Les Verit. Œuvres, 2' éd. ,111, p
tort que Ton s'imagine, et il seroit à souhaiter que les Auteurs les plus illustres de ce tenis-là se fussent rigoureusement oposez à la proscription de plusieurs mots qui n'ont rien de rude, et qui serviroientà varier l'expression, à éviter les consonances, les vers, et les équivoqueà. La fausse délicatesse, à quoi on lâcha trop la bride, a fort apauvri la Langue. Les meilleurs Ecrivains s'en plaignent, je dis les Auteurs qui sont le moins incommodez de cette indigence, et qui trouvent dans le fond fertile de leur génie de quoi la réparer. Voiez les réflexions de M. de La Bruyère. Quelques-uns d'entre eux donnent mille bénédictions à M. l'Evêque de Meaux, à M. l'Evêque de Nîmes, et à telles autres plumes du premier étage, lors qu'ils les voient se servir de quelque terme vieillissant. Gela le réhabilité, et le rajeunit ; c'est au moins une barrière qui prévient la prescription, et qu'on peut oposer aux chicaneries des puristes. Nôtre Langue doit beaucoup aux Ecrivains qui disent certes en prose, et qui se commettent pour luy dans leurs Ouvrages. . . La source du mal n'est pas toute entière dans cette inconstance des Langues vivantes, que les Anciens ont éprouvée et très bien décrite. Il s'y fourre je ne sai quel complot, et cette machination ne vient pas tant des Lecteurs qui sont Auteurs, que de ceux qui ne le sont pas. Ceux-ci se donnent tout le plaisir de critiquer, sans sentir la peine de composer. Ceux qui sentent cette peine sont plus indulgens envers les mots » (Cf. l'article Accius).
Quelques auteurs aussi ont dit leur tristesse des ravages que le goût faisait dans la langue; La Bruyère était trop « artiste » pour ne pas sentir ce que la prosèffption des mots vieux faisait perdre de pittoresque à la langue j dans le passage que rappelait Bayle, il ne dissimulait pas ses regrets, a Ains ^ a péri, dit-il, la voyelle qui le commence, et si propre pour l'élision, n'a pu le sauver; il a cédé à un autre monosyllabe, et qui n'est au plus que son anagramme} Certes- est beau dans sa vieillesse, et a encore de la force sur son déclin: la poésie le réclame, et notre langue doit beaucoup aux écrivains qui le disent en prose, et qui se commettent
1. Les mots qui n'ont point de note ont été étudiés dans mon tome III.
2. Certes est un mot de province auquel Marg. Bufl'et préfère as.seiire;ueii< (Obs., 37). Bouhours ne l'accepte que dans le style soutenu, et c'est aussi lavis de A-^. Dans la conversation il « ne se dit plus que par les Gascons » (Bouhours, Su^<., 75). — * Pom., Duil., G. Miege (a word scarce to be used in familiardiscoursc), Rich. : il commence à vieillir, Fur., A.; 0Th. (^orn. — Certes, plus je médite et moins je me figure Que vous m'osiez compter pourvoira créature (Uacine, II, 262, Brit., v. 151 ;cf. Id., 1,561, Alex., v. 817 ; à ce propos, L. Racine remarque que le mot « quoique vicu.\ »,est beau en vers, quand il est placé à propos).
pour lui dans leurs ouvra^e^. Maint * est un mot qu'on ne devoit jamais abandonner, et par la facilité qu'il y avoit^à le couler dans le style, et par son origine, qui est françoise. MomZ^, quoique latin, étoit dans son temps d'un même mérite, et je ne vois pas par où beaucoup l'emporte sur lui. Quelle persécution le car n'a-t-il pas essuyée ! et s'il n'eût trouvé de la protection parmi les gens polis, n'étoit-il pas banni honteusement d'une langue à qui il a rendu de si longs services, sans qu'on sût quel mot lui substituer ?J Cil a été dans ses beaux jours le plus joli mot de la langue françoise ; il est douloureux pour les poètes qu'il ait vieilli. \jîouloureux ne vient pas plus naturellement de douleur que de chaleur vient chaleureux ^ ou chaloureux : celui-ci se passe, bien que ce fût une richesse pour la langue, et qu'il se dise fort juste où chaud ne s'emploie qu'improprement. Fa/eur devoit aussi nous conserver valeureux -^ ; haine, haineux '* ; peine, peineux ^- fruit, fructueux t' ; pitié, piteux '' ; joie, jovial ^; foi, féal ^; cour, courtois ^'^ ;
1. Maint (cf. III, 13,97,179,298)—* Pom. : vieux mot, Duil. avec f, B. F., Rich. : vieux mot burlesque, Fur. : burlesque, A. : il ne se dit que dans certaines poésies, A2 : id. ; o Th. Corn. — L'origine de maint est fort obscure.
