H APRÈS MUETTE
La tendance à l'apocope, qui se remarque encore aujourd'hui dans le parler populaire, existe déjà au xvi* siècle; elle est même probablement antérieure. Elle fait dire non seulement not' père, mais une lèf une lettre), c'est dire qu'elle n'atteint pas seulement les proclitiques.
Aucun grammairien du temps ne la note ni ne la censure, mais elle se trouve indiquée par Rob. Estienne pour quelques mots où le groupe est précédé de r : marte, meurte, et pour deux autres : pampe, vive (vivre) (Thur., o. c, II, 278).
Elle était certainement déjà répandue. Le J. B. P. écrit rue de la Calende (263), une sallemande [salamandre, 13 et 76) '. Diane de Poitiers écrit vostre proupe seur [Let., LXII, p. 110). Marguerite de Navarre Time paillarde et ardre [Dern. po., p. 89).
l. Cf. du même merquedy (126, 87) à côté de mercredi.
Histoire de la langue française, II. 18
R> Z. — Une réduction spéciale avait aussi atteint Vr intervocalique, qui en arrive à se confondre avec z.
On a souvent parlé à ce propos d'airectation et de mode. Le phénomène est trop général pour être susceptible de cette explication. On le retrouve hors de Paris, dans tout le Centre et jusqu'à Vézelay. Et d'autre part, il ne s'est pas produit chez les g-ens qui faisaient la « gorre », mais dans le menu peuple, chez les commères. C'est sans doute un accident survenu à la consonne r alors dentale, c'est-à-dire prononcée avec les organes dans une position toute voisine de celle qui donne naissance à / dentale ou à d. On sait que l'échange de z et de r s'est produit fréquemment dans d'autres langues (latin, provençal, etc.).
Tous les observateurs, de Barcley et Tory à Godard, Erasme, Palsgrave, Sylvius, Bovelles, Pillot, H. Estienne, Bèze, Cauchie, ont noté cette faute commune : mon mazy, mon pesé, et ainsi de suite (Thur., o. c, II, 274-273).
La faute inverse, qui consistait à dire mon courin^ la rairon, se faisait également, mais elle paraît avoir été moins répandue *.
Il y a là-dessus quelques facéties qui ont été imprimées et qu'on trouve citées partout^: Madame, je vous rayme tan, May ne le dite pa pourtant, Les musailles ont de-rozeille . . .
Vers 1620, il ne restait, dans la langue de la bonne compagnie, de cette prononciation que le doublet chaire, chaise. S'est-elle éteinte naturellement, par le déplacement physiologique de r? A-t-elle, sous l'influence des grammairiens, été considérée comme appartenant aux patois du Centre ? Ce serait alors un bel exemple des entraves apportées au libre développement phonétique par les influences personnelles et littéraires. Or j'inclinerais assez à le croire, étant donné que cette confusion se retrouve à chaque ligne dans les textes populaires du XVII' siècle rassemblés par Nisard {Lancfarje popul. de Par.).
CONSONNES MOUILLÉES. — Le groupe (jn provenant de gn latin se prononçait à. Cependant Palsgrave excepte de cette règle signe, règne, et les mots qui 'en proviennent. Pour le mot digne, il admet du reste ailleurs la prononeintion dine^ (Thur., o. c, II, 345).
1. I.c J. li. /'. appcllf le S' (If la (iiiitimsc ,\l. de h (iruplure. p. .)
2. L'amanl. ilesponrueu de mm esperil escriini.int ,i su m.i/c. X'oiiLint parler le courlimtn, avec lu Hesponce de la dame (.1. poes. franc, des W* et \VI* s., pur Monlui- ^Inn, V, 127 cl Huiv.i. On trouve aussi In même pit-ce <lnns In pliiparl des l'fiilinns de .Mnrol. .le la citerai souh le nom do Epiulre du beau /ilx de Paris.
.1. Thiirol a-t-il donné ho sijj^nilîcalion vérilul)le au lémoif;nafire de Pal8(^ra%°c ? O gn que demande l'nls^ruve doit 61 re moins, il me semble. le ;/n que nous Taisons entendre dans (jnnsluitie c(u'une sorte de nasalisation avec i-ësonance de In consonne, qucl(|uc <lnmc d'imidojjuc OU premier y d'àtYYtXoî. C'est ainsi, sans doute. (|n'on pro-
Les théoriciens sont en complet désaccord à ce sujet.
Meigret écrit anhiao, mais S'- Liens aneau i agneau j ; Sebilet autorise à rimer règne et chesne (32 v*).
De même pour digne et signe. Pasquier ne croit pas cjn'ils se prononcent jamais sans le g i^ lisez : par n non mouillé i. H. Estienne voit au contraire dans la prononciation par n une sotte aifectation (Thur., o. c.,II, 348).
L'hésitation s'étend bien entendu aux composés : résine et resigne, sinifîe et signifie. Les féminins de malin et bénin sont en igné ou ine^. Montchrestien rimera encore nialine et orpheline ^Œuv.,
L examen des rimes met cette confusion en évidence :
maligne : marine (Mar., III, 263) ; bénigne : cuysine (Id., I, 246) bénigne: divine (Id., I, 98); bénigne: fe me n ine [Id., IL 207) signes : clandestines (Id., III, 260) ; signes: voisines (Id., III, 228) signes : fines (Id., I, 34) ; assigne : médecine (Id., III, 1 3) \Je resigne je me détermine (Id., II, 65); j'assigne: gesine (Id., II, 200) dignes: espines (Id., III, 184); digne: celestine (Id., II, 70) dignes: courtines (Id., III, 255) ; condigne : maroiine (Id., I, 213) ; iline (digne) : divine (Tahur. , II, 28, son. |34) ; digne : quon digne Coll.. Œur., 105); médecine : maline (Passer., I, 108); rechine : mine [Chans. hug., 180); ruine: digne (ib., 122); esgratigne : poupine [Farce à IV pers., 440-441, p. 146).
Turene : règne (S*-Gel., II, 168) ; règne : chayne (Id., III, 232).
i alterne aussi toujours avec /, à la médiale [Jaillir et Jalir, bouillie et boulie) mais surtout après la tonique (Thur., o. c, II, 301-307), la prononciation par / simple étant favorisée à la fois par les dialectes gascon et lorrain-champenois.
11 n'y a rien d'étonnant à ce que Marguerite de Navarre rime gentille : mille : on prononce mife [Dern. po., 435). Mais on trouve stile : postule (Coll., Œuo., p. i6) ; cf. inutiles: quilles (BeU., La Reconn., a. v, se. m, A. th. fr., IV, 423) ; gentile: inutile (Passer., 1,6).
seul: recueil (Jod., Eug.. a. ii, se. m. .4. th. fr., IV, 38); ieul : feul [Coll. ,œuv., p. 188).
içait en latin, et alors on s'expliquerait très bien le témoignag^e de Scali^r qui eproche aux Français de faire entendre mannas au lieu de magnas. Il ne dit pas qu'on
>nonçât manas. On comprend très bien, si l'on admet celle théorie, la confusion Une et diqne.