I . L'édition Lcfranc donne descouvre
Mouuoir, quoique régulier jusqu'aujourd'hui, a incliné à prendre des formes irrég^lières en ou : ie meuue et ie mouue (Palsgr., 635; cf. Sylvius, 138, Rob. Est., 55, et Ramus, 93) ; chez Marot : mouuent : approuuent (III, 169).
Onurer fait également : lœuure et lonure : lœuure (Paisgr., 560: Gauchie, 1576, p. 29. Oeuiire me paraît la forme ordinaire dans les textes Mar., II, 131 ; Jod., II, 153).
Plorer. Palsgrave fait l'alternance : ie pleure : ie plouroye (394) ; Sylvius dit : g-è plorè vel pleuré (H6 ,; Gauchie : pleurer ei plourer 1570, p. 12 ; Lentulus a encore : lai ploré (93).
Les textes se contredisent. Ainsi, Marot : Passans, ne pleurez point, Plorer ne vient a poinct De ceste dame bonne (II, 237).
Les formes modernes sont très nombreuses chez lui : pleurer
I. 161, 16i; II, •1\^, pleurant (III, 219., /)/e«re (II, '2U), pleurez
II, 76, 9L 143, 2ii), pleurons (II, 115), pleura (III, 233, 242). De même, à plus forte raison, dans les textes ultérieurs. Pouuoir est encore régulier. A noter au xvi^ siècle une tendance
à employer des formes en e : peuoit Marg. de Xav., Dern. po., 190) et peuent, Lefèv. d'Et., Pref. des Euangiles; ce sont sans doute des graphies pour eu (œ). Gf. Hz recepuent{ï{ah.,Garg.,ch. 31,t. I.p. 116).
Prouuer. Peu de témoignages décisifs. R. Estienne accepte approuue, Lanoue le met à côté de apreuue. De même pour esprouue et espreuue voir Thur , o. c, I, 455-t56j. H. Estienne préfère prouuer à preuuer [Hyp., 35).
Les vieilles formes se rencontrent pendant toute la première partie (lu siècle : il espreuue : neufue (Mar., II, 112); s'espreuue : treuue ^Id., I, 70 ; ils preuuent (Farel, Trad. d'un mand., 1527, Herm., C, II, 56); tu epreuues \^Du Bel., De/f., II, 1, éd. Gham., p. 315. Gf. S'-Gel., III, 205).
Gependant on trouve : approuue : reprouue (Mar., I, 86); il psprouue (Gorroz., Hecat., Le vaincueur, p. 73 ; esprouue : trouue Pelet., CEuv., 31r<>)i.
Secourir. Palsgrave (394) condamne sequeure^ qu'il a lu dans A. Ghartier. On trouve quelques exemples de cette forme. Ainsi sequeure: demeure ,Mar., II, 122) ; sans que nul sequeure Xostre infirmité [Ch. hug., 47).
Souffrir. Meigret donne encore //' seufret = ils souffrent (55 r", cf. un exemple 53 v**). Rob. Estienne : il souffre, uel seuffre (67); cf. Gauchie, 1570, p. 138, et 1576, p. 175.
I. Le substantifa souvent la forme proaae^Dolel,//£ii/'., 39). Cf. eerUiné esprttuu^ l'elet. Ûb'u».,2b v»).
Hutoire de 2a Ungue fr»nçaùe, IL 13
Les formes en eu ne sont pas rares: il seuffre (Mar., III, 191; Amad., I, f" VI r°) ; ilz seufrent (Meigr , Off. de Cic, 20 et 4o).
Mais souffre est partout: souffre! (Mar., II, 117); ilz souffrent (Id., III, 206), ie souffre (Rivaud,, 77; Gello, Circé, 1S7), etc.
Trouuer. L'alternance est encore observée par Palsgrave ; mais Peletier (97) constate qu'on dit aussi souvent trouue que trcuuc. Rob. Estienne donne ie trouue. Tabourot et Lanoue acceptent les deux. Je ne vois guère qu'un grammairien qui ne mentionne pas treuue. C'est Meurier, 12 v° ; encore est-ce peut-être par oubli plus que par doctrine.
