‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 81 sur 202 · I. Furcliâre Vicnl gtâ · texte numérisé non relu

I. Furcliâre Vicnl gtâ

Elles indiquent que le peuple avait toujours une répugnance naturelle aux hiatus, et que, pour les résoudre, il intercalait entre les deux voyelles une consonne : ^, z ou n, sans se soucier de l'ancienne consonne finale.

Si l'on essaye de se rendre compte des règles proposées par les grammfliriens, on voit d'abord qu'un certain nombre de locutions toutes faites ont naturellement gardé l'ancienne prononciation. Far définition, ces locutions conservent leur prononciation immuableaussi longtemps qu'elles existent ; ce sont des mots où l'on ne distingue plus les divers éléments. On fait la liaison dans : quant à nous (Ghifflet, Th., II, 89); au doigt et à Tceil (d'Aisy, Id., 92) ..de font en comble {Id., HO), sanc et eau (Id., 118), de clerc à maître (Id., 132), franc-alleu, franc archer, franc arbitre, franc étourdi, de franc étable, franc ivrogne (Id,, 131), etc.

Ces locutions mises à part, il y a quelques mots pour qui les grammairiens ont prescrit des règles particulières de liaison : Froid suivi de voyelle se prononce avec un / : froit horrible, froit orateur (De la Touche); de même sécant accident (Régnier, Th., II, HO) ; joug et sang, dans les mêmes conditions, se prononcent avec un k final : jouk insupportable (Hindrel) ; un sank impie (Régnier) ; de même long et rang : ce lonk amas d'aieux (Hindret), un rank élevé{DG la Touche, Th., II. 118).

P fait liaison dans les mots coup, trop, beaucoup, en style élevé : coup à faire (Hindret), trop attendu, beaucoup attendu (Chifflet, Th., 11,121).

Ailleurs il s'est fait un compromis entre l'ancien usage, où la consonne finale s'articulait avec la voyelle initiale de n'importe quel mot suivant et les tendances populaires récentes qui allaient à l'a miiissement général de la consonne. La date où ce fait s'est produit peut être fixée au second quart du xvii* siècle. En 162i, une grammaire anonyme déclare que taiil qu'on ne fait pas une pause, les mots doivent être liés les uns aux autres comme par une chaîne. En 16.o9, Chifilet professe que cette liaison n'a lieu entre deux mots que si le premier sert de régime ou de délerminatif au mot suivant ; adjectif devant un substantif, préposition devant le complément qu'elle introduit, verbe devant son complément direct, sujet devant le verbe. En 1687, Hindrel ri'pète et précise celte règle, qui est encore la nôtre (Th., II, 8).

C'est ainsi que désormais les déterminatifs du verbe qui, étant atones, précédent le verbe (pronom sujet, pronom complément), fout liaison avec le verbe et entre eux ; les déterminatifs

LES CONSONHKB FINALES

atones du nom (article, adjectifs pronominaux, noms dénombre, adjectifs), font de même liaison avec le nom qu'ils précèdent et entre

I. Leï consonnes muettes, prononcées en liaison, sont prononcées, les occlusivcH avec rarliculatinn sourdi:. p, I, k. le* conslriclives avec l'articula lion sonore i. r, les naMlcK en diinassliaaiiL la vuyclle prùcédenle. Mais Tînlluence de l'écriture a changé, au ivii* siècle, pour Ica voyelles nasales, cclU; prononciation traditionnelle.

Pour ces conRonneB, ta prononciation a été donble dèl le xvi* siècle. Le peuple foisait la liaison en dénasalisanl la voyelle ; les grammairiens sont en général tous d'avis qu'elle doit rester nasale.

