‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 139 sur 189 · Alizon, a. II, se. 2; A. Th. fr., VIII · texte numérisé non relu

Alizon, a. II, se. 2; A. Th. fr., VIII

parer, et peu a peu les comédiennes elles-mêmes rempruntèrent à leurs personnages K

M'""' de Sotenville voulait qu'on le lui donnât, même en famille ''. C'était un usage assez répandu que de donner un titre à sa mère. « N'y avait-il pas à Paris, parmy la Bourgeoisie, de grandes filles prêtes à marier qui parlant de leurs Mères, les appelaient toujours 7na Bonne, et beaucoup de femmes de la Ville et même de la Cour se servaient entr'elles de cette mauvaise façon de parler qui ne convient qu'à ce qu'on appelle des Commères de quartier » ? De Callières signale avec dédain cette inconvenance [Mois à la m., 60; V. Schenk, lU).

(( Je vousameneray, dit M. Gobineau, M'"'' Gobineau » (Id., «'/>., 73, cf. 82). « Ce mari ne savait pas sa civilité. Pour parler sainement, un mari ne devait dire que « ma femme », en parlant d'elle » (de Call., Mots à la m., 56). Encore cela dépendait-il des rangs, le gendre des Sotenville l'apprenait, avec beaucoup d'autres choses, à ses dépens •^. Un homme de qualité, lui, devait dire Madame Dandin 'k Mais il fallait encore distinguer. Personne ne se fût permis de demander à M. de Lamoignon, comment allait M'"° de Lamoignon. Ici, nous étions à un degré supérieur encore, le titre devait se substituer au nom : Comment va Madame la Présidente ^. Y« On

1. (Trimarest s'indigne que « des Comédiennes se soient éfrontément arroji;é cette qualité », et il conseille même de ne pas la leur accorder, si on était obligé de leur écrire {Comm. de Lett., Iô8).

2. « Mon Dieu ! notre gendre, s'écrie M'"" de Sotenville, que vous avez peu de civilité de ne pas saluer les gens quand vous les approchez ! — Ma foi ! ma belle-mère, c'est que j'ai d'autres choses en tête, et... — Encore! Est-il possible, notre gendre, que vous sachiez si peu votre monde, et qu'il n'y ait pas moyen de vous instruire de la manière qu'il faut vivre parmi les personnes de qualité ? — Comment? — Ne vous déferez-vous jamais avec moi de la familiarité de ce nom de « ma belle-mère », et ne sauriez-vous vous accoutumer à me dire « Madame » ? — Parbleu ! si vous m'appelez votre gendre, il me semble que je puis vous appeler ma belle-mère. — H y a fort à dire, et les choses ne sont pas égales. Apprenez, s'il vous plaît, que ce n'est pas à vous à vous servir de ce mot-là avec une personne de ma condition ; que tout notre gendre que vous soyez, il y a grande dill'érence de vous à nous, et que vous devez vous connoître » (Mol., VI, 516-517, G. Dand., a. I, se. 4).

3. « J'ai à vous dire que ma femme me donne. . . — Tout beau ! apprenez aussi que vous ne devez pas dire « ma femme », quand vous parlez de notre fdle. — J'enrage. Comment?ma femme n'est pasma femme? — Oui, notre gendre, elle est votre femme; mais il ne vous est pas permis de l'appeler ainsi, et c'est tout ce que vous pourriez faire, si vous aviez épouse une de vos pareilles » (Mol., IV, 518, G. Dand., a. I, se. 4).

4. « Il n'y a que les gens de qualité qui puissent dire en parlant de leurs femmes, Madame une telle: Madame Guillemot, Madame de Sollenville, etc. sont fort ridicules en la bouche de M" Guillemot et Sollenville leurs maris. Quel deshonneur y a-t-il à dire ma /"emme ?.. . Pour ce qui est des femmes qui ne sont pas de trop basse naissance, on leur pardonne d'apeler leurs maris, Monsieur un tel, quoi que la plupart lissent pourtant beaucoup mieux de dire simplement mon mari » (De la Touche, II, 297).

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