DE VÔTRE MAJESTÉ
Le très- humble, iresobéïssant, et très- fidèle sujet et serviteur.
Si l'on n'est pas sujet du Souverain à qui l'on écrit, on met simplement à la souscription : Le tres-humble, et tres-obéïssant serviteur » (Grimarest, Comm. de Lett., 110-111) '.
Rien ne donne une idée plus exacte de l'art avec lequel on cherchait à éviter les moindres susceptibilités, que le débat au sujet de la formule affectionné, ou très- affectionné serviteur. Bouhours avait conté lanecdote d' « un grand Ministre d'Espagne » déchirant une lettre du Ministre de France, qui ne lui donnait que du très affectionné : c'était le traiter en inférieur i^Rem., 32). Alemand en fit une question, la dix-huitième de ses Observations [Guer. civ . , p. 67 et suiv.). Il rappelle tous les scrupules qu'avait eus l'Académie, au dire de Pellisson, alors qu'elle voulait écrire à Bois-Robert, qui était un de ses membres et que le Corps entier ne pouvait point traiter d'égal . Très obéissant serviteur se trouvait par là écarté, très affectionné d'autre part était trop peu civil, on s'arrêta k passionné. Alemand montre par l'exemple de Voiture et de d'Urfé, combien il v a peu de temps que l'expression est considérée comme trop familière, mais il convient que Furetière, pour s'en être servi après d'Urfé et Voiture, a été repi'is par l'Académie. Il lui semble, comme à Th. Corneille, que la formule pourrait passer, si très affectionné se trouvait après t/'ès humble {67- 72). Andry de Boisregard ne manque point de disserter à son tour et de rechercher si l'affection comprend toujours l'obéissance, et comme il constate que non, il est fermement contre affectionné [Befl., .Si- SB). S*-Réal ne reproche à son adversaire qu'une chose, c'est de s'attarder à démontrer la grossièreté de Furetière [De la Critique, 325). De Callières confirma l'opinion de ses prédécesseurs [Mots à la m.,
1, De Callières sifînalc avec admiration l'usage d'un duc qui étaitminisLrede France à l'étranger, et qui diversifiait toutes ses fins de lettres, faisant en sorte qu'elles fussent toujours liées au corps, « afin de tomber en cadence à la souscription ordinaire ». Il considérait que « c'étoit un respect qu'il croyoit devoir au Roy » {lion et mauv. us., 220-221).
146 ; cf. Bon et mauv. us., 224 ; v. Schenk, 160), et du même coup institua une comparaison en règle entre très obéissant, très acquis, très humble, très obligé, etc.
Il est juste d'ajouter que, pour éviter tout ce formalisme, on avait la précieuse ressource d' « écrire en billet ». C'était le refuge oii on se sauvait, comme ces petites chambres des palais fastueux où les plus grands allaient chercher le temps de vivre, de respirer, et d'aimer à Taise. Cette manière d'écrire en billet était récente. « Elle ne fut pratiquée dans les commencemens, dit la Chétardie, que par les Personnes quis'écrivoient, par exemple, de Paris à Paris ; même, pour l'ordinaire, elles s'écrivoient en tierce Personne. Ces Billets-là, la plupart du temps, n'étoient point signez, et on se contentoit de finir par un Je suis tout à vous, ou quelque chose de semblable » (o. c, i''' ])art., 132-133). Mais « comme les Lettres ont quelque chose de plus gesnant, et qu'elles assujettissent à des distinctions, qui obligent les Personnes inférieures à traiter les autres avec plus de respect, soit en laissant plus d'intervale entre l'inscription, et la première ligne, ou en donnant par exemple, du Ires-humble, et tres-obeïssant Serviteur, à des Personnes qui se contenteroient de vous donner du trcs-humble ; la plupart des Gens, pour éviter cette distinction, se sont avisez d'écrire en Billet, et on n'écrit presque plus d'une autre manière » (Id., Ib., /''" part., 133-135 ; cf. Grimarest, Comm. de Lett., 122).
