Dictionn . , Sivl. Poquelin
2. L'auteur commence par poser la cju«stion en {général, puis applique ses réflexion» au fi-ançais. Je relèverai seulement le conseil pratique, curieux à cette époque, de créer autant que possible sur dei primitifs français ou de prendre, quand on en a le moyen, aux parlers des provinces, qui fourniront des éléments plus assimilables que les langues anciennes.
il revient résolument, aussitôt après, à son dessein : « Un terme nous manque, nous en sentons le besoin : choisissez un son doux, et éloigné de toute équivoque, qui s'accommode k notre langue, et qui soit commode pour abréger le discours. Chacun en sent d'abord la commodité. Quatre ou cinq personnes le hasardent modestement en conversation familière ; d'autres le répètent par le goût de la nouveauté ; le voilà à la mode. C'est ainsi qu'un sentier qu'on ouvre dans un champ devient bientôt le chemin le plus battu, quand l'ancien chemin se trouve raboteux et moins court » [Let. à VAcad., chap. III). Ce projet fut, bien entendu, tenu pour un des plus chimériques de cet esprit hasardeux.
La dérivation impropre. — J'ai, dans les volumes précédents, classé comme néologismes les mots qui, par dérivation impropre, passent à une fonction nouvelle, ainsi les adjectifs qui deviennent substantifs. Il faut pourtant reconnaître que ce ne sont pas là à proprement parler des mots nouveaux.
On peut donc imaginer une époque qui, pour hostile qu'elle soit à la création de vocables, se montrerait tolérante à l'égard de ces demi-nouveautés. Ce ne fut pas le cas. Ce procédé était aussi décrié que les autres, je voudrais le montrer brièvement d'abord.
Les ADJECTIFS SU15STANT1VÉS. AdJECTIFS PRIS AU SENS DE NOMS
abstraits. — iEn 16o7, il était encore de mode, nous l'avons vu ''tome III, 203), de substantiver les adjectifs neutres.^'* On les emploie, dit l'Anonyme, sans substantifs, pour exprimer les qualités des arts ou des personnes : il lui fît froid (froide mine), il se mit sur son sérieux » (37)'.
'^ais Bouhours et son école montrent un désir très net de restreindre la liberté dont on avait usé jusque là. « Plusieurs... mots de cette espèce sont établis, comme le bon, le beau, Vhonneste, l'utile, V agréable en fait de morale ; le vray -semblable , le merveilleux, i héroïque, en matière de poésie et de devisej mais je voudrois bien sçavoir s'il est permis d'en faire à sa fantaisie, et de dire par exemple... l'inutile des dialoe-ues... le simple et le provincial de mes écrits ». La réponse est : (O-^'usage doit nous régler à cet égardl comme en tout le reste : et pour ce qui est des mots tout nouveaux, je ne pense pas qu'aucun particulier ait droit de les établir » (Bouh.,
1. Cf. Avec se piquer on emploie l'adjeclir au lieu du nom abstrait : se piquer de docte, de vaillant, de cavalier (Id., ib.).
Histoire de la Langue française. IV. 29
D., 47-48; cf. L. de Templery, Enir. à Mad., 1697, 47-48). Telle est la doctrine générale. Sur les cas particuliers, point de continuité dans les vues , On suit Tusage sauf à l'arranger au besoin : on renouvelle d'anciennes contestations. La superbe, que Vaugelas ne pouvait souffrir, continue d'être discuté ^, et malgré d'illustres exemples ne parvient pas à se maintenir. Efficace est aussi en général sacrifié à efficacité ^. Au contraire sérieux triomphe définitivement de sériosité 3. ;
S'il ne s'agissait que de donner ici des exemples nouveaux des adjectifs substantivés cités au volume précédent, rien ne serait plus facile. Mais la question est de savoir si on en a créé. Or les nouveaux venus sont vraiment assez rares. Peut-on considérer comme tels les suivants, je me garderais bien de le garantir :
Tout en vous est de Cour, rien de Ville, Hors un petit deffaut... — Eh mon Dieu, dites-moy . — C'est dans un droit trop grand certain je ne sçay quoy (Hauter. , Bourg, de quai., a. II, se. 4) ; J'ai beau m'armer de fier, je vois de toutes parts Mille cœurs amoureux suivre mes étendards (Regnard, Joueur, a. II, se. 2); et la tante s'occupe A dire avec son froid qu'il vaut mieux la laisser (Montfl., Com. Poète, a. V, se. 3) ^.
