‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 143 sur 259 · FÉMININ DES ADJECTIFS · texte numérisé non relu

FÉMININ DES ADJECTIFS

Le XVI'' siècle voit d'abord s'achever la réduction des anciens adjectifs épicènes à la forme : bon^ bonne. Dès le début du siècle, même des grammairiens attardés, comme Palsgrave, acceptent l'assimilation pour la plupart des adjectifs qui, autrefois, n'avaient eu qu'une forme commune aux deux genres, celle du masculin.

ADJECTIFS VENUS DE LATIN A LIS, ELIS, ILIS. — Les adjectifs en al font désormais leur féminin en al (ou aile). Palsgrave lui-même (164) ' considère comme une irrégularité la forme lihcraiilx, qu'il trouve chez J. Lemaire. Il ne survit guère que la formule lettres royaux^ conservée par la chancellerie jusqu'à la Révolution ; ajoutons-y quelques rares exemples : royal promesse (Mar., Ep. au Roy pour succéder en lestât de son père, I, 204)'-.

Le type de même origine, mais populaire, en el, paraît un peu plus en retard. Palsgrave demande eZ au féminin quand le substantif suit : vne cruel défense (297) ; lui-même écrit las de corporelz besoignes (430); il étend cette règle à tel^ quel (297, 365). Mais les grammairiens postérieurs, comme Gauchie, qui mentionnent ces formes, les considèrent comme des archaïsmes, ou les expliquent par une élision analogue à eV pour elle (1370, 37); H. Estienne est si loin d'autoriser ces formes qu'il fait une remarque pour blâmer grue/' quelle soit {Hyp., 98).

Les exemples en e sont innombrables : cruelle (Mar., II, 85, 180; III. 260); éternelle {\d., II, 201); immortelle {\d., II, 180); telle (Id., I, 123; II, 188; III, 233), etc..

Pourtant les ormes en el sont assez fré(juentes. On peut iiH-mc so (leniander s'il faut une apostrophe partout où les éditeurs

1. C'cHl une rèKie pour PnlsK>*'>vc que l'acljcclir placé devant le substantif n'est pus traite comme celui qui e.*l tlcrrii're.

2. Y a-l-il apocope de <• dan« cet exemple, comme dans libéral' planetle (Mar., Il, MOs: virtfinal' nohlenne f\d., III, 195)? (]'e»t probable, car Marol n partout la forme .1, .■ hn'il.ilr II :i) : dticnle (II, H7); egnlen (III, 202); fatale [Ul, 137), etc., etc.

FORMES DU SUBSTANTIF ET DE l'aDJECTIF 283

modernes l'ont mise : telz œuiires (Lem. de B., III, 106); teV figure (Mar., III, 169); telV paincture (Id., II, 217); tel persécution (Id., I, 8i) ; teV doulceur (Id., I, 56); teV roydeur (Id., III, 205); tel hardiesse (Id., III, 246); teV chose (Id., III, 170); teV peine (Id., II, 65); teV faulte (Id., III, 142); tel craincte violente (Id., III, 176); teV prière (Id., III, 195) ; tel vertu (Id., I, 14) ; a teV secousse (Id., III, 181); quelV mouche (Id., III, 93); quelV pitié (Id., I, 275); quelV ioye (Id., I, 205), etc.. Pourtant, dans la plupart des cas, il semble bien qu'on ait affaire à une forme apocopée, par licence métrique.

Les adjectifs venus de ilis ont presque tous un féminin distinct, sauf dans le composé gentil- femme , qui échappe aux règles ordinaires de la morphologie (Lem. de Belges, Ill.,\. I, ch. 48, h. 7r'*; H. Est.. Hyp., 154; cf. Mont., Ess., 1. I, ch. 1, t. I, p. 5).

Ex. : les Dryades gentilles (Lem. de Belges, III., I. I, ch. 3.3, f. 8 r"); gentille : inutile (Dolet, II Enf., 12); gentile (Seal., Let., 311).