Le vous ET LE TU '. — iL'usage du tutoiement était si complète- \''^' ment abandonné au peuple que j'ai à peine besoin d'en parler. Nous , n'en usons, dit Maupas, qu'à 1 endroit de nos sujets et inférieurs, ou par dédain et courroux, ou bien « à nos^priuez amis, pour vue priuauté et familiarité tres-estroitte » (124) ~.
p]n public il n'est point poly, De s'entretutoyer sans cesse.
(Coulanges, CAans., II, il, 1694).
La mode, par moments, amena quelques dérogations à cet usage. Précieuses et petits-maîtres se tutoyaient parfois (Voir Mol., V, 495 et suiv. , Mis., a. I, se. 3, et cf. Belleg., Refl. sur le rid., 449). Mais Clitandre et Acaste ne firent pas autorité. A Port-Royal, les
1. Je crois devoir joindre à ce qui précède ces quelques observations, qui se rapportent elles aussi à la politesse et à l'étiquette.
2. Voir Molière, Min., éd. Livet, lîl. L'annotateur renvoie aux Fâcheux, a. I, se. 1, V. i5.
enfants, habitués à se prévenir d'honneur les uns les autres, ne se tutoyaient jamais, S'^-Beuve l'a déjà noté.
En s'écrivant, on gardait les mêmes formes que dans la conversation. Le tutoiement de Patru et de Perrot d'Ablancourt, de La Fontaine et de Maucroix (La Font., IX, 342), est chose exceptionnelle. Même en famille, on s'en gardait. iGolbert tutoyait son fils, non son frère. Et bientôt Grimarest y verra une manière grossière de s'entretenir, bannie du bel usage '. « On ne dit jamais tu ny toy en François, affirmait déjà de l'Estang : il n'y a qu'un maistre qui puisse dire tu ou toy à son valet, qu'il doit même traiter de vous en lui écriuant. La ciuilité dont toute nôtre langue est remplie, me dispense d'en apporter des exemples, parce que ce seroit chose superflue. Je diray seulement icy en quelles rencontres on peut dire toy^ en parlant, ou en faisant parler quelqu vn. On peut dire toy lors qu'on fait parler deux égaux, pour marquer ou leur grande familiarité, ou leur grande affection ; lors qu'on fait parler quelqu'vn, ou auec grande indignation, ou auec grande haine : lors qu'vn homme est fort en colère ou qu'il parle auec mépris contre quelqu'vn,'* lors que Dieu, vn Ange ou \n Prophète parle aux hommes: lors qu'on fait parler vn barbare, ou vn homme fort inciuil, pour marquer son inciuilité : lors qu'on parle à vn homme mort, ou qu'on le fait parler luyméme : et lors qu'on se parle à soy^méme, à son ame, ou à son corps, ou à unepartie de soy-méme »/(Z)e /a Traduction, 1660, 57).
Dans ces conditions, le tutoiement, fréquent dans la langue littéraire, y prend des caractères fort divers. Les personnages des tragédies de Corneille se tutoient fort souvent, ainsi Ghimène dit à son amant : Sors vainqueur d'un combat dont Chimène est le prix. Et le roi dit de même au héros : Laisse faire le temps, ta vaillance et ton roi. Ce n'est pas là évidemment une marque de respect, tandis que là où Bolleau s'adresse à Arnauld, à Guilleragues, au Grand Roi, en les tutoyant, ce tutoiement n'implique aucune familiarité, tout au contraire. D'une et d'autre façon, il paraissait choquant à plusieurs. Subligny ne pouvait accepter que l'amitié eût amené deux rois à tant de familiarité [Fol. Quer., Pref., \^). JEide fait les héros de Hacine sont d'ordinaire plus cérémonieux. Corneille, lui, a corrigé en différents endroits son texte primitif d'après la mode>
Les partisans du tutoiement respectueux eurent aussi à se
1 . « En la pratiquant, ajoutc-t-il. on parle comme le Peuple : c'est même un langajrc qui répugne, et qui a ses conséquences, quand il est écrit : on ne risque rien de se renfermer dans celui des lionnêles gens » {Comm. de Letl., liO).
