‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 62 sur 202 · IS · texte numérisé non relu

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Peut-être le bouleversement est-il cependant plus sensible encore dans les remarques qui font suite au Discours sur les consones. Il ose une suppression générale des doubles consonnes qui ne se prononcent pas '. Il ne fait grâce qu'à ss, nécessaire tant que \'s sera

1. ■ Je répons que je ne l'ai 6Ue (la lettre «dcplusieurs mots où on t accoulumû de remployer) que de ceux où elle ne se prononce pas. Mait, dites-vous, il y a quelquesuns de ces mots où elle scrvoit i alonger la voyelle après laquelle elle èloit, comme dans £t>eique, Preilre, oiter, etc. . . c'est pourquoi aDn de faire connoltre que ces voyelles sont longueH.j'yai mis un accent * , Evéqne, Prilre, Sler. Il y a déjà beaucoup de gens qui sont de mime avis que moi, et qui retranchent des lettres inutiW: maiH BU lieu de ne mettre des acccns * que dans les lieui uii la lon^cur de la silabc ètoit marquée par les lettres qu'ils Aient, ils en mettent dans tous les mots dont ils retranchent quelques lettres, et ils écrivent, il ■ cru, il a privù . . . parce qu'ils ont retranché de ces mots ou une ou une i. C'est une Taule qui peut induire en erreur, et qui peut douer une prononciation longue aux silabes qui doivent Être brives. Cens qui écrivent des s dans les lieux où on ne les prononce pas, embarassenl fort ceux qui lisent; l'i ne se prononce pas dans reipoadre, elle se prononce dans correspoTidre; éle ne se prononce pas dans reipoadaal, elle se prononce dans reMponsabU, elle ne se pi-ononce pas dans dettruire, elle ac prononce dans desfrucd'on. Comment peut faire un étranger, un enfant, etc. pour deviner de quelle manière il doit prononcer ?. {p. 7-B).

3. Dangeau essaie d'expliquer les origines decetabusdel'jf. • La lettre que les Grecs nommoient u^ilon, et qu'ils ècrivoieot ainsi Y, avoit une prononciation qui aprochoit Tort de notre u Fransois; et comme les Latins n'avoienl point de lettre qui répondit précisément A cette prononciation, ils se servoient ducaractére Grec dans les mois qu'ils Bvoient pris de la Langue Grecque. . . cependant on est venu i s'en servir dans des mots purement Pransois, voici comme cela est arrivé. Quand dans l'écriture il se tniuvoit deux ide suite, et qu'ils étaient joints par une liaison, comme les écrivains ont accoutumé de joindre la pluspart des lettres d'un m£me mot, il y avoit à craindre qu'on ne les prit pour un u. AQn d'y remédier on alongea la queue du second i, et l'on trouve encore beaucoup de livres Latins soit manuscrits, soit imprimes, où les derniers!. . . sont plus tons que les autres. On en usa tout de même dans les mots de la Langue Fi'anaoisc où l'on prononce deux i comme moyen, Urgal, et. .. cette Sgurc d'y... a paB9<i dans la suite. .. A la an des mots... mog, ioy, etc. Cet y introduit dans lu fin des mots où il est inutile, puisqu'on n'y prononce qu'on seul i', a pass* depuis dans des lieux où il est non seulement inutile, mais même vicicus •(11-13!.

3. Voici ua spécimenempruntëi la page 1; • Vous voulez, Monsieur, que j'écrive quelque chose pour justiiicr mon ortografc, et pour rendre raison des nouvcauUia qu'on dît que je veux inti-oduire. Je vais tâcher à répondre A une partie des diRcultés que vous m'avés proposées, j'en viendrois bien plus aisément A bout de vive voix que par è-:rit. Ces prétendues nouveautés vont A rendre l'écriture plus conforme à la prononciation, et ces raports des caractères avec les sons dont il s'agit ici, se comprandroienl bien mieux pai' la conversation que par la lecture s. Bu I7î3, l'orthographe est bien plus simplifiée encore ,

i. • Quand deus consones Ha mbi a blés se prononcent come s'il n'y en avait qu'une, je n'en écris qu'une; par exemple j'écris npr.indre, abatn, ocasion, adonsr, tfàire. ifteer, esagenr, agreutar, vile, balet, foie, nale, ampoule, comander, comeree.

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employée en fonction de s. Il a <i été tante d'écrire uzage, plusieurs », mais il n'a pas osé, quoique hardi en cette matière (4). II hcsiteaussi à proposer granmaire, ardenment {p, 7), bien qu'il s'en serve (11). Mais ailleurs il rompt avec l'usage. De terre et 1ère, de rejette et rejeté, j'appelle stj'apèle, il choisit les plus simples et «crit avec les accents (li-9).

Je n'entrerai pas plus avant dans l'examen du système. Ce que J'en ai dit suffît à mesurer la distance qui sépare l'orthographe de Dangeau de l'orthographe académique. Or l'opuscule était adressé à PontcharCt^in par le principal grammairien de l'Académie. Et c'est là un indice suffisant que même aux yeux de certains membres de la Compagnie, l'orthographe adoptée par elle étatt provisoire. Nous le savons d'ailleurs d'autre source. Sur des questions aussi essentielles que la conservation de ez comme Qexion du verbe : vous menacez, on discutait dans les bureaux sans pouvoir se mettre d'accord. L'opinion, très suivie dans le public, qui voulait partout es, avait ses représentants (Choisy,yourn., 305).

