Genève, J. Ant. et Sam. deTournes, 1663, 8°. Au Lecteur
3. Grice à la complaisance <le mon collègue M. la Prof. Maas, j'ai pu consulter la 1" édition de cette Grammaire, conservée k la Bibliothèque de Gœttingen. La doctrine de ChilDcl est la même que dans l'édition de 1680, du reste A peu près identique i 11 première.
i. • Si l'on veut bien étudier les Règles de la Prononciation, il ne sera pas necesuïre de chercher les moyens d'écrire comme l'on parle. Car outre que c'est une entreprise impossible, elle toniberoit en de grands incoiireniena « ,
i. • Par exemple, ^n ni etgrant/eur ; car il faudroit dire ^ranfeur ; («nu et temporel;caril faudroit dire (Bituoret. EnQn ce sentit une laide discorde entre la plusparL des Primilirs et de leurs Dérivez ■■ (I6TÏ, ISi).
m HtSTOlBE DE LA LAUGUB FRANÇAISE
fades nouveautés » {198}. « L'usage des bons Ecrivains est toujours préférable aux extravagances de quelques particuliers ». Les plaintes des étrangers ne doivent pas toucher les Français ', une orthographe simple n'empêche pas les nations d'articuler le latin chacune à leur manière ^.
Ce n'est pas à dire pourtant qu'on ne puisse rien améliorer. Un vaut mieux que ung et devoir que debvoir. Chifllet écrit médisans, ajouter, avertir, aveu, avocat, effet, respet, inatint, omettre, soumettre, sujétion, montagne. Ut, fait, colère, Baccus, estomac, arcange, flame, consone. Ailleurs, devant l'embarras où il se trouve d'enseigner quand il faut prononcer l'a, l'auteur va plus loin : « C'est maintenant une bonne coutume de plusieurs Sçavans, dit-il, de ne point écrira Va, en beaucoup de mots, où elle ne se prononce pas, principalement en ceux qui sont composez de dea, es, mes ; se contentant de mettre un accent aigu sur l'è, comme défier, écrire, mécroire. On n'écrit plus deuxiesme, etc. Mais, à dire vray, tout cela n'est qu'un trop petit remède à la bizarerie qu'il y a en nostre Orthographe, au sujet de l's, s'il la faut prononcer, ou non ». Et dans cet embarras, Chîfflet devient à son tour réformateur, mais au lieu de retrancher des lettres, il en ajoute : « Je ne vois autre moyen d'en faire une parfaite distinction, que d'écrire une double as au lieu d'une simple, quand elle doit se prononcer devant les consones, par ex. : escrire avec une seule s, puisqu'elle est muette, et desscription avec deux a, pour signiGer que l's y doit estre prononcée » (Id., ib,, 270-1). Ainsi cet adversaire, sur un des points essentiels, n'ose pas défendre la tradition. Il ne trouve pas le remède, mais il eo cherche un. La résistance en était là.
J'ai voulu rapporter ici l'opinion de ceux qui enseignaient le français et l'orthographe, où qu'ils fussent. Mais il est bien clair que c'est l'opinion des maîtres Français surtout qui importe. Or il résulte de tout ce que j'ai exposé que, du jour où l'orthographe a commencé d'être enseignée, ceux qui avaient la chaîne de la montrer aux enfants se sont plaints plus ou moins vivement, selon leur tempérament, de la bizarrerie et de la complexité de cette orthographe et en ont demandé la réforme.
1. • Il est bien vray que plusieurs etmngera se plaignent de ce que nostre iauf^ue ne se prononce pas comme elle est écrite ; et ils se vantent qu'Us ne sont pas sujets au mesme reproche » (Id., ib., IBS].
2. I Faites lire une mesme page de quelque livre Latin, à un Allemand, i un Ilalicii. A un François, A un Anglois ; vous vcri'cz que chacun d'eux la prononcera A sa mode, fort dilTeremment des autres. Et comment Terez-vous donc pour écrire d'une telle manière, qu'ils prononcent comme vous?
Il La Prononciation des langues ne se peut apprendre que par roroille. les yeux a'y •ufOsentpas • (Id., ib., 194-195).
LE DICTIONNAIRE DE L'ACADÉMIE. L'ANCIENNE ET LA NOUVELLE ORTHOGRAPHE RESTENT EH PRÉSENCE.