AUTRES El F,ETS DE L ESPRIT DE POLITESSE 377
défendre. Ils soutenaient que d'abord c'était un moyen de repro- "^^ duire l'antique ; Desmarest a présenté cette théorie dans VAdvis qui précède son Glovis K Maupas avait déjà donné pour raison qu'en tutoyant Dieu, on « ensuiuoit le stile de l'écriture » -. Il ne faudrait pas croire pourtant que la doctrine fût faite sur ce point, ni chez les protestants ni chez les catholiques. Godeau, évêque de Vence, tutoie Dieu, et Richard Simon, l'oratorien, le fondateur de lexégèse, lui en fait reproche •'» Les protestants eux-mêmes hésitaient encore, malgré l'exemple de leurs coreligionnaires étrangers. Bayle nous en dit les raisons '^ On voyait fort bien que le vous
1. » Que Ion ne trouve point estrange aussi, que dans cet ouvrag-c l'on parle aux Princes et aux Princesses parle mot de loi/, (rest ainsi que Ton parle à Dieu mesme : et c'est ainsi que l'on parloit aux Alexandres. aux Césars, aux Heines et aux Impératrices. Le mot de vous en parlant à une seule personne, n'a esté introduit que par la basse flaterie des derniers siècles, qui s'est avisée de parler en jiluriel à une personne en voulant luy faire croire que toute seule elle en valloit plusieurs : et cela s'est estendu enfin jusques aux personnes de la moindre condition. La Poésie lleroïciuc ne peut souffrir cette foiblesse » (Desmarest, Clovis, 1666, Advis).
2. « Parlans à Dieu en prières et Cantiques, nous retenons le singulier tant pour ensuiure le stile de l'écriture que pour signifier ceste vnique \nité incommunicable. Toutefois aucuns, suivans la molcsse de nostrc langue, estimans le langage jilus doux et respectueux, vsent du plurier » (125).
3. « Il (Mr. Godeau) dit que c'est la raison pour laquelle il a toujours retenu la faconde parler à Dieu en singulier, et non jjas en pluriel, et de luy dire plùtost toy que vous. Comme il étoit Poëte. il étoit accoutumé à cette sorte d'expression, qu'on ne soull're pas facilement en prose dans nostre langue. Il a néanmoins crû honorer davantage la grandeur de Dieu en luy parlant ainsi, que s'il luy parloit à la manière des hommes. .Mais je suis persuadé qu'il y aura peu de gens de son sentiment : car il ne s'agit pas icy de la langue originale du Nouveau Testament, ni do celle des anciennes Versions qui ne reconnoissent point cette civilité, comme il le remarque. C'est assez qu'elle soit reçue généralement des François, qui regardent connue une chose indécente de parler à Dieu par toy. 11 ajoute, qu'il y a davantage d'indécence que Dieu parle ;iu Diable par vous. Mais s'iljugeoit qu'il y eusten cela de l'indécence, il luy étoit libre de faire parler Dieu par lo y au Diable; au lieu qu'en se ser\ant par tout également de l'expression loy, il met Dieu et le Diable dans le même rang, faisant autant de civilité à l'un qu'à l'autre » (R. Simon, Ilisl. cril. des Versions du Aouv. 7'esL, Rotterdam, Reinier Leers, 1690, 391).
