CHAPITRE I LE LANGAGE A LA HODE. LA MODE DE LA PAUVRETÉ
Si la restitution de types généraux, destinés à représenter la langue ou les mœurs d'une époque, n'était pas chose téméraire et contraire à la méthode historique, rien ne serait plus facile que d'imaginer le » langage à la mode de la cour » suivant la formule de la Sn du siècle. Mieux vaut se reporter aux portraits qu'en ont fait les contemporains, de CaUières et Boursault, qui ont peint d'après nature. On se souviendra toutefois que ces portraits sont des charges ; les personnages sont trop complets, ils réunissent en eux trop de traits qui, dans la réalité, appartenaient à plusieurs.
Dans le langage courtisan, d'où étaient exclus tant d'autres termes, entraient, bien entendu, tous les noips des colifichets de la mode, des brimborions de la toilette, des divertissements dont on « régalait » une société. Mais cela était fort peu de chose; en outre, les marchands de la rue Saint-Denis, les simples fournisseurs connaissaient aussi : chenille ', culehule ', mousquetaire^.
1. Cheaille, au i>cns d'ornement de toilette, est Biicnalé par Bnursault [UoU à la mode, ac. 1&). — * Rich., Fur, A., Tti. Corn., A^. Je rappelle que danscc chapitre et ccai qui suivront * signifle : se trouve dans; © aiBnifie: manque i.
i. Cnlebute, ornement J« loilelte dont il est question dans Boursault (iWoIi A la mode, se. 15}. — Q tous les lexiques.
3. Moacqattaire se trouve aussi dans Boursault {Mots à tamode, se. l'i). —0 tous les lexiques.
boule-en~/r,iin '•, lalez-y -, jardinière ^, engageante^, guespe, papillon-', effrontée'^, passecaille '■ , etc...". Ils en vendaient.
Un homme de cour colportait aussi quelques néologismes, mais la mode n'y ét»it pas, et de telles audaces étaient mieux faites pour vous compromettre que pour vous recommander ; à un dinatoire ^, les railleurs répondaient par un croialoire '" ; à moins d'être un très ^rand seigneur, qui peut imposer ses usages, il était plus sage d'éviter le coup de griffe d'un La Bruvère ".
Les sots avaient d'autres moyens, leurs tarte à la crème, qu'ils répétaient à tout propos '". Nous connaissons quelques-uns de ces
1. fiou(e-en-lrain : Un beau nœuddebrillansilnnl le sein est saini, S'appelle un bonUen-trtin.oa bien un làle:-y. Et lc« hibilee i^enseti i^limologie, Trouvent que ces deux mntH onL beaucoup dY-net^ic (l)oursault,.lfora ^li mo(fe,<ic. la). — $ toua les lexiques
Le moL, que H.D.T. relève en 17al dans l'Encyclopiidie, est dans A* : On appelle ainsi un petit Oyseau qui sert à faire cliantcr le» autres et qu'on nomme autrement Tarin. Et ft)(ur<Jmont on appelle au-isi de la sorte dans 1c style Tamilier el bas, Un homme de plaisir qui exeite les autres et qui les met en ti-ain. 3. Voir le texte cité k la noie précédente. — Q tons les lexiques. 3. JarifimVre. Une longue cornette... D'une dentelle fine, et d'i-nvironundoipt, Est une jardinière (Bourseult. Jfo(« jl lit mode, se. 15; ; ef . Cest la défaite de» fontanges & plate couture : plu« de coilTures élevi^es ju»qiraui nues, plus de casques, plus de rayons, plu» de bourgogne, plu» de jardinière» (Siivijtné, X, 35). — Q tous les lexiques.
i. Engageante, Ces manière» italanlcs Laissant voir de heaui bra» ont le nom d'eagageanlet fBoursault, Moti h U mode. se. 15; ; C'est lui qui m'a apporté de Flandre les cornettes et les engagetntet que vous voycï. — Des cornettes et des engageante! .' Quand une lillc e»t prise par la tète et par le» bras, elle a bien de la peine âse dérendre (Heiinard et du Kresny, Iji Foire 5<-Germ«ift. a. I. se. M). —0 tous les lexiques. H. D. T. cite un exemple de S'-Evrcmoud et de plus relève 1c masculin en^affetnffruban porté par les jeunes filles prés du sein), dans fur.. l'OI.
i. Gaeipe, papillon. Ce qu'on nomme atyourd'hui guetpe* etpapillont. Ce sont les diamang du bout de nos poinçons, Qui. remuant toujours et jettant mille llimcs Paroissont volti|cer dans les cheveux des Dames ,Iloui-sau1t. Mois A la mode, se. 151 — Q tous les lexiques.
6. Effrontée. La eoélTure en arrière, et que l'un fait exprè» Pour laisser de l'oreille entrevoir le» attrais, Sentant la jeune folle, et la tétc éventée. Est ce que par le monde on appelle £ffron(ee.{Boui-»ault, MottàlaMoile.st:. 15], — o toustesleiiqucs. *?. Pviieeaille. Monsieur le Commandeur eroid, par exemple, qu'une PaêtecailU ne veut dire autre chose qu'un air de l'Opéra... Cependant une PflMecaiiie veut dire présentement un porte manchon (de CallièrcK. Mois i la mode, ISO-lj. — Q tous les
B. Voir Boursaiill, ilfofi li ta mode. 130-3. se. 15.
9. Dinaloire est un mot qu'alTecte la mii4c cl que raille de Caltières : il est heure dinatoire {Moti à la mmte. 92). — Q tous les lexique».