CHAPITRE XVII RÉSULTATS. LES MOTS TECHNIQUES ET LA LANGUE LITTÉRAIRE
Voici des listes de mots qui appartiennent à la langue technique. Dans chaque liste on verra que tantôt l'un, tantôt l'autre des lexiques du langage ordinaire, Richelet, l'Académie^ souvent les deux recueils omettent ou rejettent ces termes. Parfois des théoriciens en ont expressément proscrit l'usage.
Théologie et Philosophie.
1 Concept — terme de philosophie, qui n'est pas bon dans le langage ordinaire (S'-Réal, De la Critique, 104) jf A. de B. constate que c'est une expression de philosophes, très commune parmi eux {Befl., 132). — O Pom. ; * Duil.; O G. Miege, Rich., Fur., A., Th. Corn., A^. Voir L., qui cite Descartes, et H. D. T., sans ex..
concomitance — terme d'école deTéologie (Rich.) ; * Pom., Duil. ; O G. Miege; * Fur. : terme de théologie, A. ; O Th. Corn. ; * A^. Voir L. — Nos Réformez. . . entendent bien... qu'on ne peut croire une présence réelle du Corps et du Sang de Jesus-Christ, sans admettre toutes les choses que nous venons d'expliquer, et ces choses ainsi expliquées, c'est ce qu'on appelle la concomitance (Boss., Tr. de la Çomm., 392-93; cf. 428, 443-4; et Ilist, des Var., I, 388, 470).
Délectable — mot presque aussi odieux à Bouhours que délecter, délectation {D., 39). Ménage défend ce mot qu'il a employé et cite Desmarets et De la Chambre (0., II, 478-479). — * Pom., Duil., G. Miege, Rich. : ternie de philosophie, ne peut se dire qu'en riant, Fur. : vieillit, A. : un lieu délectable, A^. Voir L., et H. D. T. — en le dévorant d'abord des yeux (le fruit défendu) et prévenant par son appétit son goût délectable, l'amour du plaisir est entré (Boss., Concup., 23, dans L. ; cf. Max. sur la Com., 71); cf. d'Urfé, Astrée, II, 658; Racan, II, 193.
délectation — (cf. le précédent); *Pom., Duil. ; O G. Miege ^ ; * Rich., Fur., A.; e Th. Corn.; * A^. Voir L. et H. D. T. ; e Hug. — Le fond de la grâce de J.-C. est une chaste et céleste délectation qui est toujours dans les justes (Boss., Div. ecr.sur les Max. des S., CLXIX, Préf. ; cf. Ib., CLXXII, et Max. s. la Com., 111). Loret le disait d'un breuvage : La délectation des cœurs Et la merveille des liqueurs (7 fév. 1654, v. 203-4).
1. B. F. a détection, qui, n'étant pas à son ordre, est peut-être une faute.
délecter ne peut se dire qu'en riant (Bouh., D., 39). Ménage dit que ne s'en étant point sei'vi, il n'a pas d'intérêt à le justifier, comme il a fait pour délectable, se délecter de est italien (0., II, 478-480). — * Pom., Duil. ; O G. Miege;*B. F.,Rich. : vieux, ne se peut dire qu'en raillant et rarement, Fur. : vieillissant, A.; O Th. Corn. ; * A^, qui en restreint l'usage. Voir L. et II. D. T., qui citent Bossuet pour délecter et se délecter. — Le Banquet que l'on aprèta Ravit, contenta, délecta (Loret, 4 nov. 1656, v. 29-30; cf. 10 fév. 1657, v. 39; 27 déc. 1664, v. 16); il se délecte déia dans la loy de Dieu (Boss., 2« Inst. X. T., 129; cf. Max. s. la Corn., 77 et 111).
dénuement — Bouhours avait d'abord déclaré que c'était un mot de dévots qu'il ne fallait pas imiter {Rem., 189). Il se rétracta [Suite, 421). — O Pom., Duil., G. Miege ; * Rich. : se dit parmi les dévots; O Fur., A., Th. Corn.;
* A2, * L., s. ex., II. D. T. cite Bourd., Renonc; O Hug..
