Tall., Ilist., IV
5. « Je parlerai à M. de Pompone pour le monseigneur. En attendant, je crois que M. de Vivonne a son passe-port sans conséquence ; et, comme il est sûr que vous ne devez pas le fâcher, je lui écrirois un billet, et y ficheroisun monseigneur en faveur de son nom. Pour les autres, il faut chicaner comme Beuvron et Lavardin. On croit que d .\mbres perdra cette contestation contre le maréchal d'Albret, et que la règle sera générale. C'est le Roi qui doit dans peu de jours prononcer sur cette allaire » (Sév., Letl., IV, 62-3). Dans une autre lettre nous apprenons que le roi s'est prononcé : écrire Monsieur serait mal faire sa cour. A la suite de cette décision, le marquis d'Ambres écrit au maréchal d'Albret: « Monseigneur, Votre maître et le mien m'a l'ait commander d'user avec vous du terme de monseigneur: j'obéis à l'ordre que j'en viens de recevoir avec la même exactitude que j'obéirai toujours à tout ce qui viendra de sa j)art... » (Ead., //)., IV, 95). « Le maréchal d'IIumières lit mieux avec M. de Grignan : celui-ci l'ayant apj)elé Monsieur, le maréchal lui lit réponse en badinant qu'il avoit tort de ne
V-ies cardinaux eurent d'abord seuls, parmi les gens d'église, le droit au titre : aux évêques on n'accordait généralement que le Monsieur ^ Cependant on commence à trouver, au xvii" siècle, quelques exemples du Monseigneur donné à un simple évêque par les laïques. Peu à peu on se persuade, suivant l'expression spirituelle d'un contemporain, « qu'on doit appeller Monseigneur tout Prestre dont on a besoin » (Montreuil, OEuv.^ 134 bis, après la page 143). Dans le clergé, on leur donnait déjà très souvent ce titre -.
On trouverait dans le théâtre contemporain de nombreuses plaisanteries sur l'abus du Monseigneur. Dans le Parisien de Champmeslé (V, 5), un recors est paré de ce titre pompeux. Regnard prétend que les Italiens s'adressaient sous cette forme au parterre :
le point appeler 3ioj)sej(/neur, et que malgré l'imprimé de M.deMontausier pour faire voir que les lieutenants généraux dans les provinces ne dévoient pas écrire monseiçfneiir au maréchaux de France, il étoit persuadé quils le dévoient, et qu'à Paris ils videroient ce dillerend » (Ead., Ih., VII, 153 : cf. J51, note 4, 156).
« MM. de Beuvron et de Matignon,. . . firent difliculté d'écrire Monseigneur au Maréchal de Choiseul, et reçurent ordre du Roi de le faire » (S'-Simon, II, 134-135).
1. Lorsqu'on parlait d'un évêque, on employait couramment le Monsieur suivi du nom de sa résidence: M. de Meaux, M. de Cambrai, Toutefois les puristes n'approuvaient pas sans réserve cet usage : « si en écrivant je di seulement l'Evesque d'Aire, ou l'Evesque de Nantes, je pense parler plus honorablement que ceux qui disent Monsieur de Nantes, et Monsieur d'Aire. Monsieur est un terme qui marque quelque seigneurie temporelle, celui d'Evesque déclare imc superintendance spirituelle, qui est plus noble et plus excellente que l'autre... Au moins, dira quelqu'un, deviez-vous l'appeller Monsieur VEvesque d'Aire ? cela se peut dire, mais il se peut aussi omettre sans faute » {Let. de Phyll., 2" part., 710-711).
2. V. le Recueil des actes, titres et mémoires concernant les affaires du clergé de France, Paris, 1675etsuiv., in-fol., t, I, l''" part., p. 371-434, sur les prérogatives et préséances des ecclésiastiques, et t. II, p. 235 et suiv,. Dans les actes législatifs cités ici, les évêques et archevêques sont appelés Messire : « Messire Jean de Fossé, Evesque de Castres » (Ar. du Conseil, 30 juin 1645, p, 377) etc. Toutes les lettres du roi à des évêques ou à des archevêques contenues dans le Recueil portent le titre de JVfonsteur (Monsieur l'Archevesque de Rouen, etc. . Les lettres circulaires envoyées par les assemblées générales du clergé de France aux arche\'ê(iues et évêques portent également toujours Monsieur. Exceptionnellement la lettre des agents généraux du clergé aux évêques, du 2S nov. 1651. porte Monseigneur il, 1, p. 1011). Au conti-aire. dans l'Extrait du Procès-verbal de l'assemblée du clergé de France, 18 août 1645, on lit: « Monseigneur de Toulouse a dil que la Déclaration de l'Assemblée... » {Recueil des actes... du clergé, I, 1, p. 1004). Cf. Déclaration verbale faite par les Jésuites de Rouen à l'archevêque, s. d. (vers 1660) : « L'on vous a. Monseigneur, donné mauvaise impression de luy » (Ibid., p. 1013); Extrait du Procès verbal de l'assemblée du clergé du 27 mai 1661 : « Monseigneur l'Evesque de Xaintes a dit » {Ibid., p. 1016). Rich., Furet., A., A 2 donnent des exemples. Monseigneur devenait'en elTet commun.