4. "... Je vous dirai en général, mon cher Monsieur, que quoi que je ne voie rien de condamnable dans notre usage de tntnïer Dieu: et que je ne voulusse pas même qu'on le changeât, puis qu'il a déjà tant duré : je ne trouve point que nous le puissions bien justifier... M. .lurieu a toujours trouvé cela rude, et... il a souvent usé du Vous dans quelques Exclamations en Chaire, apostrophant la Divinité... Je ne vois pas que la Raison que nousalléguons ordinairement, et dont aussi vous vous servez, soit bonne. C'est que Dieu a lui-même adopté le Tu, et que Jésus-Christ l'a inséré dans VOraisini. qui nous doit servir de modèle; car, cela seroit bon à dire, si dans les Lanyues Hébraïque, Syriaque, Grecque et Lnline, le Vous eut été en usage de l'Inférieur au Supérieur, comme il l'est aujourd'hui en François. Il ne faut donc pas dire qu'il y a toujours eu parmi les Peuples un Tu de Heliyion et de Piété: car, anciennement, le Singulier se donnoit en tout tems et en tout lieu à toutes sortes iVOhjets, supérieurs et inférieurs. Mais, vous avez raison dédire, que depuis que les Lançfuex ont adopté le Vous envers lesSupérteiirs, et ceux qu'on traite civilement ou en Cérémonie, on n'a pas laissé de retenir le Tu en certains cas; par exemple, dans les Vers, et dans les Prières. Encore y a-l-il toujours eu des Poètes qui ont emploie le Vous, et des Prières, où le Vous a été pareillement conservé. Quoi qu'il en soit, je ne saurois voir la moindre ombre de Mystère en ce que Dieu, dans sa Parole s'est désigné par Tu et Toi: car, la Langue, dont il se servoit, ne rcconnoissoit point d'autre usage : il falloit
378 flISTOlRE DE LA LANGUE FRANÇAISE
français était conforme à l'usage de notre langue comme le tu à l'usage du latin, et que c'était une fidélité maladroite que de suivre la lettre et non l'esprit. Néanmoins les poètes gardèrent le droit de s'adresser aux rois, aux princes, à Dieu au singulier. Racine, pour ne citer que lui, tutoie Dieu à toutes les pages dans Esther et dans Athaliç '. L'Académie approuvait cette forme de langage (/?e^., IV, 92):
Toutes ces dérogations à l'usage général ne changent rien à la règle, qu'elles confirment au contraire. Il était « ridicule, pour ne pas dire impertinent, de tutaier les personnes avec qui on n'était pas fort familier » (Rich.).
N5 \Au contraire le xYofz.s de majesté, usité à la première personne
depuis Constantin -, n'avait jamais passé dans l'usage commun ; il avait continué à appartenir aux dignitaires laïques ou ecclésiastiques, exclusivement, et ne s'était généralisé que dans les documents de la langue administrative. Les particuliers qni en usaient dans la vie courante se faisaient moquer, pour peu qu'ils le fissent par sentiment de leur importance ^ rs. <k ^ \ Seuls les héros tragiques avaient le pi'ivilège de parler ainsi d'euxmêmes. C'est une forme de style noble. Elle est fort répandue '', et explicitement approuvée par les théoriciens '. Par une contradic-
Ç-v-oi.-'--v--<- passer par là, ou exposer \ Ecriture à la moquerie qu'excitent les Phrasen à Solecismes et à Barbarismes » (Bayle, Letl. à M. Ron, 10 oct. 1690, dans les Lett. choisies, Rotterterdam, p-ritsch et Bolini, 1714, 8°).
1. Grand Dien, juge la cthsc... (III, 163, Esther. Prol., v. 41;; 0 mon souverain Roi l Me voici donc tremblante et seule devant toi (Id., 182, Ib., v. 247-8, et toute Tinvocation); Voilà donc quels vengeurs s'arment pour ta querelle... â Sagesse éternelle (Id., 667, Alh., V. 1119-1120); Oii sont. Dieu de Jacob, tes antiques bontés? (Id., 687, /ft.,v. 1501, etc.).
2. Cf. Jos. Sasse, De numéro plurali qui vocatur majestis, Leipzig;-. 1889, Diss. C'est d'abord une manière d'associer un autre à lui-même, qui meut l'empereur à nos. Mommsen l'a prouvé. L'usage de ce pluriel ne se généralise pas avant le v" siècle, ("liez les rois, ego est général. Chez les papes, il faut descendre à Léon le Grand (440iOl après J.-C.) pour que no.s devienne rég^ulier.
3. « Ce larron chiquaneur icy use du mot de nous, comme si cestoit un grand Seigneur » (N. du Fail. Eutrap., éd. clz., I. 212) ; Cf. : « Il conneut bien que Theopliraste pretendoit passer i)our grand Seigneur, d'auoir des hommes auec luy, qui luy rendoient tant de dcuoirs, et de parler tousiours de luy seul en plurier comme il faisoit. .\u commencement il auoil creu qu'il parlast en mesme temps de ces deux hommes »
Sorel, Folg., II, 178-179 .
