‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 3)Chapitre 179 sur 259 · RADICAUX DU SUBJONCTIF · texte numérisé non relu

RADICAUX DU SUBJONCTIF

J'ai signalé plus haut diverses particularités communes au radical de l'indicatif et au radical du subjonctif, j'ajouterai seulement ici quelques observations spéciales.

Doint est toujours très vivant, dans certaines locutions au moins, surtout dans les souhaits : Dieu vous doint (Palsgr., 393, 483 et S64; Du Wez, 919; Meurier, 27 v"; Gauchie, 1376, p. 163; cf. Marot, I, 198, 209, 212, 224, 237, etc.; S^-Gel., I, 79; Ch. hurj., 177; Marg. de la Marc/,, IV, 133; Gello, Circé, 137 ; Lar. , Les Esc, a. ii, A. th. fr., VI, 121).

On retrouvera ces formules jusqu'en plein xvii" siècle : Dieu lui doint la vie éternelle (Loret, 7 oct. 1636, v. 214) ; ^ qui Dieu doint bonne auanture (Id., 29janv. 1661, v. 119). [ Mais ordinairement le subjonctif est donne : 0 que sa fille vnique Donne a la république (Mar., I, 271-2); même quelquefois quand c'est Dieu qu'on invoque : ie pry a Dieu qu'il vous donne richesse (S*-Gel., I, 80).

' Die est dans une situation toute différente : On peut dire qu'il reste la forme normale partout (Marot, I, 37, 102, 191, etc.).

Je noterai cependant quelques exemples de dise, si toutefois on peut se fier aux éditions (Palissy, 33 ; Lar., Les Jal., a. m, A. th. fr.,y\, 52)'.

La forme sans s entraîne même des analog-ues d'après bruye, bénie, etc. Ainsi : rien qui les enhardie (La Boét., Serv. vol., 7);

lesus nourrie et augmente vostre foy (Farel, Aux rel. de

S^-Claire, Herm., C, II, 63).

' Voise est également en pleine vie : il est superflu d'en citer des exemples.

Mais aille commence à lui faire une concurrence mortelle : // faut que ie m en aille (Bell., La Recon., a. i, se. iv, A. th. fr., IV, 333); voulez-vous que ie l'aile trouuer [Liw., Jal.. ;i. ii. se. n, A. th. fr., VI, 28).

Palsgrave met les deux formes sur le même plan (123-4, 410). De même Meigret (98 v»; Pillot, 50 r° ; Meurier, 24 v".

Hobert Estienne n'a que aille (48), de même, Giuchi»». 1370. 133, Garnier (72) et Ramus (83-6).

1. Cf. OCCMcfMar.. I. 112' A cAti' <lr nrnVMiHl , lifi..A. i\,v, ni. \ I h . fr. W .<V1).

LE QV'EDU SUBJOSCTIFK — Que ne fait é^-idemment pas partie de la forme verbale du subjonctif, toutefois il me paraît indispensable de marquer ici que le subjonctif sans que, très fréquent au XV* siècle, se fait de plus en plus régulièrement précéder de la conjonction. A 1 exception d'A. Mathieu, qui conjugue toujours les subjonctifs sans que : l'eusse [Sec. dev., 20 v°), ie sois [ib., 21 v*), les grammairiens mettent presque toujours ce que -, quand ils ne prétendent pas distinguer un optatif (v. plus haut, p. 136).

On trouve dans les textes de nombreux exemples où que n'est pas exprimé, surtout quand le subjonctif a le sens optatif, et fait fonction dune sorte d'impératif: se aucuns vouloyent..., Hz sachent que I.-C. parle contre telz i^Lef. d Et., Préf. de VEvang., 1523, Herm. , C, 1, 137); vous soubuienne de boyre a my pour la pareille (Rab., Garg., Prol., t. I, 7) ; ordinairement il s'esueilloit entre huyt et neuf heures, fust jour ou non (Rab., ib., ch. 6, 1. 1, 77 ; cf. 26, Pant., ch. 20, 1. 1, 320) : ce que i'ay dit suffise (Mar., I, 121) ; plaise vous donc (Id., I, I9i); iamais ie n entre en paradis S'ilz ne ni ont perdu ma ieunesse (Id.. 1. 225); m,ais regarde nostre immitateur premièrement... (Du Bel., Deff., II, 3, Cham., 199); quelcun icy me porte Quelque deuot reliquaire [Ch. hug., I, 156) ; chacun face Deuoir d'escoufer mes dicts [ib., I, 118).

Encore dans Montaigne : \y le plus ieune refuie a philosopher^ ny le plus vieil s'y lasse Ess., I, 26, t. II, 51, n. 1): Suffise vous qu'il vous oye [ib., III, 13, t. VII, p. 42), etc...^. Mais déjà l'usage moderne tend à prévaloir.

Au reste, la formule : Que pleust a Dieu est déjà usuelle (Mar., I, 169; III, 38, 63, 176).

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