Cf. Apol. de La Bruy., ItiX
2. Diroit-oii mesme une reyle inflexible, comme le l'ont certains an leurs ? lîonli., SuiL, 252). — Rich., A. et, A- ne connaissent que le sens fiffui'é, Pom., G. Miej!:e et Fur. donnent: métal inflexible, lîonhours craint qu'il n'y ait là une inexactitude de Kuretière.
3. Toute une polémique s'engajje à ce propos. Andry établit la même distinction : courtisan sif^nifie un homme de Cour, courtisanne une femme qui mène à la Cour une mauvaise vie (/îe//., 141). S'-lîéal conteste cette condition de vivre à la cour énoncée par Andry dans la définition de la courtisanne {De la Crit., 315). Toutefois Hichclet et A- nappliquent non plus le mot " qu'aux femmes un peu considérables », A- ajoute : « et au-dessus des coureuses ». Kn tous cas c'est avec un sens défavorable, que le mot est donné dans tous les lexiques. Duil. traduit cependant courtisane : qui suit la coui-. Dans G. Miege, le mot est inlerpi'été pai- courtisan. mais aussi jjar Court Miss. ïi. F. disait : a Lady.
i. Malgré ce raisonnement, la Compagnie conclut d'ailleurs qu'il vaut mieux employer reconnaissance, car, selon ((uelques-uns, (fralilude, nouveau venu du pays latin, et sentant encorde terroir, ne devait s'employer que dans le style soutenu, pour pouvoir passer à la faveur des mots savants; selon d'autres, il eut convenu au contraire de l'employer dans la conversation pour le familiariser avec le public Ciioisy, Ofntsc. dedir. Acad.. 251, et suiv.).
LA PRÉCISION m> SI'YLE l]ï LE SENS DES MOTS ;)23
que demeurer, il marquait lu^e habitation plus fixe et plus permanente (A. de B., Hefl., 592) [j. D'après le même, semA^er impliquait une similitude absolue et qui faisait prendre une chose pour une autre; ressembler ne se disait guère que dune « conformité qui n'empêche pas de distinguer l'un d'avec l'autre » ; sembler se disait de plus à l'égard de l'humeur, de la conduite du caractère, on devait donc dire : « Cette fille aime le jeu, elle semble sa mère, et non elle ressemble à sa mère » (A. de B., Suite, 332-6) "^.
Sans doute ces délimitations donnèrent lieu à des discussions, à des disputes même dont la forme et quelquefois le fonds prête à rire; le ton se hausse parfois, sans que la méthode en devienne pour cela plus sûre. L'usage particulier est trop souvent pris pour l'usage général. On s'autosuggestionne. Les souvenirs des langues anciennes interviennent aussi quelquefois hors de propos.. 11 serait facile de donner des exemples en nombre. Mauvais et méchant en fournissent un -K En voici un autre : « On ne dit point se rencontrer durant une saison, ny en François, ny en toute langue, parce que durant signifiant de la durée, et rencontrer signifiant une action dun moment, ou du moins le premier moment d'une action, on voit bien que ces deux mots ne s'accordent pas ensemble ^ [Sent, de Cleante, 87-88). Encore faut-il ajouter que l'usage du mot rencontre demandait des précavitions : Cette expression ne paroît pas fort élégante, leur rencontre n'est pas rare, pour dire qu'ils se trouvent souvent ensemble : « outre que le mot de rencontre renferme toujours quelque hazard, au lieu que, selon Pascal, il y avoit du concert dans ces fréquentes visites, et qu'ils étoient continuellement mêlez les uns avec les autres » [Entr. de Cleand. et d'Eudoxe, 213).
Une discussion. — Je voudrais, avant de terminer ce chapitre, donner un échantillon d'une de ces controverses que j'ai dû bon gré mal gré résumer, au risque de leur enlever leur caractère.
1. Cf. La puissance du pavli résideroil en ses mains {La lioch., II. 365): Sonj^ez qu'en cet enfant tout Israël réside (Hacine, III, 079, Alh., v. 1312;.
2. Cependant il admet : tous les esprits ne se ressemblent pas. — Les lexiques ne disent rien d'une pai'eille distinction; ils ne donnent sembler que dans des emplois conformes à lusaj^e moderne : vous me semblez mélancolique, il semble que.
3. Oudin avait déjà essaye de les séparer [Gnim., 1632, 320). Pour les uns, un méchiinl livre est un livre plein d'une morale dangereuse et qui mérite d'être condamné par la Sorhorine, im mauvais livre est un livre mal écrit et que l'Académie condamnerait. Un méchnnlhomme est un homme tout couvert de crimes, un mauvais homme est seulement malicieux. Pour d'autres, méchant homme et mauvais homme reji^ardent les mœurs, mais le premier est le terme ordinaire et mauvais homme ne peut être supporté qu'en vertu de la liberté que donne la conversation. De même méchant livre est plus ordinaire et comme il y a plus de livres mal écrits <(uc de livres dangereux, méchant doit se dire d'un livre mal écrit, mauvais de celui qui contient une mauvaise doctrine (Choisy, Opusc. de div. .\cad,2'ti).
524 HisnnuK ok r.A [.aniuk kraiNçaisI';
(^elle que je rapporte est empruntée à Choisy, et elle a eu lieu à l'Académie. Elle portait sur la phrase :
(^e Prince me fait l'honneur d être de mes umis ; ou, J'ai l'honneur d'être des nmis de ce Prince.
On a demandé laquelle des deux phrases est la plus modeste. Le premier opinant a dit : Il faut, Messieurs, pour bien entendre ces phrases, les dépouiller de tous ces mots de Pr//ice et dVio/j/ieu/", qui jettent de l'obscurité, et dire simplement. Monsieur un tel est de mes amis, ou, je suis des amis de Monsieur un tel. Il faut ensuite convenir de ce que veut dire. Monsieur un tel est de mes amis. Pour moi, je pense qu'il veut dire, Monsieur un tel a de l'amitié pour moi; et que, je suis des amis de Monsieur un tel, veut dire, j'ai de l'amitié pour Monsieur un tel. Par exemple, on dit, Ne croyez pas que Monsieur un tel sollicite contre moi, il est de mes amis, il m'aime. Ne dites point de mal de Monsieur un tel, je suis de ses amis, je l'aime, je prendrois son parti. Cela est très-familier, et n'est bon f[ue quand le supérieur parle de l'inférieur, ou tout au plus entre personnes égales, et qui vivent ensemble familièrement.
Un autre a dit que toutes ces phrases sont également bonnes, parce que, qui dit ami, dit un homme c/ui aime, et r/ui est aimé : le mot ami marquant nécessairement l'affection réciproque.
Un troisième a ajouté, que, quoiqu'il croie ces deux phrases-là très-familières, cependant, comme il est persuadé qu'elles signifient ce qu a dit le premier opinant, il croiroit qu il seroit plus modeste de dire, je suis des amis de Monsieur un tel, c est-à-dire, j'aime Monsieur un tel; parce qu'il est plus honnête et plus modeste de répondre de ses propres sentimens, que de ceux d'un autre.
Quelqu'un a dit, pour appuyer le même avis, qu'en disant, je suis des amis de Monsieur un tel, on se range, pour ainsi dire, k sa suite, on se met dans la liste de ses amis : au lieu que quand je dis. Monsieur un tel est de mes amis, je fais tout le contraire, et il semble que je l'appelle pour être de mon cortège.
Un autre a dit ({ue pour entendre la question, il falloit mettre ces phrases au futur : Vous serez toujours de mes amis, ou, je serai toujours de vos amis; et que la seconde, où l'on promet amitié et protection, est bien plus haute que la première, ({ui ne semble parler qu'en priant.
Là-dessus le premier opinant a repris, et a dit : Prenez-y garde, Messieurs, ce futur ne fait point connoître la véritable idée du mot
LA PRÉCISION DU STYLK ET LE SENS DES MOTS "i^'i
d'ami, parce que l;i modestie ou la hauteur tombe sur la manière dont je promets mon amitié à quelqu'un, ou dont je le prie de m'accorder la sienne. Ainsi cela ne nous sert de rien pour décider la question proposée. Mais, pour venir au fait, souvenez-vous, Messieurs, qu'un homme peut aimer, sans être aimé; qu'il peut aimer, et être aimé ; et qu'il peut être aimé, et n'aimer point. Celui qui aime, est ami, soit qu'il soit aimé, soit qu'il ne le soit pas; et c'est là la véritable sio^nifîcation du mot d'ami. Mais comme il est rare qu'un homme aime longtemps, sans être aimé, ou du moins sans le croire, il est très-ordinaire de prendre le mot d'ami pour celui qui aime, et qui est aimé. Quant au troisième, qui est aimé, et qui n'aime point, le nom d'ami ne lui peut jamais convenir. Ceux qui croient que le mot d'ami signifie toujours un homme qui aime, et qui est aimé en même temps, ont pris pour l'idée naturelle du mot d'amt, cette amitié réciproque, qui dans le vrai en est une suite presque nécessaire. Car quand un homme me dira, Monsieur un tel est de mes amis ; (quoique cela ne signifie proprement autre chose, sinon, Monsieur un tel m aime; cependant, cela formera presque nécessairement dans mon esprit l'idée d'une amitié réciproque. Pourquoi cela ? Parce que je ne puis pas comprendre, que celui qui me parle, connoisse et avoue que Monsieur un tel l'aime, sans que cela produise dans son cœur une amitié réciproque.
Enfin, on a recueilli les voix. Nous n'étions que neuf. Deux ont dit que ces deux phrases. Monsieur un tel est de mes amis, ou, je suis des amis de Monsieur un tel, sont ou insolentes, ou raisonnables, selon les personnes dont il s'agit. Par exemple, si parlant d'un homme qui est bien au-dessus de moi, je dis, Monsieur un tel est de mes amis, ou. Je suis des amis de Monsieur un tel, je parle ridiculement, en ne lui rendant pas le respect que je lui dois. Mais, si d'un homme qui est au-dessous de moi, je dis. Monsieur un tel est de mes amis, ou, je suis des amis de Monsieur un tel, cette déclaration est obligeante. Ainsi, ce qui met de la différence dans ces deux façons de parler, n'est que la différence des personnes dont il s'agit.
