Cf. Vous soutenir qu'un lit ne peut être effronté
Que nommer la luxure est une impureté.
[Ep., X, V. 55-6, éd. B.S.P., II, 131.) Un de ceux qui lui reprochaient de blesser la pudeur était Pradon (voir Boil., Sat., X V. 134 et 141, éd. B. S. P., I, p. 228-229, et note 2).
Histoire de la Langue française. IV. 19
Ce qui valut mieux que ce cri de révolte, c'est que la sévérité de Perrault amena l'intervention d'Arnauld, et donna lieu de connaître la pensée des moralistes, La doctrine quiétiste se fût volontiers accommodée pour ses extases de ces retranchements de mots, puisque l'un des moyens pour s'élever au pur amour et devenir insensible aux idées matérielles était de débaptiser les objets : le ventre s'appelait le tablier, etc. 'Mais les Jansénistes n'étaient guère favorables à ces exagérations. La preuve en fut donnée à propos de la Satire X. Perrault avait demandé à Boileau : « Est-ce que des héros à voix luxurieuse, des morales lubriques, des rendez-vous chez la Cornu, et les plaisirs de l'enfer qu'on goûte en paradis, peuvent se présenter à l'esprit sans y faire des images dont la pudeur est offensée?» {Lettre d'Arnauld à Perrault, Boil., éd. B. S. P., IV, 29 et suiv.), Arnauld commence, après Cicéron, par rompre avec les stoïciens et leur maxime : nihil esse obscœnum nec in verbo nec in re ; et il adopte le principe chrétien : « Saint Paul a mis entre les vices le turpiloquium, les mots sales ; il faut nécessairement reconnaître que la même chose peut être exprimée par de certains termes qui seraient fort déshonnêtes, mais qu'elle peut aussi être exprimée par de certains termes qui ne le sont point du tout ».
Il en est ainsi dans toutes les langues policées, et il faut qu'il en soit ainsi, « car si certaines choses, qui font rougir, quand on les exprime trop grossièrement, ne pouvaient être signifiées par d'autres termes dont la pudeur n'est point offensée, [il y a de certains vices dont on n'aurait point pu parler, quelque nécessité qu'on en eût, pour en donner de l'horreur et pour les faire éviter y^. \ Mais s'ensuit-il qu'on doive condamner une phrase « parce qu'on ne peut en creuser la pensée sans que l'imagination ne se salisse effroyablement ? Si creuser une pensée de cette nature, c'est s'en former dans l'imagination une image sale, quoiqu'on n'en eût donné aucun sujet, tant pis pour ceux qui, comme vous dites, creuseraient celle-ci. Car ces sortes de pensées, revêtues de termes honnêtes, comme elles le sont dans la satire, ne présentent rien proprement à 1 imagination, mais seulement à l'esprit, afin d'inspirer de l'aveision pour la chose dont on parle ; ce qui, liien loin de porter au vice, est un puissant moyen d'en détourner ».
« Cela me fait souvenir, ajoute Arnauld, delà scrupuleuse pudeur du père Bouhours, qui s'est avisé de condamner tous les traducteurs du Nouveau Testament, pour avoir traduit Abraham genuit Isaac,
1. Cf. l'Adamiste, ou Le Jésuite insensible. Le Sincère, 1684, in-12.