‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 74 sur 202 · E EN SYLLABE TONIQUE · texte numérisé non relu

E EN SYLLABE TONIQUE

E SUIVI DE CONSONNE SONORE. — Dès le xvi« siècle, les grammairiens donnent le timbre é aux désinences écrites : elle (belle), ente, (sème). Ailleurs, dans les désinences écrites : ene (forsene), ère {père), ede [remède), egue [collègue], eve [achevé), ege [abrège), le «n'a été couramment écrit è qu'après le xvii' siècle. On peut donc le considérer comme moyen à cette époque.

B SUIVI D'AUTRES CONSONNES. — Sont moyens : i" Les e toniques suivis de deux consonnes dilTérentes prononcées : peste, terrestre. 2° Les e suivis d'une consonne sourde seule ou bien qui précède soit isoit r : chef, lèpre. 3° Les e suivis de la semi-consonne y.

On peut, d'après le témoignage des grammairiens, préciser à peu près l'époque de ces transformations.

1° Les e suivis der -|- consonne sont considérés comme ouverts dès le xvi' siècle. Au contraire, les mot terminés en elque sont notés élque par tous les grammairiens du \vi' siècle, sauf Baïf (Th., 1,75) ; les grammairiens n'en disent rien après le xvi* siècle. Les mots en ccfe ont encore é au xvi' siècle ; Péletier les écrit encore avec e', (afe'cle) (Th., I, 80). Les mots en este [modeste) sont écrits, au xvi' siècle, tantôt é, tantôt é ; au xvii° siècle les grammairiens n'en parlent pas ; on les écrit sans accent ; il est probable que c'est un indice que le timbrées! moyen. Les mots en estre [lerrealre) ont pris l'e moyen à peu près vers la même époque ; Péletier, le seul qui en parlât au ivi* siècle, leur reconnaissait encore le timbre é. Les mots en eple ont évolué au cours du xvii" siècle ; PalHot, en 1608, écrit précepte. Th. Corneille supprime l'accent aigu dans les mots en epire [sceptre). Enfin les mots en exe ont fixé leur timbre à la fin du xvii" siècle ; Hindret est le premier qui les note avec è [sexe] .

2° E suivi d'une consonne sourde prononcée ou seule, ou suivie de l, r. — Pour les mots en ep {cep), on n'a pas de témoignage (Th., 1,54) >.

Dès le xvi" siècle, quelques mots en ef étaient moyens, mais le timbre moyen ne fut général qu'après Oudin; avant lui, Lanoue notait clief avec e et ne/" avec é. Greffe a è ouvert, suivant Duval (Th., 1, 69). Les roots savants comme synalephe étaient écrits e au xvi" siècle (Id., 83). Oudin donne à tous l'accent grave: donc le timbre n'est plus fermé ; il est moyen dès cette époque et l'est resté jusqu'à nos jours (Id., 34) -.

Les mots terminés en e/e, ette et en elre sont encore écrits au XVII* siècle, tantôt e, tantôt ê ; en 1762, l'Acadéroie conserve athlète ; mais, dès la (in du xvii" siècle, le e était moyen (Hîndret), Les hésitations des lexicographes n'intéressaient plus que l'orthographe [Th., 1, 82) 3.

Les mots vulgaires écrits ece [dépèce) ont pris l'accent grave avec Hindret (Th.. L 67), ceux qui étaient écrits esse (dresse) avaient hésité durant le xvi' siècle (/A.) ; mais déjà Lanoue leur donnait l'è ouvert. Les mots savants en ece ont pris définitivement è grave avec Hindret: espèce (Id.,I, 80).

Sec et les mots où è provient d'un e latin sont écrits è; on ne peut donc connaître leur timbre ; échec où e provient de a était écrit e' jusqu'à Lanoue (eachéc) ; c'est au xvW que é disparaît (Th., I, 49). Dès le XVI* siècle, avèque avait è ouvert. « On l'escrit ordinairement avec un c , dit Lanoue car ce c ne sert que pour luy bailler la pronontiation quil a " (Id., 1, 66). Les mots savants, comme bibliothèque, hésitent pendant tout le xvi* siècle; la graphie è s'impose à l'époque d'Hindret (Id., 1, 80).

Les mots terminés en eche ont été indécis jusqu'à la fin du xvii' siècle ; les grammairiens Andry et Saint-Réal discutaient àprement à leur sujet; De la Touche était sans doute plus prudent en déclarantque /iy>^c/t(? n'était ni ouvert ni fermé, mais mitoyen. Ces mots ont pris l'accent grave à la iin du xvii* siècle. Dès le xvi' siècle, Lanoue avait noté que dans certains mots {pêchej l'e était ouvert. Ici \'è s'était vraisemblablement ouvert sous l'influence de l'amiiissement de s. Cens qui avaient le timbre moyen étaient écrits plutôt et : seiche, meiche, creichc (Th., I, 6îi, 67).

1 . Les mots en epre n'ont eu e moyen qu'après le xvt< siècle ; si Saint-Liens écrit lèpre, Lsnouc est pour lèpre (Th., I, 78).

1. Le» mois savants pris au latin liUicnt en ((énéral écrits et prononcés i. Quand ils prennent é. c'eut, qu'ils ont depuis quelque lenips changi- de timbre.

3. Naturellement les Tc^minins comme secrile élaîenl ouverts, par Bnalof;ic avec le masculin lecrel.

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