Civil., 35 ; cf. Grimarest, Comm. de Letl
AUTRES EFFETS DE L ESPRIT DE POLITESSE 'M'n
donne aux Dames, dit Richelet, le nom de la qualité, ou de la Charge de leurs maris ; et à moins que ce nom n'ait quelque chose de rude, c'est manquer au respect, et contre la Langue, que de ne point faire partager à une Dame le titre de son épouxy Ex. U Impératrice Faustine étoit un peu trop galante, pour être l'épouse d'un empereur Filosofe tel que l'étoit Antonin (M. d'Acier, Vie d'Antonin). Caterine de Medicis, Epouse du Roy Henry II, étoit une grande Reine (Mezerai, Hist. de Fr.)... Ces mots d'Impératrice, de Reine, d'Archiduchesse, se disent quand on s'entretient de ces Princesses; et cela sans qu'ils soient accompagnez de celui de Dame. Mais les autres noms qu'on donne aux femmes distinguées, et qu'on prend de la Qualité, ou de la Charge de leur Epoux, ne sont jamais usitez qu'ils ne soient immédiatement précédez du mot de Dame... Madame la Daufine, Madame la Duchesse, Madame la.-J^uv£rJî£Liite, Madame la Chanceliere, Madame l'Avocate générale, etc.
« Les Titres des Charges illustres des maris qui ne se communiquent point à leurs Epouses, ce sont... Maître dés Requêtes, Secrétaire d'Etat et Conseiller... ce n'est point parler conformément à l'usage que de dire : Madame la Conseillère, etc.. ou du moins ce n'est que dans les discours familiers^ et entre amis.
« Quand on parle... sérieusement Jjes femmes ne portent point de nom formé de la profession de leurs maris, lorsque cette profession n'est ni fort basse, ni fort distinguée. On n'appelle pas la femme d'un simple Avocat, Procureur. . . Elu, Mademoiselle V Avocate^J^ Mademoiselle la Procureuse, ni Mademoiselle l'Elûë », sauf en riant. « Molière semble être là dessus de mon sentiment » [Tartufe, II, 3) :
Vous irez visiter pour vôtre bien venue Madame la Baillive, et Madame l'Elue.
« Du métier des Artisans, on forme des noms qu'on donne à leurs femmes » (Richel., Connoiss. des genres, 6-7).
Les TITRES BOURGEOIS. — jj^cs titres que portaient anciennement les bourgeois se trouvaient peu à peu déconsidérés, et on les abandonnait J Celui de Maître n'était plus guère usité dès lors qu'au Palais, et suivi du nom de famille, non plus du nom de baptême : Af" Furetière.
Il fut un temps où Noble homme s'appliquait uniquement aux
nobles authentiques'; désormais, devenu vulg^aire, il était regardé comme « marchand ». En effet, lors de la recherche des faux nobles, entreprise en 1661, on avait discuté au Conseil la question de savoir si Von poursuivrait comme usurpateurs ceux qui s'étaient qualifiés Noble homme dans des actes publics : la solution fut négative. De même Honorable homme, Sire, Sieur, n'ont plus de valeur, les gens qui les eussent portés autrefois cherchent à leur substituer l'appellation plus honorable de Monsieur 2^ « Je suis autant Monsieur que luj -^ » devient un cri général.
Les noms sans titre. — -yEnoncer le nom d'une personne vivante sans le faire précéder d'un titre, a toujours été une grande impolitesse. On ne se la permettait qu'à l'égard des gens du commun, des domestiques, ou des familiers. Mais faire précéder le nom d un article, avec ou sans adjectif, était pis encorei Dans la société, c'était «' affectation de gentilshommes jeunes, qui ne craignaient pas de se signaler en empruntant au peuple quelques unes de ses habitudes : la celle-cy, la celle-là, la bonne une telle, en parlant de duchesses, le bon L. en parlant d'un prélat », de Gallières tranche le mot et traite ces manières d'insolentes [Mots à la mode, 53-54; v. Schenk, 110)^.