Les épithctes à l'italienne dont le titre s'accompagnait ne passèrent point du j^remier coup : « Ainsi toutes les fois que j'auroi à parler d'un Evesque, vous m'obligeriez de dire Monseigneur l'Illustrissime et Reverendissime Evesque d'un tel lieu. Cela est bon à mettre à de grands Pardons, et à des Indulgences pleniercs. ou au dessus des ietres missives, qu'on adresse aus Evesques : Mais non pas dans une histoire ou dans un livre » {Lett. de Phi/ll., 2° part., 712). D'après de Callières, Mots à la Mode, 152; v. Schenk, 162), l'expression de Votre Grandeur était encore vivement discutée à la fin du xvii* siècle.
« Le parterre monseigneur ! j'enrage » [Coq., III, 7 ; cf. Les Chinois, IV, 2).
Si le titre de Monseigneur se ^i^énéralisait parmi les vivants, il avait été abandonné, quand il s'agissait des morts. Dès l'époque de Malherbe, il avait semblé ridicule de dire Monseigneur Saint- Amhroise^ ; Balzac et le P. Goulu étaient déjà d'accord là-dessus.
Monsieur. — Ce titre marquait un degré de respect au-dessous de Monseigneur, mais ne se donnait pas non plus à tout venant. « Lorsqu'on se sert de ce mot sans y rien ajouter, dit Richelet, il sig-nifîe le Frère unique du Roi ». Pour les autres personnes, on ne devait en user que si ces personnes étaient hors du commun. Mais ce titre se vulgarisa, comme les autres, et on voit Corneille, qui en avait beaucoup usé d'abord, faire des corrections dans ses pièces, pour lui substituer des appellations plus nobles^,
Quand on parlait des morts, il fut prescrit de ne plus faire précéder leur nom de Monsieur. Si l'on avait à citer un auteur, même français, on ne le désignait que par son seul nom, sauf s'il était vivant '-.
UDans la conversation, on regardait comme irrévérencieux, en s'adressant à une personne, de faire suivre le mot Monsieur du nom de la personne j. Seuls, les supérieurs avaient le droit d'en user ainsi à l'égard de leurs inférieurs *. La comtesse d'Escarbagnas dit toujours : M'" Thibaudier. « En parlant à des gens qu'on méprise, observent les Lois de la galanterie, il ne faut jamais
1. Le Cardinal du Perron assistait un jour au sermon d'un prédicateur « qui ciloit les Pères, et à tous propos disoit, Monseigneur snint Augiislin.., Monseigneur saint Anihroise, Monseigneur saint Hierônie, etc. On void liien, dit le Cardinal, que nostre predicateiu" n"a pas pris l)eaucoup de connoissance ni de familiariti' avec les Pères de l'Eglise, puisqu'il leur donne encore du Monseigneur » [Lett. de l'/u/ll., 2» part., 713-711).
L'emploi de Mofisf'etir est du reste éj;alement contlamné dans le même cas: c'est '■ faire trop le Catholique, et vouloir estrc trop opposé aux Huguenots que d'ajouster le nom de Monsieur à celny de Sainct et d'appeller Mo/isi'enr Sainct Ambroise... ils sont esle\ez d'une distance infinie au dessus de nos qualitez et de nos titres » (Balzac, II, 256). Les burlesques s'en amusent : Car mon esprit est tout uzé, Depuis le jour Monsieur saint Charte (Loret, 12 nov. 1601, v. 200-201); Témoin Monsieur Saint Charlemagne, Jadis, Empereur d'Allemagne (Id., 30 déc. 1661, v. 97-98); Le Peuple de Monsieur Saint Marc (Id., 13 janv. 1957, v. 1"22).
2. Cf. de l'Estang, Delà Trad., 1. II, ch. 18, p. 153-6, et De la Touche, II, 296-297, qui cite Ménage. Grimarest se défendra plus tard d'avoir dit « Monsieur Molière ».