Trois du Bureau ont dit que, je suis des amis de Monsieur un tel, étoit plus modeste; et quatre ont choisi. Monsieur un tel est de mes amis, en convenant presque tous, que, je suis des amis de Monsieur un tel, veut dire, j'aime Monsieur un tel. Et tous les neuf sont tombez d'accord, que les deux phrases, comme elles ont été proposées d'abord, ce Prince me fait l'honneur d'être de mes amis, j'ai l'honneur d'être des amis de ce Prince, ne sont ni modestes, ni respectueuses [Opusc. de div. Acad., 276-281),
526 HISTOIHE DL l,A LANdLE KKAXJAISE
Je ne cite |3oint cet échantillon pour me moquer. Assurément, on frémit à la pensée que la discussion aurait pu avoir lieu en séance plénière, non plus entre neuf membres, mais entre quarante. Toutefois la valeur intellectuelle dune langue se mesure à la netteté des rapports entre les idées et leurs signes ; sa puissance affective, aux nuances qu'elle marque dans l'expression des sentiments que les mots traduisent ou suggèrent. A certaines heures, aucun travail ne suppléerait à l'instinct créateur. Et celui qui écoute comme celui qui parle doit presque tout à la nature dans la communication qui alors lui fait sentir ou deviner ce que son interlocuteur veut dire. Mais dans l'usage ordinaire, l'entente préalable sur le sens des mots introduit l'honnêteté et la probité. Elle est la condition nécessaire et primordiale de tout échange sincère d'idées. C'est assez qu'en parlant le ton puisse encore changer la signification, la portée, le caractère des moindres mots. Au xvn'' siècle, on voulait, au moins dans la langue écrite, déterminer tout ce (ju'il était possible de déterminer. C'est pourquoi les excès des faiseurs de distinctions sont excusables ; leur conscience, leur persévérance au travail, l'amour qu'ils ont eu de l'exactitude et de l'ordre, la haine des approximations vagues expliquent, s'ils ne les justifient, leurs pires erreurs. Grâce à tout cet effort, le français moderne s'est trouvé à peu près complètement ordonné dans sa partie la plus délicate et la plus immatérielle, il a eu pour jamais le sens des finesses où se complaisent les sociétés rafïinèes et les langues qui leur servent d'expression^/
ciiAPirnK IV
Captif, prisonnier — Bouliours n'acceptait point captif, mais il acceptait capiivilé : « il a esté prisonnier plusieurs années et sa captivité ne luy a point abbatu l'esprit » (Bouhours, Rem., 220). Toutefois celte phrase ne saurait se dire d'un homme qui a été en prison pour crime ou pour dettes ; on devrait dire : et sa prison ne lui a point abattu l'esprit. Quant au mot captif, il s'emploie très bien: il est captif entre les mains des Turcs (Ménage, 0., Il, o70). On trouve ce sens de prisonnier des Turcs chez Rich. et chez Fur. Le sens de prisonnier de guerre est partout. — Selon Alemand, toutes ces distinctions sont vaines, captif el prisonnier, captivité el prison sont synonymes (Guerre cir., 292etsuiv.). — Et je suis son captif, je ne suis pas son roi (Racine, I, 405, Théb., v. 110); Pour fléchir sa captive, ou pour l'épouvanter (Id., Il, i6,An(lr., v. 112).
chargeant, pesant — Le premier ne peut se dire qu'au figuré : cette dignité estoit très charyeante (A. de B., Reft., 117, qui cite Fléchier). Saint-Réal avait condamné le mot (Z>e laCritique, lOi). — * Pom.,Fur., A. On remarquera que ce vieux sens disparaît dans A^, — Je ne vous en chargeai qu'afin de me défaire D'un entretien chargeant et qui m'alloit déplaire (Corneille, 11, \9, Galerie, v. 589-90).
choix, élection ; choisir, élire — Selon Bouhours, choix est actif, il se dit de celui qui choisit ; élection est passif et se dit de celui qui est choisi. Il y a encore une auti'e différence, élection a rapport à un corps qui choisit, choix trouve place quand il s'agit d'une personne (Bouhours, Rem. , 170-171). Pour les verbes, L. de Templery accepte p/j/t, quand il s'agit d'une nomination à une charge ; dans les autres cas, il le juge archaïque, il faut employer choisir [Gen. el Pol., 240). Cette distinction de sens actif et de sens passif se retrouve nettement indiqué dans Rich. — Les poltrons, comme les vaillans, portoient cinq ou six cens galans... Et, le tout, pour plaire aux Coquettes Sans choix et sans élection (Loret, 14 oct. 1656, v. 185-189) ; Je mets à vôtre élection de reprendre la vie que je tiens de vous [Cleobuline, 347). Voir dans Hug. . des exemples d'élection et d'élire. — Il était du bel usage de se servir d'élite au lieu de choix (L. de Templery, Gen. et Pol., 242) : Pour ses amours il n'eust point fait eslile D'une autre fleur (Malleville, Poes.,284),
confiance, prendre —, mettre sa — On dit prendre confiance en quelqu'un, parce que cela signifie : se fier à quelqu'un en prenant conseil de lui ; mais on dit mettre sa confiance en une chose ; c'est s'appuyer sur quelque chose"] (Bouhours, Rem., 231-232).
528 HISTOIRK DE LA LANGUK FRAN(;AISK
/ crainte, fraijeur — Le mot de crainte est tout entier dans l'esprit et dans la raison, le mot de frayeur dans rimagination. On dit \h crainte de Dieu, et les frayeura de la mort (Choisy, Opusc. de dit. Acad., 316-317). /
Dame de cour — signifie femme d'intrigues, il faut dire femme de la Cour (Bouhoui's, Suite, 9).
débonnaire, débonnaireté — < En parlant de la vertu chrétienne. . . qui va à souffrir, à pardonner les plus grands outrages, on pourroit dire : les vrais (>hrétiens sont débonnaires ; la débonnaireté est une vertu toute céleste ". En dehors de ces emplois, débonnaire signifie plutôt sot, et débonnaireté indique un manque de vigueur (Bouhours, Sut/e, 59et suiv.). — Si on ne trouve aucune restriction chez Poni., Duil., G. Miege, en revanche Rich. n'accepte les deux mots que dans le burlesque. Fur. déclare que débonnaire n est plus gueres en usage en bonne part, mais il donne sans observation le substantif : la débonnaireté sied bien à un Prince. A. ne fait aucune observation; A'^ ne veut de débonnaire dans le style sérieux qu'en parlant des Princes, hors de là il ne se dit (ju'en raillant ; quant à débonnaireté, il est de peu d'usage. — Vous, n'ayant point de fiel, et moi n'en ayant gueres Les Princes nos enfans seront fort débonnaires (Th. Corn., Geol. de soi-même, a, IV, se. 4) ; Cette charitable Princesse, Qui fut par débonnaireté L'Autrice de leur liberté (Loret, 22 déc. 1657, v. 44-46) ; Foy, zélé, candeui', fermeté, Douceur et (/('Ao/i«ai>(?<p (Id., 17 janv. 1660, v. 191-192).
déchirement — Bouhours n'accepte pas ce mot (Entr., 139). Andi'y le trouve fort bon au figuré : un déchirement de cœur [lie/î., 156). Barbier d'Aucour le tolère en matière de physique et de morale (Sent, de Cleant., 84). — * Pom., Duil., G. Miege, qui donnent le mot sans observation ; A. et A^ disent : le déchirement des habits ; Rich. signale qu'il est blâmé, mais il l'a trouvé dans de bons auteurs ; O Fur. — Ce qui s'est passé ce matin... me fait un déchirement dont votre philosophie sait les raisons (Sévigné, III, 231).
décréditer, décrier — Le premier va au crédit ; on décredite un homme d'affaires, un ambassadeur ; le second va à l'honneur ; on décrie une femme (Bouhours, Suite, 263). Les auteurs ne semblent pas faire la différence. — rien ne décredite plus la Médecine que son incertitude (Bezançon, les Med. h la Censure, 161) ; Le mariage se décrie de jour en jour (Regnard, Coquette, a. I, se. 2, Th. Ital., III, 100) ; Ce qui décrie davantage les Dévotes, c'est qu'avec les dehors et les apparences de la pieté, elles veulent faire tout ce que font les femmes du monde (Bellegarde, Refl. sur le Ridicule, 103).
dégoûtant, fastidieux — Le premier se dit d'un homme qui donne du dégoût, mais cela va plus au corps qu'à l'esprit : on dit qu'un homme est dégoûtant, quand il est malpropre, qu'il sent mauvais, etc. ; fastidieux se dit d'un homme désagréable, qui veut faire le plaisant mal à propos. Au figuré cependant, on confond presque les deux mots : il y a des gens dégoûtants avec du mérite, et d'autres qui plaisent avec des défauts (Bouhours, Suite, 24-25). A fastidieux, qui est plus en usage, Andry préférerait ennuyeux [Refl., 226). D'autres aussi blâment /as^ic/ieua; (Renaud, Man. de parler, 513). II y a beaucoup de gens à la Cour, qui usant de la liberté de la conversation, emploient fastidieux pour dire ennuyeux, mais qui n'oseroient l'écrire (Choisy, Opusc. de div. Acad., 253). — Il y a des gens qui ressemblent aui
DKI'IXITIONS l)K SE.NS KT I)ISTINCT[0XS DK SYNONYMES ÎV29
vaudevilles, que toul le monde chaule uu cerlaiu tenij)s, ({uelques fades et iléyoùUinls qu'ils soient (La Roch., I, 114 et note 2) ; mais qui ne soit pourtant Mal lait de corps, ni par trop dérjoûtant (La Font., V, 40, v. 134- 135); Voilà une malade qui n'est pas tant dégoûlanle (Mol., VI, 81, M(kl. m. L, a. II, se. 4) ; phrases outrées, déf/oûtantcs, qui sentent la pension ou l'abbaye (La Bruyère, I, 120).
ih'-nué ne se dit bien (jue dans un sens métaphorique ; on ne diroit pas un homme (Je nÏK' pour dire, dépouillé et tout nu (Bouhours, Rem., 189). — A Tarticle dénuer, Poni. dit : il faut dire dépouiller quelqu'un. Aucun lexique ne donne (/énu(' au sens blâmé parBouhours. — Quant au substantif (/énuement, Bouhours l'avait déclaré barbare et bon tout au plus pour les dévots, qui « ne se mettent g'uere en peine de l'Académie, ni de l'usage » {Rem., 189-190), plus tard il l'accepta {Suite, 421-422).
dire, redire (trouver à — ) — Tous deux sont également bons ; il n'y a qu'un cas où il faut trouver à dire et non trouver à redire, c'est quand il s'agit d'une chose que nous ne trouvons point ou d'une personne dont nous avons de la peine à nous passer : J'ai trouvé cent écus à dire dans ma cassette ; c'est un homme agréable et je le trouve fort à dire icy (Bouhours, Rem., 97 et suiv.). D'après Andry, trouver à redire signifie désapprouver et trouver h dire désirer avec empressement, regretter {Refl., 692). — Pom., Duil., G. Miege, Ricli. font la même distinction et donnent des exemples comme : dans ce combat il n'y eut à dire que trois soldats, on trouva à dire de grandes sommes dans les coffres du roi ; Fur., A. et A'^ emploient trouver à dire non seulement dans cet emploi, mais aussi avec le sens de trouver à redire. — Les auteurs font aussi la confusion : je vous trouve à dire... dans toutes les parties où l'on m'entraîne (Mol., V, 545, Mis., Lettre de Cél., et note). Mais : Votre Majesté... ayant eu la bonté de déclarer qu'Elle ne trouvait rien à dire dans cette comédie... (Id., IV, 388, Tart., 1«'- Placeti.
droiture est bon au figuré, mais ne vaut rien dans le propre (Bouhours, D., 101, cf. Rem., 123 ; A. de B., Re/Ï., 185 ; Renaud, Man. de parler, 47; L. de Tenqîlery, don. et Pol., 176;. Même au figuré, Bouhours limite l'emploi du mot : droiture ne se dit proprement que de l'âme pour marquer la probité ; appli<{ué à l'esprit, le mot n'aurait encore rapport qu'à la probité et non à l'inlelligence {Suite, 254). — Rich. seul donne le sens de pénétration d'esprit ; Fur. déclare droiture peu en usage. — Tout cela fut traité avec une justesse, une droiture, une vérité, que les plus grands criti([ues n'auroient pas eu le mot à dire (Sévigné, VII, 222).
