‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 121 sur 259 · GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS

Or, par la faute de la graphie traditionnelle, telle que nous l'avons décrite, ces deux formes ne sont pas identiques, l'une n'est pas, comme elle devrait l'être, la figuration de l'autre, et dès lors, elles vont entrer en concurrence. La phonétique du français n'évoluera plus librement, elle sera contenue, quelquefois ramenée en arrière par l'influence orthographique ; mais comme, malgré tout, elle ne saurait être complètement contrainte, il résultera de la lutte entre ses mouvements propres et les poussées artificielles qui s'y opposent toutes sortes d'inconséquences et d'exceptions.

En outre, la masse des mots savants introduits dans l'usage avec leurs consonances toutes latines exerce des effets analogiques qui dérangent l'évolution des mots populaires : des modes même, déterminées par l'influence de certains groupes, telle la mode italienne, concourent au même effet. Enfin les prescriptions doctrinales, quoique moins importantes qu'au siècle suivant, viennent à la traverse de l'évolution spontanée. Pour toutes ces raisons, le mot de phonétique, qui éveille l'idée de règles constantes et inconscientes, convient assez mal aux transformations qui vont survenir; et le titre d'Histoire de la prononciation me paraît, malgré l'avis de Gaston Paris, aussi bien approprié à un temps où la phonétique n'a plus qu'une part dans le développement des sons, et où se mêlent, comme dans l'histoire, l'effet des grandes causes générales et le produit de la volonté consciente des hommes.

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