Identité n'est en usage que dans le dogmatique (A.) ; * Pom.; o Duil.;
* G. Miege ; O Rich. ; * Fur., Th. Corn., A^ ; * L., qui cite Pascal et S*-Simon.
— Mais quoy, vous oubliez donc que c'estoit une comparaison, et non pas une identité (Bossuet, Avert. aux Prot., VI, § 40, 520).
impénétrabilité — H. D. T. cite comme premier exemple un passage de Pascal. — O Pom., Duil., G. Miege; * Rich. : terme de Philosophie, Fur. : se dit tant au propre, des corps solides et trop espais, qu'au figuré, des mystères de la Foy et des secrets trop profonds et trop cachez ; O A., Th. Corn. ; * A"^^
inamissibilité est discuté par Bouhours: ce n'est tout au plus qu'un Etranger habillé àla Françoise [D., 27). Renaud repousse le mot [Man. déparier, 514).
— O Pom., Duil., G. Miege ; * Rich. ; O F'ur. ; * A. : il ne se dit qu'en cette phrase,V inamissibilité de la grâce; O Th. Corn. ; *A2qui reproduit A. — Ce dogme, qui est appelle V inamissibilité de là justice (Bossuet, Ilist. des Var., II, 4 ; cf. ihid., I, 504; 11,8; II, 99, etc.).
inamissible — terme de Science (Rich.); * Pom. ; O Duil., G. Miege, Fur. ;
* A.; O Tii. Corn., A^. — Il ne reste plus qu'à examiner comment la vertu est inamissible {Bossuet, Estats d'Oraison, 190).
indélébile se dit en matière de Sacremens. Hors de-là indélébile ne vaut rien; et qui diroit des traits indélébiles parleroit tres-mal (Bouhours, Rem. 542). A. de B. n'approuve pas le mot et veut qu'on dise ineffaçable [Refl., 262). — * Pom.; O Duil.; * G. Miege, Rich. : terme consacré qui se dit des Sacremens, Fur. : il ne se dit gueres qu'en parlant des Sacrements; o A., Th. Corn. ; * A^.
indélibéré — terme de dogmatique (A^). Le mot n'est dans aucun autre lexique. A. de B. signalait le mot comme élégant {Refl., 262). — Le désir qu'on voit dans les saints. . . de leur salut éternel. . . n'est pas seulement un appétit indéliheré (Bossuet, Estats d'Oraison, 391); ces désirs sont autant de mouvemens m Je/t7)ere3 (Id., Ibid., 404).
indiligent est un mot de Montaigne que Bouhours laisse à ceux (|ui disent incomplaisant {Suite, 139). — * B. V..
indivisiblemenl — terme de dogmatique (A'^j. Le premier exemple du mot est dans A., cité par II. D. T. ; G Th. Corn..
i/i(f uZj/ence pour dire /)on<(? a vieilli; il ne s'emploie plus qu'on langage ecclésiastique (L. de Templery, Gen. et Pol., 217). — * Pom. ; O Duil, ; * G. Miege, Rich., Fur., A., A.^ ; o Th. Corn. — C'est une politique sûre et ancienne dans les républiques que d'y laisser le peuple s'endormir dans les fêtes. . . : quelles grandes démarches ne fait-on pas au despotique par cette indulgence (La Bruyère, I, 364).
ineffaçable est très mauvais, quoique quelques-uns l'emploient (Bouhours, Rem., 543). — * Pom., Duil., B. F., Fur., A., A^. — Il (Bourdaloue) nous peignit sa mort (de Condé) avec des couleurs ineffaçables dans mon esprit (Sévigné, VIII, 49).
