E EN SYLLABE ATONE
Dans cette position, le a sans doute été toujours différent d'e tonique. Les voyelles atones ont un timbre moins nettement caractérisé que les toniques.
Hindret, qui était un observateur très attentif, reconnaissait non seulement un e moyen distinct de è comme de e, mais il y notait des nuances, il entendait un e d'un timbre un peu ouvert, et un autre d'un timbre « tant soit peu ouvert ». Et en effet e moyen atone passe par diverses gradations de é à è, si bien qu'on peut parler d'un e moyen ouvert et d'un e moyen fermé. Au xvi' siècle, il semble que e ait été plus proche de l'e fermé devant voyelle {agréable) et dans les préfixe se (e'Aa Ai), dé (défendre), mé [méfait), ré (répondre), tré (irépas). Les grammairiens de l'époque ont discuté à ce sujet, les uns préttrndant écrire è pour marquer que l'e s'éloignait d'e fermé, les autres voulant e'pour marquer au contraire que le même e ne se confondait pas avec ê (Th. , I. S!l, et 91-100).
Au reste l'analogie des mots voisins, quand il y en avait, où e tonique était ouvert, inffuençait le atone; bêchp tendait à changer bêcher en bêcher (cf. i>rêl et prêter}. Malgré cela l'e moyen fermé l'emporta ; on prononça, on écrivit même : arrêter^ mêler, prêter, héuil. (Th., 1, 101-2).
Au contraire, ce fut e moyen ouvert qui triompha, quand la voyelle était suivie de r -\- consonne : vertu, ou de consonnes doubles : serrer, cesser, mettons (Th., I, lOîi et suiv.).
Dan.s les autres cas, la prononciation est mal déterminée. A la vérité, comme M. Rosset le remarque fort justement {125-ti), on entend distinctement trois e moyens différents dans perdre, pester,
pédant. Mais ces nuances, si elles existaient, ont échappé aux observateurs du xvii* siècle.
Conclusion. — On peut d'après cette courte étude, apprécier le caractère des changements qui se produisent désormais dans les voyelles françaises. Il semble que les modifications de la lan^e, surveillées par les tecbniciens, enchaînées à une orthographe. De puissent plus aller jusqu'à substituer une voyelle à une autre. A ne devient plus e m o. Mais à l'intérieur de la série des a se distinguent des nuances vocaliques, un a ouvert qui est proche de e, un a fermé qui est proche de o. Kt les mêmes différenciations atteignant les autres voyelles », o, e, ce, i, u, la gamme s'accroît de demi-tons et la richesse vocalique du français se multiplie, sous l'apparente uniformité dune écriture grossièrement inexacte et qui semble ignorer la plupart de ces accroissements.
ANCIEUNE ET NOUVELLE FROSO.\CfATION. — Quelques noms de nombre, comme sept, neuf, nous doQOent une image exacte de i'aocienue prononciation des finales. Devant consonne, elles étaient muettes : hui (l) maisons. Devant voyelle ou à la pause, elles sonnaient: huit œufs, j'en vois huit '. L's devant voyelle passait à la sonore correspondante z : sir, hommes, en touz étals. A la pause, s sonnait : je les vois tous. Les mots dont la iïnalese prononce ainsi sont aujourd'hui rares et exceptionnels. Jusqu'au xvi* siècle, c'était la règle générale.
Le Français moderne a rompu à cet égard avec la tradition. Aujourd'hui, si une consonne se Tait entendre, elle se fait entendre aussi devant consonne: un bec pointu comme un Ace acéré. Si elle est muette, elle reste muette à la pause -.je prendrai du sirop. Elle ne reparaît qu'en liaison, dans certains cas dont nous aurons à parler. Ce changement, qui est essentiel, qui a eu toutes sortes de conséquences pour la morphologie et la syntaxe françaises, et mérite d'être étudié en détail, a eu lieu au xvir siècle,
P. — Les derniers mots qui faisaient encore entendre p le laissèrent tomber : camp, champ, loup. II ne resta plus désormais que coup, drap, sirop, galop et trop, qui fussent terminés par un p final. Encore tout le monde ne s'y accordait point, et les prononciations cou, dra, siro, galo avaient leurs défenseurs (Th. , II, 123-4).
T. — Les Parisiens le laissaient tomber et disaient un gran po, aisse tou ? [un grand pot, est-ce tout ?). Toutefois, à la fin du siècle, les théoriciens étaient en majorité favorables à une restitution du t. 1-e Journal de l'abbé Choisi/ (291-2) montre nettement que le désir delà majorité de l'Académie était qu'on dît : dans un endroit, avec
I. Les noms de nombre un, deux, troia, viagl faisaienl encore sonner leur Bnalc autour de 1688, tout comme cin^, tix, sept, hait, neaf el dix. De lA peuL-ctrr l'usatie populaire : one, deaite, troiite, encore conservé. Quant è Ptngl, il est aussi Tréquemnient prouoncé ter que Vi.
20i HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE
éclaT. (Cf. Kegn. Desm., 58). Mais nous savon.s que, dès 1711, cette mode était passée. La règle de Régnier fut déclarée uo songe {Th., 11,94 et suiv.) '.
S. — Elle était devenue muette, et j'ai déjà dit les conséquences que sa clmle avait entraînées La formation du pluriel en avait été bouleversée, sinon en apparence, du moins en fait ; la conjugaison du verbe était également troublée -.