4. Ils s'aimenl. C'est ainsi qu'on se jouoit de nous (Rac, lll, 12, Milhr., v. 1117); .\on, ne révoquons point Varrét de mon courroux : Qu'il périsse! Aussi bien il ne vit plus pour nous \Id., II, lll, Andr., v. 1407-1408^,.
Montflcury, dans Sa Eemmejuge et partie, III, 8, tire un effet burlesque de l'application de cette forme à des dialog:ues comiques.
â. On peut parfois en parlant de soi-même, mettre le verbe au pluriel « avec beaucoup de ^racc». Servons-nous de nos appas pour nous attirer des cœurs. On peut, mettre dans une même période un verbe au plurier et l'autre au singulier, encore qu'on ne parle que de soy-mcme : Ne délibérons plus, allons droit à la mort ; La tristesse m'appelle à ce dernier effort (Levendc Templ., lintr. àMad., 119-121).
tion assez singulière, le même pluriel sei^t de forme de modestie chez les auteurs.^
La troisième personne, — Mais un nouvel usage se répand, dont il importe de marquer les premiers débuts^^On commence à parler à la troisième personne, ainsi qu'en espag-nol et en allemand. Oudin avertissait ses lecteurs que c'était là un tour qui convenait avec les rois, les princes, les j^rands seigneursjiSVostre Majesté commandet'elle ? vostre Altesse, vostre Excellence me pardonne, mais qu'il fallait se garder de dire comme les Flamands : Monsieur veut-il ? Madame veut-elle? i^Gram., 108). Andry reprend le précepte positif sans rien dire de l'autre ', Même ainsi présenté, ce principe n'agrée pas à Saint-Réal, qui soutient que le simple vous a plus de véritable politesse ~. Il est à présumer toutefois que la flatterie avait déjà commencé à répandre la troisième personne.
L'irrévérence des pronoms. — //. Elle. C'était au xvii*^ siècle, comme aujourd'hui encore, une impolitesse de parler de quelqu'un qui était présent, et après l'avoir nommé, de le désigner par il ou lui 'M
Ce qui est plus digne de remarque, c'est la théorie que j'ai trouvée chez Riehesource, d'après laquelle (même sans parler à une personne réputée), du moment qu'on parle d'elle et qu'on raconte des faits, où elle a été mêlée, il est bon d'éviter les pronoms personnels, ou les adjectifs personnels, dits possessifsj Dans une phrase telle
1. « Le mot vous, ncst pas des plus respectueux, lors qu'on parle à quelque personne que l'on doit ou que l'on veut traiter avec respect. Si par exemple on est avec un grand Seig-neur, et qu'on ait occasion de luy demander sa volonté sur quelque chose, il faut bien se garder, si l'on n'est pas son égal, de luy aller dire, vous plaist-il Monseiçfneur, etc., ou ce qui seroit bien pis : voulez-vous, Monseigneur, etc., il faut parler indirectement, Monseiçfneur agréroil-il que, etc. » {RefI . , i03-t).
2. " La répétition du mot â Altesse, ou autre semblable deviendroit ennuyeuse, à force d'estre trop fréquente, ou mcsme ridicule, pour se trouver jointe à des mots d'un sens fort contraire à celui cVAllesse,\e mot de vous, qui lui est équivalent, marque plus de véritable politesse, pourveu qu'il soit accompagné d'expressions respectueuses... Croyez vous ({u'une personne... ne parlât pas aussi poliment, en disant de temsen tems: V'oiï.s in avez fait Vhonneur de nie dire: qu'en disant vint fois de suite: Vostre Altesse nia dit? » [De la Crit. ,211-219. CA'. Grimarest, Conun. de Lett., 108-1091
3. '< Il n'est pas de la civilité, quand on parle à un tiers d'une personne de qualité en sa présence, de la nommer, et de continuer par luy » [Civ. , 36). Cf. Les Loix de la Galanterie, (164 iy : « Que s'il arriue que ceux auec qui vous vous entretiendrez vous nomment quelque fois quelqu'vn qui vous semble estre de trop bas aloy pour auoir de l'aflinité auec vous, il faut dire anec un ton mesprisant : te ne vonnoy point cela, comme ne sçachant pas mesme dequoy c'est que l'on vous parle, et se gardant bien de dire, te ;ie leconnoy point, pource que ce seroit encore faire trop d'honneur à une telle personne. Quand il sera aussi question de mespriser quelqu'vn en sa i)resence, il se faudra bien garder de repeter le nom de Monsieur, en parlant de luy à (luelqu'autre qui se trouuera là, comme par exemple, il ne faut pas dire : n'entendez vous pas ce que Monsieur vous dit? mais seulement, n'entendez vous ])as ce qu'il dit? de mesme que si l'on disoit : ce que celuy là vous dit, ce qui témoigne vn vray desdain » (i3-l't).
