S'-Simon, V, 35» et suiv
crieurs, les membres de rUniversiié Scientifiques personnes, et ceux des autres corps de l'Etat simplement Nobles et devottes personnes donna lieu à d'âpres débats ^. Les titres auxquels prétendaient les a nbassadeurs de France dans les cours étrangères étaient discutés comme affaires d'Etat -. Je ne puis, naturellement, donner ici un exposé complet des faits. Je me bornerai k ceux qui ont eu leur retentissement dans l'histoire du langage.
Les titres nobles. — On connaît la querelle du Monseigneur, dont S'^-Simon est tout plein. Seules, dit Richelet, les personnes les plus qualifiées y ont droit. 11 se donne « à celui de qui on est vraiment sujet, ou à ceux qui sont les plus-éminens dans l'Eglise, dans la robe ou dans l'épée, comme Princes, Ducs etc. » (1680). Employé seul, il désigne le fils du Roi Louis XIV -^
Chapelain s'excuse auprès de Golbert de lui donner ce titre dans une lettre qu'il lui écrit ''•. Le même Colbert interdit aux intendants, ses subordonnés, de l'appeler Monseigneur dans leurs lettres -^ Mais lorsqu'il veut obliger des élus à reconnaître l'autorité d'un inten-
1. Relation de la cérémonie de translation dn corps de M. de Turenne à Saint-Denis (I)elort, Autour de Paris, I, li). Aux obsèques de la Dauphine, le roi d'arnies dit : M. le Maréchal de Bellefonds, parce que, comme maréchal de France, il est officier de la couronne, mais il dit seulement : Marquis de Montchevreuil ^dans St-Simon, I, 519).
2. V. De Wicqucfort, L'ambassadeur et ses fonctions, 1690, t. I, chap. xx, p. 25'» et suiv.
■5. Régulièrement, « on appelle le Dauphin Monsieur le Dauphin ; le fils du roi Lfiuis XIV porta le titre tout court de Monseigneur, cependant on n'a pas voulu éta- J)lir par là une règle certaine, puisque les Dauphins avant lui, et même le Duc de Bourgogne, qui lui succéda, ne se sont jamais servis de ce titre » (Dumont et Roussel, Cérémonial, I, 431). Cf. Richelet, Les pi. bel. let., 154.
i. Let. du 20 nov. 1665 : « Monseigneur, vostre modestie me pardonnera, s'il luy [)iaist, si, sans l'avoir consultée, je vous rends à la fin par ce titre ce que je vous dois avec tout ce qu'il y a de gens équitables en France. 11 y a trop longtemps que je me fais violence, en mabstenant de vous le donner, et j'y suis plus obligé que personne par les grâces que j'ay reçeïies de vous en si grand nombre » [Lett. Inst. et Mém. de Colbert, V, 606).
5. Let. à Foucault, Intendant à Montauban, 1" juin 1674 : « Dans toutes les lettres que vous m'écrirez à l'avenir, vous ne devez pas vous servir du terme de Monseigneur mais de celuy de Monsieur seulement » (//)., II, 1" part., 341).
Déjà Colbert avait fait, à la date du 18 Novembre 1672, une recommandation analogue à M. Ravot, premier président au parlement de Metz : « La place que vous occupez dans le parlement de Metz ne vous permettant pas d'user du terme de Monseigneur à mon égard, si vous voulez que j'aye quelque correspondance avec vous, je vous prie de me traiter dans vos lettres ainsy que font tous ceux qui sont à la teste des Compagnies supérieures » (//)., note 3).
.\. M. de Baas, Gouverneur et Lieutenant général des îles d'Amérique, 17 Mai 1675 : « Je vous diray de plus que, estant lieutenant général des armées du roy et connnandant en chef dans un pays, vous ne devez point me traiter de Monseigneur, mais seulement de Monsieur, ce que j'ay omis jusqu'à présent de vous faire sçavoir » (/A., III, 2« part., 591).
AUTRES EFFETS DE l'eSPRTT DE POLITESSE 301
dant, il les contraint à l'emploi du titre •. Il y eut tout un débat pour savoir si les secrétaires d'Etat devaient l'employer pour les ducs, sans que ceux-ci fussent obligés de le leur rendre. Coll^ert se soumit à la règle ' : mais Louvois changea ce style : il cessa de donner du Monseigneur aux ducs, et l'exigea pour lui '''.
D'autres l'imitèrent, ainsi les maréchaux. Le temps était passé où le comte de Guebrian menaçait le duc de la Trémouille de brûler ses lettres, s'il lui donnait du Monseigneur ^. Ses successeurs y prétendirent et finirent par l'obtenir, grâce à l'intervention du roi •'\
1. A. M. Tiibcuf, Intendant à Tours, 23 Novembre 167» : « A 1 égard du terme de Monseigneur dont ils [les élus] ont toujours usé jusqu'à présent en haranguant MM. les intendans, j'auray soin de leur faire expédier une lettre de cachet pour leur ordonner de s'en servir encore à vostre égard » [Lelt. Inst. et Mém. de Colhert, II, P part.. 362).
2. a Pour venir au fonds de la prétention sur les secrétaires d'Etat, il nest pas douteux qu'ils écrivoient Monseig neiu- à tous les ducs. J'ai encore... trois lettres à mon père, lors à Hlaye, de M. Colbert... toutes trois, et dedans et dessus, traitent mon père de Monseigneur » (S'-Simon, VI, 126i ; M. de Boislisle fait toutefois remarquer que Colbert ne pouvait faire autrement, tant qu'il n'était qu'intendant des ilnances. Donnant cette qualification en 1662 au duc d'Arpajon, il ne traite plus le duc de Saint-Aignan que de Monsieur en 1673, comme un surintendant l'aurait fait (/A., note 6).
« Il n'existe rien de Golbertdans le recueil de lettres au duc Claude de S'-Simon..., mais seulement des lettres de le Tellier, de Louvois, de Lionne, de M. de la Vrillière, où il n'est traité que de Monsieur, avant comme après 1660 » (//)., 127. note 3 .
Quant aux ducs et pairs, selon le formulaire conservé par Clairambault, ils écrivaient au secrétaire d'Etat en commençant la première ligne par Monsieur, et mettant ensuite un seul mot au bout de cette ligne ; et ils souscrivaient : « Votre bien iiumble et très art'ectionné serviteur ».
3. « M. de Louvois est celui qui changea ce style... M. de Louvois étoit craint, chacun avoit besoin de lui, les ducs n'ont jamais eu coutume de se soutenir : décrivit Monsieur à un, puis à un autre, après à im troisième : on le soulTrit ; après, cela lit exemple, cl \c Monseigneur h\l perdu... M. de Turenne.., mit tout son crédit à .se faire conserver le Monseigneur... La facilité avec laquelle M. de Louvois lit ce grand pas lui ouvrit une plus vaste carrière : bientôt après, il exigea tant qu'il put d'être traité de Monseigneur par ceux qui lui écrivoient... bientôt après, il lit ordonner par le Roi que personne non titré ne lui écriroit plus que Monseigneur. .. La même chose qui étoit arrivée sur le Monseigneur aux ducs des autres secrétaires d'Etat leur réussit de même à tous quatre pour se le faire donner comme M. de Louvois ; et le rare est que ni lui ni les trois autres ne l'ont jamais prétendu ni eu de pas un homme de robe » (S'-Simon, VI, 128-130).