infrangible — Bouhours admire Ménage qui a la force de digérer VinfrangiblCy
Vintempérature,Vinguerdonné,Vinterminéàe Nicot [D., 18-19). r- \inhérent n'est bon que dans le dogmatique et n'est guère en usage qu'en cette
phrase: qualité inhérente (A. et A^) ; *] Pom.; O Duil.; * G. Miege; O Rich. ; * Fur. ; O Th. Corn. — La beauté du visage est un frêle ornement... Mais celle de l'esprit est inhérente et ferme (Mol., IX, 153, Feni. Sav., V. 1063 et 1066) ; il est corrompu par la concupiscence, c'est-à-dire par l'amour propre inhérent en nous (Bossuet, Div. ecr. sur les Max. des Saints, CLXIII).
iniquité est consacré aux matières de piété (Rich.). Bouhours reprochait aux jansénistes d'employer le mot au sens de misère, comme en latin iniquitas {Imit., 9, Rosset, o. c, 56). — * Pom., Duil., G. Miege, Rich., Fur., A.; O Th. Corn. ; * A^. — L'impudence ne fut pas moindre en ce grand ministre que Viniquité (La Roch., II, 462) ; de quelque belle apparence que l'iniquité se couvrist, il en pénétroit les détours (Bossuet, Bec. des Or.fun., 1699, 420).
inscrutable est donné comme terme de théologie par Fur., A. et A^. Le mot était repoussé par Bouhours (i)., 19) el ne plaisait pas trop à Andry {Refl., 269), qui lui préférait impénétrable. — * Pom., Duil., G. Miege. — C'est ua T^oini inscrutable (La Font., VI, 332, v. 212).
insoluble — terme qui se dit entre les Philosophes de l'École (Rich.) ;
* Pom., Duil., G. Miege, Rich., Fur.; o A,, Th. Corn., A^.
intégrant est un terme dogmatique (Fur.). Le mot est d'ailleurs un néologismedont on ne cite pas d'exemple antérieur. * A. ; O Th. Corn.; * A^;
* L.,qui cite Bourdaloue.
intempérature est insupportable (Renaud, Man. de parler, 512). Voira infrangible. — * Pom., Duil., G. Miege.
intentionnel — terme de philosophie, dit Furetière, qui offre le premier exemple du mot suivant ILD.T. ; O A. ; * Th. Corn. ; O A 2. — Si la fin nous peut émouvoir par son être réel, ou par son être intentionnel (Mol., IV, 42, Mar. forcé, se. 4). Il faut remarquer que Molière ne prend pas le mot au sens indiqué par Furetière : les espèces intentionnelles sont de petits atomes qui sortent des objets pour frapper les sens.
intrinsèque — terme de philosophie (A^) ; 0 Pom., Duil., G. Miege, Rich.,,. Th. Corn.; * B. F., Fur., A. ; * L., qui cite S'-Simon.
irascible — terme de philosophie qui n'a d'usage que dans cette phrase : l'appétit irascible (Rich., Fur., A.) ; * Pom. ; O Duil. ; * G. Miege; O Th. Corn.; *A2. — Les philosophes appellent appétit irascible, celui où domine la colère (Bossuet, Conn., 1, 6, cité par L.).
Occulte — terme de philosophie (Rich.); * tous les lexiques, sauf Th. Corn; L. cite Bossuet, H. D. T., Pascal. — Ces belles raisons de sympathie... et de vertu occulte (Mol., VII, 442, Am. magnif., a. III, se. 1); Par Vocculte vertu d'un mixte, que je fais, Je prétends la guérir... (Montfleury, Dame méd., a. III, se. 4).
Passible n'a guère d'usage que dans le dogmatique (A., A''^) ; * Pom., Duil., G. Miege, Rich., Fur. — • . . .elle ne seroit point passible ny mortelle, Si les rares vertus maintenoient la beauté Dans l'immortalité (Tristan, V. hér., 214). Bourdaloue l'emploie encore: Il s'est revêtu d'une chair /)assii)/e (dans L. et H. D. T.).
posfposer n'est pas un terme élégant; et pour peu qu'on se pique de bien parler, on s'en abstient (A. de B., Refl,, 442). — * Pom., Duil., G. Miege ; Q Rich.; * Fur.; e A., Th. Corn., A^ ; * L., qui cite S'-Simon ; O H. D. T., Ilug. — Le plus cruel de ses ennemis, postposant la haine à l'estime, lui avoit confié un si grand intérêt (La Roch., 11,462).