En 1694, l'Acadéniie porta au roi son Dictioonaire. La Compagnie, dit la Préface, « s'est attachée à l'ancienne Orthographe receuë parmi tous les gens de lettres, parce qu'elle ayde ft faire connoistre l'Origine des mots. C'est pourquoy elle a creu ne devoir pas authoriser le retranchement que des Particuliers, et principalement les Imprimeurs ont fait de quelques lettres, à la place desquelles ils ont introduit certaines figures qu'ils ont inventées, parce que ce retranchement oste tous les vestiges de l'Analogie et des rapports qui soat entre les mots qyà viennent du Latin, ou de quelque autre Langue. Ainsi elle a écrit les mots Corps, Temps, avec un P, et les mots Teste, Honneate, avec une S, pour faire voir qu'ils viennent du Latin Tempus, Corpus, Testa, Honeslus ' ".
i< Il est vrav qu'il y a aussi quelques mots dans lesquels elle n'a pas conservé certaines Lettres Caracteri.s tiques qui en marquent l'origine, comme dans les mots Devoir, Février, qu'on escrivoit autrefois Debvoir, et Febvrier, pour marquer le rapport entre le Latin Debere, et Februarius. Mais l'Usage l'a décidé au contraire ; Car il faut reconnoistre l'Usage pour le Maistre de l'Orthographe aussi bien que du choix des mots » {Académie, Préf, è i j).
Cette déclaration donne une idée très exacte des résolutions adoptées. L'orthographe du Dictionnaire est telle que la faisaient attendre les Cafùera, volontairement et systématiquement archaïque, avec quelques concessions à l'usage. Pendant ces vingt ans, où tant de progrès s'étaient réalisés au dehors, on n'avait presque rien
1. « C'esl ce qui a rendu inulilcs les divergea tcnUlives qui ont est £ fuite!) pour la refannaUon de l'Orthographe dcpuii plus de cent cinquante ans par plusieum particulier! qui ont fait des règles que personne n'a voulu observer. Ce n'est pas qu'ils avent manqué de raisons apparentes pour delTendre leurs opinions qui lont toutes roadées sur ce principe, Qu'il faut que l'Escriture représente la Prononciation ; Mais cftte maxime n'est pas absolument véritable ; Car si elle avoit lieu, il faudroit retrancher l'B finale des Verbe* Aymer, Céder, Parlir. Sortir, et autres de pareille nalui'c dans les occasions où on ne les prononce point, quoy qu'on ne laisse pas de les Mcrire ■ [Aetdimie, prit., b i j.)
m HISrOIHE DE LA LANGL'E FRANÇAISE
appris '. Sans doute quelques lettres furent sacrifiées : rhetinit devint rhume, ckaraclere = caractère. Des lettres doubles furent réduites aux simples dans banderole, bricole, bonace; desprendre, descoarager, d'autres encore perdirent leur s. En revanche on y rencontre dauphin, chyle, receple, aggrandir, tandis que les Cahiers donnaient daafin, chile, recette, agrandir. Les améliorations ne sont ni systématiques ni fort nombreuses. Et l'orthographe du Dictionnaire est, à de minimes différences près, celles des Cahiers. De toutes les améliorations déjà en usage, l'Académie n'a guère accepté que la distinction de j et de i, de d et de u.
Elle ignore l'emploi de l'accent circonflexe ou de l'aigu pour remplacer s : aposlre, tost, teste, descouvrir.
L'aigu n'est pas utilisé comme il aurait dû l'être : collège. L'accent grave est absent de procez, où se maintient le s. De sorte que toutes les notations employées ailleurs dans la conjugaison d'un verbe comme vous amènerez, vous amenez, semblent encore ignorées.
Les lettres grecques sont conservées avec soin : ckymie, phlegme. A tisane le lecteur est renvoyé à ptisane ! Des consonnes étymologiques hérissent une foule de mots où on n'avait déjà plus l'habitude de les voir isçauan/, raffraischir, obniettre,oinct, poulmon.
Il faut dire que le plan même qu'avait adopté l'Académie la condamnait à ces archaïsmes. Puisque sous écrire, il fallait réunir, en vertu de l'ordre par racines, toute une famille disparate, escrire et escrivain se trouvaient mieux en rapport avec scribe ou description que ne l'eussent été écrire, écrivain. Pour la même raison manuscript était rapproché, grâce au p, de inscription.