VERT. — Sauf l'expression : donner la cotte vert, le féminin est verte. Palsgrave a relevé dans J. Lemaire sur l'herbe vert (299). De tels exemples sont rares (cf. Vescorce vert, Mar., III, 219).

Au contraire, verte est courant (Mar., I, 14, 15, 28, 72, 142 ; IL 113, 166; III, 8, 220, 241, 242)».

GRAND. — Grand est le plus fidèle à l'ancienne forme. Palsgrave pose encore en règle que devant le substantif la forme est grant (296 et 299), et lui-même manque peu souvent à sa règle (cependant 469 : sa grande gourmandise). Une règle si absolue ne correspond pas à l'usage du temps, et on ne la retrouve chez aucun autre grammairien. Sebilet veut mettre l'apostrophe (.4. poét., 20 v"). Meigret néglige la question, mais ceux qui en parlent, comme Cauchie, ou IL Estienne, ne considèrent plus grand que comme une forme élidée. par conséquent anormale (Cauch., éd. 1570, 210, et H. F.st., Hyp., 98). D'autres, comme Pillot, nedonnent plus que des expressions isolées : de grand abondance (87 r°). Dès le milieu du siècle, pour les théoriciens, la forme normale est grande.

Les textes paraissent concorder avec les témoignages des grammairiens; dès le commencement du siècle, on y trouve d'innombrables exemples de la forme grande, ainsi chez Marot, I, 14, 36, 91, 09, 117, 136, 167, 201, 220, 257, 272, 277; II, 86, 97, 98, 109, 116, 133, 139, 147, 156, 157, 171, 179, 228; III, 16, 32, 40,

I. Verde se rencontre aussi fréquemment : J. R. P.. 191. S'-Gel.. II, 134. Rab., t. I, 45. Forcadel, p. 40, v. 24.

64, 88, 110, 154, 174, 183, 206, 207, 213, 240, 2o0, 262, etc. Rabelais, Ganj.^ ch. IV, t. I, 19, ib.^ ch. VI, t. I, p. 26; Marg-. de Nav., Dern. po., 389, f» 2 V ; Marc/, de la Marc/., IV, 164 ; Gorroz., Hecat., p. 75, 95; Dolet, Gest. de Fr. de V., p. 44, 11, 34, 19, 51 ; Id., Man. de trad., 5, 13, 8, 33, 36; Farce de II jeunes feni., 120; J. B. P., 8, 10, 12, 13, 16, 20, 22, 25, 38, 56, 60, 86, etc.

Toutefois les formes grand et grande alternent souvent dans un même texte et dans une même phrase : Ou de César la grande confiance^ Ou de Françoys la grand' fidélité (Mar., II, 110 ; cf. I, 220); estait grand pitié [J. B. P., 116); grande pitié (i/)., 122); lequel... y feit grand brèche, sans bailler assault toutesfoys. Dedans la ville estait pour le Roy le .seigneur ... Cappitaine de grande vigilance, et prudence (Dolet, Gest. de Fr. de V., p. 41).

Et quand l'adjectif est devant, la forme grand ou grand' est très fréquente. A défaut de statistique je donnerai une liste à peu près complète des exemples fournis par Marot (j'y supprime les apostrophes modernes) :