Elever de (s'j — L'expression s'élever d'orgueil, s'élever de sa puissance esl blâmée par Bouhours, qui veut qu'on dise: s'enorc/ueïllir de (Z).,95). Andry au contraire trouve fort bien dit : Comme nous n'avons aucun avantage que nous iiayions reçu de Dieu, il ne faut s'élever de rien {Suite, 90),
entrevue, rendez-vous — Le premier mot ne s'emploie bien que lorsqu'il s'agit d'une [)remiere rencontre ; lorsqu'on décide une rencontre pour l'avenir et qu'on en choisit le lieu dans un entretien, on dit : un rendez-vous (Barbier d'Aucour, Sent, de Cleant., 88).
envier, porter envie — Le premier s'applicjue aux choses: envier le bien d'autrui ; le second aux personnes : porter envie à quelqu'un (Bouhours, Rem., Hisldire de lu Langue française. IV , 34
530 HISTOIRE DE LA LANGUE FRAN(jAlSE
452; cf. A. de B,, Suite, 72), — Dapics les exemples qu'ils doimenl, Hich. et Fur. semblent être du même avis. Pom., Duil., G. Miege, A. et A^ emploient indifféremment verbe et locution. A^ indique bien qu'envier à l'actif se dit plutôt des choses que des personnes, mais en donnant l'exemple : tout le monde Venvie. — Les gens de bien sont envién toujours (Mol., IV', 507, Tari., v. 1659) ; il me semble que non seulement je me plains, mais encore que ]envie les autres (Sévigné, VUl, 73) ; J'ay sujet en un poinct de vous porter envie (La Font., Vil, 599, v. 48) ; je ne lui porte plus d'envie (La Bruyère, 1, 360) ; ceux ([ui font bien mériteroient seuls d'être enviés (Id., 1, 214).
éclaircissement — Eclaircir s'emploie au propre et au figuré, mais éclaircissement ne s'emploie qu'au figuré. On dira : c'est un homme à éclaircisseniens en parlant d'un homme d'épée querelleux, l'éclaircissement d'une difficulté, mais non V éclaircissement des nuages, du brouillard (Bouhours, Rem., 40). — Pom. et G. Miege donnaient : V éclaircissement d'un métal.
écrire bien, bien écrire — Le second seul est bien dit, selon Ménage (II, 249;, et Bouhours en demeure d'accord {Suite, 409). La gloire ou le mérite de certains hommes est de bien écrire ; et de quelques autres, c'est de n'écrire point (La Bruyère, 1, 147). Je pense que ni Ménage ni Bouhours n'ont prétendu (ju'il falloit en user ainsi hors de l'infinilif et dire : Je bien écris.
effusion, épanchement — Le premier dit plus que le second, parce que ce mot marque épancher avec rapidité. D'ailleurs effusion de colère est bon dans le langage de l'Écriture, mais ne peut guères servir en tout autre style (Choisy, Opusc. de div. Acad., 322).
endurer ne peut se dire d'une Heur: elle souffre, elle patii (Chev., Ms. Niort, 142, dans Boiss.).
épineux s'emploie toujours dans un sens métaphorique. Au propre on dil : un champ couvert d'épines (Bouhours, Rem.. 315-316). — Rich. exprime le même avis que Bouhours. Tous les autres lexiques acceptent épineux au propre : arbres épineux, chemin épineux. — (Chemin) rude et épineux (La Font., 1, 45).
espoir, espérance — Pour Andry, espoir, fort bon en Poésie, ne se dit guéres en Prose {Refl., 213). Bouhours accepte le mot en prose et en poésie, hormis pour exprimer la vertu théologale qui se dit toujours l'Espérance [Suite, 345-347). — Rich. et A. sont du même avis qu'Andry. Pour Fur. le mot se dit surtout de l'amour. — Les exemples d'espoir en prose sont nombreux.
éveiller, réveiller — D'après Bouhours, éveiller se dit proprement par rapport à une heure réglée : ne manquez pas de m'éveiller à cinq heures ; réveiller emporte ((uelque chose d'irregulier et de subit : s'il vient des letti*es celte nuit, ne manquez pas de me réveiller (Suite, 211 et suiv.). Thoynard donne raison à Bouhours [Disc, 10). Pour N. Bérain, réveiller et se réveiller désignent une seconde interruption du sommeil, et il faut qu'elle se produise la même nuit que la première pour qu'on puisse employer ces composés [Nouv. Rem., 101).
exhausser ne se dit qu'au propre (Bouhours, Rem., 213). — C'est le sens de tous les lexiques; G. Miege relègue le mot dans le B. F.
extérieur — Quoiqu'on dise un homme intérieur pour signifier un homme dévot, recueilli, détaché des choses sensibles, on ne dit pas un homme
extérieur pour signifier un homme sensuel et répandu au dehors. Tout au plus pourroit-on le dire pour signifier un homme superficiel, qui a une apparence trompeuse (Bouhours, Rem., 17r)-176). Ces emplois ne sont pas dans les lexiques.
Faible, faiblesse — L'un et l'autre sont reçus: j ay connu sa faiblesse,] ay connu son foible; mais les Courtisans se servent delà dernière [expression] (Bary, lihel. fr., 1053, 243). Bellegarde constate l'emploi des deux mots [Eleg., •295).
fardeau, charge — Ces deux mots sont synonymes et on ne doit pas les employer inutilement tous deux dans la même phrase (Bellegarde, Eleg.., 163).
farouche — Joint à bête, ce mot a le sens de cruel et féroce ; joint à d'autres termes désignant des animaux, il signifie difficile à apprivoiser. Appliqué aux hommes, il marque simplement une humeur sombre et retirée, ennemie du monde et de la société (Bouhours, Rem., 438 et suiv.).
faute, besoin — Avoir faute signifie toujours manquer : cette année sera abondante, et je ne crois pas qu'on ail faute de bled; avoir besoin ne signifie pas toujours manquer : fai besoin de mon cheval, je ne veux pas m'en défaire J Dans un discours un peu élevé, il faudroit dire manquer et non avoir faût4 (A. de B., Suite, 18 et suiv.). — Cf. d'autres expressions : Quand nous faisons besoin, nous autres misérables (Mol., I, 107, EL, v. 19) ; s'il vient faute de vous, mon fils, je ne veux plus rester au monde (Id., IX, 316, Mal. imag, a. I, se. 7) ; On craignoit que le duc d'Orléans ne se rendît maître de la personne de Monsieur, s'il venait faute du Roi (Racine, VI, 348, Liv. ann.).
fermeté est un mot qui convient en parlant du caractère, mais non du stile (Bouhours, D., 9). — Aucun lexique ne le donne dans ce dernier sens.
fierté — < Quand ce mot se dit d'une femme, il signifie des manières dédaigneuses, mais nobles et engageantes, ... quand il se dit d'un liomme, il signifie particulièrement, hauteur d'ame, passion pour la gloire, délicatesse d'honneur » (Bouhours, Rem., 57-58).
fléchir — Bouhours acceptait le mot au figuré : fléchir un juge, mais non au propre : fléchir un arbre {D., 31-32). Plus tard il a complété son observation. Fléchir peut s'employer dans une signification meslée où le propre et le figuré se rencontrent, on peu td ire /î^c/iir le genou, quand il s'y mesle une idée d'adoration. En dehors de ce cas il faut dire : ployer le genou, mettre un genou en terre. Certains, au lieu de fléchir le genou, aiment mieux dire: faire une génuflexion {Rem., 184 et suiv.). Cf. page 522.
fond, fonds — Vaugelas avait distingué entre fond, la partie la plus basse d'un contenant, et fonds, portion de terre (voir tome III, 232), distinction que Ménage n'accepte pas (O., I, 172). Alcide de Saint-Maurice suit l'opinion de Vaugelas {Rem., 48-49). On trouve souvent les deux mots confondus: cet Art,quiau/'on(/s n'estpas considéré dans le mondeautantqu'il le mérite {Refl. s. la poet. dWr. , 10). Un ancien (jui, voyant un certain Scribeécrire des sottises, s'avisa de luy demander s'ilavoit du fond, a quoy luy répondant assez ingenuëment le Scribe, dît qu'il avoit plusieurs héritages {Mercure reprouvé, 20). Bouhours s'occupe de diverses locutions : j'ay un grand fonds de paresse ; je
?>32 nUSTOIHK DK LA r.AXGL li FR VN(;AISE
fais un grand fonds sur vôtre parole ; je connois son fonds [Entr., 87). Sorel avait signalé également : faire fonds sur, ;ivoir un fonds d'amitié iConn. des h. Un., 1671, 401). — Rich., A. el .V- ne donnent que des emplois comme : avoir un fonds de science, un fonds de doctrine. Fur. y joint : faire fonds sur. Toutes ces façons de parler sont fort communes. — Car je me sens pour vous un certain fond de tendre (Montdeury, Ambigu coni., 2* interm., se. 9); Il croyoit avoir retrouvé l'autre jour ce fonds d'amitié dont je lui avois toujours répondu (Sévigné, V, ">19); un grand fonds d'esprit (Racine, VII, 233, Let.); vous ne devez point faire de fonds sur ses promesses (llauteroche, Crisp. Med., a. I, se. 5).
fondre — « Le mot se dit proprement des choses animées ou qui paroissent animées, qui sont visibles et qui ont du corps ». On peut bien dire que deux éperviers semblaient fondre l'un sur l'autre, que l'orage fondait sur le vaisseau; maison ne dirait pas bien : les vents sont venus fondre sur cette maison, parce que le vent, n'étant point visible, ne fond point à parler exactement (Bouhours, Suite, 93-9i-). Cette opinion est approuvée par Thoynai-d {Disc., 34).
fourbe, fourberie — On emploie les deux mots indifféremment ; toutefois M. de Voiture dans une lettre à M. Coslar distingue entre la fourberie, qui est la mauvaise foi en général et la fourbe qui est l'acte de mauvaise foy en particulier : c'est une fourbe que cela, la fourberie est un grand vice (A. de B., Refl., 233-234). — Les lexiques ne font aucune distinction entre les deux mots. Voir leLex. de Mol. par Livel.
(frais, fraie heur — L'adjectif s'emploie aussi h^ien au figuré qu'au propn; ; mais le substantif ne s'emploie qu'au figur^' On dira bien : des nouvelles fraisches, mais non la fraischeur de cette nouvelle (A, de B., Refl., 234; cf. Bouhours, D., 101-102; Ménage, 0., II. 17; L. de Templery, (ien. el PoL,
frai/eur, crainte — On dit bien la crainte de la mort, mais non la frai/eur de la mort. Fra//e(v/' d'ordinaire ne régit rien, à moins qu'il ne soit joint avec le verbe avoir; la fraijeur qu'ont les Saints de la justice de Dieu (Bouhours, D., 106). L. de Templery établit une autre distinction : frayeur eut plus fort que crainte (Gen. et Pol. , 80). — je lui ai fait prendre une frayeur si grande de la sévérité de la justice (Mol., Vil, 319, Pourc, a. III, se. 1); Nous voici donc, hélas ! à ce jour détestable Dont la seule frayeur me rendoit misérable (Racine, I, 399, T/iéb., v. 19-20).