1. Cf. : « Avant 1600, le terme de Noble homme et d'écuyer estoient sinonymes, principalement dans les campagnes et lieux taillables ; souvent mesme les familles les plus qualifiées employoient plus volontiers le terme de noble homme ; mais depuis 1600, la qualité de noble homme prise dans une ville franche où l'exemption des impositions la fait tolérer dans ceux qui vivent honorablement sans cependant estrc gentilshommes, ou quand elle est prise avec le titre de médecin, avocat, officier de quelque jurisdiction, elle n'est point censée faire preuve de noblesse; au contraire, elle en est plus suspecte, les charges ou le domicilie paroissant alors favoriser l'usin-pation et y avoir donné lieu » IMém. sur la rech. de la nobl. ddns la génér. de Rouen en 1f>96, publ. par de Caumont dans le Cabin. histor.. t. VI, 1860, p. 218).
2. « Autrefois, quoy qu'ils fussent à la Cour des grands Roys, et dans des villes superbes, ils (les Ecrivains) ne se soudoient pas que l'on leur donnast ce tiUre de monsieur, et l'on ne voyoit que leurs noms propres au front de leurs livres... Quelques autres plus récents ont mis Les œuvres du Sieur, ce qui semble assez modeste : mais pour mettre les œuvres de monsieur, ainsi que l'on commence de faire, c'est ce que l'on -ne devroit pas entreprendre à moins que d'estre Mareschal de France » (Sorel, Bery . extr., III, Bem., 27-8. Cf. S'-Amant, cité par Livet, dans son édition du Tartufe, p. 160).
On se plaignail déjà au .wi* siècle de toutes ces prétentions au Monsieur : « Ce marchant. . . soull'roit estrc appelle Monsieur, au lieu de ce beau et ancien titre de sire Pierre, sire Fiacre. — De nostre ville, dit Lupolde, se sont depuis trente cinq ans retirez et perdus ces beaux et honnestes mots Maislre, pour le regard des gens de Justice, et de Stre, en l'endroit des marchans. . . Ce mot de Monsieur appartient pi'ivativement à la seule noblesse ou juges royaux » (N. du Fail, Cont. d'Eulr., éd Jouaust, II, i J8-9).
:{. GoUetet, JuL-en. hurl., 35.
4. Cf. la règle de Huffier : « On met l'article défini devant les noms de femmes pour les distinguer des noms d'honmics: la Tibaut, la le Maire; mais on ne parle ainsi que tics femmes pour qui on n'a pas une gi'ande considération » (437, pagination exacte : 433). Bussy écrivait sans façon : « Lu Coligny fait la même chose » {Corr., IV, 160). Cf. tome III, 426.
AUTRES EFFETS DE l'eSPRIT DE POLITESSE 369
■ Géralde dans Le Misanthrope en use ainsi, et Célimène ne manque
pas de l'en relever vertement :
Il tutoyé en parlant ceux du plus haut étage
Et le nom de Monsieur est chez lui hors d'usage,
(Mol., V, 482, Mis., y. 60 1-2) J
Formules et circonlocutions. — Je passerai rapidement sur des règles qui n'ont rien de bien nouveau^ ne pas contredire par un non 1 ; ne pas interroger directement ~ ; si l'on a à commander, avoir l'air de demander 3^ ne jamais paraître mettre en doute la parole d'autrui par une phrase mal tournée ^.
Mais l'usage avait des exigence * autrement raffinées : Fait-on quelque action avec un supérieur, en la rapportant, il convient de s'oublier et de la lui attribuer à lui seul, qu'on lui parle ^ ou bien qu'on s'adresse à des tiers ^.
En outre, dans les phrases ordinaires doivent entrer des formules qui en ôtent la rudesse ^Quand un inférieur raconte une action d'un grand à son égard, il ne faut pas qu'il dise crûment : Monsieur N. me dit cela., ni'envoya à la Cour, etc., mais par circonlocution : Monsieur N. me fit Vhonneur de me dire celaj, de m'envoyer à la Cour, etc. [Civ., 32). Je vous dirai est sec; je prends la liberté de vous dire... est comme il faut. D'où la plaisanterie des personnages de Molière : Je vous demande pardon des coups de bâton que J'ay pris la liberté
1 . « Lors([u'on doit répondre non pour contredire quelque personne de qualité, il ne le faut jamais faire crûment, mais par circonlocution, en disant, par exemple, Vous me pardonnerez, Monsieur, etc., je vous demande pardon, Madame, si f ose dire. . . » ,Civ., 28).
