‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 84 sur 202 · LE LANGAGE A LA MODE. LA MODE DE LA PAUVRETÉ · texte numérisé non relu

LE LANGAGE A LA MODE. LA MODE DE LA PAUVRETÉ

n'usait point de ces affectations pour montrer quHl était d'un « gros relief <> *. Si sa conversation s'émaillait naturellement de

eipresiions comme ^ro5 seigneur (A. de B., /(e/I., 346) essaye de régler l'emploi dumnl: d'après lui, oa ne doit l'appliquer qu'A des choseH qu'on peut concevoir bous quelque imaRe matérielle, susceptible de grosseur ou de pelitesse. mais non pas aux pisaioni de l'Ame ou aux scnLimenU de l'espril (Critique. IDM-lli).

Ces critiques curent quelque elTel ; il y eut moins de gens à placer sans raison le not de gros partout ( Haute roclio. Bourg, de quxl., I, 5); ce fut Atre retardataire que l'employer dans un certain nombre de cas, comme on peut en juger par ce pas' sige de Boursault :

Je voua veux un grot mal d'une si ^roue absence.

Depuis quinze gror Jours ne m 'avoir point écrit I

Vous qui passez par tout pour un si gror esprit.

\ peine un groi Seigneur, que le rang autorise,

Se seroil-il permis celte gronte sotise.

— Quoi ! ma sœur, votre erreur dure jusqu'à présent!

Laissez mourir en paix un mot agonisant.

Hors chez quelques Laquais qu'il est en étalage

Kn aucun lieu du monde il n'est plus en usage.

Me trouver l'esprit gro$, c'est le trouver épais. A moins qu'un grot Seijfneur n'ait la taille fort grotte Est-il expression plus bizarre et plus fausse 1 Qui, Diable, a jamais dît depuis quinze i^roi jours? Ceux qui risquent ces mots pour leur faire avoir cours Devroienl être punis presque de même voye Que ceux qui font passer de la fausse monnoye. Gros est un mot proscrit, ma sceur.

(UoU à la mode, se. 6.] Para, ne donne que jouer grot jeu. Duil. un des grot de la ville. Fur. indique que le mot est quelquefois augmentatif : grot pcndard, A. et A ' notent que grot se dit de certaines choses pour marquer qu'elles «ont considérables. — El la plus-part des Citadins, autant les Grot, que les Gredins (Loret, 8 juin 1658, v, 8M4) ; Il fui, des plus Grot de la Ville, De beaux préiens gratifié (Id., 5 juil. 1659, v. 131-135); une bonne ^rroise demi heure (Mol.. VII, 342, Poorc, I, 2); Il faut que ce soit queuque gros, grot Monsieur (Id., V, lOfl. D. J., Il, 1| ; le Comte a-Uil du bien, Qui d'un grot équipage assure l'entretien (Ilauteroche. Bonrg. de quai.. III. 1); c'éloit un des gro» Seigneurs de la Cour qui le disojt (Baron, Rendei-voai, Prol., 10) ; une Bile. Pour enrichir un frère, en faire un g roi seigneur, Doit renoncer au monde (ttegnard, Dutrail. IV, 3); j'aime asseï ces yo» airs-U (Lesage, rurcarel, V, s] ; Quand on est. Monsieur, dans une aussi j^roMe considération... — Eh oiii. oUi, Madame. Grotte considération, voiU qui est bien, groste considération; mais parbleu cela est accablant (Palaprat, ImporUnl, 39). — Le mol s'employait aussi au sens de nombreux : la Cour y fut extrêmement grotte (M"*rleScudéry, tfafAii(fe,39u); il y avoit beaucoup d« duchesses, la cour fort jrosle (Sévigné, VIII, 411); vous voyez qu'avec une ai grotte famille on n'est pas sans embarras (Racine, VII, 172, Let.) ; Il void la Jua- Uce, en grmie compagnie (Dcspr.. Sa(. VHI, v. Î95).

I^ roi lui-même avait remarqué la vogue du mot. Brossette rapporte une réponse que Boileau lui fit, dans le temps qu'on employait le mot de grot au même sent que celui de grand. ■■ Le roi, dit-on, condamnoit le mauvais usage qu'on faisait de Gros, en le confondant ainsi avec Crand. Alors vous répondîtes que tant que la postérité sauroil les merveilles du Régne de Sa Majesté, on ne confondroit jamais Louis-le-Grand, avec Louis-le-Gros>>(L«t(.de Brossette i BoileBU.35 nov. 1706). Cf. • Dans le lems que l'alfcctation de substituer te mot de Gros k celui de Grand régnoil à Paris comme en quelques Provinces oii l'on dit un gros chagrin, pour un grand chagrin, le Roi lui demanda (A Boil.) ce qu'il pensoîl de cet usage : Je le conifanne, répondit-il, par ce qa'H g a bien de la différence entre Louii le Grot et Loait leGrand • (L. Rac, ^^^«.,178-9). 1. Aelit/ était i la mode au sens de richesse, grandeur, importance. De Calliéres