Mon lecteur me saura gré sans doute de lui apporter, sur celte difllcilc question des liaisons, le témoignage explirite de Dsnjçeau : ■ Notre langue... suprimc dans la conversation l's des mots noui.fnus, nos, tfi, dant, l'f du motif, etc. elle les nuprime toujours devant une consone, et l'on prononce nous marchons, corne s'il y avoit nou ourchon, il ptrle conie s'il y avoit i parte, etc. elle les suprime même quelquefois devant des vnyéles dans irons nous A Pari*, l's ne se prononce point, et l'on prononce corne s'il y avoîL iron non k Pari. On ne prononce point non plus VI dans voit il anjonrdhai qu'on prononce corne s'il y avoit voit-i aojoardhai. Mais si un mol terminé par une de ces consones qu'on suprime, précède imediatement un autre mot, qui cnmance par une voyèlc cl avec qui il soit intimemant uni corne un pranom Personal avec son verbe, une préposition avec son nom, un adjectir avec son Hubsian- Ur, un adverbe avec son verbe ou avec son adjecUf, alors pour éviter le bAillemenl, on fait revivre la consone qui avoit été suprimée, par exemple l'i du pronom personel nom avoit élè suprimée dans noa» marchons, qu'on prononce noa marehon, el dans (roRS'flont à Paris, qu'on pronpnce iron-noo A Pari, céte s, on la fait revivre dans naos alont. parce que alons est le verbe du pronom pcrsoncl nous. Tout de même l's du pronom personel nous ne se prononce point dans fous rliles, dans parliréa-voat aajourilfini. mais elle se prononce dans tioin l'r^s, parce que ireS est le verbe du pronom personel cous : tout de même encore on fait revivre l'I de i[ dans il ezamt'ne. l's de danten ces mots dans A(enes. l's de grands dans de grandi homes, le I de fort dans fort arare, parce que examine est le verbe du pronom personel il ; que Alênes est le nom de la prjposition dans; que home* est le substantif de l'adjectif grand» ; que acare est l'adjecUF de l'adverbe fort. Le pronom personel est si intimemant uni avec son verbe que ces deus mots se prononcent sans aucun întervale entre deuB, et ainsi s'il y a quelque bftitlement, il est trop sensible, on ne le peut soufrir, el pour l'éviter, on fait revivre la consone '. Je dis la même chose de l'union intime, qui est entre la préposition et son nom, entre l'adjectif et son substantif, entre l'adverbe et son verbe, entre l'adverbe et son adjectif, cèle union intime qui fait qu'on prononce les mots sans aucun inlervale qui les sépare rendroil le bâillement trop sensible, et pour l'éviter on fait revivre la consone ■>.

> Si dans les cas dont nous venons de parler, les bftillemens qui arivcnl par la rencontre de deus voyèles, sont si in su portables, el qu'il soit vrai que nos voyélea sourdes soient de vraies voyèles, notre langue prendra le mÉme soin pour éviter les baillemcns qu'elles pouroienl causer. Voyous ce qui arive : Si le mot de on qui est un pronom personel indellni. se trouve devant un verbe qui comance par une voyélc, par exemple dans ces mots on apèle, et qu'on lui laisse sa prononciation ordinaire, it causera un bAillemenl. Pour l'éviter, il faut mètre une n entre on etapèle. et prononcer cnme s'il y avoit on napile. Si ce mot on avoit précédé une voyéle qui n'eût pas été c(>le de son verbe, on n'auroit point mis de n entre on et la voyèle : par exemple dans CCS mots ira- ('on .lajonrdhui. on précède la voyéle »ii ; mais Je prononce sans mettre une n avant aojourdhai, eljc laisse a on sa prononciation sourde telle qu'il l'auroil devant une consone. telle qu'il l'auroît par exemple dans ces mots on parle. Cs qjc j'ai dit du pronom on devant «on verbe, je le dis de l'adjectif bon, devant son substantif, dans ces mots bon enfant : du pronom possessif mon devant son substantif dans ces mots mon ami : de la pr.îpo»iLion en devant son nom dans ces mots en Alemagne : de l'adverbe bien devant son adjectif dans ces mots bien ,ipri] ; du même adverbe bien devant son verbe dans ces mots pour bien écrire. Dans tous ces cas les mots bon, mon, en, terminés par des voyèles sourdes se trouvent devant des mots tusquels ils sont étroitement unis, el qui comancenl par des voyèles. Céte union

S16 mSTOlRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

Voici comment un contemporain figure les liaisons dans cette phrase, Comme les espica vaides se dressent en haut, et les pleins se baissent, ainsi les ignorans et les présomptueux sont ailiers, mais les sages, modestes et humbles : Kunme lâs àpi vûide se dre^t an hoht I à là plin se bàfjt in'^i lâs injorans â là presentàô sunt altiehr j ma là saschà modests à ûnble (Kolhans, Gratnm. Gall., 86).