Humeur [être f/' — , être en — ) — Le premier marque l'inclination, le tempérament, le second ne marque qu'une disposition passagère (Bouhours, liem., 250; cî.Apoth. du Dict., 78). — Les lexiques ne font pas cette distinction en général; Pomey dit : je ne suis pas maintenant d'humeur à chanter; Fur., A., A^ confondent les deux tournures; Richelet distingue : être en humeur d'étudier, c'est être en état d'étudier; être d'humeur à tout soufrir, c'est être d'un tempérament à tout soufrir. — peu d'entre ces dames Etaient d'humeur a. tenir des propos De sainteté (La Font., V, 190, v. GS-70);ye ne suis pas en humeur de parler bien, que de M. de Vardes (Sévigné, VII, 239).
Immonde, impur — Immonde est consacré en certains endroits : animaux i s mondes, viandes immondes ; on disait aussi dans l'ancienne loi : femme
DÉFINITIONS i)i-; si-:ns i;t distinctions de svn()nvmi:s :>33
immonde ifeninie (jui relève de couches). Impur en ces endroits ne serait pas correct (Bouliours, Suite, 17). Andry expose la même tliéorie (lie/I., 321) ; mais il n'accepte pas comme Bouhours qu'il faille dire esprit immonde {Suite, 144). — Rich., A. et A- n'acceptent immonde que dans le langage de l'Ecriture. Furetière donne : conscience immonde.
imperceptible se dit des choses qui ont rapport à la veuë, il peut se dire peutêtre de certaines autres choses, mais il ne se dit certainement pas du bruit ni du son ; le P. Bouliours fait cette faute (A. de B., Suite, 238-240). — * tous les lexiques, sauf Th. Corn. — Tout cela appartient à l'attrait de Dieu, qui est ou perceptible, ou imperceptible {Bossuel, Estuls d'Or., 234- 235); Il y a des prologues qui sont imperceptibles, et qui sont pourtant de véritables prologues (Racine, V, 493, Trad.).
imposer les mains — Cette expression est consacrée à certains usages de la Religion : Les Apostres imposoient les mains sur les Fidelles... Les Evesques imposent les mains quand ils confei'ent les Ordres... hors delà, il faut dire : mettre les mains sur, ou loucher (Bouliours, Suite, 82). Thoynard approuve cette remarque (jDtsc, 43-46).
indécis, irrésolu — Le premier ne se dit point des personnes, on dit irrésolu (Bouhours, S'ui^e, 121-122). — Seul de tous les lexiques, A^ applique indécis aux personnes.
indigne ne se dit jamais qu'en mauvaise part : il est indigne des bontez que vous avez pour luy, mais non : il est indigne de punition. Au contraire digne se dit en lionne et mauvaise part (A. de B., lie/L, 263).
inscription, écriteau, susci-iption — Bouliours distingue entre inscription, ce qui s'écrit ou se grave sur un mausolée, un monument, et écriteau, morceau de papier ou de carton dans le(iuel on écrit en grosses lettres pour donner un avis au public Suite, 148. Voir écriteau en ce sens dans Sév.. 1, 332^. Thoynard approuve (Disc, 89).
Andry distingue entre inscription, auquel il donne le même sens (|ue Bouhours, et suscription qui se dit du dessus des lettres (A. de B., lie/!., 2(i8), L. de Templery fait la même distinction {Gen. et PoL, i 11). — Dans la conversation, dit Richelet, on dit plutôt dessus d'une lettre, ou adresse que suscription .
intérieur, interne, intestin — Andry fait la distinction suivante: intestin ne se dit ([u'au figuré et toujours en mauvaise part, une guerre intestine; interne ne se dit ({ue dans le Physique, une maladie interne, et intérieur que dans le moral, une joie intérieure, mais tous deux en bonne et en mauvaise part {Suite, 132).
intimidation — Andry juge ce mot énergique : il dit même <juelque chose de plus que menace {Re/L, 271). C'est un de ces mots que Bouhours conseille à ceux qui disent incomplaisant [Suite, 139). — O Rich., A., A-.
isolé, « séparé comme une Isle n'est pas en usage au figuré,... dans le [iropre il est fort usité, on dit fort bien, une maison isolée, lors qu'on peut tourner h l'entour... peut-estre le pourroit-on bazarder dans le figuré, pourveu (|u'on ne l'employast qu'en terme Synonime, et avec quelque adoucissement » (A. de B., lie/î., 280-2811. — *Rich. : terme d'architecture; A.
53i msToiiU': dk i.a lant.uk française
(jui ne donne que bastiment isolé, statue isolée, A^ admet l'emploi figuré, mais dans le style familier. — II (le favori) est détaché de tout, et comme isolé (La Bruyère, I, 379) ; Quel plaisir de rang'er sous l'amoureux lien De ces cœurs Isolez qui ne tiennent à rien ! . . . ^ — Isolez ! Ah, Messieurs, le joli mot! il charme. Qui jamais avant elle, à l'âge où la voilà. Avec tant de justesse a placé ce mot là ? Isolez ! — P'ranchement, Isolez me prend l'amo. — Isolez me ravit, me pénéti-e, m'enflâme. — Ce qui m'en plaît le plus, c'est qu'elle s'en sert bien. Do ces cœurs Isolez qui ne tiennent à rien! Quand do l'architecture on sçauroit la manœuvre. On auroit de la poino à mieux le mettre en œuvre (Boursault, Mois à la mode, se. 8).
Juste -^ Selon Bouhours, en matière do mœurs, ce mot estant purement adjectif, ne signifie qu'équitable. Quand il est substantif, il signifie un homme de bien en gênerai, un homme qui est ami de Dieu. C'est aussi le sens do l'expression composée r/ionime /us/e, que Bouhours considère comme un substantif, et qu'il distinguo de riiomnie qui est juste. Estre Juste se peut dire, dans un sens theologique, pour signifier : ostre en grâce (Bouhours, Suite, 336-341).
j Logis et maison — Les deux mots sont bons quand on parle d'une maison do la
ville, mais pour une maison de la campagne, il faut dire maison et non logis. Les honnestes gens disent : il est venu au logis; le petit peuple dit à la maison (Bouhours, Hem., 222). Cette dernière partie de l'observation se trouve chez A. de B. [Re/l., 286)/ — Richelet définit logis: toute maison (|ui est dans une ville. — un gentilhomme, qui est venu au logis sans m'y trouver (La Roch., m, 82) ; j'avois passé dans quelque rue où il y avoit des logis suspects (Id., II, 447); un logis où lui-môme il n'ontroit qu'en rampant (La Font., II, 186, v. 19); Mademoiselle de Duras vint en mon logis (Bossuet, Confer. avec M. Claude, 62-63). — On trouve d'ailleurs /oj/^s et maison à côté l'un de l'autre : Le logis de Monsieur Géronle, l'est-co là? — Oui, voici ma maison, Monsieur, et me voilà (Montfleury, Dame méd., a. III, se. 4;. Le mot logis a le sens de notre moderne appartement, demeure, adresse. Dites votre logis (Montfleury, Fille Capit., a. II, se. 14). — D'apiès A. de B., la dame du logis ne se dit point en parlant d'une dame de qualité [Suite, 56).
Main — Bouhours ne veut pas qu'on dise donner la main pour signifier le mariage. En bon français cela veut dire aider, par exemple « donner la main à une dame, c'est luy aider à marcher, ou à monter en carosse ». De même « prester lamainne peut se dire qu'à un homme, dont le secours nous est nécessaire pour nous venger par la plume, ou par l'épée », comme on dirait : « preslez-moy voslre hrus ». Sans cela Bouhours << aimeroit autant dire : prestez-moy vostre pié »(/?<•/«., .'iî)4-5.'»6). Ménage n'admet point cette doctrine (O., II, 147). — Rich., Fur., A'^ enregistrent le sens do donner la main : épouser, en poésie.
maniement ne s'emploie qu'au figuré: le maniement de toutes les afTaires (A. de B., Hep., 294), mais non au propre : on connoît la bonté de ce drap au maniment (L. de Templery, (ien. et l*ol., 175). — Les lexiques le donnent au propre, mais avec le sens do mouvement du corps: le maniement agréable des bras et des jambes est bien requis pour danser les Sarabandes (Fur.).
marin et maritime — Le premier signifie: qui est de la mer, algue marine; le second : ce qui est auprès de la mer, une ville maritime (L. de Templery, Gen. et PoL, 76).
médicamenter et médeciner — Le premier s'emploie pour les soins donnés aux maux qu'on voit, le second pour les maux qu'on ne voit pas (Bary, Rhet. fr., 16o3, 221). — Médicamenter fie tTou\e au sens de panser une plaie chez Pom., G. Mioge, Fur., A. et A^ ; toutefois les deux derniers lexiques lui donnent aussi le sens plus général de donner des médicaments. — Médeciner avec le sens de donner des remèdes internes est chez Pom., G. Miege, Rich.,qui ne mentionne que la forme pronominale, et déclare le verbe bas et de la langue parlée. Il est aussi chez Fur., suivant lequel on l'emploie pour dire qu'on prend trop de remèdes, chez A., A^ f|ui répètent à la fois Rich. et Fur. Les deux mots étaient traduits de la même façon dans Duil., sans explication.
ménaf/e avait été employé au sens de manège, intrigue: nous luy cachasmes aisément ce mauvais mesnage (Astrée, 1614, 185"). — O tous les lexiques. — Voici bien du ménage, un autre a pris la place (Th. Corn., Am. à la Mode, a. III, se. 5); Le malheur fut que tout ce beau ménage Fut découvert d'un logis près de là (La Font., IV, 283, v. 41-42).
mutation, changement — Andry estime que le premier se dit quelquefois avec plus de grâce que le second. A l'appui il cite : « Quelque haut qu'on puisse remonter, pour rechercher dans les Histoires des exemples des grandes mutations... » [Refl., 323 ; Andry attribue la phrase à Mascaron, elle est en réalité de Bossuet, Or. fun. de la R. d'Angl.). Mutation paraît peu établi à Renaud, malgré le prétendu exemple de Mascaron (Ma/i. de parler, rilîi). — * Pom., Duil., B. F., Rich., Fur., A., A^.
mutuel et réciproque — Ils n'ont pas la même valeur : le premier se dit de deux personnes et de plusieurs, le second ne se dit que de deux (Aie. de S*-Maurice, Rem., 47-48). — La restriction qui concerne réciproque ne se trouve que chez Rich.
