FORMES DU PARFAIT
EXTE^SIO^ DU PARFAIT EN 1. — L'ancienne langue avait formé, à la 1" conjugaison, dans les verbes terminés au radical par une palatale, des parfaits en i : tu pochis (Dial. animae et rationis, Romania, 1876, 287); encarqui (J. Bodel, Jeu de S^-Nicolas, 1360); obiuji [Renard le Nouvel, 6750).
Dans le cours du xV et du xvi" siècle, la langue offre des exemples de ces parfaits : j'engagis {Farce de f. Bob., 70, Picot, Sot., I, 24ii:
1. raiini»»ion$ fail horraur à Sebilel : <• Tu pourrois auoir aulremenl le niicus compose qu'il scroil possible, s'il l'csloit auonu d'nuoir dit Caimixsions... ton papier ne seroit estime bon a autre chose cju'n cnuelopor tlu bourre ou a cncorneter d«# eapices <>{A. poét., 37 r").
mengit [ib., 140; ib.. 247). En outre ces parfaits sont étendus par analogie à des verbes de la 1"^* conjugaison, où la flexion n'est précédée ni de j, ni de ch : iamais tu ne hantis homme (Nie. de Tr., Par., 69) ; ne montistes vous iamais sur luy (Id., ib., i44); comment te trouuis-tu (Id., ib., 261) ; ie luy demandis s'il auoit presché {FaTel, Aux relig. de S^-Claire, 1527, autogr., Henn., C, II, 66 ; cf. commencis (ib., 69). Marot l'emploie une fois exceptionnellement : dont me trouuiz au large (I, 114, Dit du baladin). Les chansons populaires ont très souvent cette forme : le premier qui entrit dedans (Chans. de 15^1 , Ler. de L., II, 84); regardant par la fenestre Vn courrier par la passit [Chans. sur Pavie, 1525, Ler. de L., II, 93); pas plus tost dit la parolle. Que monsieur de Guise arriuy (ib., II, 94); puis le bon duc du May ne, Qui chargit la cuysine Au sieur de Chastillon [Chans. de 1587, Ler. de L., 404) ; et V empereur de Romme S'en allit droict a Gand (Chans. de io39, ib., II, 125) ; si ie le dict iamais Si iamais len parlis (Chans. sur le duel de Jarnac, Ler. de L., II, 187); a la seconde fois Les iarretz lui coupit [ib., II, 188); chacun s' allit coucher [Funer. du duc de Guise, 1563, Ch. hug.^ 256).
Les grammairiens paraissent s'être attachés à arrêter ce mouvement : Palsgrave condamnait déjà les donismes, enfermismes d Alain Chartier (393) *. Sylvius les accepte en déclarant « ratione non carent » (126). Mais Robert Estienne (41) considère la forme en i comme secondaire; Ramus (84), comme vulgaire. D'autres sont plus sévères, dont Meigret, qui estime que çymy « n'a jamais été paisible possesseur de ce temps » ; c'est, selon lui, le pouvoir de la grammaire de faire triompher la forme régulière contre les formes alimes, frapimes, çhassimes, donimes, çymimes, procédées d'erreur et d'ignorance 86 r° et \°). Pillot ne mentionne pas les formes en i (26 r" et 27 r"). Gauchie donne ie frappy comme une faute grave (1570, 126). Au xvu* siècle encore. M"® de Gournaj déclare que : lallis, ie donnis, ie bailly, s'entend chez les « aigrettes » et les (( mignards » de la cour (0., 604).
La satire s'en mêla. UEpître du beau fils de Paris a toute une série de parfaits en / ; C'est au iardin : mon peze entry, D'avantuze me rencontry Auprès de vous, et si i'avoy, Touriou l yeu dessu vostre voy, Laquelle me sembly depuy Aussy claize que Viau de puy. Et ainsi de suite : vous commensite, racheuite, marchiste, etc. Aussi à la fin du siècle, les Gascons seuls parlaient ainsi, par exemple
1. Il l'emploie cepeDdant (547), en traduisant une phrase anglaise : il Uusommyt. Histoire de U langue française, II SX
Montluc, qui ne dit guère autrement : ie demeuris {Let., i37, V. 27); ie nen enduris (Let,, 217, ib., 190). C'est si bien un paysanisme qu'il donne lieu h un calembour grivois fondé sur la prononciation gasconne dans les Serées de Bouchet {I, 129) '.