primatie — * Pom., Duil., G. Miege, Rich. : terme d'église, Fur., A., A *. — Quelques-uns, pour étendre leur renommée, entassent sur leurs personnes (les prairies, des colliers d'ordre, des primaties, la pourpre (La Br., I, 159).
primitif — Boùhours hésite à l'employer dans le discours poli, liormis en deux endroits: l'Eglise primitive, les mots primitifs. 11 abandonne le mot aux prédicateurs (/ît-m., 446). — * Pom., Duil., G. Miege, Rich., Fur., A., A 2. — L'on verra... la perfection de Dieu en elle-mesme comme le mot'iî primitif de la charité (Bossuet, Div. ecr. sur les Max. des S,, 14).
[Quotidien — On dit une fièvre quotidienne, le pain quotidien (Boùhours, Rem., 276). Le mot ne s'emploie que dans l'Oraison Dominicale (A. de B., Refl., 532). Richelet, sans critiquer ceux qui emploient le mot quotidien comme un mot consacré, aimerait mieux dire, au contraire de Boùhours, le pain de chaque jour et ne se servirait de quotidien que dans le burlesque et les proverbes.J— * Duil., B. F., Rich., Fur., A., A^. Les exclusions de Boùhours et de A. de B. se retrouvent dans les deux derniers lexiques.
Ratiociner — terme de logique (Fur.), il n'a d'usage que dans le dogmatique (A.) ; e Pom., Duil., G. Miege ; * B. F. ; e Hich. ; * Th. Corn. ; e A 2 ; * L., H. D. T.; G Hug. — Vous avez la faculté de ratiociner et de parler tout ensemble CSiol., IV, 43, Mar. forcé, se. 4) ; mais, quoy que je ratiocine, Rien, pourtant, je n'en détermine (Loret, 20 janvier 1063, v. 221-222).
rectitude est un mot tout latin qui ne s'entend gueres à la Cour, mais est fort usité à la Trappe (Boùhours, Suite, 30). — * Pom. ; Q Duil. ; * G. Miege, Rich., Fur., A.; G Th. Corn.; * A^ ; tous les lexiques le donnent au sens figuré, Richelet seul le donne au sens propre : la rectitude de la vue. Dans ce sens L. cite Bourdaloue : la rectitude de son mouvement (du soleil). — Mais cette rectitude... Cette pleine droiture... (Mol., V, 456, Mis., V. 205-207).
rétribution déjà censuré par Vaugelas (II, 398), ne plaîl pas à Alemand : il peut être tres-usité et tres-signifîcatif parmi les Ecclésiastiques, sans qu'on puisse inférer qu'il doive être mis par tout {Nouv. Rem., 137-8). — * Pom., Duil., G. Miege, Rich., Fur., A. ; O Th. Corn. ;li!LA ^ ne donne'plus le sens de récompense des bonnes œuvres, donné par A.j — H y a plus de rétribution dans les paroisses pour un mariage que pour un baptême (La Bruyère, II, 173). — Chapelain avait employé le mot au sens ée réciprocité : si toutesfois je le publie, j'useray de rétribution et le sousmettray à sa censure (II, 79)»
— O tous les lexiques en ce sens.
Sagacité est un mot écorché du Latin, qui se dit sur tout entre gens savans (Rich.). Bouhours regrette qu'il ne soit pas bien établi et ajoute que les philosophes s'en servent librement (/?em. , 142-3). Andry constate que le mot s'est établi et qu'il est du bel usage {Refî., 62;")). Renaud fait la même constatation {Man.de parler, 50, 96). Toutefois Bellegarde croit que le mot n'a pa& grand cours dans le monde [Eleg., 291). — * Pom. ; O Duil. ; * G. Miege, Rich., Fur., A. ; G Th. Corn. ; * A 2. Au xviii* siècle Féraud constatera que sagacité, qui ne se disait d'abord que par les savants, est dans la bouche de tout le monde.