Obligé — On ne peut, en parlant des choses, dire être obligé, que s'il y a une nécessité Physique : une balle poussée contre un corps dur est obligée de réilechir, mais en parlant d'un devoir moral, l'expression ne peut s'employer que pour les personnes; on ne peut donc pas dire : la vertu est obligée d'être sans affectation l'A. de B., Suite, 76-77). — L'expi-ession : Je vous suis fort obligé, s'emploie dans le commerce ordinaire de la vie, mais- dans le style soutenu, il vaut mieux dire: je vous rends des actions de grâces (Bellegarde, Eleg.,Wr>).
obscur ne convient pas dans : une vie obscure ; il faut dire privée et retirée (Barbier, d'Aucour, Sentim. de Cleant., 1776, p. 339). Dans une vie obscure, il y a un blâme, dans une vie retirée, il y a un eloge (L. de Templery, Gen. et PoL, 103).
offrir et rendre — Bouhours veut qu'on dise: rendre un culte à Dieu et non offrir. On offre à Dieu des fleurs, de l'encens, etc.; on lui rend le culte qu'il mérite (Bouhours, D., 89).
oisif ef oiseux — Selon Bouhours, oisif va [)lus à la personne qu'à la chose et l'on dit: un homme oisif, mais: des paroles oiseuses, bien qu'on dise une vie oisive [Rem., 226). Cette distinction n'est approuvée ni par Ménage (O., II,
530 TIISTOMU-: DE LA lANGUE FRANÇAISR
lil et suiv.j, ai par Aiidrv, qui invoque lusaji^e des lions auteurs et eu particulier celte phrase de Fléchier : les Abeilles ont un Roy à qui elles obéissent, celles qui sont oiseuses sont forcées de travailler(/?e/7., 340-3il ). — * Pom., Duil., G. Allège, qui n'établissent aucune distinction. Pour Rich., oiseux signifie oisif, mais est vieux et du stile Ijurlesquc. Fur. dit indifféremment : une vie oiseuse et une vie oisive, mais des paroles oiseuses. A. et Apensent comme Fur., mais A'^ signale oiseux comme vieux. — Ce sont des Dames oysives ou des Dames oijseuses, comme disoit Ires-bien ces jours passe/, en chaire un fort habile Docteur (Sorel, Pnl;/andre, II, 323); Tous ses valets tremblans quittent la plume oyseuse (Boil., Lulr., IV, v. 6). Sur ce vers Desmarest observe en raillant : Il eut esté aussi bon de mettre la plume oysonneuse; car on la tire des oi/sous, et il a voulu marquer que ces vallets couchoient sur la plume (Def. Po. lier., 118).
original et originel — Bouhours l)lâme l'emploi â'orif/inal dans la phrase suivante : cet homme estoit sans vestement, pour figurer que nous avions perdu la foy et la justice originale. Il voudrait <|u'on dît : originelle. Mais on dit les langues originales, les textes originaux [D., 3;i-3G). Andry aurait préféré qu'on dît le péché (VOrigine au lieu du péché Originel {Suite, 21"»i. — Pour Rich., Fur., A. et A^, originel est un terme de théologie.
ouïr et entendre — Ouyr se dit proprement d'un son et d'un l)ruit (jui ne dure pas; . . . entendre se dit plûtost d'un son ou d'un bruil qui dure ;A. de B., ïiefl., 345).^Lamême remarque était déjà chez Bouhours, qui ajoute : ouïr doit être employé quand il s'agit dune chose qu'on entend par hasard, sans dessein; toutefois on dit :ouïr la Messe, condamner les gens sans les ouïr (7?em., 232-234). — * Pom., Duil.,Fur., A.et A^, qui donnent le sens de : donner audience. Rich. signale le mot comme un peu rude en de certains temps. — Tu vasouïr le comble des horreurs (Racine, III, 3il, Phèd., v. 260) ; Et conter votre honte à qui voudra Vouïr ild., Ib., v. 880). Voir llug. et le Lex. de Mol. par Livet.
ouvrable et ouvrier — Il faut dire jour ouvrier et non Jour ouvrable (Ménage, 0., I, 276-. Bouhours est du même avis [Suite, 10' . — * Pom., Duil., G. Miege, (jui donnent/oHr ouvrier, Ricli., Fur., A. et A-, f[ui donnent les deux expressions. L. cite La Font.
Pardonnable, excusable — Marg. Buffet ne veut pas qu'on se serve du [)remier en parlant des personnes, il faut dire : estre excusable, on mériter le pardon {Nour. Obs., 89). Andry l'accepte aussi bien des personnes que des choses (Refl., 349). — Les lexiques, sauf Rich. et A- qui sont très précis, ne prennent pas parti, mais tous leurs exemples de pardonnable sont avec des noms de choses. Pour ej;cu.saZ)/^, Richelet voudrait aussi qu'on ne l'employât que des choses. A. est plus libéral.
peindre et peinturer — Peindre, c'est représenter quelque chose avec le [tinceau ; peinturer, c'est étendre des couleurs sur quelque chose (A. de B.,PefJ... 380) ; en parlant de l'objet représenté, on doit dire peint, en parlantdu sujet sur (juoi l'objet est représenté, il faut dire qu'il est peinturi^; on <lira d'un beau carrosse qu'il est bien peinturé ; on dit cependant de la toile peinte et se peindre la barbe. Enfin il vaut mieux quel(|uel'ois dire : mettre en couleur, que peinturer (Id., Suite, 233 et suiv.). — Cette distinction n'est pas faîte dans Richclel, pour <pii peintun- veut dire couvert d'une s<'ule couleur, ni
dans Fur., qui ne donne que le sens de couvert de couleur sans aucun ai-t particulier. A. et A- n'ont pas admis peinturé. — Les visages pcinliirés sont des amants adorés [Proin. du Coin., 1653, V.U.L., X, 29).
pie — On dit un homme impie et non un homme pie ; mais Ton dit fort bien des œuvres pies, encore que cette expression ne soit point noble ni du style relevé (A. de B., Refl., 2o7|. — Les lexiques ne donnent que : œuvre pif;. O G. Mieg'e; * B.F., qui ne précise pas l'emploi. Il est du langage du palais, suivant Rich., Fur.; il se dit des legs (A., A-).
portrait, tableau — L. de Templery distingue entre portrait, représentation d'une personne et tableau, toute autre peinture. Selon lui, tableau est du bel usage au figuré. Et il cite Cinna : je leur fis des tableaux de ces tristes batailles [Gen. et PoL, 107-108). — Portrait est réservé aux personnes parles lexiques suivants : G. Miege, Rich., Pur., A., A'. — Tableau a presque partout le sens actuel, toutefois, Rich. le traduit par portrait et Fur. par : image de quelque chose. — Si je voulois pourtant faire vostre Tableau, Je vous peindrois ainsi : Beauté charmante et blonde (Benserade, Ballet de la nains, de Vénus, i^'" entrée, 1'" partie); Quelqu'un aporta chez la Reine Un prézent assez rare et beau; Sçavoir le Portrait, ou Tableau De la Sœur du Duc de Savoye (Loret, 6 mars 1655, v. 198-201).
postérieur de même qu antérieur ne peut s'employer qu'en parlant du temps, il est donc incorrect de dire comme l'Académie : le cervelet est la partie postérieure du cerveau (Ënterr^ du Dicl.,2Si-2S3). L'emploi reproché à A. se trouve dans Rich., Fur. et A"-.
précis ne peut pas se dire dans le sens de concis, malgré le P. Bouhours (Ménage, 0., 11,449).
pressant et pressé — L. de Templery constate qu'on dit : une atTaire pressée, mais à tort. Il faudi'ait dire : pressant, en parlant d'une chose, et réserver pressé pour les personnes iEntr. à Madonte, 282j. — Tous les lexiques donnent : affaire pressante ; Duil. seul donne en plus : la chose est pressée L
prince — L'expression Prince des Orateurs avait été lilàmée par Bouhours, comme une traduction fausse du Princeps Oratoruni {!)., 107). Mais il finit par enaccepter l'usage [Rem., 136). L'expression est généralement appi'ouvée (Mén., 0., II, 24; Renaud, Man. de parler, 51 : Thoynard, Disc, 212i.
principe — (chapelain avail d'abord nié tjue ce mot pût signifier commencement [Lett. à Balzac, 12 sept. I()38) ; plus tard il revint sui' cette opinion (Lett. -Vu même, 26 sept. 1638). — Ce sens se trouve encore chez Pom., Duil., (j. Miege, Fur., mais non chez Hichelet, A. et A'-'. — 11 ne faut pas confondre ce sens ancien, tel (ju'il apparaît dans la phrase citée par Furetière : « Cette maison est ancienne, on ne sçait point son principe, son origine », avec le sens philosophique ou théologique de source, cause.
propreté el propriété. Cf. tomt; III, 229. — La décision de Vaugelas est confirmée par Marg. Buffet (Vouu. Obs., 83), et L. de Templery {Gen. et PoL, lOt-105). Chapelain ne voulait pas que propreté fût réservé aux personnes, il se garderait bien de condamnei- : la propreté du lieu {Lett. à Huet, II, 286,
1. prél à, prêt de cl près (/e connTi<;nciMit à être distinj^ués l'un de l'autre. Mais ils ne le seront dcfinilivcment (iiTau xvui' siècle. J'y reviendrai.
538 HISTOlhK l>F LA LANGUK FRAN(;A1SI:
12 janvier 1063). — II... exagvro la commodité des appartements, ainsi que la richesse et la propreté des meubles (La iiruy., I, 24o>.
provincial (Voir p. 312). — Ce mot ne s'emploie en parlant des personnes qu'en un sens défavorable. Ce n'est plus une injure, quand on parle d'une charge ou dune assemblée. On peut employer le pluriel sans raillerie, mais au singulier on ne peut dire que : un homme de province (Bouhours, Suite, 276-279). — * Rich., qui cite Mairet : Ils méprisent les vers qui sont nez d'une plume provinciale; el Boileau : Monsieur Tiercelin est gentil, mais il est provincial [Lettre à (loatar). — Me prenez-vous pour une provinciale"} (Molière, VIII, 568, Comtesse d'Esc, se. 2).
purification — Houhours conteste qu'on puisse employer ce mot en dehors des deux cas suivants : « pour signifier une feste de la Vierge et une cérémonie des Juifs ». On ne saurait dire : « la purification de la conscience » {Rem., 484- 485). — * tous les lexiques, comme terme de chimie (Rich., Fur., A., Th. Corn., A^) ; l'expression la purification du sang est dans A. etA-. — \a purification des péchez ne dépend point... de ces purgalions, qu'on nomme passives (Bossuet, Estais d'Oraison, 268);. . . la veûë de Dieu à laquelle nous sommes préparez par la purification du cœur (Id., Div. ecr. sur les Max. d<'s Saints, 133).