2. « Irez-vous à la çfuerre, Monsieur, cela est choquant, parce qu'il est trop familier : au lieu que cette façon de parler, sans doute, Monsieur, que vous ferez aussi la campagne, n'a rien d'olfençant que la curiosité, que l'on excuse, quand elle est respectueuse « {Civ., 65-6). Cf. : « L'interrogation suppose de la familiarité. Ainsi il est tresimpoli d'interroger un Supérieur sur le papier, à moins que cette figure ne soit accompagnée d'un correctif tres-respectueux, contenu dans les termes qui forment l'interrogation, ou dans une autre pensée qui la corrige. Il en est de même du commandement; il n'est pas permis de parler à l'impératif à une personne à qui l'on doit du respect, sans user de la même précaution » (Grimarest, Comm. de Lett., 131-135).
3. « Au lieu de dire, allez, venez, faites cecy, il faut : vous feriez bien d'aller, trouveriez vous pas à propos de venir ? » [Civ., 33).
4. « C'est une incivilité, quand une personne a parlé, de dire, par exemple, si ce que vous dites est vray, nous sommes mal... Il faut dire, selon ce que vous dites, nous sommes mal » {Civ., 40-41).
5. « Si quelque liomme de très-haute qualité, joue à quelque jeu, deux contre deux, et qu'il gagne la partie, son associé se doit bien garder de dire : Nous avons gagné ; mais vous avez gagné. Monsieur » (Civ., 31-32).
6. « Il faut éviter en faisant une liistoirc.si la chose s'est passée en la compagnie d'un grand Seigneur, de parler en pluriel ; comme nous allasmes là... il ne faut parler que du grand Seigneur, sans parler de soy, et dire, Monsieur N. y alla » {Civ., 31;.
Histoire de la Langue française. IV. 24
de VOUS donner (Cf. de Call., Bon et mauv. us., 112). Rendre service est insuffisant, rendre ses tres-liumhles, ou petits services est mieux (Grimarest, Comm. de Lett., 182).
çj On s'étonne parfois des formules filandreuses par lesquelles les
f{f.A: g-ens du xvii" siècle se remercient ou se complimentent, Sait-on
quelles étaient sur ce chapitre les exigences de la politesse ? En voici un exemple : « Monsieur, Je viens vous reniei^cier de V amitié (fue vous m'avez témoignée en recommandant mon procez, et vous assurer ([ue si je puis vous donner aussi des marques de la mienne en quelque occasion, vous reconnoistrez que je nay pas esté indigne de rostre protection, etc. » [Civ., 89). Ce compliment est u incivil », dit la Civilité, (( parce que premièrement ces caressions qui sont le langage du cœur, et. qui touchent par conséquent plus vivement, donnent lieu de croire que la personne qui parle, a de la présomption et trop bonne opinion d'elle-même : Et en second lieu, parce que les termes estant trop familiers, ils blessent le respect. C'est pourquoy , pour le rendre civil, il faut que la pensée et les termes soient plus humbles, et dire par exemple : Monsieur, vous ni avez témoigné tant de hontez, pendant mon procez, que j'ose espérer que vous ne trouverez pas mauvais que je sois venu, pour avoir V honneur de vous en rendre treshumbles grâces, et vous assurer de ma reconnoissance et du zèle que j'ay de mériter V honneur de vostre protection par mon respect et mon tres-humble service, en toutes les occasions qu'il vous plaira ni honorer de vos commandemens » [Ib., 90). (( Ce compliment aune Dame, Madame, je prends trop de part à vostre douleur, pour ne pas venir mêler mes larmes avec les vostres dans cette funeste occasion, etc.. pourroit se souffrir d'égal à égal, mais d'inférieur à supérieur, il faut marquer plus de soumission et dire à peu prés : Madame, Vhonneur ([ue vous m avez toujours fait de me regarder comme un des serviteurs particuliers de vostre maison, me donne la liberté de venir vous témoigner avec le respect que je dois, la part que je prends à vostre douleur dans cette triste rencontre, etc., » [Ib., 91).
La correspondance. — Dans les lettres, les titres et formules à employer sont réglementés d'une façon plus rigoureuse encore que dans la conversation. La disposition de l'adresse, à elle seule, exprime déjà des nuances nombreuses de respect ^.
