CHAPITRE VI LE FÉHIRIN MODERNE
C'est au XV11' siècle que se Cxe la prononciation moderne de e féminin (œ), qu'on appelle souvent et à tort e muet. Dans certains cas il devient muet ; dans d'autres il continue â se prononcer, soit nettement, soit faiblement, avec le son de ce moyen ; dans d'autres «nfin, il se change en é.
1) E KÉMINIS A LA Fl> DES MOTS '. (Cf. t. II, 2i8).
\° APUÈS COSSOy.\E + B ou L. — Lorsqu'il était précédé de consonne -^ r ou /, dans la prononciation populaire ou même bourgeoise, on réduisait le groupe de consonnes et on laissait tomber at (Th., H, 26S et 283). Il en était ainsi depuis longtemps, ce qui explique arbalèl{e) à côté d'arbatclrier, tiiériaq[ae) et triacUur, tempe et tempie.hes poésies burlesques disent not' ville (Fr. CoUetet, Tracas de Paris, Paris rid., 233 ; de même not', aul', fenêt') '-. Les grammairiens protestèi-ent ; ils aftîrmèrent i^uattendre, et les mots semblables, faisaient entendre un œ sourd. Le groupe de consonnes se trouva du même coup restitué et la prononciation oflicielle garda tre, dre.
2° APRÈS SEMl-COi\so.\.\E Y. — La versification embrouille les faits il nos yeux, parce que les poètes comiques et burlesques se sont permis de compter e pour une syllabe, quand cela leur con-
I. E précMÉ (le voyelle ne compte plus icF. I. II, US). Mais U vcrsiflcaUon des buriesques et des eomîqucs suit long;têmps oncore la vieille tradition : Voi Unrti de eoralef vos jooëi poarprinti {Sans.. OEuem, 165S, 11. 93) ; /ai t>u venir Ctrlot Cépée toute nue [Montfl., Ec. d. (il., II, 8].
3. Les exemples sont trcs nombreux : ...defricherUUrte. La Clora, fine comme aœ martre {Kiptd. laf., 3fi ; cf. D'Aes., Ov. en b. hum., i'. SO) ; t'il perdait foui ton Bien auiCarlei... S'il lui/iienoif<rualre ou cinq Darlet{Scarr,, Ûb'uv.,!,!!^). KenèFrançois imprime le mearie {Merv. de Nat., !99].
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venait : Plus ils s'en croyent près et plus ils en sont loin (Montd., Ec.d. f.,\,T,).
Mais, en général, dans la versification classique, on n'emploie plus guère que aient, soient, et les formes verbales, où les désinences sont en oie..., oient dans lesquelles y avait disparu; jamais, dans aucun de ces cas, on ne compte plus \'e pour une syllabe devant un mot commençant par consonne. Ce fait semble indiquer que, sous l'apparence d'entendre e final après y, c'était en réalité y seul qu'on entendait et qu'on comptait comme une syllabe dans la conjugaison du verbe payer, dans le substantif la paye, l'adjectif ifaye, et quelques autres mots comme baye, taye : Mais elle bal tes gens et ne le» paye point (Mol., V, 504, Mis., v. 9401 ',
3* AfBÈS CO.VSOA'A'fi. — L'c, après les consonnes prononcées, s'amûissait de plus en plus. Si bien que de lins obser\'ateurs se demandaient déjà si la distinction des rimes féminines et des rîmes masculines était aussi vraie pour les oreilles que pour les yeux. Le P. Mourgues acceptait l'idée que les consonnes finales ne peuvent se faire entendre que par le secours d'un petit e final, écrit ou non. Mais il existait, à son avis, aussi bien dans ita/que àansbalc, dans encor que dans encore, dans vis que dans vice. Chifîlel disait qu'au bout de / d' anima/, il y avait un petit reste de, et qu'il était un peu mieux exprimé dans animale. On ne saurait discuter à distance ces assertions. Il est certain qu'aujourd'hui encore, surtout dans la diction et devant consonne, certaines personnes appuient diverses consonnes finales sur un reste d'e, même là où le mot ne le comporte point. Quoi qu'il en soit, la quasi disparition de e féminin eut, comme nous le verrons plus loin, de grosses conséquences, pour la vo^'elle de la syllabe précédente. La consonne aussi s'en trouva affectée. Toutefois, après les consonnes sonores : v, j, etc. , si e ne se maintint pas, il en subsista assez pour que le français continuât à vocaliser les sonores en les appuyant sur ce débris de voyelle : vive garda son v, qu'il eût changé autrement en f. Collège garda son j, qu'il eût changé en c/t ~. Et par suite, le français conserva des variations précieuses pour la morphologie du féminin, déjà si mutilée -',
1. Pour haltye, il y h doute ; on conjuguait souvent bâtie. D'autre part, Chapelain écrit A Brieux, le 17 seiitembre IMl : >■ il faut escrire baUye et non balée ■>. Celte dernière orthographe est un indice qu'on prononçait sans y.