Je n'ignore pas que chez certains écrivains les adjectifs employés de la sorte foisonnent, ainsi chez Bossuet. Certaines phrases de lui sont faites de ces neutres : démesler le vray d'avec le faux, et le certain ou le seur d'avec le suspect et le dangereux [Est. d'Or., préf., 3) ; Terence, qui à l'exemple de Ménandre s'est modéré sur le ridicule, n'en est pas plus chaste pour cela ; et on aura toujours une
1. Cf. tome III, 121. Superbe, en ce sens, * Pom., Duil., G. Miege, Rich., Fur., A., A2. Rich., A., et A2 le disent propre aux matières de dévotion. — Cependant de ^uperèeelle aie cœur bouffi (Th. Corn., Comte d'Orçf.,a. IV, se. 6) ; Pascal l'a employé plusieurs fois. — Un superbe, les superbes se trouvent aussi fréquemment.
2. Aux yeux de Bouhours, e/yîcacife n'est pas français, il faut dire efficace [Rem., 381 ; cf. A. de B., Refl., 186). A la fin du siècle, efficacité sera, sinon accepte, du moins toléré. (Voir Belleg.jEleff., 289). — * Pom.; Q Duil., G. Miege; * Rich., Fur., A., A '-i ; 0 Th. Corn. — Dans le seul Bossuet on trouverait des centaines d'exemples ^'efficace: le mérite de J.-C. et l'efficace de son Sang {Hist. des Var., 1,137); les Vaudois,qui font dépendre de leur sainteté iefficace des Sacremens [Apoc. , 643); Dieu,
<iui... a permis que de si grossiers emportemens{(leLulhev] eussent une telle efficace de réduction et d'erreur {Hist. des Var., I, 46, etc.).
3. Peu de gens en ce temps aiment le sérieux (Monfl., Procès de la fem. j. et part., «c. 2; cf. Dam. méd., a. IV, se. 5;Impr. de VHotel de Condé, se. 4); Le Roy d'Espagne... relâcha de son grand sérieux pour M. le M^ de Turenne (Montreuil, Œuv., 361) ; oui, Madame, il aime du plus grand sérieux du monde (Devisé, Dam. veng., a. IV, se. 4) ; Sous un visage riant,... elle cachait un sens et un sérieux dont ceum <iui traitoient avec elle estaient surpris (Boss., Or. fun. deM"" la Duchesse d'Orléans, <îd. de 1699, 110-111).
4. Le tour : être d'un drôle, d'un bourru se rencontre aussi : Elle est depuis huit Jours d'unbourru qui me passe (Montfl., Mari s. fem., a. I, se. 3).
peine extrême à séparer le plaisant d'avec l illicite et le liceniieux [Max. sur la Corn., 141) ; toutes ces expressions, quelque effort que nous ayons fait pour les épurer, sont g-rossieres, puisque le menu, le mince, le délié ne tombe après tout que sur des corps (Est. d'Or., 152).
Il en emploie, et il en forge selon ses besoins : L'époux sacré ne dit pas toujours qu'il aime l'épouse : à la fin cela tomberoit dans le froid [Expl. cie Za Messe, 149-150) ; notre critique a peu connu... le grave et le sérieux, qui convient à un traducteur de l'évangile [Instr. N. Test., 154); II... n'ose livrer à l'idolâtrie que de certains lieux; ce qui n'empêcheroit pas la pureté du culte dans le gros (^^ Instr. sur les Prom. de V Eglise, 47) ' ; ily aura dans l'Eglise une nouvelle espèce de gentilité qui en remplira les dehors, encore qu'elle ne pénétre pas jusqu'à V intime, qui sont les Eleùs [Apoc, 535-6) ; Le licite et le régulier le feroit languir s'il estoit pur (il/aa?. sur laCom., 24) ; on veut plus d'emportement dans le risible (/A. , 1 41 ) ; saint François de Sales, qui enseigne que les actes de piété chassez et comme repoussez de tout le sensible se retirent dans la haute pointe de l'esprit, d'où se gouverne tout V inférieur [Est. d'Or., 420) ; il suffîsoit que le solide fust peu convenable à cet âge ( Traité de la Com., 86) ; le véritable vertueux désire le bien, non pour i utile et le délectable, mais pour le bien mesme, . . . pour s'expliquer, il (Saint Clément d'Alexandrie) adjoûte... que ce beau, ce bon, cet honneste qu'il oppose à Vutile et au délectable, c'est le royaume des cieux ; c'est la béatitude éternelle [Div. ecr. sur les Max. des S., 157).