Rabaissement — Ce mot, au sens d'humilité, n'est pas François ; on dit : le rabaissement des monnoyes, et peut-estre le rabaissement d'une personne, mais on ne dit pas : un glorieux ra/jatssemen^, pour une humilité généreuse (Bouhours, Entr., 138). Barbier d'Aucour discuta cette opinion; d'abord rabaissement ne signifie pas l'humilité, mais l'effet de l'humilité; de plus ou ne dit pas le rabaissement, mais le rabais des monnoies (Sentim. de Cleante, 1776, 391 et342). Cettedistinctionentre rabais et rabaissement, que Bouhours reconnut [Suite, 403), est admise partout (Ménage, O., I, 303; Aie. de S'-Maurice. Rem., 50; N. Berain, Nouv. Rem., 74). — l'ur., A. et A-, ne donnent rabaissement qu'en parlant des monnaies, les autres lexiques au contraire font plus ou moins nettement la distinction. — Je vous conjure donc, mon cousin, ...de changer votre écriteau, et si vous n'y voulez point mettre de bien, n'y mettez point de rabaissement (Sévigné, I, 532| ; quand on le verra sans saint-esprit, ce sera un rabaissement ; car du moins il ne faut pas ne l'avoir point, c'est un démérite à un duc et pair (Sévigné, IX, 269) ; il y a des âmes sales, ... toujours inquiètes sur le rabais ou sur le décri des monnoies (La Bruyère, I, 264).
raillerie et dérision — On ne doit pas dire comme l'Académie : on crie par raillerie aux masques qui courent au tems de Carnaval. Il faut dire : on crie par dérision aux masques. La raison en est que le mot de dérision s'ajuste mieux aux liuées qui se font alors que le mot de raillerie [Enlerr^ du Dict., 295).
ramener, reniener, remmener — Je suis logé avec un de mes amis, ou dans son quartier; il me propose de me mener au Louvre dans son carrosse. Je dis : qui me ramènera* Si nous logeons en différens quarti'ers, je dois dire : qui me remenera à mon logis, S'il m'avoit mené au Louvre, sans que nous ussions parlé de mon retour, je dirois : me pouvez-vous remener et non pas ramener, supposé que je fusse logé dans son quartier, sans quoi je dirois : mepouvc/.-vous mener à mon logis. On dit : Voilà un homme que les Archers
DÉFINITIONS DE SENS ET DISTINCTIONS DE SYNONYMES î)39
eminônenl, mais Voilà un homme que les Archers mènent au P'or-l'Evesque. On xAuniéne uu homme que je trouve de mauvaise compagnie, je dis : je vous prie de le remener où vous l'avez pris. Je vous prie de le ramener feroit entendre que je serois bien aise de le revoir (Mén., O., I, 370-572) K
runiasser, amasser — Aie. de S'-Maurice distingue entre amasser : relever ce qui est tombé, et ramasser : assembler [Rem., 178). Ménage avait noté que le simple était de la Cour, et le composé de la ville (0., I, 572). — * Rich., Fur., A. et A''., qui constatent que ramasser se dit plutôt que le simple ' .
rassurer ne signilie point assurer de nouveau, mais affermir. On dit donc bien rassurer les esprits, rassurer d'une allarme,... et non pas rassurer d'une vérité (Bouhours, D., 92). 11 faut remarquer que dans la phrase de Vllisloire du Vieux et du Nouveau Testament que Bouhours critique, rassurer ne semble pas avoir d'autre sens qu'assurer tout seul : Jesus-Christ pour les rassurer encore davantage de la vérité de sa Résurrection (Id., //>., 91).
ravisseur et ravissant — Il faut dire un loup ravisseur et non ravissant, qui ne se dit qu'au figuré et en bonne part (A. de B., Suite, 417-418). — Ravissant au sens propre est chez Pom.,Duil., Rich., Fur., A. et A^. — J'oppose quelquefois... Les Agneaux aux Loups ravissants (La Font., I, 363, v. 23-25) ; Qu'im- |)orte que nos corps des oiseaux ravissants Ou des monstres marins deviennent la pâture (Id., IV, 405, v. 134-155). Voir le Lex. de Mol. par Livet.
réchapper — On échape d'un danger, d'une bataille, d'un naufrage : on. réchape d'une maladie (Bouhours, Suite, 177). — Les lexiques, sauf Rich., ne parlent [)as de cette distinction. Toutefois A. fait cette restriction : il ne se dit guère que du péril de la mort : reschapper d'une maladie, d'un naufrage. Voir le Lex. de Mol. par Livet.
rechercher ne se dit au propre que pour signifier : chercher une seconde fois, il s'emploie bien au figuré (Bouhours, Rem., 134; cf. A. de B., Suite, 303 et suiv.). Recherche ne se dit pas dans le propre d'une chose perdue, mais tous les bons auteurs l'emploient au figuré (Bouhours, Rem., 133).
réforme se dit des Monastères, réformation de coutumes, d'abus, de la Langue (Ménage, O., I, 548; cf. L. de Templery, Gen. e/Po/., 11 1). — Si celle
1. X. Hérain blâme rachever pour achever [Xouv. Rem., 81). De même Ménage biànie l"eni])loi de reconduire dans la phrase : il m'est venu reconduire jusqu'à mon carr<jsse. Il faut dire comme à la Cour : il m'est venu conduire (0., I. 572). Bouliours se prononce pour l'avis opposé {liem.. i90( contre N. Bérain, qui aurait été <lu même sentiment que Ménafje. En réalité N. Bérain en parlait fort vaguement (iV. Hem., 81). Il blâmait, à l'entlroit ovi Bouhours nous renvoie, ?'e/"Htr pour fuir Ih., 220). Sa doctrine est très liésitaule. Bien qu il n'accepte rejaillir qu'en parlant dune action redoublée, comme il reconnaît que les verbes composés servent " admirablement bien aux nobles expressions », il préfère : il a rempli tout l'Univers de la terreur de son nom il a remporté la victoire. .\u contraire, au sens propre, il faut dire : il a empli ses tonneaux : et on ne peut se servir de remporter, que quand on ne veut pas recevoir une cliose qui est apportée /^j., 90-91;. Aie. de S'-Maurice approuve également l'emploi de remplir au iiguré. d'emplir au propre [Hem., 178-179). — On trouve chez les auteurs îles composés où nous emploierions le simple : Monsieur, Monsieur le Baron est fort /■e»i/j/re depuis hier (Mauteroche, (Irisp. msd.. a. II. se. 5): Puisque vous y trouvez de si grands avantages, Prenez la pour toujours, et redoublez mes gages (Th. Corn.. .4m. à la .Mode, a. III, se. 11. Les exemples invei-ses sont fort rares : Un bruit est épandn. dit-on. Dans maint pa'is et maint cantou (Loret, 12 déc. 1654. v. 105-106). Très visiblement la langue populaire, fidèle à un ancien instinct, préfère les verbes en re. <'ontre iesqnelsles grammairiens commencent, comnicon le \oiL à menercampagne.
540 H1ST01UI-: DE )>A LANC.l !•; KItA.NÇAlSK
cUstiiictioiiestiieltedans Riclielel, elle nelest plus autant chez Fur., qui admet la réforme du luxe, ni dans A. et A'-' qui donnent : reforme des abus. — VA\v (la noblesse) demanda ... la ré/br/na<ton de plusieurs désordres (La Hoch., II, 246); rappi'obalion la plus sûre... (pour les auteurs) est le chan<feinent de mœurs et la réformalioa de ceux qui les lisent (La Bruyère, I, lOOi ; un homme de talent, . . . s'il est chagrin, . . . ert'arouche les jeunes yens, les l'ait j)enser mal de la vertu et la leur i-end suspecte d'une trop grande réfornu' (Id., II, 9;{); Ainonio a mis \i\ réforme k Chelles (Sévigné, V, 81).
re(/ar(ier en pitié — D'après Bouhours, l'emploi dty cette expression dans le ridicule l'aurait décriée et en aurait modifié le sens. Il s"y introduit une nuance de mépris ; les Femmes de la Cour regardent en pitié les Provinciales ; les personnes charitables regardent les pauvres avec un œil de pitié [Suite, 126-127). C'est inexact, selon Thoynard ; les pauvres disent tous les jours : regardez-moi en pitié (Disc., 131).
règle et modèle — Les deux mots sont tantôt synonymes, tantôt diirérents. On peut dire : la vie de Nostre Seigneur est la règle des Chrétiens, ou : est le modèle. Mais il faut dire : les conseils des sages nous servent de règle, et non de modèle, car il n'y a proprement que les actions, ou la personne, qui servent de modèle. Dire: il se proposoit pour modèle cette excellente parole de Saint Bernard, est mal dit; il faut dire : règle, pour indiquer qu'on se propose de la suivre. Les paroles de Jesus-Christ doivent estre le modèle de nos paroles, veut dire : nous devons parler comme Jésus Christ (Bouhours, Rem., 149 et suiv.) — l'avis des bons frères ... lui servira de règle Sévigné, IX, 266).
réglé et régulier — Bouhours consacre une longue remarque k lexanuMi de ces deux mots. En parlant des choses, réglé se dit de celles qui ne sont point faites au hasard, mais convenues d'avance : une dis|)ule réglée, un repas réglé; régulier se dit de celles qui se font dans les formes, ou selon les règles de l'art : une {)rocedure régulière, un discours régulier. En parlant des personnes, un homme réglé dans sa conduite est celui ((ui n'agit [)oint par caprice, une femme régulière est celle qui garde toutes les bienséances que commande la vertu (Bouhours, Rem., 547 et suiv.) — Quoitjue ce no soit pas une coiffure réglée, elle lest pourtant asse:^ pour qu'il n'y en ait point d'autre pour les jours de la plus grande cérémonie (Sévigné, II, 208) ; la lecture de si beaux ouvrages, . . .si réguliers (La Bruyère, I, 24).
relâche et relâchement — Bouhours veut que le premier s'emploie en bonne part : prendre du relasche après le travail, et que le second s'emploie en mauvaise part : le relaschenient des mœurs; toutefois une epithete peut reclifier le sens : les honnestes relaschémens [Suite, 309). — La même distinction se retrouve dans les lexiques. — Les passions les plus violentes nous laissent quehjuel'ois du relâche (La Roch., I, 19")); les hommes ont i)esoin de <|uelque relâche [La Font., VIII, 30); mille petits relâchements sont réformés (Sévigné, V, 81); s'il (le poème tragique) vous donne quelque re/;îc/je, c'est pour vous replonger dans de nouveaux abîmes (La Bruyère, 1, 138, ; je travaille à cela... du matin au soir sans nul relâchement ' (Id., II, 477).
1. On ne peut pas assurer (juc le mot dans col exemple soit synonyme de reliiche. Le sens pourrait n'être pas celui de : sans interruption, mais celui de : avec la même application.
UKKI.MTIONS UK SlINS El' UlSTINCTlOiNS DE SYNONYMKS .">il
rrlecr s'emploie bien au propi-e et au lignré (liouhours, licin., 213); j)Oui'tant si ou peut dire au figuré relever le. prix, il faut dire au propre auynienler le prix : la force des ennemis relevé le prix de la Aàctoire; le luxe aïKjmenle d'ordinaire /<'/j/7.r des marchandises (Id., D., 74).
reliifin'K — Bal/.ac proscrivait l'emploi de ce mot en parlant de choses profanes. Vaugelasau contraire trouvait bien : les reli(jiies d"un naufrage (Voir tome III, 23 Î-). Sans être aussi catégorique, Alemand accepte reliqiiex en parlant de choses profanes pourvu (pi'elles soient anciennes [Noiiv. Rein., 1 16-120). C'est l'opinion de Ménage {()., I, 204i et d'Andry (/?e//., r>46 . — *(1. Miege, Hich., Fur., A., A-. Voir Ilug.
reposuir avait toujours le sens d'endroit pour se reposer : surquoy vos Muses feront sans doute un agréable reposoir (Costar, Lell., Il, 22). — * Pom., Duil., G. Miege...' — Et le nageur poussé du vent, De roc en roc portant la belle... Avec l'aide du V.\e\ et de ces reposoirs.. (La F'ont., IV, 400-i-07, v. 168-171). ^ Rich., Fur., A., A-, signalent le sens d'autel dressé dans la rue pour les processions.
reporter el rapporter — Le premier se ditd'une chose qu'on renvoie, le second est un terme de palais (Aie. de S'-Maurice, Rem., 179). Il s'emploie également si la chose n'appartient pas à celui qui parle : Monsieur vous prie de lui reporter la carte qu'il vous a prêtée (N. Berain, Nouv. Rem., 197).
roi — Bouhours ne veut pas qu'on se serve de ce mot [)our dire le premier, bien (ju'on l'emploie à tout propos : le Roi/ des Animaux, le Roij des Peintres. Ce seroit mal placer le Roij a côté des Peintres et des Poëtes [D., 109 et suiv. !. Renaud n'accepte pas non plus le Roi des Prédicateurs, malgré le Prince des Orateurs (iWan. déparier, 51-52^
roinpcmenl et rupture, infraction, fracture — Le premier ne s'emjjloie qu'au figuré et dans l'expression rompp/ne/j^ de teste, il ne peut s'employer au propre à la place de rupture (Bouhours, Rein., 221 ; cf. A. de B., He/Î., 614 ; L. de Templery, (ren. et Pol., 176). — Tous les lexiques s'accordent sur le sens de rompement . Mais rupture n'est accepté au propre par Bouhoui'S que comme terme de chirurgie, pour marquer ce (|u'on appelle autrement descente. On dit bien rupture d'une amitié, maison ne sauroit dire rupture d'une muraille, ni surtout rupture d'un habit, expression qui n'est permise qu'aux Etrangers qui commencent à parler François. Ce ne seroit pas bien parler de dire la rupture du Traité de paix, pour marquer que l'un des partis n'a pas tenu sa parole. Il faut dire : infraction. Enfin on ne dit pas : la rupture (ïnix os, mais :1a fracture. Peut-être ne peut-on donner à rupture qu'un régime de personne : la rupture des amis (Bouhours, Suite, 221')- 227). Toute cette remarque est approuvée par Thoynard {Disc, 43). — *Duil., qui donne rupture : fraction ; Rich. traduit par solution, séparation des parties charnues, il donne aussi rupture d'un habit. Fur., A. et A* admetlenl également ;7/p/;;/v? d'un os, d'une porte, d'un habit.