sensitif — terme de philosophie (Rich.) ; ne se dit que dans le dogmatique (A 2) ;;
* tous les lexiques. — La partie brutale alors veut prendre empire Dessus la sensitive (Mol., I, 484, Dép. am., v. 1261-1262). Livet dans le Lex. de- Mol, cite un exemple de Richer, où sensitif est employé avec le sens de sensible.
spéculer est signalé comme un terme de philosophie et d'astronomie (Fur.,. A.). Richelet dit que le mot ne s'emploie d'ordinaire qu'en riant et dans un sens neutre ; * tous les lexiques, sauf Tli. Corn..
Thème, au sens de sujet, est fort pédantesque (A. de B., Refl., 664). — C'est un terme de prédicateur (Rich.), qui n'a d'usage que dans le dogmatique {K 2);
* tous les lexiques, sauf Th. Corn. — Et moy qui les ay tant frondez Tantôt, dans cet Ouvrage même Je corige, pour eux, mon thème (Loret, 24 déc. 1662, V. 100-102) ; un homme qui compose fait souvent son thème en plusieurs façons (Racine, VII, 126) ; vous tournez votre thème en plusieurs façons. (Sévigné, IX, 348).
Sciences mathématiques et physiques, médecine
Calvitie — dont H. D. T. cite un exemple au xiv^, est considéré par Bouhours. comme un néologisme de Ménage, qui aime à parler latin en français (Bouh.,. Rem., 517). Le mot est à peu près universellement blâmé (cf. Renaud,. Man. de parler, 513, et Saint-Réal, De la Critique, 324) ; Alemand préfère encore chauveté, et Richelet, dit-il, est du même avis (G. civ., 289-92).
— e Pom., Duil., G. Miege, Rich.; * Fur.; 0 A., Th. Corn., A^.
Dulcifier est employé en plaisantant par Molière (VI, 90, Méd. m. lui, a. II, se. 4; cf. I, 498, Dép. am., v. 1448, et note). Lemotn'est que dans Fur. et Th. Corn..
Ecchymose — terme de médecine (Fur. et Tii. Corn.); O tous les autre* lexiques. — Elle se fit mettre quelques emplastres et olitint un rapport de
plusieurs échinoses (c'est-à-dire esgratignures). Ce grand mot donna lieu à deux sentences. (Fur., Rom. bourg., Il, 34).
effervescence — O Pom., Duil., G. Miege, Rich. ; * Fur., A., Th. Corn., A 2; * L., H. D. T., qui cite Sévigné (IX, 146) : cela s'appelle donc, comment ditesvous, ma fille"? des effervescences d'humeur. Voilà un mot dont je n'avois jamais entendu parler; mais il est de votre père Descartes, je l'honore à cause de vous. — Cf. je ne crois point que cela (suer beaucoup) se doive appeler effervescence ; il me semble que mon pot n'en bouilloit pas plus fort (Ead., IX, 174).
LFracture est un mot de chirurgie bien reçu du public pour marquer un os cassé ou rompu (Bouhours, Suite, 226). J— * Pom.; ODuil.;* G. Miege, Rich., Fur., A., Th. Corn., A^; * L., II. D.T.; e Hug.
faligine est mis par Molière dans la bouche d'un médecin: la rate, dont la chaleur... porte au cerveau de notre malade beaucoup de fuligines épaisses et crasses (VII, 272, Pourc, a. I, se. 8). N'est que dans le B. F..