On remarquera les phrases où le nom est suivi d'un complément : Il ne fera pas que la vulgate n'ait pour elle la multitude et le commun des exemples [Instr. N. Test., 169) ; la privation de Vex' lerieurde la gloire [Div. ecr. sur les Max. des S., GCXV, préf.); aussi n'y en avoit-il... rien de semblable entre les Machabées et les Protestans, que le simple extérieur d'avoir pris les armes [Avert. aux Prot., 355) ; les Calvinistes ont reconnu, aussi bien que nous, le foible de ces argumens [Doctr. cath., 113) ; elle a fait sentir au ministre le foible inévitable de sa cause [Apoc, 745) ; qui veut découvrir le faux de la Réforme et la foible idée qu'on y a du vice et de la vertu [Def. des Var., 194) ; il est utile. . . de descendre au particulier des diverses qualifications que chîique proposition aura meri-
1. Cf. L'Eglise... a condamné les hérétiques par la force de leurs principes, et par le (jros de leurs expressions {Est. d'Or., 35).
41)2 HISTOIRE UE LA LANGUK FKANÇAlSK
tées [Est. d'Or., 370); le vuidedes choses humaines se faisoit sentir à son cœur (Or. fun. de la Pr. Palaf., éd. de 1699, 304).
Mais je n'hésiterais pas à considérer que précisément nous avons là un des faits qui caractérisent la langue de Bossuet, et la marquent d'une empreinte spéciale de latinité. L'usage général abondonne peu à peu l'habitude de faire par ce procédé de nouveaux substantifs.
Adjectifs et Participes pris au sens de noms de personnes. — Les décisions des grammairiens manquent sur ce point. Bouhours, à propos d'efficace, fait seulement remarquer que sacrilège et adultère sont à la fois substantifs et adjectifs ; mais il ne dit rien dont on puisse tirer une règle générale. UEntretien à Madonte (48-50) est un peu plus explicite : <( Ces sortes de licences sont delfenduës », sauf pour quelques adjectifs. 11 accepte un mélancolique, un malheureux, un chagrin, un desespéré, un brutal, un étourdi, un bizarre, un ridicule, un insensible. Mais Leven de Templerj est sans autorité ; il semble cependant qu'il traduise ici l'opinion de son temps.
Les adjectifs anciennement substantivés se conservent ', mais je necrois pas qu'on pût apporter beaucoup de nouveautés. C'est le moment de la voguedes « illustres » (cf. 111, 202), successeurs éphémères des précieux et précieuses (cf. Liv.^ Lex. de Mol., II, o63). Il y a d'autres, noms pour les gens qu'on coudoie dans le monde : Mille différentesparties formoient cette Admirable, tout l'air, l'action , la manière de parler, une langueur mêlée de retenue. . . la rendoient sans. égale {Ar. et Sim., I, 66-67); Un honneste homme, un fat, uiit jaloux, un bizarre (Boil., A. P., III, v. 364; cf. Sat., II, v. 22) ; Il a Y div d' un bizarre (Th. Corn., Charmede la K,a. III, se. l). Toutcela est peu de chose, et Bossuet occupe ici encore une place à part. Sur le modèle des noms anciens de /iJèZe.s, justes, libertins, mystiques^ orthodoxes, simples, spéculatifs, superbes, superstitieux, une foule d'autres pluriels nomment dans son œuvre des catégories d'hommes r abstinents, contemplatifs, imparfaits, infirmes, intolérants, parfaits, prudents, rustiques, spirituels, etc. 2.