2. Chaleureux — * Pom., Duil. ; 0 G. Miege, Rich. ; * Fur. : il ne se dit gueres qu'en cette phrase, les vieillards ne sont gueres chaleureux, A. et A^ qui donnent un exemple semblable et n'admettent le mot que pour les personnes; OTh. Corn.
3. Valeureux — * Pom., Duil., B. F., Rich. : est plus de la poésie que de la prose. Fur., A. répète Rich. ainsi que A- ;0Th. Corn. — Corneille l'avait employé : Les hommes valeureuxle sontdu premier coup(ni, 1 33, Ctd,v. 483). L. cite deux exemples de Bossuet : Elle est destinée au sage et valeureux Philippe {Or. fun. Reine d'Anyl.) : Trois fois il fut repoussé par le valeureux comte de Fontaines [Or. fun. Condé).
4. ffatreeua; est déjà donné comme suranné par Duil., * Pom., G. Miege ; 0 Rich. ; *Fur. : vieux, A. et A2 le citent sans observation. Cependant Th. Corn. le donne comme vieux.
5. Peineux — *Pom., Duil. et G. Miege donnent peneua; avec le sens de honteux et confus; 0 Rich.;*Fur. donne seulement la semaine peneuse (semaine sainte); A. répète Fur., en ajoutant que le mot vieillit ; selon A^ il n'est plus en usage que dans le peuple ; O Th. Corn.
6. Fructueux — *Pom., Duil. ; G. Miege le rejette dans B. F., Rich., A et A2 ne le gardent qu'au sens figuré, Fur. donne un exemple au sens propre, mais en faisant observer que l'emploi en est surtout figuré ; O Th. Corn. — L. cite au sens propre Boileau : La grêle... qui... Abat l'honneur naissant des rameaux fructueux [Lutr., V), au sens figuré Nicole et Bossuet.
7. Pi<eH.i;— *Pom., Duil., B. F., Rich. avec f, Fur., A. ; oTh. Corn. ;* A2: style familier. 11 faut noter que seuls Pom. et B. F. le donnent avec le sens actif : qui a pitié. — L. cite Corneille et La Fontaine.
8. JouiVii— e Pom.;* Duil., B. F.;eRich.;* Fur., A.; e Th. Corn. ; * A-^. —Il est gdi, jovial, familier (La Br., II, 58).
9. Féal est déjà signalé comme vieux par Pom.;*Duil., G. Miege avec •{-, Rich. : terme de chancellerie, se dit en burlesque quelquefois. Fur. ; A. renvoie à foi, mais oublie le mot; Th. Corn.: vieux mot; A*! : vieux mot ou familier. — Notre féal, vous lâchez trop tôt prise (La Font., V, 573) ; Comme Amy féal et sincère De cette Eglize, ou monastère (Loret, 4 sept. 1660, v. 109-110).
10. Courtois envers les Dames... est du vieil stile, il faut dire il est civilet obligeant aux Dames (Marg. BulL, 30) ; quoi qu'on le trouve dans de bons Auteurs, on ne s'en
gîte, gisant ^ \ haleine, halené'-; vanterie, vantard^; mensonge, mensonger ^ ; coutume, coutumier ' ; . . LJIeur *' se plaçoit où bonheur ne sauroit entrer ; il a fait heureux quiest si François, et il a cessé de l'être^. Issue prospère, et vient d'issir ', qui est aboli. Fin subsiste sans conséquence pour /hier ^, qui vient de lui. .. Verd ne fait plus ver-
sert plus f^uere (Rich.);Bouh. (Rem., 51), préfère aussi ctui7: de même de Gallières {Bon et m. us. ,11 6). — * Pom., Duil., G. Miege,Fur., A., Th. Corn., A- : commence à vieillir. — C'est un comédien bien fait, courtois, habile (La Font., VII, 281, v. 37; cf. V, 117, V. 192; II, 53, v. 4). Il manque aux Lexiques de Corn., La Rochef.,Mol., Rac, Sév.
1. Gtsaji< — *Pom., Duil., G. Miege; O Rich.; *Fur., Th. Corn., A^: Style de pratique. — quoique son camarade Soutînt que le gisant iroit voir ses aïeux (La Font., I, 402, V. 3-4); Il voit ce corps gisant, le croit privé de vie (Id., I, 429, v. 24).