Audehors, l'ancienne et la nouvelle orthographe, comme on continuera à dire pendant cinquante ans, restèrent en lutte. Le Dictionnaire de l'Académie contribua à maintenir la première, cela est hoffl de doute, mais son action fut moindre qu'on ne pourrait croire. Il fut accepté sans enthousiasme et sans colère. L'ouvrage, trop incommode, n'eût pu influencer le public qu'indirectement, par les imprimeurs, mais ils ne paraissent pas l'avoir suivi, ou bien par les faiseurs de traités et de manuels, mais ils l'ont complètement dédaigné.

A l'étranger même, où on attendait beaucoup de l'Académie, le dépit fut grand. Le meilleur ouvrage de l'époque est incontestablement l'^ri de bien parler français, du réfugié De la Touche (1696). C'est un recueil excellent, clair et méthodique des remarques faites depuis cinquante ans sur la langue. L'auteur s'incline devant lesVaugelas et les Bouhours. Mais au sujet de l'orthographe académique, il le prend de très haut. « Ce que j'ai dit sur la manière d'ortographier n'étant pas conforme au sentiment de Messieurs de l'Académie Françoise, comme je l'ai remarqué dans les Préfaces de Messieurs Charpentier et Régnier, je me sens obligé de répondre ici eo peu de mots à deux raisons qu'ils aléguent pour soutenir

MNoilrt, panesu, opoier, ariner, afireri-.elc. SupplL^mcutauEi- ai'ticleduDixc. sur le» Cou., p. 1 (le l'édiUon de 1T13. Ce supplément, dans rexcnipluii'c de la Hib. Nal. Inv. Réa. X. 1931, vient immédiate nient i la suite du Discout's, sans mfme en itro wpirê par un titre.

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l'aocieune orthographe. Ces raisons sont prises de l'usage, et de J'étymologie des mots. Pour ce qui est de l'usage, j'avoue qu'ils pourroient s'en prévaloir, s'il étoit général et que tout le monde écrivît comme ils prétendent ; mais il est si partagé qu'il ne favorise ni leur opinion ni la mienne. S'il y a d'habiles gens qui soient encore religieux partisans de la vielle erreur, il y en a d'autres qui prennent la liberté de retrancher les lettres inutiles qui ne servent qu'à embarasser les enfans et les Etrangers qui apprennent notre Langue » (Préf., 8),

« J'ajoute à cela que quand l'usage seroit tel que ces Messieurs le disent, ils devroient être les premiers à s'y oposer; puis que non seulement cet usage n'est point nécessaire, mais qu'il est même très incommode à toutes les personnes qui ne savent pas la manière de bien prononcer. Si l'on s'étoit toujours ataché inséparablement aux loix de l'usée, nous parlerions encore comme on parloit il y a cinq cens ans ; mais grâces à notre bon destin, il s'est trouvé d'heureux téméraires qui nous ont afranchis de la barbarie du vieux Gaulois. L'Usage est un Tyran dont nous devons secouer généreusement le joug, lors ({ue la raison et l'utilité nous y obl^ent.

« A l'égard de l'étymologie des mots, je réponds que le retranchement de quelques lettres inutiles n'empêche point du tout qu'on ne reconnoisse aisément d'où ils viennent. Quand on orthographie, répondre, écrire, avenir, dette, promt, sujet, etc. au lieu de respondre, escrire, advenir, debte, prompt, tubject, etc. a-t-on plus de peine alors à découvrir que ces ternies ont été formés de reapondere, tcribere, advenire, debitum, promptas, subjeclus? De plus, si l'étymologie est une si forte raison pour retenir toutes les lettres superflues et em harassantes, pourquoi ces Messieurs mém^s les retranchentils dans une infinité de mots? et pourquoi écrivent-ils, par exemple,, dette, fruit, pronostiquer, neveu, semaine, poumon, etc. au lieu de, debte, fruicl, prognostiquer, nepveu, sepmaine, poulmon? Il faut en ces sortes de choses userd'une honnête liberté ; mais d'un autre côté on ne doit pas donner dans le caprice d'un l'Esciache et de quelques autres fous qui vouloîent rendre notre orthographe tellement barbare et monstrueuse qu'on ne reconnoissoit plus les mots.

« Ce que je viens de dire sulit pour faire voir que l'on ne conserve que par coutume les lettres absolument inutiles. On a apris en sa jeunesse à écrire les mots d'une certaine manière, on se feroil de la peine de les écrire autrement. Si les Maîtres d'écriture embrassent quelque jour la nouvelle orthographe, Messieurs de l'Académie per-

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<lront d'abord leur procès, et l'usage général leur sera biec-tôt «ootraire » {Ibid., 8 "-9) '.

La prédiction était quelque peu irrévérencieuse . Elle se vérifia cependant, comme on le verra au xvui* siècle.

1. Le Dictionnaire da Voisyaur, Genève, Krauser et TcrBschon(169Sl, dit: - Pour ce qui esl de rOrlhographe Françoise, on a oridinaireraonl observé celle de» Livres modtrae», qui ealla plus aprochanle de la véritable prononciation, pour alleraudcvant des vieilles plaintes des Etrangers ; par exemple, on n'a mis en aucun endroit la lettre S dtvanl T, ou tes autres consones, lorsqu'elle ne se prononce pas : Les mots donc que vous ne trouverez pas par as, es, ïi, os, us, comme on écrivoil autrefois, cherchei les piri, ^, t,6, ù, comme ils se doivent pi-ononcer : Ceux que vous ne trouverez pas avec Ph, Th, cherchei les avec F et un simple T. Quelquefois nous avons aussi employé I mlieud'Y : lî est aussi mis souvent au lieu d'eo. lorsque la prononcialion le requiert • {Au Lecteur, 3 v>).

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