Sauvaife — Quand on parle des animaux, sauvage, joint à bête, signifie : féroce; joint à un autre terme, il signifie : non apprivoisé. Quand on parle des
1. On retrouve encore un sens voisin cliez itich. et Fur. : c'est « un certain nombre de silal)cs dans chaque membre des iielles périodes où l'oreille se repose af^réablement, c'est environ le milieu de chacjiie membre. »
;)42 HISTOIRK DE LA LAN(.LE FRANÇA1S1-:
hommes, saucaije signilie : qui a une humeur sombre, ennemie de la société (Bouhours, Rem., 439-i40). Il ne faut pas confondre sauvage et barbare. Des manières barbares ont de la cruauté, des manières sautjagres indiquent l'éloignement du monde. Quand on parle dos peuples, les barbares désignent ceux qui ne sont pas (chrétiens, quelque civilisés qu'ils soient : les saiiva;/f's duCanada sont barbares, mais tous les barbares ne sont pas sauvages. Enfin dire : vous parlez comme un barbare, se rapporte à la politesse du langage ; vous pai'lez comme un sauvage, se rapporte h la morale et au commerce de la vie civile (Bouhours, Suite, 177 et suiv.).
scrupule, scrupuleux — S'-Réal veut donner un sens péjoratif à ces mots, disant que c'est rabaisser une langue que de traiter de scrupule sa délicatesse, {De la CritU/ue, 120) ; mais Andry proteste que ces mots s'emploient aussi
. bien dans un sens favorable que dans un sens défavorable (Suite, 337). — l'habileté de son scrupule découvre des saletés où jamais personne n'en avoit vu (Mol., III, 338, Crit. de l'Éc. des Fein., se. 5) ; (elles) prétendent que les grimaces d'une pruderie scrupuleuse leur tiendront lieu de jeunesse et de beauté (Id., 111, 338, Ib., se. 5). Voir le Lex. de Mol. par Livet. Cf. L.
secourable ne doit s'employer qu'au passif, comme il convient aux adjectifs en able, d'après Bellegarde, qui blâme un « bon Auteur » d'avoir écrit : Les Médecins les plus doux ne sont pas les plus secourables [Eleg., 407), Andry l'employait au sens actif (/?e/Z., 632). — * Pom., qui ne donne que le sens passif, Duil., B. F. et Rich. qui n'ont que le sens actif. Fur., A. et A^ont les deux, mais signalent que le mot s'emploie au passif surtout dans une phrase négative : O G. Miege. — Main puissante et secourable (Racine, IV, 86, Poes. div., v. 22) ; Il faut qu'à tous moments tremblante et secourable. Je donne à ses discours un sens plus favorable (Id., II, 497, Baj., v. 393-394).
service et office — On ne doit pas dire : je vous prie de me rendre service dans cette affaire, mais : de me rendre vos bons offices. Un homme officieux est celui qui aime à faire plaisir, rendi'e service est le fait d'un inférieur (de Callières, Bonetmauv. hs., 68-69; voir Schenk, o. c, 152; cf. Bouhours, Entr., 95). Selon L. de Templery, le mot service ne devrait s'employer qu'en parlant de ceux qu'on rend à autrui, mais non de ceux que l'on demande ou que l'on reçoit (Ge/i.e<PoL, 155). — On ne trouve pas celte distinction dans les lexiques.
se soulever — Bouhours n'admet ce mot au propre, que lorsqu'il s'applique à des Sujets qui se soulèvent contre leur Prince ; mais on ne diroit pas que l'Espao-ne s'est soulevée contre la France en luy déclarant la guerre (Bouhours, Suite, 24). Cette opinion est approuvée par Thoynard {Disc, 72). Selon A. de B., le mot ne marque pas toujours de la révolte et il se met fort bien pour conjurer : les nations de l'Europe se sont soulevées contre un tel Royaume {Suite, 338-339).
sublimité et hauteur, élévation — On emploie très bien sublimité au figuré, mais il ne s'étend pas si loin qu'élévation et hauteur ; on ne sauroit dire : sublimité de fortune, de montagne (Bouhours, Rem., 111-112).
suffisant (Voir p. 276.) — Quand le mot est participe, il n'a point d'autre signification que celle de son verbe. Quand il est adjectif, il signifie toujours orgueilleux, à moins qu'il ne soit joint au verbe faire: car en ce cas, il signifie capable et habile (Bouhours, D., 12). — * Pom., qui traduit
DliFlMTlONS DI-: SENS KV DISTINCTIUXS DE SViNONY.MES "y't'-i
par capable el par : qui fait l'entendu, Duil. : id., G. Miege : id. ; Ricli. qui suit Bouhours ; Fur. : se prend en bonne et en mauvaise part, A. et A- : orgueilleux et (avec faire) capable; L. citeSévignéet La Bruyère. — Certes, Messieurs les Courtizans, Vous faites bien les sw/tza/is (Loret, 31 janv. 4660, V. 263-266). Le vieux sens de capable est encore dans Loret : De bien plus sufizarDi que moy (l*"" oct. 1661, v. 262).
superficie et surface — D'après Ménage on dit, la surface des eaux, de la terre, mais on dit le fond et la superficie (0., 1, o74). Vaugelas avait trouvé superficie meiWeur qae surface, mais Alemand accepte l'un et l'autre dans tous les sens; surface, comme plus nouveau, lui paraît un peu plus à la mode [Nouv. Rem., 217-218). — Parmi les lexicographes, G. Miege exprime la même idée que Ménage, Richelet et les autres disent aussi bien la superficie que la surface de la terre.
Tas donne l'idée de quelque chose de matériel, ou (|ui peut se compter, mais il ne doit pas s'employer avec des mots abstraits, comme dans le vers de Boileau: ... un tas de confuses merveilles (Bellegarde, Eleg., 143).
témoignage et démonstration d'amitié — Selon Andry, la première expression est du bel usage; ceux qui craignent l'apparence de l'affectation se servent delà seconde [Refl., 165 . La différence, dit Bouhours, est que « démonstration va tout à l'extérieur, aux airs du visage, aux caresses, etc., témoignage est plus intérieur et va au solide, à de bons offices, à des services essentiels. C'est une démonstration d'amitié que d'embrasser son ami; c'est un témoignage d'amitié que de luy prester de l'argent » [Suite, 206-7).
témoin, prendre à — , prendre pour — . — Vaugelas n'acceptait que le premier, et Alemand veut qu'on en use pour signifier : appeler en justice afin de témoigner. Prendre pour témoin ne pourrait semployer que dans des phrases comme : 11 n'a prts pour /énioms contre moy que des misérables, qu'il luy a été fort facile de suborner [Nouv. Rem., 507-8).
tempérant, intempérant — Ces mots sont renfermés dans ce qui regarde le boire et le manger ; un homme qui voudra estre entendu par son Confesseur, ne s'accusera point d'avoir eu des désirs contre la tempérance pour (lire contre la pureté (Bouhours, Suite, 357-358). — La restriction de sens est très nette dans Pom. et G. Miege; au contraire, Duil., Rich. et Fur. emploient le mot en parlant de plaisirs amoureux. A. et A- ne l'interdisent pas. Au sens blâmé par Bouhours : Luther, Bucer et Mélanchthon ne sont pas les seuls qui aient flatté les princes intempérants (en leur permettant deux femmes) (Bossuet, Avert. aux Prot., § 12, p. 274. Bossuet a souvent usé d'intempérance dans le même sens).
tendreur, tendreté, tendresse — Vaugelas ne voulait pas des deux premiers. Alemand les accepte au propre, et il n'admet tendresse qu'au figuré : tendresse de cœur [Nouv. Rem., 470-741). De même, Bouhours n'admet tendresse qu'au figuré (Z>., 101). Au propre, Andry ne veut pas de tendreté qui est hors d'usage, mais il accepte tendreur, ou /enc/re: d'un grand tendre [Refl. ,6ir,0-Q&l). — Les lexiques ne connaissent que tendresse; Fur., constatant qu'il ne se dit point au propre, souhaite qu'on mette en usage tendreur ou tendreté. — Ces herbes ne sont mangées qu'au renouveau, dans leur grande tendresse (Del. delà Camp., 142). Pour tendreté, L. cite La Quintinie.
544 HlSTOlRi: \)E LA l>ANGUi: KRAiNÇAISi:
tenter peut s'employer avec un rétifime de personne pour dire : chercher à corrompre, mais on a tort de l'employer quand il s'agit de savoir les intentions d'un homme ; .so/jf/er seroil plus propre (Bouliours, Suite, 187-188). Le mot est employé avec un sens très voisin dans ce vers : Mes soldats dont je veux tenter la complaisance (Racine, lll, 50, Milhr., v. 623 . Toutefois le régime est un nom abstrait.
tombe, tombeau — Selon Alemand, tombeau est le mot général, qui se dit plus ordinairement des tombeaux élevez, tombe ne se dit que des caves souterraines (pii sont dans les Eglises et les Chapelles (iVouu. Hem., 127). — * Fur., A. et A'^, ((ui l'ont la distinction suivante : la tombe est une pierre, le tombeau, un lieu magnifi(|ue ou enrichi (jui marque qu'on y a enterré quelque personnage de considération. Selon Rich., tombe pour dire sépulcre, est du langage poétique, de même pour L. de Templery [Gen. et Pol., 229 et suiv.). Selon Andry, tombe ne se dit plus que dans cpielques provinces [lie/L, 666).
tortu et tortueux — Le premier s'applique seulement à ce qui n'est pas droit : un bâton /oWu ; /o?*^»ef/a7 dit plus et désigne une chose (|ui fait beaucoup de détours: un ruisseau tortueux (A. de B., Suite, 372). — Le regard de travers, nez tortu, grosse lèvre (La Font., 111, 145, v. 15); (je vois les ruisseaux) Traîner en cercles tortueux Leurs sources vagabondes (Racine, IV, 'M, Poes. div., V. 26-27).