2. Halené — Le verbe est dans Pom. au propre et au figuré, Duil. , B. F., Rich., qui l'emploie au figuré : pressentir; Fur. : terme de vénerie, et au figuré ; A. : sentir l'haleine de quelqu'un, corrompre l'esprit, se dit aussi des chiens de chasse... au figuré : halener quelqu'un, descouvrir ce qu'il a dans lame ; A^ : id. ; 0Th. Corn. — lissent bien ayses...d'escumer lepot et /la/enerles cuisinesdes Seigneurs delà Cour(Garasse, Doctr. car.. 954 ; cf. Cliapelain, Guzman d'Alf. , III, 457).
3. Vantard — £> Pom.; *Duil. ; O G. Miege, Rich., Fur., A., A2. Tous donnent vanteur; ^ Th. Corn. — Maître ..ïlneas, vôtre bâtard, Comme tout soudrille est vantart (Scarron, Virg., I, 284).
4. Mensonger — *Pom. et Duil., avec le sens de adonné au mensonge, B. F.: faisc, untrue, Rich. qui cite: illusion mensongère, et aussi: Vous êtes... Inconstante, bizarre, ingrate, mensongère. Voit., Poës. ; Fur. : vieux mot qui signifioit autrcïfois trompeur, vanitez fausses et mensongères ; A. : discours mensonger, il est plus en usage en poësie; A^ remarque de plus qu'il ne se dit que des choses; O Th. Corn. — Pourueu que vous ne soyez point mensongère (d'Urfé, Aslrée, 1614, I, 59 a.); Vous estes vn mensonger (Garasse, Doctr. cur., 876). Corneille avait dit : Après m'avoir promis, seriez-vousmensofif/ère? (II, 110, Gai. du Pal., v.1745). En 1660, il changea le vers et fit dispai-aître le mot. Au sens actuel, voir dans L. des exemples de La Font, et de Racine. Au sens ancien il ne cite qu'un exemple du xviirs. de J. B. Rousseau.
5. Coutumier — *Pom., Duil., B. F. Dans G. Miege, Rich., Fur., on ne trouve que le sens juridique, A. et A- y joignent le sens de : qui a accoustumé de faire, qu'ils déclarent vieux et bas. De plus A. le donne comme poétique au sens de ordinaire et au féminin : sa clarté coustumiere ; Q Th. Corn. — On en trouve de nombreux exemples dans Racan (II, 205, 351. 361) et Loret (24 déc. 1651, v. 174; 10 avril 1655, V. 205) ; Et mes yeux... Ne trouvent plus aux siens leurs grâces coutumières {Corn., III, 542, Pof., V. 1159-1160); La fraîcheur coutumière (Racine, IV, 31, Poés. div., v. 19).
6. Heur n'est plus guère aujourd'huy en usage, ni enproseni en vers... Cependant il y a tel endroit où il peut trouver sa place comme en ces façons de parler, Il n'y a qu'heur et malheur en ce monde (Ménage, Ohs. s. Malh., II, 108). Chevreau ne l'accepte pas, si on n'y joint bon ou mal, ce qui revient à ne plus l'accepter (Ms. Niort, 83, dans Boiss.). C'est également l'avis de Leven de Templery (Gen.et Pol. de la L. Fr., 250) — A2 ne le tolère plus que dans les proverbes, * Pom., Duil., G. Miege, Rich., Fur., A. ; 0 Th. Corn. -J Ce vieux mot faisait encore belle figure dans le Cid : Chimène, qui l'eût dit.' Que lïfttre heur fût si proche et si tôt se perdît?jCorn., III, 159, V. 987-988). Les exemples sont alors nombreux (cf. Racan, I, 2i, 44, 54, 107, 119,133, 136). Bientôt il ne fut plus que comique: puisque de tant d'/ieizr le ciel me favorise... Touchez là (Montfleury, La Dupe de soi-mesme, a. V, se. 10); Remplissez hautement r/ie«r de votre naissance (Th. Corn., Geol. de soi-même, a. II, se. 5; cf. Id., Am. à la mode, a. V, se. 7); comblé cVheur et de jours (Racine, IV, 70, Poés. div., V. 99).
7. /.vsir (cf. 111,102,314) — e Pom., Duil. ;*B. F.. Rich., Fur., A. et A2 le déclarent hors d'usage. Th. Corn. : vieux mot, il n'est plus en usage qu'au participe, en parlant de généalogie.