1. «On ne met que i4«/?o/, sur les Lettres que l'on écrit au Roi son Maître». Pour les aitrc son dési^Mic le Prince : A Sa Majesté, le Hoi de Suéde, tout au bas de l'envelope, <• ifin de marquer par le blanc qui est au-dessus le respect que l'on a pour la personne du P.incc >i . Pour Monseijjneur, pour Monsei},'neur le Duc de Uour{,'og:ne, pour Monsieur,
AUTRES EFFETS DE l'eSPRIT DE POLITESSE 371
On se souvient que Vaugelas avait défendu de dire : J'ai reçu la vôtre je vous écris celle-ci/. La règle, reprise par Marg-. BufFet (88), Ménage, {0.,l, 506) et de Gallières, [Bon et m. us., 234-5), sera justifiée en raison par Grima rest, qui en fait un précepte de politesse K
Dans les bureaux des ministères, dans les chancelleries, existaient des formulaires, dont les termes avaient été minutieusement discutés, pour tous les cas qui pouvaient se présenter. Le roi avait le sien, même pour ses relations avec ses plus proches parents ; la reine ~, les princes du sang, les ministres, avaient aussi chacun le leur '^. Pour les rapports avec les souverains étrangers, le protocole était fixé à la suite de négociations diplomatiques très laborieuses. Louis XIV observait des nuances infinies pour marquer le cas qu'il faisait de tel ou tel autre roi ou prince ^.
on met simplement en ime ligne au bas de l'envelope : A Monseigneur : A Monseigneur le Duc de Bourgogne. Pour les Petits-Fils de France, on écrit au haut de l'envelope A. S. A. 7i., et un jjeu au-dessous, en commençant à un tiers de l'envelope: Monseigneur, et enlin tout au bas : Monseigneur le Duc de N.
La première mention varie : « Aux Princes du Sang, on écrit : AS. A. S., Aux Princes étrangers : A. S.A.; Aux grands Seigneurs à qui l'on donne de l'Excellence : A .S. Ex"" ; Aux Cardinaux Princes : A . i'. A. E'"" ; Aux simples Cardinaux : A. S. Em"". Mais il ne faut pas indif|ucr le lieu de leur séjour ; personne ne doit l'ignorer. « ce seroit diminuer l'attention que l'on doit à leur personne, que de marquer le lieu de leur séjour, comme celui d'un particulier: ce seroit impolitesse d'en user autrement » (Grimarest, Comm. de LelL, 150-154). Pour les personnes de moindre qualité, on met seulement au haut Monseigneur ou Monsieur, selon le rang de celui qui écrit, et le plus bas possible, on redouble le Monseigneur ou le Monsieur, suivi des qualitez et du lieu de séjour, mais sans désigner la demeure particulière (Id., ib., 155). Colbert écrit à Michel Colbert, le 29 janvier 167 i: « Il est nécessaire que vous réformiez la manière dont vos lettres sont écrites, et que vous vous serviez de celle qui est pratiquée par mes lettres et par toutes les personnes qui sont dans les charges et dans les emplois, n'estant pas de l'usage d'écrire de travers sur le dos de la feuille, à moins qu'il n'y ayt une nécessité indispensable » .
1 . « Il n'est permis qu'aux Marchands et aux Banquiers de mettre : fai reçu la vôtre, pour, j'ai reçu votre Lettre ; parce qu'il ne doit point y avoir de relation de la construction d'une Lettre à celle d'une autre Lettre, ce que cette manière de parler suppose » (Grimarest, Comin. de Lett., 179). En attendant, on s'amuse à l'insérer par plaisanterie dans des échantillons de style « mercantin » : « Pour réponse à la chère vôtre du 13 du courant, je vous dirai. Monsieur que les trois pistoles que vous m'avez envoyées, valant la somme de trente livres, m'ont été comptées, nomhrées et délivrées par M. Boudet, marchand de cette ville, dont et du tout je vous remercie. Aulve chose n'ai à vous dire en style Mercantin et je prends un style plus convenable » (Bross. à Boil., Corr., 86).