2H HISTOIRE DE LA LA^GUe FRANÇAISE

quelques expressioas qui rappelaient la Cour: il y a appartement ', il y a toilette ^, il fait jour chez M'"° X ^, elles y paraissaienl rarement, et ne pouvaient servir à caractériser son langage quotidien. Sans cela M. Jourdain eût vite appris à parler gentilhomme, et se serait trouvé bientôt au niveau ' de la Cour, si bien qu'on n'eût pu lui jeter sa roture au nez '■'. Mais la difficulté n'était pas là. Il ne s'agissait pas d'apprendre quelques douzaines de mots à employer, mais de savoir d'instinct et sans faute ceux qu'il ne fallait pas employer. Ce qui caractérisait l'homme qui avait un nom ", ce qui lui donnait un langage qui allait avec les grandes manières ", c'est le soin et l'art qu'il avait de choisir. Là se marquait la distinction véritable.

La langue de Cour, dans la deuxième moitié du xvii' siècle, ne se confondait plus absolument avec la langue littéraire, je l'ai dit plus haut, elle l'influençait toujours néanmoins ; et la vogue dont certains

met en scène un jeune comle qui parle du tc'^' relief den maisons noble* de France {Hoti 1 ta Mode. 1 li). — * A '. — Puis-je prendre un éponx à moins que de son chef, II ne soi l Noble, riche, et d'un jfrnt fleIie/'(Boursault, ISott à la mode, ne. I); tirer tout« sa sainteté et tout son relie/* de la r£|»4ation de son directeur (La Br., Il, 151).

1. ApparUmeat, On dit it y a sp/iarfement pour dire qu'il y a une réception dans l'apparlëmcnt du roi. On disait de même : il y a caFial (cercle) (de CallièreB, Ifolii U ifnrfe, 1, 33, 31)— *KuP., A,, A' ; L. cite S'- Si mon.

2. Toilette. On disait : il y h eu toiUlle pour dire que la Cour avait vu la Reine k ■a toilette (de Calliérea, OB et suiv.). Q tous les lexiques.

3. Joar, De Callières approuve l'expression : il n'est pas encore joar chci le roi (Mots à U Mode, lï). — * Diiit, : il n'est pas encore ;'our au Louvre, façon de parler qui, de même que les riches etolTes et les belles modes s'introduit peu i peu jusques dans les maisons des Partisans, Fur , A'. — Mais. Monsieur, pensei-voua qu'il soit jnurchez Lucrèce ï[Coru., IV, 1S9, Méat., v. 1080) ; Ho ! quelqu'un ! Fait-il jour chei la belle Amarante 7 (Boursault, Porir. du Peintre, se. 1).

l. Niveaa. L'emploi fî^niré du mot est relevé par Boursault: Je voudrois bien bçbvoir «i Monsieur Pouasineau, Peut jamais, quoi qu'il fasse, iire à notre niveau (Jfoti i i» Mode, ac. i). — Il n'y a que dans A ' que l'on trouve : ït est de niceaa avec les plus honncsies gens. — Quelle horrible peine à un homme qui est sans prôneurs et sans cabale... de venir au nive.io d'un fat qui est en crédit (La Br.. I.lbl).

5. Nés. L'expression Jeter au nei, au sens de reprocher, est si[;nalée comme étant à la mode (de C^allières. Mott k la Mode, 53). o Pom., Uuit., G. Mie^e; * Hich.. Fur,, A-, A<, — Cest un étrange fait du soin que vous prenez A me venir toujours jeter mon ige au nei (Mol., Il, 36Î, Ee. des m»rit, v. 57-S81.

S. Nom ^avoir un — ), De Callières met l'expression dans la bouche d'un néologue de la cour, pour dire être bien n& [Mois à la mode, 8 . — * Rich,, A. et A ' donnent avoir un nom dans les lettres, et aussi l'expression voisine ; s'acquérir un nom dans la içucrre. — Cf. Polyeucte a du nom et sort du sang des rois (Corn., III, b06. Pot., V. 120).

7, Maniéret {petites, —j Les femmes de la villen'ontJBmBis les bons airs des femmes de ta Cour... ce sont de petites manières (de Gallière», Mois il la mode, 10). — Babel reproche i Monsieur Josse ses pe/i/es manière» (Boursault, Mois à la mode. se. 11. — * Hich. — S'il n'a pas les grandes mantires, il a au moins toutes les ped'tes (La Br., l. 331). — On dit A la Courct dans le beau monde, il a des manières agréables... il a quelque chose de rude dans sa ni.iniere, etc. (Buuh,, Enfr., 93 et Itosaet, o. c, 104),

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