Voici le fait. Depuis quinze ou vius^L ans en çù
Au travers d'un mien pré certain ànon passa, S'y vautra, non sans l'aire un nolahle donimaf;e, Dont je fornuii nui plainte aujuj^e du \ ilUifîc. Je fais saisir l'ànon. l'n expert est nommé, A deu.v bottes de foin le déyàt eslinié. ]*>nfin, au bout d'un an, sentence par lai[uelle Nous sommes renvoyés fittrs de cour. J'en appelle. Pendant qu'à l'audience on poursuit un arrêt. Remarquez bien ceci, Madame, s'il vous plaît. Notre ami Drolichon, qui n'est pas une bcte. Obtient pour <|uelque argent un arrêt snr requête, Et je (faffne ma cause. A cela que fait-on ? Mon c/itca)ieHr s'oppose à l'exécution.
Autre incident : tandis qu'au procès on travaille. Ma partie en mon pré laisse aller sa volaille. Ordonné qu'il sera fait rapporta la cour Du foin que peut manger ime poule en un jour : Le tout joint au procès enfin, et toute chose Demeurant en étal, on appointe la cause IjC cinquième ou si.xième avril cinquante six. J'écris sur nouveaux frais, ^c produis, je fournis De dits, de contredits, enquêtes, compulsoires. Rapports d'experts, transports, trois interlocutoires, Griefs et faits nouveaux, baux et procès-verbaux. J'obtiens lettres royaux, et je m'inscris en faux. Quatorze appointements, trente exploits, six instances. Si.\-vingts productions, vingt arrêts de défenses, Arrêt enfin. Je perds ma cause avec dépens, Estimés environ cinq à six mille francs. Est-ce là faire droit ? Est-ce là comme on juge ? Après quinze ou vingt ans ! Il me reste un refuge: La requête civile est ouverte pour moi. Je ne suis pas rendu (v. 201 et suiv.).
Isabelle y vient à son lour, dans la dernière et gracieuse scène où on la marie. Son père l'interroge :
lils-tu muette ? Allons, c'est à toi de parler, Parle.
— Je n'ose pas, mon père, en appeler.
— Mais j'en appelle, moi !
Il faut convenir que M. de Brilhac ou M. de Lamoignon étaient de bons maîtres de langue.
Malgré le mauvais succès des PZai(/e«r5,le genre fut quelque temps à la mode. Dans V Avocat sans pratique de Rosimond (1670, se. xvi), l'avocat Clitandre éblouit de son savoir et exaspère le savetier Carille, déguisé en avocat :
Clitandre
« Que nostre employ, monsieur, veut une grande attache ! Pour moy, je suis surpris de ce qu'il faut qu'on sache Pour passer pour habille en voulant l'exercer ! Que de livres à lire, à qui veut l'embrasser !
Car sans les Loix, Godes, Digestes, Titres, Décrestales, ^^ersets, Canons, (iloses, Chapistres, Combien pour les comprendre est-il besoin d'Auteurs, VA combien nous faut-il lire de glossateurs '.
De plus, les termes du Palais, Comme Enquestes, Arrest, Productions, Extraits, Contredits, Inventaire. . .
Carille Oh 1 jase, je te quitte 1
Clitandre
Kh ! Monsieur, s'il vous plaist, écoutez-en la suite : Promesses, ïestamens, Contracts, Procès-Verbaux, Moyens de nullité. Griefs, Lettres Royaux, Forclusions, Répy, Récision, Requeste, Sentence, Apointemens.
Carille
Que tu me romps la teste !
La peste soit du sot .Avocat de bibus.
Clitandre C'est toi qui n'es qu'un sot, et per omnes casus.
Vingt ans plus tard, ces railleries n'étaient point usées. Nigaudin qui est juge, transpose tout dans son langage. Croquignolet, dans les Filles errantes, fait le bravache avec des mots de procureur : « Monsieur, on ne traite pas comme cela un gentilhomme parisien qui revient de Flandre. — Vous, de Flandre ?. . . — Eh ! non, nous n'y étions pas, quand notre général fît signifier un avenir aux ennemis ! Ils ne comparurent pas le dernier juillet, à une heure de relevée, pour plaider sur le champ de bataille ! . .. — Oh! oh ! voilà un style de guerre tout nouveau. — La cause fut appelée, qui dura plus de huit heures ; mais en vertu de bonnes pièces de canon, dont nous étions porteurs, nous fîmes bien vite déguerpir l'ennemi. Il voulut deux ou trois fois revenir par appel ; mais il fut toujours débouté de son opposition, et condamné en tous les dépens, dommages et intérêts, et aux frais, morbleu ! aux frais . . — Voilà, je vous l'avoue, un plaisant récit de combat. Je vois bien, monsieur,que vous avez vu la bataille dans quelque étude de procureur » (Regnard, Fi7/e.s err., I, H).
Dans le Batteaii de Bouille, dont la date incertaine doit être tixée vers 1693, l'auteur Jobé niet en scène un M. Processif, qui fait un procès à son voisin Rustaut, au sujet d'un nid de geais dont ils se disputent la possession. Il raconte longuement le délit et les détails de l'affaire :
J'appelle au Parlement: on appointe l'afTaire; Notre affaire appointée, on nomme un Commissaire. Le Raporteur nommé, j'eus le vent que bientost Mon procez, bon au fond, alloit faire le saut. Je l'évoque au Conseil. Après beaucoup de peines, Le Conseil nous renvoyé au Parlement de Rennes. Là, les Juges honteux d'estre Juges de Ceays, A notre Parlement nous fumes renvoyez.
Pour la dernière fois ma cause est donc instruite. Je ne négligeay pas une seule poursuite ; Je fais tout faire : enqueste, appel, production, Griefs, contrôle, exploits, signification, Mon arrest du Conseil, le sceau, l'exécutoire, Sentence en conséquence, acte interlocutoire. J'avois payé Greffier, Clerc, Avocat, Sergeant, Par tout la bourse ouverte, et par tout de l'argent. Et puis au bout du compte enfin, pour tout potage, Je perds avec dépens ma cause, dont j'enrage. Par notre arrest, Madame, à la fin il est dit Qu'il aura les oyseaux, et que j'auray le nid, Se peut-il jamais voir injustice plus grande? (Se. IX).
La langue du palais et les théoriciens de la langue. — Les ^aminairjens n'ont point fait de critiques si éclatantes, mais on verra par les condamnations rapportées dans les listes qui suivent combien il^nt été sévères aux mots de chicane^ Dans la querelle entre Perrot d'Ablancourt et Amelot de la Houssave i, un des griefs les plus communs que fait le vengeur de Perrot à son adversaire, c'est de ne pouvoir se défaire de ses habitudes de praticien : « Il n'y a pas de patience qu'il ne pousse à bout avec ses un chacune) (p. 16) ; Remarque/ ce d'autant plus, qui« sent son Tabellion de village » (p. 77) ; Quand il parle de « donner séance » à des soldats, ce clerc ne peut oublier son Palais (p. 107) ; dans les mots « en vertu d'un Arrest par où », je reconnais mon Clerc de procureur (p. 129) ~. La Bi'uyère eut aussi maille à partir avec son censeur pour avoir employé des termes d'administration : recettes •', réhabilitations ^, adjuger ■', déduire '', et jusqu'à l'innocente formule : seizième et dernier chapitre '. L'Académie fut sévère aux mots de pratique, Furetière prétendit que c'était surtout par ignorance*^, c'était par principe aussi. Antagoras était un « meuble de ruelle » (La Br., Il, 60), mais un meuble qu'on n'aimait point.