1 . Une jalouse (Rac, VI, 250, Liv. ann.) ; on veut contraindre les aisés de prêter de l'argent au Roi (Id., VI, 343, Ib.);nn lâche inceslueax{l<l.,lll, ^61, Phèdre, \. 1100]; Même aux yeux de Vinjnsle un injuste est horrible (Boil..Sa<.,XI, v. 98) ; des gens que leurs propres paroles, leurs assertions, sans artifice et sans détour, rendent ouvertement complices de tous les vindicatifs, de tous les duellistes et de tous les assassins {Enlr. de Cl. et d'Eud.,22ô].
2. Apollonius de Tyane. . . estoit dé la secte Pythagoricienne, et du nombre de ces abstinens supersticieux (Ross., Apoc, 280) ; Il y a déjà quelques siècles que plusieurs de ceux qu'on appelle, mystiques ou contemplatifs, ont introduit dans l'Eglise un nouveau langage qui leur attire des contradicteurs (Id., Est. d'Or., 1; cf. Ih., 8,.
Je crois qu'on peut faire la même observation sur les participes passés. Point de théories condamnant le passajçe des participes à l'état de substantifs^, mais point d'exemples de nouveaux participes employés substantivement. On conserve un certain nombre de vieux substantifs de cette origine : les e/us, un éveillé, un éventé, un pelé, un raffiné, un déterminé. Maison n'en fait plus d'analog-uesjjàpeine pourrait-on noter dans Bossuet des échantillons de ce type comme : 'les dispersés, les tombés ~.
Dans la langue courante, c'est à peine si on pourrait signaler quelques types comme ensoutané : Votre ensoutané saute mieux qu'un cabri (Boursault, Med. vol., se. 24); nos éveillées (Robinet, Paneg. de lEc. des F., l""" entrée) ; Mais vous estes un jeune emporté, qui frappez sans reconnoistre (Le Pays, Amit., 54) ; M. de Bautru disoit d'un jeune homme qui avoit mangé tout son bien à vint ans : C'est un ruiné précoce [Menagiana, I, 25).
[Les participes présents fournissent moins encore ; les dames ont •des soupirants ^ et des protestants \ il y a toujours des fendants ^^ l'Eglise n'a pas supprimé les errants ^ ; mais loin que ces mots donnent naissance à des analogues, un certain nombre d'entre eux vieillissent et cèdent peu à peu la place à des concurrents auprès
18,20; Div. ecr. sur les Max. des S., 212, etc.) ; se trouvant embarassé à découvrir. ..la dilïerence d'entre l'état des parfaits et des imparfails, il a veu premièrement que ce n'estoit pas la charité (Id., Ib., XI, préf.;cf. Ib., LXXXV, préf.) ; Dieu n'a donné tant •d'autorité aux Evesques, qu'afin qu'ils puissent prester leur voix aux infirmes, et leur force aux oppressez (Id., Hist. des Var., 1,378); où ont pris les I nto lé rans mit iffez, ces bornes arbitraires qu'ils veulent donner à un pouvoir qu'ils reconnoissent établi de Dieu en termes indéfinis ? (Id., Avert. aua; Prot., 750) ; Ce sont de tels sages et de tels pradens à qui Jesus-Christ déclare que « les secrets de son royaume sont cachez » (Id., Max. sur In Com., il) ; Les auteurs pour qui nous parlions ne sont pas de ces grossiers ni de ces rustiques qui peuvent en certains cas trouver leur excuse dans leur ignorance (Id., Est. d'Or., 58); de sainte Terese, de sainte Catherine de Gennes, •et de quelques autres exceWenls spirituels {Id., Ib., 18; ci". Ib., 185-6,189-190; Div. ■ecr. sur les Max. des S., LXI, préf., 294, etc.).
1. Enragé (Mén., Rem. sur Malh., Il, 126), venue {ld.,Ib., 282, 336, 105) sont con- <lamncs comme vieux ou bas, non en tant que participes.