Horaire était dans la bouche de l'écolier limousin (Rabelais, II, 6, dans H. D. T.) ; O Pom., Duil., G. Miege; * Rich. : terme de géographie. Fur., Th. Corn. ;
iLénifier ne se dit qu'entre médecins et même en riant (Rich.); O Pom., Duil., G. Miege, Fur., A.; * Th. Corn. ; e A^;!* L., H. D. T. ; e Hug. — Une prise de petit-lait... pour adoucir, lénifier... le sang de Monsieur (Mol., IX, 283, Mal. ini., a. I, se. 1).
lénilif — terme d'apothicaire (Rich., Fur.); * tous les lexiques, A. et A^ signalent que le mot s'emploie au figuré. — S'il lui fallait.. . — Dans un péril extrême le moindre lénitif, ou le moindre apozème (Regnard, Légal, univ., a. II, se. 11); Ce petit lénitif, en attendant le reste. Pourra nous consoler d'un coup aussi funeste (Id., Ibid., a. IV, se. 1) ; D'un ton obligeant et plaintif. Qui fut un rare lénitif (Loret, 23 juin 1657, v. 139-140).
local — terme de Phisique et de Palais (Rich.) ; O Pom. ; * Duil. ; O G. Miege; * B. F., Rich., Fur., A.; e Th. Corn: ; *A2; * L.,H.D.T.; e Hug. — Luther accordoit facilement à Bucer que la présence dont il s'agissoit, n'estoit pas locale (Bossuet, Hist. des Far., I, 197).
Philologie et Littérature.
L/(/tome n'est d'usage que parmi les gens de lettres (A.), et dans le dogmatique (A^) ; * tous les lexiques, sauf Rich. et Th. Corn. — Les peuples les traduisaient,., selon les divers idiomes de chaque langue (Bossuet, cité par L.) ; de quel idiome, de quel langage (Mol., IV, 38, Mar. forcé, se. 4) ; dites que les poiriers rompent de fruit cette année... c'est pour lui un idiome inconnu (La Bruyère, II, 136).
idiotisme — Tous les lexiques qui le donnent le signalent comme terme de grammaire, de dogmatique; O Pom., Duil,, G. Miege; * B. F.; O Rich.; * Fur., A., Th. Corn., A^. — Noter que B. F. garde aussi l'ancien sens de stupidité qu'on ne trouve pas dans les autres lexiques.
intermède — ternie de poésie dramatique (Rich); * tous les lexiques, sauf Th. Corn. — La Fontaine emploie ce mot au figuré : Otez le temps des soins, celui des maladies, Intermède fatal qui partage nos vies (VI, 336, v. 296-297).
Métiers et Arts.
Occasionner est un très mauvais mot ; ceux qui l'emploient le plus sont d'une profession, où un mauvais coup est bien plus à craindre qu'un mauvais mot (Il s'agit des soldats), (A. de B., Suite, 423). — *Pom., Duil. ; G G. Miege; * B. F.; e Bich. ; * Fur. ; O A., Th. Corn., A^. — ...quoiqu'elles (les passions) soient occasionnées par le corps (Pascal, Pens., éd. Ilavet, II, 252).
[jîecruter est blâmé par Racine comme un mot des gazettes de Hollande, « au lieu de quoi il faut dire faire des recrues » (Racine, Vil, 20, Letl.). De Callières . en attribue aussi l'invention aux étrangers : un homme de la Cour grand liseur de Gazettes étrangères, me disoit qu'un officier étoit allé recruter son Régiment, pour dire faire des recrues pour son Régiment [Bon et mauvais us., 157 ; v. Schenk, 144). — * A^.
remonte — Rich., dans II. D.T. ; * Fur. :il ne se ditqu'à la guerre, A., A^.
Sabrer — Rich., dans H. D. T. ; *A. et A^ qui donne : sabrer une affaire. Rich. dit que le mot est de nouvelle fabrique, qu'il ne s'écrit pas et qu'il n"est guère en usage que parmi ceux qui portent l'épée.