Inversement, on trouve dans les conjugaisons des parfaits en ay : celuy qui en auoit la clef ouura l'huys (Nie. de Tr., Par., 32); len couuray trois ou quatre cent pièces d'esmail (Paliss., 312). Mais cette confusion est beaucoup moins fréquente, et comme H. Estienne Ta remarqué, elle ne s'étend guère en dehors de la 1 ''*' personne -.
ARENT ET ERENT. — La 3'' personne du pluriel de la l""" conjugaison est en arent, suivant Sylvius, de même suivant Sebilet [A. poet., 34 r°), et aussi Garnier (47, qui donne cependant, p. 60, aimèrent). Abel Mathieu, au contraire, dit que quelques-uns, qui veulent suivre le son d'à au dernier ordre de cette variation (conjugaison) sont « contre l'vsage des mieulx enseignés en langage francoys » (26 v°-27 r"). Gauchie tient la forme arent pour une ineptie (1576, p. 160). Ramus (84) et Lentulus (70) conjuguent k la moderne.
Erent triomphait donc chez les théoriciens, sauf chez de Laudun d'Aigaliers, qui donnait encore ils aimarent comme forme normale (1. I, ch. 10, p. 32). Dans les textes, arent est commun au commencement du siècle : ceulx du pays accordarent (Bayart, Let. or., Loy. Serv., p. 462) ; quelcques sergents qui auec nous soupparent Et le matin aux prisons se trouuarent (Dolet, // Enf., 10); et le tuarent a la fin (Id., ib., 86); nentrarent point en celle terre {Ch. hug., LXXX); tombarcnt {ib., 224, 14, autour de 1562).
Ghez Du Bellay, il est intéressant de signaler que les formes en arent, constantes en 1549, disparaissent de la Deffence en 1557 voir éd. Gham., Pref., XII).
A la fin du siècle, c'est un franc gasconisme. Il est courant chez Brantôme : et se presentarent, tous lui conscillarent (Or. Cap., V, 104); s'aduisarent, sauuarent, donnarent {ih., 105).
D'Aubigné, Tallemant, tout le monde s'en moquait. Toutefois,
1. « Il n'y a pas long tems qu'vn homme et vne femme tombèrent en dispute s'il fulloit dire tomba ou lomhit : celuy qui contestoit c(»ntre elle, tcnoit résolument que tomba est bien meilleur, elle luy rcpliquoil a tous les coups, c'est vostre opinion, mais quand a moy i'aimorois mieux lombit. »
2. « Ut i'.illi, ie bailli, ie mandi, dicitur pro i'allay, ie baillay, ie manday, ita vice versa ie cueillay et ie recueillay, i'escrivay, ie renday, ie venday, pro ie cueilli, et ie recueilli, Ceacriui, ie rendi, ie vendi. Sed hic reciprocus (ut ila dicam) crror potius in prima persona quàm in scounda et tertia commiltitur. Siquidcm multorum aurci qui diccnt, i'etcrivay, ie venday, abhorrebunt tamcn ab his tcrtiis peraonis : il têcrina, il venda » (H. Ksticnnc, llyp., lOS).
il faut avoir présent k l'esprit ce que nous avons dit (p. 249) de la confusion de a et de e devant r. Elle explique ici la tendance à garder l'a des autres personnes : il ne devait pas y avoir grande différence de son.
youvEAUX PARFAITS E\ US. — Aux autres conjugaisons, il y a toujours une certaine hésitation entre les passés en m et les passés en lis. Ces derniers, fortifiés par l'analogie des participes, empiètent.
Vequit est encore vivant : Meigret le donne seul, à l'exclusion de vécut (90 r") ; de même Pillot (44 r»), Gauchie (1570, 160). Mais déjà Palsgrave mettait à côté l'un de l'autre vesquis et vécus (396, 612). Vesquit est commun dans Marotfll, 227, 238): dans Rabelais (I, 78, 191 K dans le /. B. P. (78j ; dans Marg. de Navarre, {Dern. po., 222) : dansLaBoetie(p. 85, 1. 44); dans Montaigne (1. II, eh. 35, t. V, 97), etc. Maison commence à trouver vescut iH. Est., ApoL, II, 103).
De même, il tyssut (Mar., II, 81); ie cousu (de Laud. d'Aig., .4. po.. I. 10, p. 35). Meigret ne donne que cette dernière forme, 90 \^, et Gauchie, 1576, p. 199, la préfère aussi. Volsis, étendu k toutes les personnes, est un gasconisme, fréquent chez Montluc. La forme ordinaire est désormais en us : voulus ' .