelque grand se^ueur... dont j'aurois tenté la libéralité par une épîtrc dédicaloire bien fleurie (Mol., li, j(), Prée. Hid., préf.) ; Ils penchoienl tous deux vers le lyrique, avec cette différence qu'Acanle avoil quelque chose de plus touchant, Polyphile de plM fleuri [l.a Font., VIII, 27, Ptychfi. liv. I .

fni — Barbier d'.\ucour reprend Bouhours d'avoir dit : la foi d'un chien, pour signifier : \a fidéiUi A'aa chien (.Sen/. de Clennte, Mlf,, 339).

fnrce — Bouhours signale le mol comme fort employé dans des phrases telles que: on voit peu d'amis de m force; deux discours dUine metme force [F.nlr., V4-9">'i. Bouhours veut dire ici deux discours de même valeur, de même espèce; ce n'est pas exactement le sens que donnent au mot les lexiques dans : Avez-vous jamais vu un discours de cette force ? Mais voici des exemples : Il entra dans une salle où les fées avoient fait trouver un souper... Tout étoit de la même force, c'est-à-dire beaucoup de commodités, beaucoup de noblesse (Sévigné, VIII, .'ilO) ; De celte belle persuasion il passa h une autre de la même force (La Boch., Il, i6&).

former des résolaliona iacanxlanlet est mal, on dit qu'u/i homme est iitcomlanl dnn* sex régoliitions (Bouh,, Im., 6; cf. Knsset, o, c, 170, note'. — Il n'y a pas trace de l'expression dans les lexiques.

fort — Jeluy ay dit des choses un peu forte» est une expression nouvelle, selon Bouhoui's(£nr/'., 94]. De C'allièrcs signale l'expression: cela est fort, comme enchérissant sur ; cela est violent {Mol/ à la Mode, 5i-.i~i ; voir Schenk. o. r., 28). — Le paradoxe est /bW(Mo!., LK, 167, Fem. Hav.. v. ISSSi.

fréquence s'était employé au sens de: habitude, fréquentation, nombreuse assemblée. Il prend le sens actuel. De Callières propose de dire : la fréquence des visites de M. le comte de, , . est fort agréable ft madame de. . .

5*6 HISTOIRE DE l,A LANGUE FRANÇAISE

au lieu de : les fi'equenles visites... [Du bon et du maue . uv., 97-98; voir Schenk, o. c.,74-). — * Pom. ; fi'equeutia, crebritas, Duil.,G. Hïege ; 0Bich. ; * Fur. : vieux mot qui se dit encore : Ce Docteur a une grande fréquence d'auditeurs ; 0 A . et Th. Corn. ; A > : réitération.

Gauche est un des mots que relève Boursault : les amans dont vous faites l'ébauche, Ont un esprit si louche! un entretien si gauche l {Mois à la mode, se. 4). De Callières signale aussi l'expression airt gauches [Mott à la Mode, 10; voir Schenk, o. c, 76). — * Pom., Rich., Fur., A., A». — Sa taille est asseï gauche, sa beauté très-médiocre (Mol., VII, 161, Av., a. IV., se. 3) '.

Haiardeux avait le sens pasBif. — Traiter tout noble mot de terme haiardeux (Boil., Ep. X, V. 31) ; ainsi fiait heureusement la bataille 1b plus hasardeuse et la plus disputée qui fui jamais (Bossuet, Bec. des Or. /'un., 1699, 530, Or. fun. de Condé). — Richelet est le premier des lexiques qui donne le sens actif, il est suivi par Fur., A. et A*. — Oh I monsieur GrifTonet est un brave, madame. Un gart;on hatardeax (Regnard, Les Vendanges, se. 7).

hurnanili — On a beaucoup discuté sur le sens de ce passage : je te le donne pour l'amour de l'humanité. Pour l'amour de étant très usuel au sensdu latin gratta, on peut, on doit peut-être traduire : hamaniialit gratis, causa, par hamaniti. Voir Molière, V, It6-147, D. Juan, ». 111, se. â et la note. Aucun dictionnaire du temps ne donne le mol comme équivalent de genre humain. Toutefois ce sens se rencontre, comme on le verra dans le passage indiqué de l'édition des Grands Écrivains. En tout cas, voici un texte précis : « Les noms qui marquent ces idées s'appellent abstraits, comme ce mot humanité, qui marque l'homme considéré en gênerai, sans qu'on pense k aucun homme en particulier » (B. Lamy, Rhetor., 16-19).

Illaminalion, qui désignait une décoration de 'plusieurs figures peintes sur du papier ou de la toile (Pom., Duil., G. Miege, Rich,, Th. Corn.}, prend avec Fur. le seus actuel, au propre et au figuré. A. et A' suivent Fur. — Il parut des signes et des illuminalioni surprenantes... dans le ciel (Bossuet, Averl. aux ProL, V, § xxiv, 34S); Il y a enfin un certain éclat, une certaine splendeur... qui n'est autre chose que l'i^fuminafion marquée par saint Paul de la science et de la gloire de Dieu sur la face de J.-C, [Id., 2" Instr. sur h» Prom. de tEgl., 135-126| ; L'un paroist agir par des réflexions profondes, el l'autre, par de soudaines illuminations (Id., Rec. des Or. fan., 321, 1699, Or. fan. de L. de Bourbon). — Illuminer prend les mêmes sens. — Pourquoy faut-il croire tout ce qu'elle (l'Église) enseigne ? — Parce qu'elle est illumina par le Saint Esprit (Bossuet, Calech. de Meaux, 114); quelques lignes de plus... eussent illuminé tout le discours (Id., Dia. ecr. sur len 3/ax. des Sainls, .VLIXi; pour peu que les Copistes consultent les Illumines, ils peuvent éviter le delfaut de leurs Maistres (Bary.RAff. fr., 1653, 7t).

immoler [s'] — L'emploi du mot au figuré était condamné par diverses personnes dans Balïac : s'immoler à la risée publique (Sorel, Bibl. fr., 1664,

t, gré, — Se sçavoir bon gré de quelque chose est indique comme une façon de parler assez nouvelle (£nlr,, BS). Si Bouhours ne se trompe pas. sa remarque porU; sur l'emploi réfléchi de la tournure, car savoir bon gré A quelqu'un est ancien ( Voir Cotgrave]. La forme rénéchie * Pom, (qui donne se savoir et te sentir boa gri). Fur., A,, A*. — La belle m sut gréùe tous ces sentiments (La Font., II, 116, v. 16); Qu'il «e«ai( si ion jre de toulce qu'il*crit (Mol,. IX, li. Fem. San., v, 2SB).

Page 1