3. Comparer ce qui B'eit pass^ en Trançais parlé, dens eertaines rég-ions, où de bonne heure t tomba complète ment, par exemple en Lorraine. On dit aujourd'hui «fie ett vif {vive), elle «il neaf [neacej. La finale sonore est passée à la sourde.
3. • E A la Un des mots ne se faitpresque point entendre dans la prononciation, co qui a donné lieu de l'appeler aussi e muet, comme pert, excite, qui se prononcent à peu près comme si onécrivoitper,»ici(; et quand cet e seroit suivi d't oud'n( pour mar-
4' APRÈS VOYELLE. — E sourd cessa de se prononcer : la lettre (/uej'ai reçu [e). Mais quand la syllabe qui précédait e se trouvait à 1» lin d'un « mot phonétique », devantune pause, la voyelle s'allongea, se modifia peut-être aussi dans son timbre. C'est pour cela que le P. Bouhours donne une règle différente pour l'accord du participe dans : la lettre que mon frère a reçue, et dans ta lettre qu'a reçu mon frère. On verra le détail de ces règles à la Syntaxe, je n'y ÎQsiste point ici. Mais pour qu'elles aient pu être proposées, il faut que le féminin ait encore été entendu autrement que le masculin. Au reste plusieurs pays du centre de la France ont conservé cette prononciation jusqu'aujourd'hui, et nous font sentir encore ce que devait être la différence entre le coup que j'ai senti et la peine que j'ai sentie, de même entre an ouvrage fini, une tâche finie.
II) E FÉMININ A l'ikiéribur DES MOTS. — Si Vaugclas, Richelet, et quelques autres voulaient garder e dans remerciement, saluerions, c'était pour l'orthographe seulement ; e n'avait plus 1& aucune valeur (Th., 1, 145) '.
Entre consonnes il disparut aussi, dans des mots comme char'tier, d'mander, l'çon, aim'rai, partag'rai. Oudin enseignait déjà qu'il se mangeait là tout à fait. D'autres théoriciens ne s'en consolaient pas. Nous avons vu au chapitre de l'orthographe, des réformateurs qui s'indignaient à l'idée d'écrire : Je frai sla (p. 103). Chifflet élève aussi contre cette vulgarité une protestation éloquente, dont les échos s'entendent parfois encore ^. Elle ne pouvait pas restituer e dans la prononciation courante. Néanmoins, l'opposition empêcha peut-être les poètes de rompre avec la tradition et de suivre « l'usage ». On trouvera dans Thuiot toutes les décisions d'espèces, trop souvent contradictoires.
quer le plurier nombre, cela n'en changeroil poinl le son obscur en clair; on prononceroiL les pLuriers peret, exeiltnl comme les singuliers « (Mauger, A"'* Gram., 1*).
A comparer une curieuse transcription de Kohlant, qui trouve du reste celte prononciation vulgaire et rude, il Bagil- des phrases : • Ftilet eeU, Tu manget trop de eeU. PtrU'je bien, Qaelqae autre choie, Comment voai porlet-vout ? Le vulgaire, dilril, prononce : Fkl lU / Tli mMngich trodtla / Ptràehbiing / Kàek oUchoi / Ainanjf^portecu?au lieu de : Fiti> tbU / Ta mtngieh tra dô tHa j ptrlAsch'^ biing I KtUfitrb tcboto / Kumtag va porle-vu ? • (Gram. Gai., Préf., 8).