2. Voilà pour ce qui regarde l'Angleterre, où l'on voit que les dispersez indifférens •ont trouvé le champ assez libre (Boss., Avert. aux Prot., VI, 3, § 10, 643) ; Ceux ■<|ui renioient la Foy dans la crainte des tourmens, s'appelloient dans le style de l'Eglise Les Tombez (Id., Apoc, 154).
3. Vous en aurez menti, messieurs les soùpirans (Regn., Coq., a. I, se. 2, Th. liai., III, 101).
4. Car ce galant qui voit si librementConstance, Alors que je ne suis encor que joro- /es<.i/if, Etant époux, viendra chez moi tambour battant (Montfl., Fem. j. et part., a. I, ■se. 2; cf. Id., Com. Po., a. II, se. 5; Hanter., Crisp. mus., a. I, se. 13).
5. plus sage. Et craignant Dieu, que ces fendans (Uicher, Ov. Bouff., 522).
6. Ils parlent d'autres errans qu'ils appellent Sacramentaires (Boss., Hist. des Var., II, 152); attirer les Infidèles elrnmcncr les Errans [Id., Conf. avec M' Claude, Avcvl., 34). Cf. Avec vous enseignans et baptisans, ce n'est pas avec vous qui estes présens, •et que j'ay immédiatement éleûs (Id., Hist. des Var., 1, 35).
desquels ils avaient vécu jusque là ; contredisants ^ va être bientôt remplacé par contradicteurs, écoutants- par auditeurs, regardants"^ par spectafjmrs, connaissants '* par connaisseurs, navigants ^ par navigateurs^
Participes présents devenus adjectifs. — La reconnaissance officielle ^ d'une forme variable en genre et en nombre tirée du parti-
1. M'" de Scudéry {Malhilde, Préf., 6). Ce mot est fréquent chez Bossuet : il en faut venir là pour fermer la bouche aux contredis ans [Dlv. ecr. sur les Max. des S., 93) ; on s'imagine fermer la bouche aux contredisans dés qu'on allègue un hebraïsme ou un hellénisme ( Vers, du N. Test., 127).
2. Et ce jeune écoutant, à qui je n'ai dit mot, Seroit-ce mon cousin? (Montfl.^ Com. Po., a. II, se. 5).
3. On ne voit plus qu'une statue Qui semble encor, grinçant les dents. Faire la nique aux regardans (Richer, Ov. bouff., 258). Je n'ai pas d'exemple postérieur à 1G62.
4. Connaissant — ^ Pom., G. Miege,Rich., Fur., A., Th. Corn., A^; Littrc cite Bossuet, Retz, Tallemant. Cf . ô siècle... où il se trouve des gens si connoissans au merile des hommes (Sorel, Polyand., II, 616-617).
5. Je puis vous assurer. . . que. . . j'ai agi avec beaucoup de retenue. . . avec tous. les navigants dans ce passage qui est fort fréquenté [Duquesne à Seignelay, 1681, L.).
6. A la façon dont j'ai rédigé la note 3 de la page 329 du tome III, quelques lecteurs, auront pu croire que je mettais en doute la tradition d'après laquelle la règle des jjarticipes actifs fut votée le 3 juin 1679. J'ai simplement voulu constater que les Begislres: des procès-verbaux ne portent pas mention d'une séance ce jour-là. Mais il y a lieu de se souvenir que les registres que nous avons sont incomplets. Et il est impossible de supposer que d'Olivet, qui a travaillé sur les documents authentiques, se soit trompé en copiant la date. Le récit est exact, pourquoi la date ne le serait-elle pas? Voici le texte, tel qu'il le donne, à la page 341 des Opuscules de divers Académiciens : M. Perrault a dit qu'il étoit nécessaire d'examiner à fond la question des Participes actifs, parce qu'elle revient à tout moment. Ses doutes ou ses raisons portoient sur ce qu'il croyoit avoir trouvé des phrases où il y en avoit qui se déclinent, et qui gardent le régime de leur verbe, comme, les Satyres portans un panier de fleurs, ses hoirs et ayans cause, une maison appartenante à un tel, une Requête tendante aux fins etc.. La chose bien entendue et bien discutée, on a recueilli les avis. Il y en a eu cinq du même