Il n'en est pas moins vrai que la langue se trouvait ainsi affublée d'un vêtement qu'elle avait reçu de Robert Estienne, mais (fu'elle n'avait déjà plus l'habitude de porter, et qui lui allait comme allaient à nos mariées de village, les vêtements des grand' mères pieusement conservés, dont on avait rafraîchi quelques ornements. Si encore le système eût été simple et régulier ! Mais diverses concessions à l'usage s'étaient imposées^ De là l'absence de tout principe fixe et des inconséquences d'une famille à l'autre, ainsi que je l'ai montré plus haut.
Ce n'était pas un fait sans importance que l'Académie eût pris parti dans le débat orthographique. Sison autorité nes'imposa pas, il n'en est pas moins vrai que le Dictionnaire laissait croire, ce qui
LE DICTION.VAiai! DE L ACADÉ»!!': KT L ORTIIOGRAPIIP. 14'>
Détail pas, à savoir que les gens de lettres et les grammairiens avaient réglé la forme de la langue, comme la langue même, et dans les mêmes débats. Ailleurs usage avait une valeur bien déterminée, le mot représentait réellement l'opinion des cercles aristocratiques ; ici il prenait un tout autre sens et c'était équivoquer que de dire, comme la Préface « l'usage est le maître de l'Orthograpbe comme du choix des mots » . L'usage orthographique, pour reprendre l'expression de Vaugelas, n'était point « déclaré », il n'avait en tout cas point été reconnu par les mêmes autorités que le reste, c'était un usage d'imprimeurs, non d'auteurs, de gens du monde ou de grammairiens. L'existence d'une orthographe dite de l'Académie et qui n'était en réalité celle d'aucun de ses membres, allait obscurcir ce fait que j'espère avoir mis en lumière. Elle créait une équivoque, dont les conséquences à l'époque furent minimes, mais dontia langue ressentit les effets par la suite. Car on en viendra & proclamer que le peuple, maître tout puissant des langues, n'apoint de droits sur l'écriture, et bientôt, d'erreur en erreur, on prétendra que c'est l'écriture qui règle la langue parlée. Pour le moment, d'autres inconvénients se voyaient déjà. Il était fâcheux que l'Académie prit la suite du mouvement au lieu de le conduire . 11 eût pu désormais y avoir une orthographe officielle. 11 n'y eut qu'une orthographe académique, sans autorité. Ce n'était pas ce que Richelieu et Colbert avaient voulu. Le public y perdait, la Compagnie aussi, puisqu'elle fut par la suite obligée de se déjuger.
Déjà l'année même où parut le Dictionnaire, elle éteùt désavouée par le plus compétent de ses membres. « L'abé Dangeau », comme il signait lui-même sur les Registres, donnait au public une Lettre sur Vortografe '. Sa doctrine et sa pratique sont aussi loin que possible de celles de ses confrères. Il « respecte quelquefois les usages anciens sans lesaprouver ' (15), mais sur presque tous les points son indépendance est complète. Aussi hardiment que Monet il substitue an à en : amployer, anfin, ansuite. Même dans l'usage qu'il fait des accents, il montre de la décision et de la hardiesse. Vè et r^ lui servent non seulement à distinguer des timbres de voyelles près, prés, mais, comme on le verra par la suite, h. économiser des consonnes (8-9). Il n'est pas moins judicieux dans l'emploi du circonllexe, qu'il refuse d'étendre à tous les cas où une consonne a disparu, et dont il surmonte les longues seules, pour
1. Cette lettre est reprixtuita dans le* £siaii de gr&mm&in^ publiés au iviii- itècle pird'Oliret (Opaicoleiinrla i.fr. par diverg Académicien») et auxix* par Juilien. t-'Mition oriKiuale (16(14) esta la Bibl. Nat. (Inv. X. 1375).
flûloirade la Langue françaite. [V. 10
remplacer la lettre qui servait à marquer la quantité K II a ^ardé Vy là où on prononce deux i : royaume ; partout ailleurs il l'a remplacé par (, même dans les mots d'origine grecque ^. Dangeau retranche enfin les lettres étymologiques : savant, savoir, cronologie, teorie, plosofe, tout ce fatras dont les Italiens et les Espagnols se sont défaits et qui « ne fait qu'embarasser le lecteur i)