Qu')fcroit-on?c'êt la coutume
on et force de vivre ainiî:
i.e plus Sain le corontici, É tou t s'i change an apoftunie :
Mais fortons fans tant dcvifér ; si je voulois moralife'r , je 'n'aurois pas befogne faite :
jamaisl'objêtnemanqueroic, É dans une A longue traite rêgafc anfinle laflcroit.
80. Toutefois,pui£]u'iladésaîles, il peut biJn alrfr plus avant,
é de fès plumes écrivant, j'an puis biin conte'r de plus Bêles ; Wêtons-an donc une àla main ; Adieu, Tirfejjulqu'àdcmain , 1 1 faut obéir au caprice , il faut qu'à ce Démon folêc, clioiiraitc an groffe Nourice , uonc del'ancreau Heu de lait.
Pa)^ 33 de la Rome ridicule.
s'habituaient à la réforme, et on apprenait & constater qu'elle facilitait la lecture comme récriture.
dan» louB les mots. Il supprime les IcllPeu doubles, cl marque ta longueur des voyelles par un accent circondexe, supprime h. sauf dans Ctriil et Chre*lieii, change ph en f (Voir te Recueil det Voîagei nu .Yord. Amsterdam, Frédéric Bcr~ nard, e vol. in-12, l~13. I, Avis, 19-31).
LE CENTRE DE RÉSISTANCE. l'iMPBIMERIE 133
Les Français. — A la longue, les Français se résignèrent k mettre les accents « à la Hollandaise » et à prendre exemple à Amsterdam '. La concurrence d'éditions plus lisibles et qui devaient se vendre bien décida-t-elle leur esprit de négoce, ou l'exemple arriva-t-il à convaincre leurraison? Peu importe. Le fait estquela routine céda, et il est de première importance. L'orthographe publique était en efFet alors à peu près tout entière entre les mains des imprimeurs.
Us le savaient bien, et se considéraient comme maîtres en ces matières. L'un d'eux l'a dit avec force, si bien que je voudrais rapporter ici quelques passages de son livre, qui est médiocre, mais fort curieux. 11 est intitulé (d'après l'ouvrage de Bouhours ?) Doutes sur l'ortographe franceze, et signé Jrilodrad (anagramme de J. Rodilard) -, imprimeur à Paris. Par les contradictions même où aboutit ce praticien, on imaginera dans quelle indécision devait vivre une corporation <i laquelle le code essentiel manquait.
L'auteur affecte d'être tout à fait ignorant, même des termes de grammaire ■'. » S'il raisone quelque peu sur l'Ortographe, dît -il, ce n'est que par un long usage et par une grande aplicatton au travail, pour voir et faire les choses lui-même ». Mais il est épris de son art, et se scandalise qu'il y ait « autant de diferentes Ortographes » que d'imprimeries. Les ouvriers, eux, sont négligents. lia mettront à tort et à travers éê au lieu de ez, parce qu'ils n'ont pas la place nécessaire à un s au bout de la ligne, ou au contraire ils abusent de e et de s parce que ces lettres sont plus faciles à prendre, plus à portée, et qu'ils ont peur de manquer d'é, quoiqu'on en mette dans les cassetins en abondance (29). Mais les maîtres doivent y veiller. Avec une amusante naïveté, Rodilard déclare que c'est la forme des livres qui importe avant tout. Or la forme, c'est la correction tjpograpbi(fue et orthographi({ue. L'orthographe est l'honneur de la profession. Rodilard tranche le mot, c'est la i< profession même * » .
1. M. A. Schiiii a commencé dans lu Rtvae de philologie françaiit, IBll, l'iùstoii'e des tccents dans l'écriture françHise.