1. CF, t. III, 33S. Toutefois les prononciations sp^iales de yaj/e, paye par ■emi-consonne ^ entraînent : ^lyele, peyerec en trois tyllaties (cf. Sour., Ver», fr. »n XVIP s., 34); Won, non, point de cluigrin,vive lAgtyelé (Hauter., Criip. mni., III, 7).
1. ■ Je dis de cette prononciation alTect^e qu'elle est Tausse, injurieuse i notre langue et totalement pernicieuse à la poésie françoise. Elle est fausse, parce qu'elle anéantit des syllabes entières, qui ont droit d'eltre disUngutes de* «utres, quoy que j'avoue qu'elles sont fort courtes, et qu'il les faut prononcer brièvement. Elle est injurieuse inastre langue, d'autant qu'elle la rendroil dure, scabreuse et frémissante, à cause du choc des consonnes, contre l'extrême inclination qu'elle • i la douceur. Enfin elle ruineroit toute la poésie, estropiant les vers du nombre des sylls^R qui est requis i leur mesure • (Th., I, l-il).
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E se maîntiiit aussi lorsqu'il séparait une coasonne d'un ^oupe antérieur de deux consonnes, dont la seconde était une liquide : prenes, tremblement. Il se maintint également lorsqu'il séparait deux consonnes identiques: honne{s)lelé, surtout lorsque la première de ces consonnes était déjà précédée d'une autre consonne : chasteté. 11 est possible d'ailleurs qu'à celte place e n'eût pas une valeur vocalique très nette, et qu'il marquât seulement que le t double devait être prononcé autrement que le t simple.
Ces observations expliquent pourquoi dans les mots où deux e se trouvaient en syllabe consécutive, ils n'ont pas pu disparaître tous deux. Soit un mot comme chevelu. L'amûissement des deux e eût entraîné un groupe chvl imprononçable. Un des deux s'est conservé très ferme, généralement le premier : chev{e)Lu, éckev[é)lé, gen{e]vois. Dans les formes verbales, une transformation s'est faite, et cet e est devenu é : ckancel{e' rai > chancèlerai. C'est là vraisemblablement un phénomène d'analogie morphologique, dont j'ai traité au chapitre du futur '.
Quand il y avait plusieurs proclitiques, l'un d'eux conservait e féminin prononcé ; on choisissait en général celui qui, par sa place, permettait à lui seul de prononcer le groupe des consonnes accumulées : i nme l'dira pas, tu le ifais accroire, i nie croit pas, et'ne l' veut pas, je sais ceqa c'est, etc., (Duez, 1662, Th., I, 208-9).
Tout ce qui précède apparaîtrait avec un caractère beaucoup trop phonétique et trop régulier, si je n'ajoutais que dans beaucoup de mots, e qui eût dû tomber, s'est conservé, et s'est changé en é sous l'influence de diverses analogies. Tantôt des formes atones de verbes ont pris le radical des formes toniques, qui était en même temps celui des substantifs correspondants : caresser a unifié son radical en é : caresser. De même aléser, regretter, quereller, receler, étrener. Tantôt elles ont simplement pris le radical des substantifs : assujettir, endetter, trompetter, d'après sujet, dette, trompette '.
ni) E FÉMININ AU DÉBUT DBS MOTS. — En Syllabe initiale, e féminin, dit M. Rosset (p. 145), tantôt persista, tantôt disparut : {plote
1. C'est dgalemenl par analogie du verbe que les dérivés onl subi le mime changemcDl, C'est scAéne qui amène achieemtAt aussi bii-n que j'aehitierai. Lu preuve en Clique les aubstanlirs en eterie, nun appuyés sur des verbes correspondants, gardent e: grenelerie, lonvelerie, paneferie, peJIe(erie;au contraire coquetterie, bonntUerie ont subi l'inOuencc de coquet, bonnet, et mCmc de je coqaetle (Tti., 1, lit).