A, Au singulier : grand affaire (III, 200) ; grand alleure i^I, i3) ; grand angoisse (III, 213); grand année (I, 186); grand ardeur (III, 254) ; grand audace (I, 192) ; grand baleine (III, 215) ; grand beauté (I, 22; II, 82, 117, 184, 189, 234, 236; 111,256); grand beste I, 155); grand bonté (I, 10, 214; II, 94); grand cerinionie (^11, 83 ; III, 176); grand chaleur (II, 78) ; grandcité {II, 80 ; III, 242); grand closture (I, 41 ; III, 124) ; grand croix (11,74) ; grand cruaulte (II, 157); grand cure (II, 86; III, 19i, 239); grand desloyauté (III, 107); grand destresse (II, 130, 175); grand deuotion (II, 147); grand dignité {l, [Hd)-Jgrand doulceur (I, 109, 20i; III, 224); grand douleur (I, 120; II, 175, 178) ; grand durée (II, 200); grand efficasse (I, 109) ; grand erre (I, 132; III, 147, 212, 232, 242); grand faveur (III, 223) ; grand fille (III, 156); grand finesse {l,'3ï); grand flamme {II, 159; III, 170); grand folie {l, 216); grand forest (II, 76); grand forfaicture (II, 102); grand fortune (I, 162; III, 147); grand foyson (I, 143, 240); grand fueille ^I, 212); grand galère {l, 282); grand grâce (III, 11 i); grand hardiesse (III, 240); grand haullcur (I, 166; III, 135); grand ignorance {l, 124); grand ire (III, 218); grand ieunesse {{l,^i)\ grand ioye (I, 11, 50, 62, 167; II, 98; III, 182); grand langueur (II, 175); grand laschotc (I, 177); grand letanie {\, 180); grand liesse ( 1 , 1 82 ; 1 1 , 1 26) ; grand loyaulté (II, 1 6 1 ) ; grand lueur (III, 215); grand lumière (I, 68, 10); grand médecine {lll, 13); grand mélancolie (I, 246); grand mer (III, 37, 175, 258); grand mère

FORMES DU SUBSTANTIF ET DE l' ADJECTIF 285

(III, 177) ; grand merueille (I, 228 ; II, 220, III, 7) ; grand miséricorde (1, 78) ; grand monstre (III, 189) ; grand montaigne (III, 188) ; grand montée (III, 202) : grand noblesse (II, 97); grand nue (1,233 : III, 16, 148\; grand œaure (III, 63); grand ordre (I, \d3): grand oubliance (I, 203) ; grand onltrance (I, 161) : grand paour (I, 193) ; r/rand parenté (I, 33) ; grand part (I, 88, 213: II, 93; III, 125, 173) ; grand partie (I, 10) ; grand passion (1, 121) ; grand peine (I, 43, 192 II. 104, 139, 171, 189; III, 57, 199, 206, 224); grand perfection

II, 145); grand perplexité (II, 88); grand persécution (II, 119): grand perte ; II, 219); grand peur (I, 55, 281); grand pitié (I, 178, 222: III. 18, 22. 97, 264): grand plaine (II, 71); grand planté (III, 161): grand pompe (II, 229); grand poursuy te (I, 277); grand practique (1,193: III, 61); grand préférence (I, 110); grand prouesse [H, 185); grand puissance (I, 119); grand quantité [llly 129): grand recepte (I, 31); grand recompense (I, 180); grand renommée (II. 113) ; grand resplendissance (III, 211) ; grand richesse (III, 147); grand rigueur [l, SS); grand sagesse (I, 15; II, 184); grand science (III, 33); grand serpente (III, 210); grand seruitude [\, il^)\ grand simplesse[\\, 61,184;III,31): grand soif{lj 76, 133); fjrand souffrance {W, 225); grand Tartarie (I, 132); grand terreur

I. 143): grand tétine (III, 34); grand ^oar(III, 2^1) \ grand troupe I, 112); grand valeur (1, 33, 237); grand value (I, 178; III,

223): grand vapeur (III, 216): grand vertu (I, 33, 143; II, 118);

grand vigueur [W, 156: III, 241).

B. Au pluriel : Grans Alpes Çill, 213) ; grans approches (III, 74) ;

fjrans audaces fil, 192); grans bragues (II, 63); grans brasses

III. 173); grands chaines fl, 16): grans clameurs (III, 220); fjrans consolations (I, 20) ; grands courts (I, 60) ; grands daines

III. 140): grans douleurs (I, 173); grans eaux (III, 161, 173): grans foretz (II. 224); grans guerres \\\, 224); grans ion- 'hees (I, o9); grans iournees (I, 28); grans liesses (II, 160); grans matières (I, 33) ; grans mers (III, 138, 171 ) ; grans plaines ( I, 234 ; III. 190^: grans praeries (I, 179); grans richesses il y 2iG); grans riuieres (I, 173); grans roches fl, 235); grans vndes (II, 68; III, 260 1; grans vertus flll, 8); grans villes (III, 212).