Chez Marot, il y a en foule des exemples de treuue. Mais aussi de ie trouue, II, 154 ; tu trouues, III, 73; il trouue, II, 1o6; ils trouuent,
I, 94, etc., etc. Cf. : ie trouue, Loy. Serv., 294; S'-Gel., I, 289, II, 146; Lespl., Prompt., 74; prouue : trouue (Dolet, II Enf., 37; Paliss., 15)1.
Il y a aussi des exemples de l'analogie inverse : treuua (Mar., III, 247); treuuer (Nie. de Troyes, Par., 203); /rewue(Id., ib., 77).
Florir. Aux verbes précédents, quoiqu'il ne s'agisse pas de balancement d'accent, je rattacherai fleurir, qui est sous l'influence de fleur.
Palsgrave donne fleurir, 458; de même Lanoue. Au contraire, Sylvius : flourir (29) ; cf. R. Estienne (93). Tabourot [Dict.]. Gauchie admet également flourir et fleurir (1570, p. 12).
La forme florit se trouve. Ainsi dans Marot (I, 71 ; cf. : florissant,
II, 230); /?ori, Rab., Prol. du 1. V,t. III, 5 : florissent, Du Bel., 1,59, 118, 197; II, 152; Rons., V, 297, M.-L. ; florit, Pasquier, Rcch., 1. VII, ch. 5, t. I, p. 701 A.
Mais les formes en eu sont de beaucoup les plus fréquentes. Ainsi chez Marot fleur issans {\, 13, 133; II, 61, 85, 98; III, 188); il fleur ist[\\, {^\); fleurira {\, 78), etc.. fleurir {Ta\\\XT., II, 192); fleurissante (Forcad., Opusc, 2, v. 8).
VERBES EN DRE. — Paindre, plaindre, attaindre, poindre abandonnent les formes en d : paindons. Tous les grammairiens (Palsgrave, 651, Meigret, 82 r", Pillot, 44 r», Rob. Estienne, 62, Ramus, 105) sont pour les formes en gn : paignons.
Cependant on trouve encore pnindanf (Mar., II, 120); paindcz (Id., I, 84); Pourquoy donc vous plaindcz-vous (Lar., Le Fid., a. i, 8C. V, A. th. fr., VI, 326); Vienne quelquvn qui de noir atrameni
1. Ajoutons qu'on Irouvc quelquefois Dou/en/ Hiil). <»',ir7 . .-li M.\. I.p II-- l'.lri. Gfl. Fr. de V., 32).
Tainde mon corps{Lem. de Belges, P'^Ep. de VA. vert, OEuv., 111,5),
Mais ce sont des formes qui s'en vont. Les formes en ffn (n) sont partout: ne paignez plus (Mar., III, 42); le iour poignoit (Tahur., II, p. 11, son. 9), etc.^
Pondre. Palsgrave donne nous ponnons (601). Tous les autres grammairiens hésitent entre ponnons et Dondons (Rob. Estienne, 62, Meigret, 82 r"); Gauchie (1376, 199) est plus favorable h ponnons, ez. De même Ramus (107-1 09) 2,
Cf. : le gros lingot d'or qu'elle ponnoit (Nie. de Troyes, Par., 38); Alcyones...qui... ponnent et esclouent leurs petits (Rab., 1. V, ch. 6, t. III, 26, le Lexique de M.-L. l'attribue à un prétendu verbe ponner); leurs nids, ou ils ponnent (Bell., I, 247, M.-L. Même erreur au Lexique).
Semondre. Les grammairiens donnent semonons. Ramus seul, qui est Picard, tient pouT se mondons (105), comme ailleurs pour enfreindons.
Cf. : Nature le semonoit (Lem. de Belg., ///., ch. 43, h 6 v*»); mais si tu veulx que d'aymer te semonne : Symonne (Mar., I, 115); Bacbuc les semonnoit (Rab., 1. V, ch. 47, t. III, 228) ; Qui d'elle mesme en s'eleuant semonne : hessonne {Hons., I, 122, M.-L.).