2. <i Lorsque le roi Louis XIII fut marié, la Reine mère et la jeune reine régnante eurent quelque diderent au sujet du cérémonial.... Le Roi signe en écrivant à sa mère : Votre très-humble et très-obeissant fils, cl la Reine-mère prétendoit la même souscription de la Reine régnante, mais celle-ci ne voulut absolument se signer que : Votre très affectionnée fille, puisque la Reine-mere en lui écrivant ne signoiti)as autrement que Votre très-affectionnée mère » (Dumont et Roussel, I, 435).
3. Voir le formulaire deslettres du Roi, dans DumontetRousset, I, 46i-469, ceux du Dauphin, de Monsieur, des Princes du sang, ibid,, 469-474, le formulaire des bureaux de Colbert, Bibl. Nat., mss. Clairambault, 658, celui du grand maître des Cérémonies Arch. Nat., O', 1092 à 104i. Cf. Du Sault, Nouveau stile des lettres des chancelleries de France... Paris, 1666, in-4.
4. Voir Dumont et Rousset, I, 466-469. En 1661, on discute au Conseil si l'on donnera
Dans la correspondance privée, si les règles n'étaient pas aussi nettes, les formules n'avaient pas moins d'importance. La place du moi Monseigneur ou Monsieur en tête de la lettre doit être bien calculée '. Le même mot doit être répété au début, mais il faut prendre bien garde, « que le premier mot du corps de la lettre ne puisse pas faire de liaison et avoir aucune construction avec celuv de Monsieur ou de Monseigneur, qui est à la teste, comme par exemple, si après Monsieur, on venoit à commencer la lettre par ces mots, vostre laquais m'est venu » [Civ., 462-163). L'équivoque serait en effet désastreuse -.
Dans le corps de la lettre, il ne faut point omettre les titres (V Altesse, d'Excellence, auxquels les gens ont droit, mais s'en servir le plus possible, à condition toutefois de pouvoir les employer naturellement et dire : comme votre Excellence sait, etc. [Civ., 164). Encore y a-t-il un art véritable à placer ces vocatifs ^. « On ne doit jamais répéter Monseigneur, Monsieur, etc, dans la même période, quelque longue qu'elle soit. Il faut tâcher de placer ces mots après le pronom vous, lors qu'il finit le membre de la période médiatement ou immédiatement, comme, il n apartient qu à vous ; Monseigneur, etc. Pour vous dire, Madame, etc. Les termes dhonneur sont aussi fort bien placés après les termes de liaison qui commencent les périodes, comme ; Au reste, Monseigneur. Après tout, Madame, etc. » (De la Touche, Art de b. pari.. Il, 296).
Les formules de souscription surtout devaient être choisies avec un soin minutieux^. Brieux avait consulté à ce sujet GhajDelain, qui
au roi de Pologne, le titre de Majesté; ou simplement celui de Sérénilé [Mémoriaux du Conseil de 1661, publ. par .1. de Boislisle, II, 22 i, 227-22S). En 1669, le roi de Danemark demande à Louis XIV le Majesté et ne l'obtient pas [Journal de Dangeau, 29 sept. 1699).
1. « Tantôt on place le Monsieur, au haut de la page, et l'on commence la Letti-e immédiatement au-dessous ; tantôt on la commence par Monsieur et on met un, deux trois ou quatre mots dans la même ligne, selon l'honneur que l'on veut faire à cet inférieur. Un mot à la ligne fait plus d'honneur que deu.x, deux que trois, etc. » (Grimarest, Comm. de Let., 119-120).
2. « C'est le desagrément de céder qui a fait inventer de supprimer les inter\ aies entre personnes qui ont cru être dune égale condition, ou à peu près : cela se fait en mettant le, Monsieur, ouïe, Monseigneur, dans la première ligne delà Lettre; et c'est ime marque de respect, et d'estime, de le placer le plus près qu'il est possible du premier mot, sans gâter la construction ; et ce seroit une impolitesse qu'il fut à la lin de la première ligne, ou dans la seconde : cela n'est permis qu'aux Supérieurs » (Grimarest, Comm. de Letl., 115-116).
3. « Il seroit fort impoli de n'employer ces termes [Monseigneur on Monsieur) qu'ai» commencement, et à la fin d'une Lettre ». On doit les répandre dans le corps d'une Lettre, mais avec prudence, pour éviter les équivoques, la cacophonie, ouïes vùces de construction (Grimarest, Comm. de Lett., 137-138).