La grande masse des exemples est fournie par des phrases où

frand se trouve devant le nom ; il y en a cependant quelques-uns

>ù il est derrière :

une amytié Qui nest pas si grand* la moytié (Mar., I, 34); la

frand Si/monne ou Symonne la grand Id., I, 109); en gueulle

irawV rechinee (Id.. III. 226); les barres grans et lees (Id., III,

286 HisroiRK bE la langue française

209) ; les vmbres grands (ex. douteux, parce que ombre peut être masculin, Id., III, 126).

Quelquefois grartd est devant, mais ne précède pas immédiatement le substantif: après mes grands et louables victoires (Mar., 111,136); les grans et longues pompes (Id., III, 187); les grans froides montaignes (Id., I, 218), de si grans et tant d'autres richesses (Id., III, 206).

Comparez : la grand place (Rab., Garg., ch. xxvi, t. I, 100) ; les grands eaulx (Id., /A., ch. Lviii, 209); les grans rydes (Coll., 122); grans guerres (Seyss., Success. d'Alex., 14 r°) ; par ma grand' perseuerance [Marg. de la Marg., IV, 13o); grandz torches {Heptam., 517); sa grand blancheur (S. -Gel., I, 103 ; cf. I, 61, etc., II, 100) ; grand's faueurs (Id., II, 119); la grand Barbe [J. B. P., 10); a grand ioye {Ih., 75, 77, 85); la plus grand' part {Ib., 93); grand sagesse (Corroz., Hecat., p. 39); grand ire (Id., //>., p. 50); grand raison (Id., ib., p. 37); sa grand fragilité (Id., ib., p. 33); en grand desplaisance (Id., ib., p. 22); grand nuysance (Id., ib., 12) : grand rigueur (Id., ib., p. 59) ; grand' bonté (Dolet, Man. d. trad., 27); vne grand lettre (Id. , ib., 23) ; grand' démonstration (Id. ib., 14); grand véhémence (Id., ib., 23); grand vertu (Id., ib., 15, et Gest. de Fr. de V., p. 10).

Ces exemples se continuent jusqu'à la tin du siècle : si grand' resistence (La Boet., OEuv., 17-18y ; eurent grand' guerre (H. YjS,i.,Apol., II, 63) ; une fort grand' larronnesse (Du Bart., Sem., éd. 1591 , 14) ; cette grand clarté (Id., ib., 40); grand semonce (d'Aub., Œuv., II, 275).

Toutefois, à cette époque grande l'a emporté, sauf dans quelques locutions, sur le nombre desquelles les grammairiens ergoteront, depuis Malherbe jusqu'au règne de l'Académie '. Deimier paraît, à cet égard, en retard sur son temps; il accepte encore: il a de grands richesses {Acad., 177).

AUTRES FÉMININS. — Les comparatifs peuvent être considérés comme ayant pris dès le siècle précédent Ve du féminin. Les contradictions de Palsgrave à ce sujet n'ont aucune importance (72, 295 . Tous les grammairiens sont d'accord (Pillot, 12 r", Garnier, 12, Meurier, Br. inst., 41 v°. Gauchie, 1576, 107). Si on trouve dans Marot la mer Maiour, c'est une sorte de nom propre, qui est ailleurs, par exemple chez Louis Le Uoy, Vie. , 45 v, cité par Beckor •'.

I. Dans ces locutions, on voit du reste l'e du féminin s'introduire nu.ss. grande /n(t^(ViKor, .Serm. Cath., \\); a (franne point (Hab.,t. l, 26); e n grande pctiif {S*l. Men.,bâ); la royne mère ou grande mere(Ib., 17).

3. Cependant meilleur est cher. Lcm. de Uciges : Cuydanl mon deuil a meilleur couleur teindre {Templ. Ven., Œuv., III. 103).

