ESSAIS DE SIMPLIFICATION ET D CMFICATION DE L ORTHOGRAPHE
C'est à peine si dans la 2^ moitié du siècle, il senilîle qu'on se lasse du p de escripre^ de 17 de oultre et de aultre. Or en ces matières, peu importe que la simplicité et la vérité reparaissent isolément dans certains mots, cela n'aboutit qu'à créer des disparates et des exceptions.
Il est sans intérêt que le dictionnaire de Robert Estienne admette orfelin et iesme, quand il restitue phiole, et que, au mot falot, il déclare qu'il est pour plianot, de çjaviç ?
Le ch reste très répandu. Lanoue, lui, imag-inait de noter le y grec par k. C'est une invention qui semble avoir eu peu de succès: charactere était généralement préféré.
Aucune amélioration sensible ne peut donc vraiment être signalée dans l'emploi des lettres grecques. On peut dire même que Vy jouit d'une faveur plus grande que jamais, étant dans certains cas lettre étymologique, ailleurs présentant une forme ornementale, spécialement appropriée à une écriture où les ligatures sont plus importantes que le corps de la lettre. Aussi trouve-t-on y aussi bien dans aymer que dans byhlyothèque. Mais c'est surtout à la fin des mots qu'il fait un joli paraphe. Aussi, dit Lanoue, « la coustume luy a acquis ceste prérogative d'entrer plustost que Vi en la composition des diphtongues qui finissent les mots. Ainsi s'escrit-il Foy non foi^ Delay, Ennuy et non pas Délai, Ennui »,
On voit aussi se répandre cette idée, si justement combattue par Meigret, qu'il y a lieu de distinguer par leur écriture les mots différents : a nous en offre un curieux exemple. Pour marquer le verbe, on lui ajoute une h : il ha. Robert Estienne et Henri écrivent ainsi ; toutefois, sous prétexte qu'il ne peut pas y avoir d'équivoque dans la formule il y a, on se contente ici de a tout seul ! On sait quelles jolies inventions le système a produites. La distinction de compter et de conter commence k paraître, mais inverse de celle que nous faisons.
Enfin des lettres sont employées, sans aucun rapport avec leur fonction propre, pour marquer non plus la fonction ou le sens du mot, mais pour servir de signes diacritiques. Ainsi s joue le rôle qu'on donnera plus tard à l'accent circonflexe, il allonge la voyelle et prend place dans des mots où oncques n'y eut trace de sifflante, aisle, fresle, throsne.
Mais on a vu tous ces vices étudiés par Meigret, \\ ne servirait de rien de s'y arrêter ici.
Je n'ajouterai que quelques mots sur l'adoption des nouveaux signes. L'orthographe usuelle souffrait, on l'a vu, d'un défôut de
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l'alphabet, savoir dé la coexistence de plusieurs lettres pour un phonème. Ainsi on avait deux s, /et s.
En général /est placée au début ou au milieu des mots, s h la fin ou dans l'intérieur à la suite d'une première s (personne ne propose, comme Corneille le fera, d'utiliser le double sig-ne en vue d'un double objet). Mais, comme si ce n'était pas assez, le siècle ne se décide pas à renoncer aux autres signes de s. Au contraire, il ajoute le ç, déjà usité dans les manuscrits. Tory avait employé la cédille sous le c dans l'édition qu'il donna de V Adolescence clémentine (ioSS) et elle se répandit peu à peu. Les Estienne lui étaient peu favorables. Robert écrivait encore comme ncea (cf. mangea). Et Henri tout en l'employant préférait la graphie par ce. Mais à la fin du siècle, ce signe est très généralement rec^'U, devant a, o, u. On écrit même sçeu d'après je sça?/, sçavoir. Les participes présents gardent souvent l'ancienne forme.
On a donc pour .9 .' /", s, c, ce et <(ion) !
Là où au contraire il y avait de véritables lacunes de l'alphabet, il semble qu'on ait une peine extrême h se décider à les combler.
Dubois, Meigret, Ramus, Laurent Joubert demandaient que î voyelle fût distingué de i consonne. C'était d'autant plus facile que le signe existait. Lanoue joindra sa plainte à celle de ses devanciers, mais lui-même n'emploie le signe demandé que dans le titre de son dictionnaire de rimes, au mot ajoutez. Ce J est vraiment rare encore. On le trouve dans quelques impressions, telles que la Bibliofhèf/ue française de Lacroix du Maine (L'.\ngelier, 158i, f") : Sa }fajestc^ jaloux, subjects. Mais même là, il ne remplace pas régulièrement 1 consonne (cf. p. 119, n. 3).
u et V. Jusque vers 1540, a et y sont employées indilTéremment pour u voyelle et u consonne, quelle que soit leur place dans le mot. A cette époque commence h s'établir la coutume de ne plus user du v qu'h l'initiale, avec la double valeur de u et de î'. L'w est la lettre de l'intérieur du mot, ayant aussi la double valeur. Ainsi s'explique la règle de Lanoue : « Le karactere de Vu consonne est affecté au commencement des mot/, où il e;>l tousiours employé quoy que il y soit comme voyelle... Au contraire le karactere de l'a voyelle est pour la fin et le milieu du moiz, quoy qu'il y soit en qualité de consonante ». L'm et le v avaient donc le nom de 1/ voyelle et de u consonne, mais ils ne parvonaioiif ]):is h 011 pnMidre la valeur ^
1. Pillot cùl %-oulu uti Iréma iiur 11 cutisutiiK- : ii.iiirn - vuliiciiiv il. naorA -= non habebil.