î. Ce livre, auquel Didot (□. c, 340] ne me parait pas avoir prêté une attentioD ■uFBsaDle, m'a été ofTcrl par M. Henri Becker, ancien proresseur de l'Université, docteur è«-lcttres, quej'e tiens A remercier ici publiquement.
a. «S'ils se servent de masculin, féminin, ou neutre; nom. pronom, verbe, adverbe. «ubatantif et adjectif, et de quantité d'autres termes qui me satil inconus. je leur déclare que c'est du haut Akmand pour moi <>(Ëpltre].Cest U uneattitude, Rodilard emploie lui-même ces termes, mais visiblement il veut raisonner en imprimeur.
i. t On doit faire plus d'Ëlat d'un bon Imprimeur que d'un bon Compositeur, pai'ceque cet (sur) l'Imprimeur qui couronne l'œuvre ; et quand le Compositeur auroit faille nieus du monde, si son ouvrape n'est pas bien imprimé, tout cela ne vaut rien, et ne lui fait aucun honeur, ainsi tout dépend de l'Imprimeur, duquel on ue sçauroit carrier son ouvra^. lorsqu'il est fait, comme l'on peut faire celui d'un Compositeur ■
{Hhso;.
)24 MISTOIHE DE LA LAHGDE FRANÇAISE
Aax imprimeurs de la maintenir contre les auteurs, contre les grammairiens même, « qui ne sauraient entreprendre de ta corriger. . . sans l'aide d'un habile Imprimeur : l'expérience des choses l'emporte sur la science qui est sans pratique » (6-7), A eux aussi de l'enseigner au public, qui ne l'apprend que par le moyen des impressions, non des manuscrits (10) '.
Malgré le désordre de l'exposé, on démêle les idées qui dominent dans ce traité des Doutes. L'àuleur n'est pas ennemi des réformes, tant s'en faut, il propose même des changements assez hardis, quand il est libre. Ainsi il remplace eî par es, même dans les verbes ; vous joaïrés (27-32), il écrit religieus, ceus (61), etc.'. Sa préface a même fait illusion à Didot. Mais il pose en principe qu'on ne doit pas suivre l'usage, issu du caprice des « ignorants et des femmes » {65). Alors qu'il règne sur toute ta langue, l'orthogi-aphe lui échappe : elle s'impose à lui. Il est seulement question de trouver tine règle .
Ceux qui copient ou qui écrivent ne peuvent pas la fournir. Ils orthographient trop mal. Four avoir une orthographe fine et claire, d'abord il faut tâcher d'y mettre un peu de suite et de cohésion. Exemple : on rétablira partout V i dans gaig ne, Brelaigne, puisqu'on le garde dans baigneur {52} ; on écrira neantmoina pour garder sa généralité à la règle que n ne se met pas devant m (55).
Il faut évitei' les équivoques : feriez est mauvais, à cause de jours feriez (iO), de même dédierai k cause de dédirai (43). Écrire chceur d'église et cœur d'homme (Si), cents et cens (56), boû (il bout), le bout, forest (péys) forêt (bois), et foret (terebellum), ognons, nous oignons, pris, prix (85-f08). Je fai aurait l'avantage de distinguer la première personne de la seconde (58).
1 . • C'cbI une méchante rnisoii de dire que le» .\ulcurs la vculeul ainsi ; il faut plulAt dire que ce Roiit le; Matlres Imprimeurs qui ne xçavent pas leur profesnion ; car >i une personne aloît trouver un Maître de quelle Profession que ce fuL, et qu'il lui dit; Mon Matli-c, il Taut que vous fassiez cet ouvrage de cete maniere-là; melre eclc pièce avec celle-là, poindre ceilc-ci à cet, autre; n'cst-il pas vrai que ce Mailre ki rfpondroit. Monsieur, je H(ai ma Profession, cependant je Tairai ce que vous Toudrex, mais cela sei'a ridicule • (I-^p1lre
Ailleurs il ppotcsle contre les ouvriers el
même les - Mal
tires qui suivent mol
loi, la copie qu'on leur baille, cnnimc on
1 a dit ci-devani
l, n êUnt pas capable
'autre chose » (iO, et. enctn
rep. -1-7ÎI.
ï. Cf. «3-11 S
bH|[uetc au lieu de-
baKuctlc
balai au lici
1 de balay
coline
colline
franceic
cajoler
cajiillcr
beuf
bicuf
oliurdonei-el
clianlonnci-ct
domtcr
chans.inne(le
Kutfpc
pieape
chifre
chilTre
uonchatamaii
l nonchalamment
dificilc
dilllcile
païs
rchapw
cchapper
le'M.s
temps
LE CRNTRR OE HËaiSTANCË. l'iUPRIMEHIIv 12S
Il faut garder les lettres qui aident à la dérivation : irajïc seraU mieux avec un q k cause de trafiquer (40), le ( doit se conserver devaot s ; intendants est mieux (\uinlèndana à cause d'intendante. Au contraire il faudrait adopter religieus ou religieu, à cause de religieuse (56-64).