Pour les adjectifs participes en ant, voir au participe.

Turc a encore souvent l'ancienne forme turquoise (Palm. Gayet, Chron. sept., p. 20, col. 1. Cf. ville turquesque (ib.). Gauchie, 1570, 65, blâme turcquesse. Il veut turque ou turquesque. En 1576, ce grammairien n'a plus que turque (24).

Grec fait déjà le plus ordinairement son féminin en grecque : grecques naufz (Pel. du M., Od., OEuv., Or"): Helaine grecque (Mar., 1, 123. Cf. III, 154); grecque poix [Lespl., Prompt., il). Cf. Du Bel., De/f., passim.

L'orthographe greque est dans Meurier (31 v"), mais Cauchie donne greque et grecque (1570, 65, 1576, 94). Hamus a grecque (64).

RÉACTION DU TYPE QUI N'AVAIT Ë QU'AU FÉMININ SUR LES ADJECTIFS QUI AVAIENT E AUX DEUX GENRES

Tous les adjectifs à forme unique sans e ayant à peu près disparu, l'adjectif français apparut de plus en plus comme un mot à double forme dont la caractéristique est la présence d'un e au féminin, et l'absence de ce même e au masculin. Dès lors, l'analogie amena fréquemment dans les textes la suppression de l'e là où il existait au masculin, suppression d autant plus facile que, ainsi que nous l'avons vu dans la phonétique, l'amuissement croissant de e rendait la confusion presque insensible.

ADJECTIFS EX IQUE. — On pourrait croire que Palsgrave est de parti pris quand il réclame au masculin mirifiq plutôt que mirifique, s il n'avait pris soin de nous rapporter les exemples analogues qu'il trouvait chez Lemaire (303) : bellicq, bucolicq, diabolicq, gallicq, mathematicq, mirificq., olimpicq, publicq, sophysticq, iirannicq. Lui-même, bien entendu, est loin d'adopter uniformément ce système, et il écrit à peu près 20 fois ique pour 2 fois icq. Néanmoins ni lui ni .1. Lemaire n'ont inventé cet ic, icq qui n'est pas non plus un pur latinisme. On le trouve dans les textes : art poëtic (Pasq., Rech., liv. VU, ch. 5,t. I, p. 700 A); ecclesiastics (Id., ib., liv. VIII, ch. 13, t. I,p. 787 A); rustics (Rivaud., 180). Et l'on sait (ombien les hésitations de la langue moderne ont été longues pour quelques-uns : hébraïque, laïque, publique. Au xvi^, l'usage me paraît être en général d'écrire par que : angelique (Mar., III, 6); erratique (Mont., 1. III, ch. 11, t. VI, p. 266); ethicque Mar., III, 241); fantastique (Id., I, 288; Mont., 1. I, ch. 4, t. I, j> 2" ; laïque (Vigor, Serm. rath., 61); mélancolique (Mar., I,

2SS)\ poétique (Id , III, 12) ; praticque : traficque (F. Hab., Voyage, B6r«); publique (Sylv., haq., 70; Mar., I, 79, 171; S'-Gelais, II, 141; III, 183; Gord., Corr. serm. em., 328 B, 384 G; Dolet, IIEnf., 84 H. ; Chans. hug., 114 ; Mont., 1. 1, ch. 35, t. II, p. 159 ; 1, II, ch. 12, t. IV, p. 131)1 . pudique (Mar., III, 6) ; rusticque (Pel. du M., V. lyr., 66 v°).

ADJECTIFS EN KLLE. — Pour cette catégorie, c'est à peine si l'on peut signaler quelques reformations analogiques, par exemple celle de salle au masculin: sa/ (Du Wez, 917), et, dans la série en e/, celle de fidel, rebel. Palsgrave condamne formellement rebelle chez Octovien de S'-Gelais (298) : fiers taureaux rebelles, qui « en prose serait incongru » (cf. 322, 681). Gauchie 'donne une forme fidel (1570, 77) ; cette forme se retrouve dans les textes : un fidel conseil (Lar., Fid., a. i, se. ii, A. th. fr.. VI, 312; Brant., Vies des gr. cap., V, 125) ; mais elle est rare.