Fresyue — * Pom.; O Duil.,fG. Miege; * Rich., Fur.; G A.; * Th. Corn., A 2. On trouve le mot écrit aussi fraisque. — la fresque, dont la grâce, Se conserve un éclat d'éternelle durée (Molière, IX, 53"), Val-de-Grace, v. 239-240).
fruste — G Pom., Duil., G. Miege, Rich.; *Fur.; G A.; * Th. Corn., A2. — Diognète sait d'une médaille le frust... et la fleur de coin (La Bruyère, II,
Gracieux — Vaugelas ne trouvait point ce mot bon (II, 306), mais son avis n'était pas partagé par La Mothe le Vayer (82) ni Patru. Th. Corneille suivait l'opinion de Ménage (0., 1675, 1, 272), et le jugeait fort bonJL'Académie ne voulait point qu'on l'appliquât à une personne dans le sens de : qui a bonne grâce, mais elle l'acceptait dans la signification de doux, civil, honnête. Elle ajoutait : il est même reçu en peinture. C'est là son seul emploi correct en prose, s'il en faut croire Bouhours [D., 38; cf. Rem., 599), Richelet, et surtout Renaud : le mot n'est François que quand il s'agit de Peinture et de Poésie; en user ailleurs ce seroit tomber dans le Barbarism^ [Man. de parler, 46-7). Malgré l'avis des théoriciens, les exemples sont nombreux.
groupe — 1676, Félibien, Princ. de VArch., dans II. D. T. ; * tous les lexiques, sauf Duil.. Le mot n'est employé que comme ternie d'art.
Promenoir ne se prend que pour le lieu où l'on se promené, mais tandis que promenade est quelque chose de plus naturel; promenoir tient plus de l'art (Bouhours, Suite, 186). Le mot avait été employé au sens d'action de se promener : elle descendit dans le jardin, où commençeant son promenoir,... elle reprit (Astrée, I, 382*). — * Pom., Duil., G. Miege, Rich., Fur., A.; Q Th. Corn. ; * A*. — Les Bocages sombres et noirs. Les délicieux promenotrs (Loret, 29 sept. 1663, v. 67-68); Tout estoit grand dans ces édifices; les
sales, les vestibules, les galeries, les promenoj'rs (Bossuet, Hist. Univ., 213); une capitale ...où il n'y avoit ni places publiques,... ni promenoirs (La Bruyère, I, 22).
renviern'esi plus connu de A* que comme terme de jeu ; les autres lexiques donnent le sens figuré. * Pom. ; O Duil., G. Miege ; * B. F., Rich., Fur., A. ; O Th. Corn. ; * A^ ; * L., qui cite Bossuet, II. D. T., Hug. — Et pour le rentier encore sur Plutarque... (Poisson, Fou de Qualité, se. 4) ; Enfin, ma fille, que vous manque-t-il? vous le renviez sur M. de Pompone (Sévigné, 11, 398).
Suavité est un Mot écorché du Latin, qui s'emploie en parlant de peinture (Rich.). D'après Bouhours, il ne se dit tout au plus qu'en matière de dévotion {Suite, 324). — * Pom., Duil.; e G. Miege; * B. F., Fur., A.; e Th. Corn.;
* A2. — Leur miel dans tous mes sens fait couler à longs traits Une suavité qu'on ne goûta jamais (Mol., IV, 494, Tart., v. 1439-14'tO) ; Ce mesme attrait luy fait dire avec ardeur et une suavité que la charité peut inspirer seule. . . (Bossuet, Div. ecr. sur les Max. des Saints, 16, Avert.) ; dans cet ouvrage tout est plein de vie et d'une suavité toute extrordinaii'e (Depiles, Convers. de peinture, 146, dans Rich.).
Tournure (d'esprit) — Bouhours n'accepte pas cet emploi figuré. Il faut le laisser aux Précieux; il ne peut se dire que dans le propre en parlant des Tourneurs [Suite, 316). De Callières est aussi d'avis qu'on rende le mot au métier des tourneurs {Mots à la Mode, 96-97; v. Schenk, 138). — O tous les lexiques. — Il nous faut des partis bien d'une autre tournure (Boursault, Mots à la Mode, se. 4).
J'ajoute ici une certaine quantité de mots techniques, donnés par Félibien, et aujourd'hui entrés dans la langue commune qui, sans être condamnés, ont été écartés par Richelet ou par l'Académie :
lAddoucir en terme de Peinture, c'est mesler les Couleurs avec un pinceau qu'on appelle Brosse (Félibien, Princ. de VArchitect., 462)j
addoucissenient — Est lors que les couleurs sont bien noyées les unes avec les autres (Félib., Archit., 463); * Rich.; e A. ; * Th. Corn., A^.