Soudre. Palsgrave donne nous soûlons (438), Meigret, soluons (mais il mentionne soudons, 81 v**) ; Robert Estienne soudons et soluons (62, cf. Ramus, 107); Cauchie accepte soluons en mentionnant soudons (1570, p. 159).
Cf. : Que les dieux absoullent (Lem. de B., ///., II, 5, b. II r°) ; dissoudant (Paliss., 62); Vvn les confessait et absouloit (Rab., Sciom., III, 408) ; resoulons le différent (Id., 1. IV, Prol., t. II, 262).
ALTERNANCES L, L ; N, N. — Les formes palatalisées envahissent les autres ou inversement; et cet échange est à coup sûr favorisé en certains cas par la tendance qui pousse à confondre t et l, n et n, après certaines voyelles. V. à la Phonétique, p. 274.
Cueillir. Cueult existe encore. S'on ne les cueult (Mar., II, 86); le laboureur... Cueult le fruict (Baïf, II, 129); Oncueult... la fleur (Rons., III, 432, M.-L.); elle cueult sur la branche (Forcad., p. 20, V. 26; cf. p. 15. v. 7).
Mais cueille est fréquent: lors qu'on cueille ladicte herbe (Rab., 11,235).
1. J'ai trouvé atleinse dans une chanson : Les enuoie attaquer Par Monseigneur de Vince, Afin qu'il les atleinse [Ch. de 1587, Ler. de L., II, 405).
2. Les hésitations sont les mêmes pour les participes passés ponu et pondu, responu et respondn (cf. Meigr.,91 r").
356 HlSlOIRt; DE LA LA.NGUE FRANÇAISli
Falloir. Dans falloir, les actions sont réciproques : ie fail n'existe à peu près plus, c'est ic faux (Nie. de Troyes, Par., 24; Rivaud., 89;Rab., Garg., ch. 19, t. I, 72; Pant., ch. 31, t. I, 371,M.-L.). Valoir. le vail a aussi partout cédé à ievaux (Paisgr., 431, 440, Du Wez, 931, Sylvius, 89, 137, Meigret, 78 v», Rob. Estienne, 5G, Gauchie, 1570, 146, Ramus, 93).
Vouloir. Pour ie veuil, il n'en est pas de même. Marot emploie toujours ie veux, sauf une fois, dans la Préface de ï Adolescence Clémentine. Cf. : Nie. de Troyes, Par., 5o, 220; Dolet, Man. de irad., 3, 13, Gest. de Fr. de Val., 9; Pasq., Rech., 1. VII, ch. 6, t. I, p. 708 A., etc.
Mais vueil n'est pas rare : ie ne vueil (Lem. de Belg., ///., II, 5, b 2 r**) ; ie nen vueil point (Loy. Serv., 294); ie vueil (Marg. de Nav., Dern. po., 38 ; S'-Gel., II, 140; Tahur., II, 0, son. 1 ; Gello, Circé, 111, 116, et souv. ; Forcad.,p. 28, v. 15, p. 24, v. 7, etc.).
Les grammairiens montrent les progrès faits par la forme analogique.
Paisgrave dit ie vueil ou ie veulx (104, cf. 448, 617); Rob. Estienne (56-57) n*a que ie vueil', de même Ramus (95). Meigret au contraire se prononce pour ie veux (78 r°); Pillot est indécis (51 r"). De même Gauchie (1570, p. 149); mais en 1576 (p. 183-4), il a changé d'avis, il signale ie vueil, mais n'admet plus que ^e veu.
Au commencement du xvii'' siècle, Soulatius (30), Maupas (257) acceptent encore les deux formes. G'est Maupas fils qui rejettera définitivement ie vueil en 1638 (p. 238).
Les formes du subjonctif où la liquide est mouillée par le // se conservent cependant, et agissent sur le radical tonique ou atone de l'indicatif. Ainsi : ne la vueillent car ne scauent lanoncer (Briçonn., Let., Werm., C, I, 186).
