Livet. La grammaire française au XVI' siècle
148 HISTOIRE m: la langue fra.nçaisl
En fait, la principale qualité qu'il faille reconnaître à cet ouvraj^e est une qualité tout extérieure et matérielle : il est bien imprimé, j'entends par Ui non seulement correct, mais clair, d'une disposition habile, qui contraste heureusement avec la lourdeur compacte et indig-este des pages de Meigret. Mais c'est là mérite d'imprimeur plus que de grammairien.
Quant k la doctrine, elle est des plus médiocres ; non seulement le traité de Robert Estienne est un simple manuel, mais ce manuel est incomplet, et si les exemples sont justes et bien allégués en général, la science véritable est absente ; les déiinitions, qui seules à peu près y représentent la pensée théorique, quand elles sont neuves, manquent de précision et de justesse.
En outre, il n'y a dans tout cela que bien peu de chose qui appartienne à Robert Estienne. Non seulement on retrouve dans tout l'ouvrage les souvenirs très précis des grammaires latines, ce qui ne serait pas un reproche, puisque l'auteur annonce lui-même qu'il a travaillé sur ces modèles : mais une très grande partie du traité n'est qu'un plagiat des deux prédécesseurs qu'il juge insuffisants dans sa Préface : Dubois et Meigret. M. Livet a déjà vu que Robert Estienne a copié sa seconde partie dans Sylvius, dont il ne fait que traduire les règles de la mutation des lettres'. La partie non étymologique n'est pas plus originale. Presque partout il suit Meigret^ et en nombre d'endroits il le démarque, en changeant l'orthographe, parfois en résumant, souvent aussi en transcrivant mot pour mot des alinéas entiers. Plusieurs chapitres en fourniraient la preuve^ mais l'ouvrage de Robert Estienne étant peu commun, je renverrai plus particulièrement au chapitre du verbe, que M. Livet a reproduit comme un échantillon de la manière de l'auteur, sans se douter de son origine suspecte, et qu'il sera facile de rapprocher du chapitre correspondant dans la réimpression de Meigret. Définition des modes, des temps, distinctions des différentes formes, personnes et nombres, mots ou phrases cités en exemples, rapprochements avec le latin, classification des conjugaisons, ordre des paradigmes, tout à peu près dans cette étude des accidents du verbe est emprunté textuellement' — Estienne ne donne pas tout ce qu'il y a dans Meigret; il ne donne quasi rien (jui n'y soit pas. Sa transcription a sur roriginal l'avantage d'une simplicité plus grande,
1. H. KHticiiiu-, duus les /////jomneses qui pivcôdoul lu (irammaire de Hubert (p. 111), cxcune la médiucrilé du travail sur le peu de temps dont l'autour a pu. didpoNPr.