Mais ce ne sont là que des précautions. Le principe suprême et dernier, c'est de suivre le latin. On ne peut trouver de fondement solide que dans l'étymologie. « Il est impossible (d'avoir une bone
et solide ortographe) si on s'écarte de l'étymologie des mots
suivre l'usage, c'est fonder son Ortographe sur du sable mouvant... l'étymologie est inébranlable » (70) ^
Ce n'est pas à dire que L'auteur reste lui-même fidèle ft ce principe. Comment le pourrait-il, en voulant retrancher des lettres qui « empêchent de bien prononcer »? A divers endroits, il raille la vieille orthographe, qui cependant était latine, advocat, souhmis, nepveu, lousiours lui paraissent ridicules (69). Mais il n'en est pas arrivé là du premier coup. » J'ai été longtèms, dit-il, à me pouvoir persuader qu'il fut permis de retrancher aucune letre dans le Francez, lorsqu'elle venoitdu Latin, que les 4 ». Il ne pouvait se résoudre à réduire les doubles lettres bh, ce, dd, ff, mm, nn, pp, et autres « qui sontdans le latin » (10). Il a dû faire réflexion et s'imposer un eiïort. Cet effort l'a libéré en partie de sa propre doctrine. Il est partisan de la suppression des lettres doubles inutiles : aporler, aquerir, aprocher (23) sont mieux écrits ainsi. Mais ce sont là de* détails. En général il referait la langue, comme autrefois Sylvius, pour la calquer sur le latin ^. Pour une fois qu'il incline l'étymologie, à cause des obscurités et des confions qu'elle entraîne^, dix fois il lui donne la préférence.
1. ■ Cotnmènl ce sçavant poum-t-il convaincre cel ignorant, s'il n'a recours aa Ulin ?... Qu'un Parisien Soil avec un Boui^iiignon, ou d'une aulrc Province ; Ou biea que ce soit deux personnes de dirérènteH Provinces de France qui parlent ftnBèmble,
on coDDtLra Tort bien A leur parler qu'ils ne sont pas d'un même lieu On void donr
par-U qu'il est d'une nécessita absolue de ne point s'éloigner de l'origine des mots, ■Gadene pas renverser Entièrement l'ordre; si cela ètoil permis, un chacun fsiroit uns Ortographe A sa mode ■ (66). Homainmènl, prttidènl ou présidant seraient bons. mail le second ne conviendrait que dans des mots qui ne proviennent pas du latia ■^] i hypoleqoe Terait de la peine d trouver dans un Dictionatre (50) ; précieux ne vint rien, puisque le latin dit pretioiai (60). Ecrire aiguille, uigniere, pftenomtnf. invenbUre, Itaetqaenet (il peut venir de lance de soldat}, rheamalùme, ttpiiétae
1- ■ Il nous semble qu'il y a une grande difcrènce entre uerd et vtrl ; du vtrd c'est uaK couleur ; et du vert c'est une chose qui n'est pas ta maturité, ou qui n'est pas »*che : car on dit du bois vert, un fruit vert, du vin vert, il a la tête verte ; ainsi oa (leiToit distinguer ces mots, et mètre ccus de couleur ou qui en il^rivent avec un d. carauui.bien il vient du Latin vïridii, et dire cire verde et non pas Der(e • (41).
i. Ainsi dans archange le h fait^uivoquc (cf. rtclumge, b3-i}.
Malgré ses incohérences, l'état d'esprit de cet imprimeur m'u paru typique. Ses réformes importent peu, sa façon de concevoir la question est tout à fait intéressante. Le but pour lui, c'est d'arriver à l'ordre et à la régularité, le moyen c'est le latin. Or nous avons à faire à un homme sans grande instruction, qui a peu étudié, ses préjugés ne sont que plus significatifs. La corporation qui faisait de l'orthographe sa chose, ne voyait de règle et de salut que dans le calque servite de l'orthographe latine.