De mâme les mots en éUrie appuyés sur un radical nominal ou verbal en él ont passé à ilerie [écrit eJieriej : sellerie, chandellerie, hôtellerie, etc... (Ib.).
î. C'est cerlaineniGnl aussi i l'analogie qu'il fauL rapporter la transforma lion d'adlerbes tels que con(aseinent en confaièmenl. Voir L III, 317. Il semble qu'il naisse alors une sorte de sum^e imeat, venu d'adverbes tels que nommément, etc. (Th., 1, 1Ï7).
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D,!„t,zed.yGOOg[e
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et pelote (Richelet), plure et pelare, plache et peluche, blouse et belouse. E prit aussi le timbre é : trésor, prévôt, pépie, gésir, gésier, lézarde, gaéret, guérite, quérir, séjour, etc. Et il ne faut pas croire que le son é n'apparaît pas entre & et f : le même mot belitre s'est prononcé Mitre, belitre et bélitre (Th., 1, 134).
La première idée qui vient à Tesprit pour expliquer le changement de e en é, est que e féminin ne pouvant pas disparaître, puisqu'il était dans une syllabe tonique secondaire, et n'ayant plus d'autre part assez de sonorité pour porter l'accent secondaire de l'initiale, il s'est transformé naturellement en e par simple délabialisation '. Cette hypothèse ne semble pas résister à un examen approfondi des faits.
Si l'on regarde de près les listes de mots que Thurot a rassemblées, on voit d'abord qu'un certain nombre de verbes ont pris é au lieu de e par extension aux formes atones du radical tonique : téter, péter, seller, etc.
Des mots dérivés ont pris une voyelle plus ou moins semblable à la voyelle des mots primitifs: lévrier, grénetier, grégeois, grésil, chérir s'expliquent par l'action de Heure, graine, etc.
En outre, il faut écarter les mots qui commencent par le préfixe de, comme défendre, détenir, découper, débattre, débuter, débouler, défaillir, dévaler, délaisser, délivrer, démanger, démener, décevoir, etc. ; il y a eu là substitution de préfixe, et de savant, qui représente ou dis ou de latin prononcé par é, a remplacé de populaire.
Il y a eu de même échangée entre le préfixe savant ré et le prétïxe re; par suite quelques mots commençant par re sont devenus ré : réconforter, réduire, rébarbatif, réfléchir -,
L'influence savante s'est encore exercée sur beaucoup de mots qui, écrits en latin et en français par la même lettre e, ont pris en français la prononciation latine : péril, séduire, désir, prévôt, férir, métal, quérir, présure, trésor, résine, périr, bénin, rétine, séduire, séton,lrépan, bénir, pélican.
Un certain nombre de mots commençant par tre sont devenus tré, sous l'influence populaire d'une fausse analogie avec très ou avec trois : trémie, trépied, trépointe, etc.
Quelques mots étrangers ont conservé en français la prononciation é : lésine, vétille, brésH, etc.
1 . Voir un article de M. Hosset, dans les Mètungei Brnaol. Paris, 1904. p. 440 et suiv., et dans la /tenue de Philologie française, 19DT, lome XXI, p. Z2K.
S. En échange, ri savant a été remplacri par re dans quelques mots savants [Th., [, i\b) comme redonder. rehelie lA côte lie rèbettion], retapte, retégaer, refiner.
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D'autres mots sont d'origine incertaine, et l'on ne sait rien du timbre primitif de la lettre e : crécelle, pépie, pépin, frétiller, sébile, Uiton. Dans ces mots, les (grammairiens ont pu donner à e la valeur phonétique «r ou é.
Quelques mots ont présenté l'alternance é et œ, mais c'est par aSiiiblissement de la voyelle ^ en œ .■ lézard, lézarde, chétif, bélier, félon, chêneau, etc.