3. « Je vous dirai. Monsieur de Sotenville, que j'ai lieu de... — Doucement, mon gendre. Apprenez qu'il n'est pas respectueux d'appeler les gens par leur nom, et qu'à ceux qui sont au-dessus de nous il faut dire « Monsieur » tout court. — Hé bien ! Monsieur tout court... » (Mol., "VI, 517-51S, G. Dandin, a. I, se. i).
i. Le souverain et les Princes de sa famille peuvent seuls dénommer en écrivant la jiersonne à qui ils écrivent: « Monsieur le Marquis de Saint Jean... Toute autre personne qui en usei-oit ainsi sur le papier, se tourneroit en ridicule » (Grimarest. Coinm. de Lett., 137).
les appeler simplement Monsieur, mais y ajouster tousjours leur nom » (43-44).
Toutes sortes de personnes, à la réserve des gens de très basse condition, pouvaient se servir en écrivant de la formule : Monsieur mon père, Madame ma mère ^ (De la Touche, II, 296-97). Mais en parlant, seuls les Princes disaient de la sorte, et c'était un ridicule insupportable que de les imiter {Civ., 36) 2.
LLes deux expressions un Monsieur, et ce Monsieur, avaient déjà un caractère peu respectueux, comme aujourd'hui ^ « ce n'est point bien parler, de dire : cest un Monsieur, remarque BulRer : à moins qu on ne le dît en riant; on ne dit point non plus ce Monsieur, etc. mais on dit très-bien, ces Messieurs » (434) -^
Bien entendu, le titre de Monsieur ne devait jamais être raccourci. S^-Simon raconte tout au long l'histoire de Saumery, dont l'insolence était légendaire, car il ne disait que Mons, quand il ne supprimait pas tout à fait le titre ^.
1. 11 n'i'tait bien entendu pas question parmi les j^ens de condition de monj);ipu, mn muman, qui « n'avaient pas de j^race chezdegrands enfans » (Ctr. 36V « Il vint à Fontainebleau, du fond de la Silcsie, une fille de la maison de Wurtenberg... Elle avoit perdu son père il y avoit six mois.. .Elle étoil dans un deuil à faire peur, et ne marclK>it ([ue dans un carrosse drapé comme en ont les veuves... on lui demanda de qui un si j^rand deuil : <■ llélasi dit-elle en sanglotant... c'est de Monseigneur mon papa ». Cela parut si plaisant, que chacun lui fit la même question poiu- donner lieu à la réponse : et voilà comme sont les François. Ce qui leui" parut si ridicule, et qui letoit en cIVet à nos oreilles, ne l'étoit en soi qu'à demi. Personne de quelque distinction, même lort éloignée de celle des maisons souveraines, d'.\llemagnc. en parlant de ses parents en allemand, ne dit jamais autrement que : Monsieur mon père, Madame ma mère. Mademoiselle ma sieur... et supprimer le Monsieur ou le Madame seroit une grossièreté pareille à tutoyer parmi nous » (S'-Simon, VI, .312-14).
Encore les dames de Sévigné raillaient-elles Madame de Lillebonne de dire à tout propos : « S. A. R. mon père » (Id., ib., 31 1, note 2).
2. En sannonçant soi-même, on ne devait pas non plus ajouter Monsieur à son nom: « Quand on g;rate à la porte chez le Roy, et chez les Princes, et (jue l'Huissier vous demande vostre nom, il le faut dire, et jamais ne se qualifier de Monsieur » {Civ., 20).
3. Mais im Monsieur ne pouvait pas toujours être évité : « par e.vemple, quand on veut parler d'une personne au-dessus du peuple, et dont on ne sait ni la t|ualité ni le nom ; si l'on dit c'est un Gentilhomme., cette qualité ne lui convenant peut-être pas, peut donner du ridicule. Si l'on dit simplement c'est h;i /lomme, le ferme semble peu poli à l'égard dune personne qui est quelque chose dans le monde; sur tout si celui (jui en parle est d'une moindre condition que la personne dont il parle; c'est ce ({ui a fait douter si dans les conditions médiocres le terme, un Monsieur, n'est point (juelquefois excusable » (Ruffier, 434-5).
Cf.: « Je crois qu'un égal ne peut bienséamment se servir du terme d'/ionime, de femme, de fille, de (f arçon, en parlant d'une troisième personne. Encore moins un inférieur peut-il l'employer, à moins que ce mot ne soit accompagné d'un autre terme de louange, comme: c'est un homme de bonnes mœurs. Car ce seroit en quelque façon insulter ce troisième, que de dire : c'est un homme que je connois, ou autre expression semblable. On substitue à la place de ces termes bas, et insultans, un Monsieur, une Personne, un Cavalier, un Gentilhomme, une Dame, une D<inioiselle » (Grimarest, Comm. de Letl., 179-180).
