‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 69 sur 202 · CHAPITRE III COXTRADICTIOHS DE lA MODE ET INFLUENCES SAVANTES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III COXTRADICTIOHS DE lA MODE ET INFLUENCES SAVANTES

O et OU. — Les résultats de l'intervention des « autorités » aboutissent souvent aux contradictions les plus singulières. Je voudrais le faire voir. J'ai parlé au xvi° siècle (t. II, 252) de la lon^G confusion entre o et ou. Elle prend fin au xvii' siècle, après de vives querelles entre ouistes et non-oaiates. Ce qui permet ce résultat, c'est d'abord un fait naturel. Le timbre o se distingue plus nettementdu timbre «(ou). Le témoignage de Duval (1604, Th., 1, 243) montre qu'on entendait désormais un o bref, probablement mojen, et un o long fermé, écrit o et au ; mais que cet o fermé long n'était plus si voisin de ou. Il s'agit dès lors de fixer tes cas où l'on doit écrire et prononcer o fermé, et les cas où l'on doit écrire et prononcer ou. Pour 8 mots, la prononciation restait encore indécise après 1718 ; 60 autres ont été l'objet d'une décision entre Ondin et le Dictionnaire de l'Académie ; c'étaient pour plus d'un tiers (exactement 22), des mots étrangers ou d'origine inconnue.

Voici les décisions prises :

En syllabe tonique, sont fixés en o, tous les mots discutés, et même, après un peu d'hésitation, Pentecoate^ où l'on a entendu \oa jusque vers 1660 (Th., 1, 247).

En syllabe atone, sont fixés en ou, conformément à l'usage général : aujoard'hai, foarnaiae, fourniture, goulet, pastoureau, poulie, pouliot, souris, qui proviennent de o long, libre ou entravé.

Sont fixés en o : arroser, froment, portraire, profil, profil, promener, et le suffixe orer [colorer) où o provient de o loi^ libre ; fromage, ormeau, rossignol provenant de o long entravé.

Sont fixés en ou : Couleuvre, couronne, moulin qui proviennent de o bref libre.

Sont fixés en o : colombe, colonne, où o a la même provenance, et en outre />roM/)(/e.

Sont fixés en ou : coussin, fourbu, fourmi, qui proviennent de o bref entravé.

Sont fixés en o : corvée, côté, poireau, poteau où o avait la nAme provenance.

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178 IlISTOtlIE DK LA LAMiLK FRAKUAISE

Ont pris ea outre o; les mots italiens: corridor, escarpolefle, golfe, porcelaine, porphyre; provençaux: morailU, cocon, hobereau; tandis que se fixaient en ou des mots espagnols : bandoulière, roupille \haVieiis: bouton, ritournelle; un mot anglais: bouline;im néerlandais: houblon, un arabe: goudron; et des mots d'origine inconnue : bistouri, mouron, poupelin, sournois, touret, tourillon.

On voit par la liste ci-dessus comment la question s'est résolue entre ouistes et non-ouistcs: l'évolution phonétique a fourni la matière : un o et un ou distincts. La mode et l'empirisme ont réparti arbitrairement les mots entre ces deux timbres '.

Influëhce de l'écbiturk. — J'ai dit plus huul que la langue qui servit de règle pour la formation du liel usage fut la langue parlée. Cela ne signifie pas que l'écriture fut sans influence sur la prononciation, loin de là. Au XVI' siècle l'homme qui a le mieu.\ connu et décrit les sons du français, Th. de Bèze, se laissait lui-même égarer par l'autorité de la lettre. Entendant prononcer feaant ce qu'on écrit faisant, il considère cela comme un barbarisme, car ai doit être lu è et non pas œ. On peut mesurer par là combien la forme écrite en devait impo.ser à des juges moins avertis. Lorsque Vaugelas observe qu'on dit cheuz vous, cheuz moi pour chez vous, chez moi, il ne peut " comprendre d'où est venu cet u dans ce mol » (Th., I, 467). Cette erreur lui apparaît visiblement non comme un changement de timbre de l'e, mais comme l'introduction fautive d'une lettre, comme une erreur graphique qui se répercute

1, Je donne ci-dessous un certain nombre d'c\cmples des graphies el des prononciations qui n'ont pas prévalu ;

Aroater : HéUs! Us pleurs doni ton Epouse Les lis de son viiage srouze ;l."rel, 10 juin 16^6, V. 3^; cf. Si janv. 1660, v. 135 cl 20 sept. 1661. v. 1731 : bandotier : On nutnde en celle uille-cjf Que Maraia el set gens de guerre Fias redoafet qae U loanerre Et pire que des bandoliers (I>oret, 10 Dec. leai, v. 50; cf. 11 Janv. 1653. v. 133 et le mai 16S1. v, i']; Tantosl l'on revoit au monde, Ftits comme des bandotien Arias et ses chevaliers (S'-Amant. Il, 461 : cf. d'Asa., Ovide en belle homear, in- 1*, leso, p. 1Î8 et La Mesnardiére, Poésies, in-l*. 16M, p. 97); bandoliire : Ceil »iiai qae fait maint fripon Qui meriieroit tout de bon Qu'avec s» belle bandoUere, On les jetai dam la rivière (Loret, 19 fcv. 1651, v. 6T ; cf. 16 mai 1693, v. !S et 7 juillet 16S!, V. 117; l"aoùt 1654, v. 119 et 3 oc t. 16bi, v. 1Ï9 ; 24 avril 165S, v. 153; M sept. I6M, V. 17; 31 d*c. 1861, V. 145: Scudéry, Pois, div., in-l", 1619, p. 296 et 303 ; Richer, Ouide bouffon, 1662, p. 53); bistori : ...si le Tare ne leur promet Une augmenlalioa de paye, Ils exerceront la Zasaye Les poignards et tes bislorit (Loret, 25 mars 1662, V. IbO] ; coarvée : Si elle trouvait bon que je ne la visse plus, elle m'évileroit une grande coun-ée [d'Vrté, lAtlrée. 1611. II, 242; cf. Scarron, Virg. lrav.,\10b, I, 3f«): forbu : Quoy ! pour envisager la trogne Du chef tronqué d'ane carogne, Vous demeures ainsi forbtts .'(Richer, Ovide boaff., 1662, p. 533); fourment : De tout ce que leur pompe a d'honneur et d'appas. Il east paistri son pain du fourmenl de Uurt terret (Racan, II, 219; cf. II. 171j: poureelaiae : Poareelaines. bassins et vaîes (Loret, 1" avril 1651, v. 145 ; cf. 25 aoùl 1652, v. 127); poarmenoir : Il fait ses pourmenoirt de nos terres désertes (Mallevillc. Poésies, 1619, p. 233S.

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