Voir III, Projel d'enrichir la Langue
7. Dans les Plaideurs, archaïsmes et mots du Palais se confondent, tels sont : céans (II, 157, V. 170), icelui {Ih., 212, v. 786), plaids {Ib., 146, v. 22). Dans les Menteurs qui ne mentenl point de Boursault, un barbon Isidore se sert de mots vieux.
annotés [accoutumance^ V, 5i3 ; se revancher, V, 512; devers, VI, 156), soit dans la correspondance, où ils sont employés en badinant [parentage, VI, 608). Les tragédies sont soigneusement épurées, et le vieux mot discord ne se risque point hors de la Thébaïde {I, 470, V. 1233). La Bruyère lui-même pouvait aimer certains vieux mots Son style, sauf deux passages qui sont visiblement des pastiches', n'en était pas moins conforme à l'usage communi A peine y rencontre-t-on quelques archaïsmes : désoccupé (I, 57) pécunieux (I, 291 ; II, 448) recru (1, 282; II, 23) querelleux, qui revient jusqu'à cinq fois (I, 26, 47, 67 ; II, 15, 61 j. Mais La Bruyère suit l'usage de son temps si fidèlement que, s'il lui arrive de s'en écarter par un mot insolite, il souligne^ Drus (semblable à ces enfants drus et forts d'un bon lait qu'ils ont sucé, I, 117) et flaque r (il en flaque plus de la moitié au visage de celui qui est à sa droite, II, 12) sont ainsi remarqués. Enfin le mot certes lui avait d abord échappé dans le parallèle entre Corneille et Racine ; malgré tous les éloges qu'il lui accorde ailleurs, il le remplace au moyen d'un carton par surtout. Gomme tous, il se soumet donc à la règle, il admire même combien on écrit régulièrement depuis vingt années, et c'est lui qui a dit : « On fit du style ce qu'on avait fait de l'architecture : on abandonna l'ordre gothique que la barbarie avait introduit » (I, 117).
Les dictionnaires enregistrent le travail accompli de 1680 à 1694. Richelet et l'Académie surtout n'admettent plus les mots vieux. Richelet en particulier pousse au plus haut point l'exclusivisme. Il ne se contente pas d'exclure des mots donnés comme vieux par Furetière et l'Académie, ou au moins par l'un des deux : arroi, atourner, besson, cadène, cautèle, chartre, chatonner, chevir, chinfreneau^ contumélie, encharger, exultation, etc., il exclut encore des mots anciens que.aes deux recueils conservent sans observation : chicheté, cagnardt^cossi\ délinquer, s'accagnarder, etc. Partout se manifeste un principe de choix, qui sépare nettement l'ancien et le nouvel usage-ri
[Il convient naturellement d'excepter les écrivains comiques, satiriques et burlesques, que les théoriciens mettaient hors de cause. La Fontaine, on le sait, s'est placé aussi à part. Il a multiplié les archaïsmes : on en trouvera une liste dans la préface de M. Henri Régnier au
1. Un vieil auteur... dit que s'élomfner des pelits, voire de ses pareils, et iceulx vilainer et dépriser; s' accointer de grands et piiissans en tous biens et chevances, et en cette leur cointise et privante estre de tous ébats, gabs, mommeries, et vilaines besoignes ; estre eshonté, saffranier, et sans point de vergogne; endurer brocards et gausseries de tous chacuns, sans pour ce feindre de cheminer en avant, et à tout son entregent, engendre heur et fortune (La Bruy., I, 319 ; cf. I, 227).
Lexique de La Fontaine [Œuvres, éd. des G*^* Ecr., X, p. vi-ix). Ce n'est pas le lieu de rechercher quels motifs il a eus;- mais il est certain que le fait a son importance dans l'histoire générale de la langue. Plus tard en effet les Fables, prenant place parmi les plus purs de nos chefs-d'œuvre, et devenant classiques, ont sauvé un certain nombre de mots. Les libertés prises par Molière, moins nombreuses du reste, et moins systématiques, ont eu une action moindre, car ses grandes pièces ne sont pas celles où la langue s'éloigne vraiment de la langue littéraire.jll n'y a pas lieu de s'exagérer cette influence des écrivains. Quelle vie La Fontaine a-t-il conservée à l'adjectif gent ou au substantif /raîV/e? L'action des maîtres demeurés indépendants fut réelle pourtant, et il faut en tenir compte.