ADJECTIFS EN ILE. — Ici, au contraire, les exemples de masculins sans e se multiplient. Non seulement en face de débile, inutyle, habyle, on trouve chez Palsgrave : agil (322); facil (311); infertil (305); senil (305); soubtil (312, 325); viril (318); mais ces formes ou leurs analogues se rencontrent assez abondamment chez les écrivains : inutil (Gorroz., Hecat., 5); inutilz (Mar.,

I, 86) ; versatil (B. An., Lyon march., B. V, r°) ; viril (Dolet, Gesi. de Fr. de V., 53); viril: faut-il [io A., Eug., a. m, se. ii, A. th. fr., IV, 53); fertils (Forcad., p. 9, v. 3, p. 11, v, 1); imbecil, inutil (Bons., V, 72, M.-L. ; cf. Du Vair, 406, 6) ; seruil (Jod., II, 216, M.-L.) ; steril (Dorât, 17); vtil (Gello, Circé, 127); infertil (Du Bart.,Sem., éd. 1591, 54).

C'est en souvenir de cet usage que, au xvii* siècle, Deimier déclarera qa'inutils ne peut rimer avec abortis, comme chez Ronsard. « On les couchoit ainsi autrefois, vtils, inutils, sterils. » Mais maintenant il faut tousiours e (Acad., 206). Toutefois les formes en e sont les plus communes : Agile{MRT., III, 186); facile[là., II, 135); fertile (Id., II, 225); habile [U., II, 64; cf. III, 186); hostile (Id., II, 81); humilc{\A.,

II, 135); inutile (Id., II, 225); mobile (Id., II, %{); puérile [U., II, 82) ; Gf. virile (Rab., Garg., t. I, ch. 3, I, 16 : et LaBoet., 113, 62); débile (Mont., 1. I, ch. 9, t. I, p. 40); indebile (Id., 1. III, ch. 5, t. V, p. 294); puérile (Id., 1. III, ch. 5, t. VI, p. 40) ; w/o (Id., 1. II, ch. 11, t. III, p. 166 ;1. m, ch. 2, t. V, p. 197; 1. IIl,

1. Cependnnl publiq' {Dm Bel., Deff., Il, 5, 233, ëd. Cham.).

FORMES DU SUBSTA3mF ET DE L ADJECTIF - .

ch. 13, t. VII, p. 58; Chans. hug., 8); ville (Coll., GEuo., 256); versatile (Mont., 1, 111, ch. 13, t. VII, p. 76, n. 2)».

AUTRES ADJECTIFS. — Soit chez les grammairiens, soit chez les auteurs, on trouve un certain nombre d'autres adjectifs antérieurement terminés par un e muet au masculin et qui Font perdu :

Debonair fPalsg., 317); indigest (Mont., 1. 111, ch. 13, t. VII, p. 69); yoi/ Pals^., 313, 322); sublim (Id., 315); lied (Id., 293)*.

Pour l'extension inverse, on peut citer saave : sain et saune (Pillot, 64 r*); leurs corps et biens saulues [J. B. P., 145); caduque (Mont., liv. II, ch. 2, t. 111, p. 21 ; ib., ch. 12, t. III, p. 188); décrépite (Id., 1. I, ch. 20, t. 1, p. 114; 1. II, ch. 12, t. IV, p. 162) ; fortuite{\à., 1. 11, ch. 12, 1. 111, p. 176; ib., t. IV, p. 96; L UI, ch. 5, t. VI,p. 9); inquiète (Id., 1. 111, ch. 12, t. VI, p. 273); promiscue (Id., 1. I, ch. 56, t. 11, p. 294); proclive (Id., 1. II, ch. 8, t. III, p. %). A perplexj qui est dans Marot, 1, 136, perplexe tend à se substituer : « perplex... alii commune sub e faciunt » (Gauchie, 1576, 95).

Page 1