Falloir est particulièrement atteint en raison de l'influence de faillir, avec lequel il se confond au présent ; peu s'en faillit (Loy. Serv., 346) entraîne il le faillit aller coucher (Nie. de Troyes, Par.. 261) ; désirant plus qu'il ne luy failloit (Mar., I, 124) ; Pour entrer faillut que me courbasse (Id., I, 50) ; il failloit cercher [Marg. de la M., IV, 47) ; il le failloit lyer de chaisnes (Rab., Pant.y ch. 4, t. 1. 235); il failloit iouer des cousteaux (Id., Sciom., t. III, 403); // ne te failloit tant arrestcr surmes rymes (Du Bel., II, 201, suivent des répétitions de cet imparfait) ; comme il m'en failloit eschappcr (Grev., Les Esb., a. iv, se. m, A. th. fr., \Y, 295); faillut nufn' chose (Palm. Cayet, Chron. sept., 33, 2, 21, 2), etc.
On trouve fallait (Marot, I, 137); fallut (Id., I, lo2) ; et même peu s'en fallut (Pasq.. Rech., 1. VI, ch, 48). Mais // ne représente-t-il pas ici ^? Les grammiairiens sont unanimes à donner cette forme en double II. Seulement la transcription de Ramus indique qu'il n'y a pas grand fonds à faire là-dessus. Il donne failloit, et dans son écriture phonétique fallait (p. 97). C'est donc que II lui paraît traduire ici t. Les subjonctifs à radical en ^se maintiennent : que ie veuille, que ie vaille, que ie faille. Je considère veulle, fale qu'on trouve (Lar., Esp., a. H, se. V, A. th. f.. V, 237) comme des graphies de t.
Mais la question est intéressante pour d'autres subjonctifs. Preiqne, tieigne, vieigne, aduieigne, vont en effet disparaître au cours du siècle '■ .
Palsgrave a preigne (96, 647, 746 et ailleurs). Cette forme est chez Marot (I, 163, III, 3i, à la rime avec daigne) ; chez Rabelais (I. I, ch. 28, t. I, p. 111); chez Nicolas de Troves [Par., 180); chez S*-Gelais (I, 149). Ce dernier dit même à l'indicatif Aucuns preignenf (II, 135)2.
En revanche, on trouve prenne dès l'époque de Marot (I, 172, 197).
Pillot (38 r°), Lentulus (57) donnent uniquement qu^il tienne. Cependant Farel écrit encore : que vous le maintiegnés (Autog., 1327, Herm., C, II, 67). Cf. Rab., tieignent, II, 438, M.-L.
Vieigne est également chez Farel ; tellement, qu'en toute saincteté... viegnés au dauant du vray espous (Herm., C, II, 65) ; cf. : que ...ne vous viengnons quérir (Le loy. Serv., 323); fault que tous Boys... vieignent la (Rab., 1. IV, ch. 33, t. II, 438).
Palsgrave le donne (393, 434, 492, 578, etc.). Pillot au contraire . ie vienne (48 v", 49 r"). De même Lentulus (86).
Toutefois il est bien difficile, étant donnés les témoignages que nous avons rassemblés, p. 274 et suiv., sur la prononciation de n et ! de n au xvi'^ siècle, de distinguer, dans cette lutte de preigne et de prenne, de tieigne et de tienne, de vieigne et de vienne, ce qui est graphie de ce qui est prononciation.
RADICAUX IMPARISYLLABIQUES. — Manger. Palsgrave (400) admet encore mange et mangeue (c.-à-d. manjue . Le second se retrouve chez J. Bouchet [Triumph., f» CXXVIII r° et CXXXII v\ Ham., o. c, 354), et chez Rabelais assez fréquemment (I, 20, 276 ; III, 340, 361 , M.-L.;. Ce ne sont plus que des fossiles.
1. Les vieux subjonctifs par r palatalisce, quierge (1. vul^. fcçrya, de *qrnaeriam), demourge l. \u\g. demorya, de *c/emortam) sont en complète décadence. Palsgrave écarte déjà acquierge '397) et demourge (393).
2. Cf. affaire que montz et boys... Apreignent soabz t» voix (Mar., I. 41).