4. « Il (Saumery) parloit des personnages les plus distingués, dont à peine il avoit vu les antichambres, comme de ses égaux et de ses amis particuliers. 11 racontoit des
Madame. — Ce titre avait été longtemps encore moins vulg-aire que celui de Monsieur. En principe, à la Cour, il était « réservé aux filles de France, aux filles duchesses femelles, et, depuis l'invention de Louis Xlll. . . pour M"^ d'IIautefort, aux filles dames d'atour ' ». Toutefois « M'^*^ de Séry. . . trouva indécent d'être publiquement mère et de s'appeler Mademoiselle . Nul exemple pour lui donner le nom de Madame : Il (le duc d'Orléans) força la complaisance du Roi, quoiqu'avec beaucoup de peine, d'accorder des lettres patentes portant permission à M"" de Séry de porter le nom de Madame et de comtesse d'Argenton » (S'^-Simon, XIII, 437) ~.
Les plaisants riaient, naturellement, [des ambitions des nouvelles Madames 3, qui se multipliaient, mais cela ne changea rien à la mode! On s'arrog-ea sans façon le précieux titre. Il avait, comme dit un écrivain du xvii® siècle, l'emphase plus belle ^ qaelMademoiselle^ appellation ordinaire des femmes mariées de la bourgeoisie ou de la petite noblesse. Gathos et Madelon, ne manquent pas de s'en
traits qu'il avoit ouï dire, et n'avoit pas honte de dire devant des ^ens qui avoient au moins le sens commun: « Le pauvre Mons. Turenne me disoit », qui, à son âf^e et à son petit emploi, n'a peut-être jamais su qu'il l'ùt au monde ; et, le Monsieur tout du lonjï, il n'enhonoroit personne. G'étoit « Mon. de Beiiiivillier »... et ainsi de ceux dont il ne disoit pas le nom tout court, et il le disoit de presque tout le monde, jusqu'aux princes du sanj^. Je lui ai ouï dire bien des fois : « La princesse de Conti », en parlant de la fille du Roi... Pour des premiers seigneurs de la cour, il étoit rare quand il leur donnoit le Mon. ou le Mons. G'étoit : » Le maréchal d'IIumières », et ainsi des autres; et des gens de la première qualité, très ordinairement par leur nom, sans qualité devant » (S^-&imon, VI, 365-6).
M. de Boislisle note à ce propos : « Cette abréviation de Monsieur ne s'employait que familièrement et de supérieur à inférieur; il était également impoli d'écrire Mr. sur l'adresse d'une lettre fTallemant, VII, 153 et 468). Mais les lettres du Roi, même à un grand personnage, commençaient par: « Mons'' un tel ». Petit à i^etit, l'abrévation de la lettre ' disparut, et il resta: « Mons » (VI, 365, note 5).
1. « C'est la même (M"" d'Hautefort) que le Roi lit dame d'atour de la Reine, et que, sous ce jîrétexte, il fit appeler M"" d'Hautefort. . . et c'est depuis elle que les dames d'atour filles ont été appelées Madame » (S'-Simon, 1, 161-165) ; « Cette fille (du marquis de Rouillac, faux duc d'Épernou). . . se fit beaucoup d'amis. . . et entre autres. Mademoiselle, fille de Gaston, qui obtint du Roi de fermer les yeux à ce quelle se fit appeler Madame, comme duchesse d'Kpernon » (Id., II, 98).
2. Cf. le Cérémonial de la Cour: « Les filles du Roi s'apellent Madame de N'. pour les distinguer des filles des autres princes, qu'on ne qualifie que de Mademoiselle : les filles de Monsieur s'appellent Mademoiselle de N., ou s'il n'y a qu'une fille unique, Mademoiselle tout court » (Dumont et Roussel, I, 434).
3. Cf. « Monsieur, j'ay ouy dire que madame ou mademoiselle vostre femme (car il y en a de toutes sortes de conditions) se gouverne mal » (Tabarin, II, 306) ; « J'ay oublié à mettre des J^/adamedans ma Lettre; et à présent que vous estes Lieutenantc de Roy de Fougères, c'est une grande faute. Tenez donc, en voilà trois, distribuezles aux endroits qui vous sembleront en avoir plus de besoin. Madame, Madame, Madame » (Montreuil, OEuv., 6); On sait que Racine, dans les suscriptions de ses lettres, appelait sa sœur Madame, avant son mariage avec Ant. Rivière, et Mademoiselle après.