que : ...oste à l'Empereur une partie considérable de ses revenus, le professeur d'éloquence enseigne tout au long que « Le Pronom possessif, ses, est trop familier, et trop bourgeois pour des gens de la (jualité de l'Empereur, Il faut de la prosopopée ou de la troisième Personne, à sçavoir, Maiesté Impériale, pour dire, et prive S. M. Imp. d' une grande partie de ses revenus » [Prise de Fribourcj , 42o). Ailleurs la théorie prend plus d'ampleur encore. <( La fréquente reprise dune même diction est marque ou de stérilité, ou de négligence... Si quelqu'un parloit de cette manière. Le Roy parla à Monsieur le M. de Louvoy , etc., et luy dit etc., il pourroit s'exprimer de même façon s'il faisoit parler le Roy au dernier de tous les hommes... il doit se défaire de ce, lui, Pronom personel relatif et lui substituer l'Eloge de M. le M. de Louvoy, et dire de cette manière : Le Roy parla, quelque temps, à M. le M. de Louvoy... et fit entendre à ce grand et judicieux Ministre, etc. Le Lecteur voit quelle grâce la Phrase reçoit de cet équivalant, Grand Ministre, au lieu de ce, lui, simple Pronom ^ ». Quelque fantaisiste que soit le sieur de Richesource, sa doctrine m'a paru trop en harmonie avec l'usage et avec l'idée qu'on se faisait des convenances à garder dans certains styles, pour ne pas mériter d'être rapportée. Elle explique bien des passages de nos auteurs, en particulier de Bossuet, qui a semé ses oraisons funèbres des mots cent fois répétés de le jeune prince, ce grand roi, etc. ne pouvant pas dire il ou lui. La majuscule ne se prononçait pas, et elle neùt pas suffi.
1. Cf. : C'est aussi cette agréable nécessité déviter rusaj,'-e des Pronoms dans les grandes Actions, qui a piqué les Orateurs et même les Relateurs, à chercher de ces tierces Persones, à les trouver à la faveur de la Prosopopée, qui sont de si grand service à l'Orateur et à les employer dans le discours, lors ({ue la grandeur des Actions, le demande, comme sont. Divinité, Saintelé, Imminence. Hiiiitesse, Maiesté, Altesse, Excellence, Grandeur, etc., afin de ne pas dire trop souvent, le, vous, lui, elle, etc.. ils la font passer (la Prosopopée) jusqu'aux Veilus et jusqu'aux Passions dominantes ; ainsi nous disons; C'est une faveur que ie tiens de vôtre Générosité, où ainsi, nous en sommes redevables à vôtre auctorité; au lieu de dire : C'est une (/race que ie vous doy, cesl une faveur de laquelle nôtre Compagnie vous est redevable. Ou ainsi. Enfin, M. pour le dire en peu de mots, sa prudence et fermeté ne triomphent pas moins dans Vaclion que dans le conseil, dans le champ de Bataille que sous le Pavillon. Ainsi le Relateur, dans le fait dont il s'agit, devroit rougir de honte de n'avoir point fait d'autre dépense en riches expressions, qu'en celle du simple, il, Pronom personel relatif, comme qui diroit, non un simple Valet de Pied, mais même un chelif Laquais, comme qui diroit une diction Populaire qui n'est bonne qu'à représenter un simple Soldat, et non pas un Prince que l'illustre Naissance de l'une des plus anciennes Maisons fait presqu'aller de pair avec les plus puissans Potentas de l'Europe (Riches., Prise de Fribourg, 92-3).