Calquer — c'est contre-tirer un dessein sur une muraille, ou autrement, pour en avoir les mesmes traits (Félib., Archit., 509); * Rich.; O A.; Th. Corn. ; * A'^.
contraster — ils (les Peintres) disent contraster, pour varier les actions et dispositions des Figuies (Félib., Archit., H'-il); * Rich.; ©A.; * Th. Corn., A^. Le substantif con^ras^e, en ce sens, est dans A.
contre-Jour — * Pom., Duil., Guy Miege ; O Rich. ; * Fur. ; O A. et A*.
contrepreuve — c'est une estampe qui est imprimée sur une autre estampe fraischement tirée (Félib., Archit., 539) ; * Rich.; e A.; * Th. Corn., A2. Le verbe contrépreuver, qui n'est pas dans Félibien, se trouve dans Rich,, Th. Corn, et A^.
Jkiouleurs rompues — Les Couleurs sont rompiies lorsqu'elles ne sont pas employées toutes simples et pures, mais qu'on en mesle deux ou plusieurs ensemble pour en affoiblir et éteindre une ti'op vive (Félib,, Archit.. 543);
* Rich. ; e A. ; *Th. Corn. ; G A2. '
Draper — en parlant des Figures vestuës, on dit qu'elles sont bien drapées (Félib., Archit., 563) ; * Rich. ; e A. ; * Th. Corn., A2.
Emboire — On dit qu'un Tableau est enibu, lorsque la couleur n'en paroistpas bien ; qu'il y a un certain mat qui fait que toutes les touches ne se discernent pas bien, et qu'il a perdu son luisant (Félib., .Archit., 576) ; * Rich.; e A. ; * Th. Corn. ; O A'''.
embrunir — l'on dit un tableau embruny : un visage trop einbruny (Félib., .lrcAt7., 567) ; O tous les lexiques.
espargner — (En Peinture) veut dire ne point toucher à quelque chose, comme on dit qu'il faut coucher le Ciel d'un Tableau, et espargner les figures et les bnsliniens, c'est-à-dire ne rien coucher dessus (Félib., Archit., 578); O tous les lexiques.
esquisser — faire une esquisse (Félib., Archit., 581); * Rich.; O A. ; * Th. Corn., A^.
eurythmie — C'est une apparence majestueuse, et ce je ne sçay quoy d'aisé et de commode, qui paroist dans la composition de tous les membres d'un corps (Félib., Archit., 586); eRich., A. ; *Th. Corn.; e A^.
Force — En termes de Peinture on dit, un tableau qui a beaucoup de force, et de relief. Cf. une Figure dont l'attitude est contrainte et forcée (Félib., Archit., 598); e Rich., A. ; * Th. Corn.; e A^.
Hourder — c'est maçonner grossièrement (Félib., Archit., 619) ; * Rich.; O A. ; * Th. Corn. ; e A^
hourdage — * Rich. ; G A. ; * Th. Corn. ; O A^.
Mouelleux — terme dont l'on se sert en Pointure pour exprimer la tendresse qui se rencontre soit dans les carnations, soit dans les draperies, quand il n'y a rien de trop sec (Félib., Archit., 662j ; O tous les lexiques.
Prononcer — en terme de peinture. C'est marquer et spécifier les parties de toutes sortes de corps avec autant de force et de netteté qu'il est nécessaire pour les rendre plus ou moins distinctes (Félib., Archit., 710) ; * Rich. ; O A. ; * Th. Corn,, A^ (mais au participe seulement).
Raniender — terme des doreurs (Félib., Archit,, 716); O Rich., A.;* Th. Corn.; G A^.
repère — Les Ouvriers disent /"atVe un repère en une ligne, au lieu qu'en Géométrie on dit faire un point (Félib., Archit., 722); O Rich.; * A., Th. Corn. ; O A^.