sentiment que M. Perrault. Tous les autres ont été d'une opinion contraire. Ils ont dit qu'en cela ils ne faisoient que suivre l'avis de nos Anciens, pour lesquels nous devons avoir beaucoup de considération ; car ils ont toujours posé pour une règle certaine, Que les verbes actifs n'ont point de vrais participes, mais seulement des gérondifs, qui tiennent lieu de participes, gardant le régime de leurs verbes, et se joignant avec les noms masculins et féminins, singuliers et pluriels, sans ètie déclinalîles, et sans être d'aucun genre : par exemple, l'homme craignant Dieu, les hommes: craignant Dieu; la femme craignant Dieu, les femmes craignant Dieu. Que s'il se trouve de ces noms émanez des verbes actifs ou neutres, qui se déclinent, ce sont des adjectifs verbaux, car ils n'ont point de régime. Tels sont donnant, donnante, brillant, brillante, charmant, charmante. Il y en a une grande quantité d'autres. Et quand aux exemples que M. Perrault a apportez, on a répondu que quand même ils seroient tous vrais, ils sont en si petit nombre, que ce peu d'exceptions ne détruiroit point la règle générale, mais l'établiroit, ou la confirmeroit. Que d'ailleurs la plupart de ces phrases, comme ses hoirs et ayans cause, n'étoient que des façons de parler purement de Pratique. Pour cet exemple, les Satyres portans un panier de fleurs, on a nié qu'il fût bon, et on a maintenu qu'en pareille phrase il ne falloit point d'.s. A l'égard de Requête tendante, mai.son appartenante, on a dit que cétoient des adjectifs verbaux ; et que s'ils avoient un régime, ils ressembloient en cela à plusieurs autres adjectifs, qui gouvernent aussi le datif ; inexorable à mes prières, docile à mes leçons, sourd à mes cris, etc. Ainsi la règle est faite, qu'on ne déclinera point les participes actifs. (^Signé Mezeray).
Comparez une rédaction moins détaillée, mais semblable et certainement venue de la même source, dans le petit Registre des décisions publié par M. Marty-Laveau.v {Reg., IV, 95.) Il n'y a pas de date indiquée dans ce Registre.
cipe présent, et assimilée aux adjectifs, en a-t-elle généralisé l'emploi ? C'est une question que des statistiques comparatives pourront seules élucider.
Ce qui est incontestable^c'est qu'on trouve des « adjectifs verbaux » en grand nombre : Par ces mots attirans sent redoubler son zèle (Boil., Lut., IV, v. 214) ; quand on n'a, comme moi, qu'un mérite léger et cabriolant (Regn., Div., a. I, se. 7) ; La dépense a souvent un chagi'inant retour (Hauter.,5o«/'(/^. de quai., a. IV, se. 4) ; M. l'abbé Aubri... y est sur tous les autres marqué avec des traits bien désignans [Menagiana, II, 8) ; Un lutin, que l'enfer a vomi sur la terre. Pour faire aux gens dormantsune éternelle guerre (Regn., Fol. am., a. I, se. 2) ; Celui qui m'embarrasse le plus, c'est ce persécutant monsieur André (Id., Ret. impr., se. 4) ; Va-t'ellebien, votre Montre? — A ravir. Je l'ai depuis un an. Elle est d'or, et sonnante (Poiss., Foux divert., a. I, se. 4); Les femmes à Paris ont des attraits tentants (Regn., Mén., a. II, se. 4) ; J'en impute plus de la moitié à la fracassante voiture dont je fus obligé de me servir (Bours. , Lett., 226).
J'ai cité une certaine quantité de ces adjectifs, dans le chapitre qui suit, art. causant, choquant, commandant, concluant^ consolant, contraignant, criant, crucifiant, dandinant, dansant.^ délibérant, impatientant, infamant, insinuant, intéressant, jaillissant, offensant, officiant, rafraîchissant, ragoûtant, raisonnant^ ramollissant, ravageant, récalcitrant, rechignant, rejaillissant y renonçant, etc.