intime serre la prononciation, et rend le choc des voyéles sourdes avec les autres plus sansible, l'oreille ne le peut suporter, et pour l'Éviter elle a mis des n après le son de la vnyèlc sourde, et on a prononcé bon enfant, corne s'il y avoit eu bon nanfant ; mon >mi, corne s'il y avoit mort nami : en AUmi^nt corne s'il y avnit eu en nalemairne : bien »prU, corne s'il y «voit eu bitn naprit : poar bien écrire, come s'il y «voit eu ponr bUn néerire u (foaû de Granntai*re. 1700.43-51).

SPKCIMENS DE PHONONOATlOIfS FIGURÉES.

Nous avons quelques spécimens d'écriture phonétique qui peuvent donner une idée approximative de la prononciation d'une phrase au ivii* siècle : Les plus intéressantes et les plus précises sont certainement celles de Kohibans (Gram. Gall., Cobourg, 1667, p. 91 et suiv,). Voici son Notre Père (on comprendra facilement ses principes de notation '), en particulier les inflexions des voyelles là ^ e, i ^ œ, etc.). (Cf. les spécimens de Martin, donnés par Thurot, II, 7o7).

I Notr Pehr \ ki Asâ^jàh \ Tung Nung p>â ^angtifich. Tung ràngjô viàtii. Ta volungteh ^Jôl \ ingp ang la lârrô \ hiimnoh pâli. DunnÔnufohjchurdwi noir pjing kotidjing. Ae nu kilo no ddU \ kummoh^ nu là htungsa no dàtôhr. At >iô nusindwi puing-tang iangta^iuitg ; Ma nu dblivr du tnaling. Kara loà à là ràngjb \ à la pûi^an^ \ à la gloâr ajscbamâs \ Amén. (Gram. Gall., 92-3.)

II Djà a tellômangtâmé lô iimngdà \ ki a duntii ^img Fisûnikô \ afing ko kikunkô kroà-tang lui \ nà peri^ p'i'tg I mâ-sâ viStemellô. Kar djà na puing-langvâjé sung F(p oh mundô, pur kundan^ehr là munàà; mâ-fa fingkô là titundà soà sovi par lui. Ki hoâ-lang lui nà sbrâ puing kundangl : ma ki nà kraâ puin^t \ à dàjscbà kundangi : kari na puingt krà oh Nung dâ Fisûnikô dô Djfi.

III Ing^ konoâ là ^rf brmiô \ purscha^ng là frà dà- \ f'oh :

ingsi mung kôhr \ H ^uhpirà \ Sfingjbhr I aprà dà rûifoh Va tujfchuhr kriang \ ^wivang Lô graiig I là grang Diù vivang.

Ela I dungkô kan iiôrâ-^ \ Kàvârnhdb Djàlafap.

On traduirait très exactement les notations de Kolilhans en écriture phonétique moderne :

\. â={\à = a:el>—<:ok = ç;^ = »: s = Mtion de la voyelle qui pri;céiie ; ngj r= n ; jac

ÎIS HISTOIKE DE LA LANGUE FRANÇAISE

I. Nptr p(r, ki e^iyce, iô nô sut sàtifi(, tô reiue vim<x,la volôté sivefel, est à la ttrree \ kôino sitîl. Dânœ-nu^çjurdwi noir pè kotidyi, e mu ktlas no delœ I )iômçsi nu le kitô^a no detcer, t nœ nu\idvA pwètâ làlasw, mf nu âalivr du malè, cara Hue e lœ rems, e la puisàsœ e la gltoer ajames. Amfn.

II . Dyœ a telœmà lente lœ tnddce, ki a dônf sSfixunikœ afê hx kikùka hrwet3 lui, nœ perisœ pwl, me-^evieternellœ. Kar Dyœ na pv/1-tàvv.ey^ sa fis ç môdœ pur kôdàner la môdœ; me-iafêkœ lœ viôdœ stve sove par lut. Ki krwe-tà lui nœ sœrâ pwè kôdàné, mç ki nœ kruie pwêl, e déjà kàdSnf : kari na put kru o no du fiiunikœ dœ Dyœ.

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