4. Voir P. Dablin, J.es souscriptions de lettres dans la correspondance depuis le XVI' siècle jusqu'à nos jours. Vendôme, 1903, in-8.
AUTRES EFFETS DE l'eSPRIT DE POLITESSE 373
lui répond : « Les questions que vous me faites sur le sujet des souscriptions ne sont point encore décidées dans notre Monde et sont asses arbitraires pour empescher de prononcer dessus . 11 me semble pourtant que votre gradation est la bonne et qu'on ne se peut gueres abuser en la suyvant. J'en exclurois pourtant, votre très humble absolute, qui ne s'escrit point bien et qui n'a d'usage que dans le langage familier et sevilement en parlant. On dit encore Votre obéissant, votre obligé, votre affectionné serv^' sans le très, lorsque l'on escrit a ses inférieurs selon le degré [s] d'infériorité; et les Princes a ceux qui sont bien au dessous d'eux Votre affectionné a vous faire service. Bien souvent mesme, pour éviter les plaintes ils n'escrivent qu'en forme de billets, et sans Mr., au commencement ni votre a la tin, et a la suscription ils mettent Mr. Tel sans redoubler Le Mr. Le tout par grandeur et pour maintenir leur dignité en imitant le stile des Testes Couronnées ce qui ne sert pas a leur acquérir ou conserver des serviteurs. Je croirois comme vous que votre très humble est plus soumis que Votre très obéissant, ^e ne scay point comment Mr. et Mr. le Prince en usent avec les Dames. Vous m'avés fait faveur de me lever ce lièvre là . Il est bon de s'en eclaircir. Je le feray pour vous et pour moy. Je pense toutesfois qu'ils n'y font pas plus de façon que les autres Princes et qu'ils demeurent en cela dans le droit commun » {Lett., 12 juin 1661, f" 189-190).
La Ghétardie traite longuement de ce sujet ' et Grimarest après lui. Suivant ce dernier, les formules de lettres aux inférieurs... sont doubles ou simples '-. Avec les supérieurs on a moins de choix .
1. « Il faut entendre la force des qualitez quon donne dans les souscriptions. Entre ces qualitez là, il y en a de simples, et de redoublées, qui vont du plus au moins, selon le ranp: que je leur vais donner dans cet Ecrit. Les simples sont, Vôtre tres-humhle, V'oslre tres-obeïssanl, Voslre Ires-ohiUfé, Vostre Ires-aqnis, Voalre tres-aff'ectionné, Voslre plus affectionné ii vous servir, ]'ostre plus affectionné ;i. vous faire service.
Les redoublées sont : Voslre tres-humhle et tres-oheïssant, Vostre tres-humhle et tres-ohligé, Vostre tres-humhle et tres-a([uis. Vôtre tres-hainhle et tres-affectionné ; car dés qu'on donne du Très, ou ne dit plus /( vous servir ny à vous faire service. Aussi ne traite-t-on de la sorte que des Personnes fort inférieures.
Il y a encore une autre remarque qui re^^arde le Très, qu'il est nécessaire de faire ; c'est, que quoy que le terme d'Obeïssant, soit au dessus de celuy dWffeclionné, la qualité de tres-humhle, iomie à celle de Ires-affectionné, est plus soumise que celle de tres-humhle et obéissant, à cause des deux Très qui se trouvent dans la première » {Instr. pour un jeune seigneur, !"■ part., 138-lil).
2. Celles-là sont suivant leur rang : « Vôtre tres-humhle et ohèïssant : Vôtre Ireshumhle, et tres-affeclionnè : Vôtre tres-humble, et affectionné. Les souscriptions simples, qui font moins d'honneur que les précédentes, sont : Fôire tres-humhle: Vôtre Ires-obéïssant : Vôtre tres-affectionné : Vôtre bien humble : Vôtre obéissant: Vôtre affectionné : Vôtre affectionné à vous servir: Vôtre bon ami. Cette dernière souscription s'emploie pour les personnes de la moindre condition; et les autres en remontant » (Grimarest, Comm. de Lett.. I20-I21i.
« Pour tous les Princes et les grands Seigneurs on met : Je vous fiupplie tres-humblement, SIRE, d'en être persuadé, et du profond respect avec lequel f ai l honneur d'être,