Sans doute, ces observations faites, il reste finalement quelques mots où les raisons précédentes ne semblent pas expliquer la transformation de e[ce) en é : déluge (Corneille), débonnaire (Richelet), bélUrt^, génisse (Danet), créneau (1740). gésir (1740), gésier (1740), iéjour, béton (Trévoux), sémillant (1835). Mais ce sont en tout huit mots dont quatre seulement ont changé tp en e au xvii' siècle ; il De semble pas que l'on puisse s'autoriser de leurs transformations pour émettre l'h.vpothèse que œ féminin tonique secondaire tendait à sedélabialiser '. Il importe malgré tout de remarquer que, sauf chevelu et les dérivés de cheveu, tous les mots qui ont à la syllabe initiale la voyelle œ, suivie d'un second ce qui s'amuit, ont transformé œ en e (écrit e, è, ou ^ ; séneçon, sénevé, chevecier, chènevis, pèlerin, vénerie, mézeline. Toutefois la voyelle e n'est attestée que depuis le xviii' siècle).
La voyelle e(o?) est encore devenue é dans les mots cet, cette, les, ces, mes, tes, ses, des. Antérieurement les, article défini el pronom personnel relatif, se prononçait fe devant une consonne et ^œz devant une voyelle. 11 ea était de même de de*, ces, mes, tes, ses (Godard, 1620). Mais bientôt plusieurs estimèrent qu'il était plus à propos de prononcer ces monosyllabes devant des voyelles de la même manière qu'on les prononce devant des consonnes. Et les grammairiens Maupas, Oudin. puis Th. Corneille, Andry de Boisregard, Hindret, tout ea reconnaissant qu'en conversation on dit mé plumes et mœz amis, discatèrent. Mourgues et Th. Corneille se prononcèrent pour é partout, au moins dans le discours public et la récitation des vers (Th., I, 21 1-212). Peu à peu l'analogie unifia mœz et mé en méz, mé. La question ne fut plus que de savoir si e devait être ouvert ou fermé,
IV) E FÉMININ EN SYLLABE TONIQUE. — Les procliliques le, de, ce, qae peuvent en certains cas devenir toniques à la fin des mots phonétiques : prenez-le, sur ce, etc. C'est une prononciation qui ne
I. On trouve dans des textes populaires des a remplaçante {u'i: Juiier. Ainsi: 01 la mettra bouillir snec tel Jasiert [Dil. de U Camp., 33r1. Béraiu recommande de prononcer pepi'n, mm popin [SU, non citi! par Th. ; cf. 1, 131).
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semble pas très ancienne, car jusqu'au xvi' siècle on pouvait faire rimer échelle et pesches-te '.
II faut noter toutefois que la voyelle œ & tendu en plusieurs cas à se changer en é. Nous savons par Bérain qu'on disait dites-le-moi, mais dites-lé. Hindret préférait même cette façon de parler, mais elle fut abandonnée au commencement du wiW siècle- fTh., I, 207).
OE passait aussi à é dans ckanté-je. Le fait est très ancien '^. Mais j'ai marqué les raisons qui empêchèrent la fortune de cette forme d'interrogation. Si le parler populaire tendait à l'étendre à des verbes comme perdre : perdé-je, d'autre part il se servait plutôt pour interroger, au moins dans la conversation, des formules composées avec c'est, est-ce : Est-ce que je perds? {Voir t. I!!, 306).
Hormis tes deux cas dont il vient d'être question, e féminin, même tonique, est toujours resté ae. C'est pourquoi je serais assez enclin à penser que jamais il n'y a eu de tendance véritable à une transformation purement phonétique de e'œ) en e. En réalité, ou bien e(œ) devient muet, ou bien il conserve le timbre œ moyen (en syllabe tonique), ou bien il devient une voyelle atténuée, dont le timbre est œ, mais dont l'intensité est juste suffisante |>our qu'elle soutienne les articulations consonnantiques auxquelles elle est néces-
1. On trouvera dans la thiic de M. Rosaet. p. ibO. une masse d'exemples où dei pnèUs du XVII* siâclc onl encore éVidi cet e sur une voyelle suivante : Honoroiu-te en loat lieux du eœar et de U bouche (Racan, II, ibb}.
3. Prononcer dilea-lé. est un fait de corruption du à la succesaiou de deux e muets. (Tallemant. Dicit., 1698, p. 34).
3. Je l'ai noté au xvi- siècle. A. Thonia<> el Bourciei ont constaté qu'il est anté-