‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 168 sur 259 · LE T DE LA CONJUGAISON INTERROGATIVE · texte numérisé non relu

LE T DE LA CONJUGAISON INTERROGATIVE

Au XVI® siècle, t parait s'être définitivement étendu à tous les verbes non terminés par un < à la 3^ personne et placés devant le pronom.

En vieux français on disait : dort il? boit il? chantent ils?chantoit il? chanterait H?, etc., mais aime il, aima il, dira il, depuis le temps où le t final s'était amui.

Au xv** siècle, il y a encore beaucoup de vers où l'élision montre le maintien de cette prononciation : Pour qui amasse il ? Pour les siens (Vill., G. Test., p. 92, éd. Jann.). <( Me semble il pas » dit il a sa seruante (Baude, Vers, p. 31) ? Le premier vers est un octosyllabe, le second un décasyllabe. Il n'y a donc aucun doute. De même, dans la Ballade des Proverbes (Vill., 117, éd. Jann.) : Tant ayme on chien qu'on le nourrist... Tant garde on fruict qu'il se pourrist... Tant tarde on quon fault a V emprise; Tant se haste on que mal aduient; Tant embrasse on que chet la prise; Tant cric Von Noël qu'il vient. (Quelquefois a est de même élidé : direlle [Chans. XV^, p. 13)).

Au XVI®, cette élision apparaîtra bientôt comme une licence poétique •. Tous les grammairiens sont d'accord pour reconnaître l'existence d'un t. Sylvius, dans sa manie de latiniseur, ajoute le / à toutes les formes ; aimèt, aimât, Timèrat (133-134). Peletier déclare que ce serait ridicule d'écrire t, mais qu'il se prononce [Dial., o7). Belleau le rencontrant dans un vers de Ronsard : at elle pris sa race? (I, 183, M.-L.), dit que le t est là pour éviter la cacophonie (Cf. Du Bel., II, i66 et 367, note 137); Gauchie (éd. de 1S70, 36-7, éd. de 1576, 65) et H. Estienne le trouvent élégant et avantageux pour l'euphonie [Hyp., 72).

Bèze (40) lui consacre un passage curieux, où il rappelle l'ancien / de la conjugaison primitive : aimerat, aimât. Chez Maupas, il n'y a plus trace de la prononciation sans t ^.

1. On la trouve encore dans Lem. de Bclf^es : La récite on d'inuention sapphique.. {Templ. Ven., III, 112, Stech.).

2. Cf. sur l'origine de ce l, Romania, 1877, p. 138 et suiv. Il est fort probable que

Les poètes prennent également de bonne heure l'habitude de tenir compte du t.

Ou trouue-t-on que les Apostres saincts... [Ch. huff., H3); Pour quoy leur Dieu les souffre ï7 esc/aues ? (Rivaud., 104, décasyl.).

Baïf l'écrit, PSrkoç le pçruçrs blasfémant dedans son keur De Dieu dirat-il (Baïf, Psaut., 327-328) ; Par mégarde le peuple mien manjet il kome leur pein? (Id., ib., 442).

Le / manque dans la plupart des textes du temps, et les impressions plus modernes ont souvent respecté l'habitude du xvi* siècle : Et le iour dura il vn moys? (Lar., Les Esh., a. ii, se. v, A. th. fr., IV, 265) ; Pourquoy empêche il que le Boy valeureux [Ch. de 1590, Ler. de L., II, 503); Que reste il plus (Du Vair, 381, 21); Ce désir insatiable d'apprendre... ne nous témoigne il pas le semblable ?{là., 410, 26).

Des éditeurs ont au contraire rétabli le t, il convient de ne point s'y fier : Y a-t-il rien (S^-Gel., I, 277) ; Quantes fois nia-t-elle donné (Jod., Eug., a. i, se. m, A. th. fr., IV, 21) ; que vous en semble t-il, ma femme (Bel., La Becon., a. iii, se. i\,A. th. fr., IV, 390) ; sime fache-t-il bien qu il faut (Id., ib., a. i, se. i, ib., IV, 345) ; encore passa-t-on plus outre (Pasq., Rech., 1. VIII, ch. 13, t. I, p. 786"^).

Il y a peut-être plus de fonds à faire sur les exemples de Nicolas de Troyes : quel mal a-t-il fait {Par., 208) ; ny a-t-il point de reconfort [ib., 245) ; A-t-il esté icy [ib., 265); combien y a-t-il plus de terme? [ib., 136).

Ramus va plus loin que les autres grammairiens, et marque le t dans esl-ce-t-il? (159). Ce serait alors la première apparition du ti devenu particule interrogative détachée du verbe et s'ajoutant dans la langue moderne à toutes les personnes : Je suis-ti heureuse *.

Devant on le t s'introduit également. Car Du Wez disait qu'on prononçait pourran (900). Mais Meigret (75) est d'avis qu'on doit employer Von pour lequel on dit sans raison pourra-t-on.

Von est, cela va sans dire, la forme des textes. Et verra ion (Mar., I, 65) ; trouue Von point (Id., I, 78) ; que veult Von (Id., I,

l'explicalion analogique telle que l'a donnée là G. Paria est la bonne. Il faut tenir compte toutefois de ce fait que dans toutes les provinces l'usage s'était conservé de dire t7 val a. l'éi/lise. Uni eslé; les erreurs de certains (i^rammairicns A ce sujet prouvent qu'à Paris même cette manière de parler était usuelle (Thur., o. c. II, 241).

1. Kn tous cas, pas trace de t-il derrière voici et voilà : Voilà pas vn heâu fondement {Vi(çor, Serm. (•alh.,\\) ; Mais ne voici pas <jrand pitié {Grev., Les Hsh., a. ii, ne. IV, A. th. fr., IV', p. 202) ; Voyla pas gentileinenl exprimer le son de la chalemie (Tabour., liig., 160r»). Ne voila-t-il pas est cité, mais n'est pas reçu parOudin. en 1615, p. 208, « car voy est seconde personne de l'impératif, qui ne se peut rapporter a i7, qui est vn (sic) troisième ». Mais cette condamnation montre que la forme est vivante désormais.

167); tient Von (Id., III, 218) ; icy void Von (Marg. de Nav., Dern. />o.,40t)i.

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