Les infinitifs substantivés. — Chevreau a donné son opinion. « Peu de gens, disait-il, voudroient écrire îuiiourd'huy le flatter pour la flatterie {Obs. s. Malh., I, 287) ^.^n général il n'est plus question de substantifîer l'infinitif. ,0n discute le vouloir (A. et Th. Corn., dans Vaug., II,, 1G7), qu'on rejette même de la poésie, comme un vieux mot. Les substantifs de cette espèce qui survivent sont pour la plupart de vrais noms : le boire, le manger ^ Vêtre, un dire, le lever, etc.
LBossuet ici encore est à pary II va jusqu'à écrire : le ministère d'instruire [Or. fun. du B. P. Bourgoing, éd. Rébel., 22) ; la loi de souffrir [Or. fun. d'Anne de Gonz., ib., 362)!L£ependant, même
1. Je n'ecrirois aujourdhuy, ni le flatter,. . . ni le médire (Marot). . . ni le naître (du Bellay)... Il etoit permis d'en user ainsi à ce dernier puisqu'il a ditdans sonTrailtéde l'Illustration de la langue Françoise: Usez hardiment de l'infinitif pour le nom... Mais, quand il a dit : «ses hardiment il a été trop hardi luy-meme, et nous ne pouvons faire passer qu'avec une grande précaution... les infinitifs dans la nature du nom, comme parlent les gramairiens. . . quoy que nous disions dans le stile familier : Le manger, le boire (Chevr., Ms. Niort. 108-109, dansBoiss.).
4a6 HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE
chez lui, les infinitifs substantivés sont assez peu nombreux. Deux reviennent à chaque instant dans ses discussions théolo^iques. C'est le manger et le boire. On trouve en outre le vivre et quelques autres, mais en petite quantité : Il (Jésus-Christ) nous lie, non pas au manger et au boire de la sainte table, ou aux espèces qui enveloppent son Corps et son Sang-, mais à sa propre substance [Traité de la Conim., 397 ; cf. //)., 29 ; Ib., 230) ; Que le manger dont Jésus-Christ y parloit, n'estoit non plus un manger mystique, mais un manger par la bouche [Hist. des Var., I, 89) ; Prés du Déluge se rangent le décroissement de la vie humaine, le changement dans le vivre, et une nouvelle nourriture substituée aux fruits de la terre [Hist. Univ., 10) ; l'aller ou le demeurer dont il s'agit ne reg-arde que les visites [Div. ecr. sur les Max. des S., Si).
Dans la langue courante, on fait fort peu d'usage de ce tour : j'avois peur que les ennemis ne vous eussent rencontré : le plûstost marcher est le meilleur (Buss. Rab. , Mém., I, 441 ); vous avez le dormir fort délicat [Le gr. Alcand. frustré, 4o).
Ainsi par une contradiction qui est visible, la faculté de se servir de l'article pour substantifîer est restreinte juste au moment où le rôle de l'article est bien établi. C'est que tout cède à l'idée générale qu'il faut se garder des mots nouveaux et que chaque partie du discours doit être enfermée dans son rôle. J'ai déjà dit plus haut que cette disparition de l'infinitif substantivé peut s'expliquer aussi, partiellement au moins, par la chute de IV finale, chute qui empêchait de distinguer désormais flatter et flatté IJ
Les mots forgés ^. — JJne des conséquences de l'aversion qu'on professait pour le néologisme, fut d'engager les comiques k forger des mots aventuriers, pour faire rirej Regnard, Dancourt, Montfleury, sûrs de l'effet produit par un terme inventé, se servent à qui mieux mieux de ce moyen facile. Je citerai d'abord des verbes :
Caiaplasnier : A vous cataplasmer commencez de bonne heure (Th. Corn., Don Juan, a. III, se. 3, se. ajoutée à Molière); — gentilhomnier: Car comment, sans argent, pouvoir gren/t7/iommer (Chappuzeau, ^IcaJ.r/es Femmes, a. II, se. 3); — insolenter : qui ose vous insolenter de cette maniere-là ? (Dancourt, IV, 135, La Foire de Besons, se. 5) ; — moder : les familles qui se ruïnent le plus souvent à force de moder [Mercure reprouvé, 1678, 138); — préambuler : Princesse, sans préambuler, Ecoutez-donc, je vais parler (Loret, 28 Mai 1651,