VERBES QUI DEVIENNENT DÉFEGTIFS
Un certain nombre de verbes ne résistent pas à cette épreuve, et, incapables, faute de vitalité, d'unifier leurs radicaux, deviennent défectifs. Alors, et c'est chose qui est arrivée à toutes les époques modernes, le verbe embarrasse, on ne l'emploie plus qu'à certains temps ou modes de formes invariables et connues, ou même il devient peu à peu complètement inusité.
Restent ainsi un certain temps à l'état d'unipersonnels : il affiert i, il appert-.
Les grammairiens semblent de bonne heure enclins à faire aussi douloir unipersonnel. Palsgrave (419) le conjugue, mais il déclare que ie me cleuls est rare, on dit plutôt : il me deult. Il ne donne (420) que les 3®* personnes du singulier et du pluriel (cf. au contraire 725). Meigret (78 r" v°) et Gauchie (1576, p. 182) sont seuls à conjuguer douloir à toutes les personnes. Sylvius (138), Rob. Estienne (p. 54) et Ramus (1572, 95-97) le déclarent unipersonnel'^. Mais les textes donnent des exemples des autres personnes : ie ne dueil (Coll., OEuv., 109) ; que ie me deulle (S*-Gel., I, 100) ; ie me deulx 1, 67. Cf. Jod., Eug., a. i, se. i, A. th. fr., IV, 46); tu te deulx (Mar., III, 99, 196); si ie me deulx (Du Bel., I, 99); sans que t^en doulusses (Baïf, V, 22); se ainsi est que vous vous douliez (Lem. de Belg., 1524, ///., II, 6, b. 3r«).
Chaloir est tout à fait réduit à l'état d'unipersonnel. Tous les
1. Pals},'rave le conjujçue encore (413 et 447). Ailleurs (434 et 447) il ne donne que il affiert et ils affierent. Ce pluriel est aussi dans Marot (III, 153). Maupas lils donnera un imparfait, mais analogique, il affieroit (163K, p. 250).
2. Marot employait encore le subjonctif qu'il appere (II, 143, III, 79, 203). Sylvius (137) et Gauchie (1576, p. 183, 203) conjuguent encore le simple parotr. II. Estienne (Diai., II, 290) explique appere : il signifie apparaisse.
3. Au futur, Meigret h«5site entre deiildrey, deulerey etdeulrey (93 V). Palsgrave donnait il doulera (^420), Hob. Est. etliamus, il deuillera {loc. cit.). Maupas (2b9) a de même : deuillera, Bernhard (99) et Duval (236) ont deurray.
Noter au présent la forme analogique : quest-ce qui luy deuilt le plus? (Cord., Corr. serm. em., 286 A).
grammairiens le donnent pour tel : de même pour les textes. Le futur même est incertain. Rob, Estienne (53) donne chaura, Maupas (259) : chaud ra.
Il loisi perd tout autre temps que l'imparfait loisoit (Maup., p. 259) et le subjonctif il loise (Mont. 1. I,ch. 43, t. II, p. 222, cf. Vauqucl., A. po., 1. II, v. 3) 1.
Ferir demeure personnel, mais défectif ; Palsgrave mentionne fierons] R. Estienne conjug-ue en entier l'indicatif présent, de même Gauchie (1576, 176); mais Meigret dit que l'usage n'a pas donné à ce verbe le pluriel du présent (84 r° et 85 r"), qu'au reste, il n'est en usage que chez les poètes (92 r°). Ramus (113) a fierons-. Meigret cite ferir au parfait : ie feris (92 r°) ; Gauchie donne ce même passé, et le futur ie ferirai (176). H. Estienne garde il ferit [Dial., II, 40). Rabelais a employé /erir à l'indicatif présent : ferissent (1. V, ch, 23, t. III, 88), au conditionnel : feriroit (1. III, ch. 31, t. II, 152), au parfait : /er«/ [Garg., ch. 38, t. I, 142, cf. ib., 159, 162). Ronsard ace même parfait, ferut[l\\, 120 et VI, 164 Bl.). Nicolas de Troyes emploie ferit [Par., 47). Mais tu fiers, imprimé par Baïf, en 1552, dans les Amours de Meline, a été remplacé dans les éditions postérieures par tu mors (I, 79 et 407, note 70, M.-L.).
Souloir est donné au futur par Palsgrave : souldray (438j. Mais en fait, le verl)e n'a guère, en dehors de l'infinitif, que l'imparfait. G'est l'avis de Rob. Estienne (56), de J. Garnier 84), de Gauchie (1570, p. 146, et 1576, p. 182), de Ramus (91). Je ne trouve, en effet, pas trace des autres temps dans les textes ^.
Saillir. Palsgrave conjugue : ie sauls, nous saillons, ie saillis, iay sailly, ie sailliray, que ie saille, que ie saillisse (606, 719; cf. 492, où le futur est ie sailleray).
Sylvius a aussi : g-è sîiul (14, 89); de même Rob. Estienne : ie sau, nous saillons (67), et Ramus (113). Mais Meigret conteste le singulier pour lequel on emploie saoter (83 v°). Et Gauchie, en 1576 (175), observe aussi qu'on remplace ces formes par les correspondantes de sauter''.
Marot employait encore sailloient : ceux de nostre village snil-