[tragédie et comédie — Quand on parle d'une manière générale, toute pièce de théâtre est une comédie. Si on parle d'une pièce en particulier, et s'il y a lieu d'en marquer le caractère, on dira trayédie : Andromaque est une tragédie ; mais on dira aussi Androma([ue est une des plus belles comédies qui aient paru sur le théâtre.) On dit aller à la tragédie, quand il s'agit de pièces de théâtre ([uon joue dînisles collèges, mais dans ce cas seulement (Bouhours, Rem., 100-102). Voici un exemple, précisément relatif à Andromaque, où les deux mots alternent: La Vicomtesse : eu dépit de cette spirituelle, c'est un chef-d'œuvre surprenant (lue cette tragédie. — Eraste:... Apres Madame, jay ouy dire qu'Astianax fut précipité du haut d'une toiupar Ulisse ; mais, dans cette comédie, sa mère le sauve fort subtilement (Subligny, Folle Quer., a. 11, se. 9;.
traiter mal, maltraiter — D'après Vaugelas, le premier ne doit se dire que de la table, bien qu'en ce sens on dise: priez Dieu pour les maltraitlés ; maltraiter peut se dire de tout. Selon .Vlemand, la question n'est pas encore tranchée et l'usage hésite. 11 lui semble pourtant qu'il faut dire: c'est un traiteur qui traite mal son monde ; si on mettait: qui maltraite son monde, il .semblerait qu'il ne s'agit pas de la table. 11 croit qu'il faut s'en fier à l'oreille {Nouv. Rem,, 271-273). L. de Templery fait une autre distinction: traiter mal suppose des traitemens qui peuvent aller jusqu'aux coups, maltraiter ne va que jusqu'aux injures et aux menaces (Ge/i. et Pol., 87-88). — On trouve maltraiter avec le sens de faire mauvaise chère chez Pom. et (j. Miege ; Richelet ne l'accepte plus (ju'au passif.
triomphant, triomphal, triomphateur — On dit un homme triomphant et un arc triomphal (L. de Templery, Gen. et Pol., 111). Triomphateur marque un homme qui a triomphé plusieurs fois, tandis que triomphant marque un homme (fui triomphe acluellemenl (A. de B., Reft., 691). — Rich. donne
trioniphanl : qui reçoit le triomphe, mais il n'a pas triomphateur, qui manque aussi à Duil. ; Fur. ne l'ail pas de réserve sur Iriomphalear, il en est tle même de A. et A^.
tronquer s'emploie très bien au figuré. On l'emploie aussi dans le propre : on voyoit ces généreux soldats, quoi-que privez d'une partie de leurs membres, et presque tous tronquez venir encore au combat. Toutefois on ne dira pas un homme tronqué, pour dire un homme à qui il manque un bras (A. de B., Suite, 378). — A. et A^ n'admettent guère le mot (ju'en parlant de livres et de textes. — Il ôte de chez lui les branches les plus belles. Il tronque son verger contre toute raison (La Font., III, 307, v. 23-26).
vacillant est bon dans le sens figuré (A. de B., Refl., 696). Selon Renaud, ce mot n'est pas bien établi [Man. de parler, 314). — O Pom., Duil., G. Miege ; * Rich., qui ne l'admet guère au propre. Fur., qui ne donne que le sens figuré, A. et A^ qui donnent les deux sens. — La Foy seule a de quoy fixer l'esprit vacillant (Bossuet, Rec, des Or. fun., 1699, 217,0/'. fun. de Marie- Terese).
vénéneux, venimeux — Ménage se prononce en faiveur devcnimeux [0., I, 308). L. de Templery de même [Gen. et PoL, 237). — On ne trouve (jue venimeux chez Duil. et G. Miege ; Rich. déclare vénéneux écorché du latin : à sa place on dit venimeux. Bouhours acceptait les deux au propre : des sei'pens venimeux ou vénéneux ; mais au figuré, dit-il, on emploie venimeux seulement [Suite, 239). Fur. le premier parle de plantes vénéneuses et d'animaux venimeux. C'est le début de la distinction actuelle. Elle est précisée dans A. et A^, telle qu'on la fait aujourd'hui, — Certaines herbes venimeuses... dont le poison est mortel (Fénelon, Tél., X, dans L.).
vieux, ancien, antique — Vieux se dit d'une chose ou d'une personne usée par le temps ou simplement pour marquer l'âge. Ancien marque aussi le temps, mais il s'emploie pour signifier un avantage acquis par le temps : il doit passer devant, puisqu'il est le plus ancien (A. de B., Refl., 50-31). Il faut dire Vancienne Loy et non la vieille Loy, pour dire la Loy de Moïse, mais on dit le vieux Testament (Bouhours, D., 103). Le vieux sl'ile s'emploie en matière de Palais pour dire : Vancienne pratique; et en matière de Langue, pour dire: un stile qui n'est plus en usage (Id., Rem., 230). Antique se dit d'une chose non seulement vieille, mais qui est faite à l'ancienne mode (A. de B., Refl., 51j. — Voir des exemples dans les textes cités au chapitre des mots vieux, p. 229.
ville [en — , à la — ) — u estre en ville, marque qu'on est à la ville, mais qu'on est sorty de chez soy; estre à la ville marque seulement qu'on est dans la ville, chez soy ou ailleurs » (A. de B., Refl., 191). Rich. exprime le môme avis. De Callières blâmait l'expression être en ville [Ron et mauv. us., 72). Il a bien l'air de vouloir l'exclure tout à fait.
violement et viol (Voir tome III, p. 122). — L'auteur de V Apothéose du Dict. veut conserver les deux mots, en réservant le premier à l'infraction d'une loi, d'une ordonnance (171-172). A. et A^ préfèrent viol, quand il s'agit de la violence faite à une fille. — Violement de la clôture (Racine, IV, 391, Hist. de P.-R.).
Zèle — Ce mot ne se dit que de l'inférieur au supérieur. Quand on s'en sert en paillant des Princes, c'est pour marquer leur religion (A. de B., Refl. 712- 713).
Hintoire de la Luncfiie française. IV. ' 35
GHAPITKE V
LES NOUVELLES ALLIANCES DE MOTS
Malgré tout, la lang^ue dont on s'efforçait de classer ainsi le lexique ne pouvait pas rester improductive, comme une langue morte ; et, n'ayant plus la liberté de créer des mots, elle devait nécessairement se jouer à combiner ceux quelle avait. Lorj^^anisation menaçait de s'en trouver singulièrement dérangée. Les théoriciens avaient conscience de ce danger. Ils constataient qu'on attachait à des mots anciens des sens nouveaux, qu'on les joignait ù d'autres. Naturellement, ils ne pouvaient opposer à ces essais des prohibitions générales, qui eussent équivalu à la défense d'avoir un style. Mais Boujipurs s'ingénie à montrer que « la simplicité de la langue française] paroist aussi en ce que elle fuit avec beaucoup de soin ce qu'on appelle communément phrases ;uLes expressions simples et communes luy sont les plus agréables ; et pour les phrases dont elle use, elle veut que les termes qui les composent soient propres, et bien-choisis ; qu'ils y aient de la proportion entre eux, qu'ils soient faits en quelque fa^n l'un pour l'autre ; et que leur alliance soit autorisée par V usagej\)e sorte qu'il n'y a rien de plus contraire à la pureté du langage, que de ne pas bien assembler ces termes ; ni rien de plus aisé que de faire une méchante phrase de deux bons mots ». (Entret., 56-57).
Les défauts des expressions nouvelles tiennent à des causes très diverses. ^ 1" Un des mots unis semble impropre : Ainsi roseau désigne une plante marécageuse, foible et creuse, qui plie aisément et ne sauroit faire du mal. Il faut donc dire: frapper avec une canne, et non : frapper avec un roseau (Bouhours, Suite, 37i). Cette remarque est bonne, dit Thoynard [Disc. , 112) ; il y en a une foule d'autres semblables . Mener en trophée est une expression aussi peu raisonnable que mener en statue, en obélisque, estime Renaud [Man. déparier, 64). On dit trancher ou couper la tête à un criminel, or c'est le cou et non la tête que l'on coupe. C'est comme si on
1. Je ne parle pas de celles dont le sens peut être considéré comme incompréhen- .sible : retarder des semences d'umhition (Bellcg., Eley., 367). Contre celles-là les grammairiens ont beau jeu.
Les nouvelles alliances de mots 54i'
disait : rogner les doigts^ pour : rogner les ongles (L. de Templerv, Entr. à Madonte^ 284). {Regretter marque d'ordinaire du désir pour la cliose qu'on regrette : regretter son argent. C'est pourquoi il n'est pas bien sûr qu'on puisse dire : regretter ses péchez (A. de B., Suite, 305). Bellegarde condamne la phrase : Vous m'avez donné dans cette affaire des ouvertures que je n'avois pas encore senties [Eleg., 368); la lampe gui éclaire nos pas n'est pas non plus bien dit, car une lampe (c'est alors le récipient), n'éclaire pas (Bouh., /m., 53; dans Rosset, o. c, 169, note 1)^ Le censeur de la Bruyère va jusqu'à lui contester l'expression : la mélodie des cloches [Sent. s. les Caract., 467). Leven de Templerv trouve « contraires à la raison » : la mort et la vie, les modernes et les anciens (Entr. à Madonte, 333-334). Vaugelas avait discuté rétablir le désordre; Bouhoursy revient à son tour [Suite, 65). Bary rejette : guérir les maux [Secr. de nostre Lang., 101, cf. 124, 160); Chevreau conteste guérir une misère, quoiqu'on dise guérir un mal (Ms. Niort, 68, dans Boiss.).
2''lUn des mots joints a beau être synonyme ou analogue d'un mot qui entre ordinairement dans une expression, cet équivalent n'y saurait être toléré ji Des mots peuvent signifier même chose, observe Chevreau, « qui ne laissent pas d'avoir leurs places et leurs applications différentes, selon que l'Usage en a ordonné dans toutes les langues ». Et il cite des exemples :j On ne fait point un désir, mais un souhait, on ne dit pas : cela me fait du soin, mais de la peine, il m'a fait crainte, mais peur; faire chef à guelquun, mais teste; c'est la teste du conseil, mais le clief. Chef baissé ne vaut pas teste baissée. Jusque-là la théorie est incontestable.Mais Chevreau va plus loin : « On dit se rendre à la discrétion de quelqu'un, et ceux qui se piqueront de bien parler ne diront jamais qu'une ville s est rendue à la discrétion d\in tel général, mais â un tel général, à discrétion, ce qui fait voir la bizarrerie de l'Usage, qui est l'arbitre de toutes les langues. » (Chev., Ms. Niort, 13, dans Boiss.) '^. On dit étancher sa soif, observe-t-il encore, mais je
1. Chevreau note naïvement que femmes eunuques ne convient pas pour /"em/nes (ie chambre (Ms. Niort, 'i8, dans Boiss.).
2. C'est en partant du même principe que Bouliours, après Malherbe, refuse d'accepter: gagner un combat, c'est une expression impropre, on diigagnernne bataille [D., 70). Le bon usage veut que l'on dise : remporter la victoire et gagner la bataille et non gagner la victoire, comme le dit l'Académie [Enterr*^ du Dict., 278). On dit bien : il sort de son caractère, mais non: il sort de ses inclinations. C'est une expression qui n'est pas françoise (Bouhours, Entr., 147). Barbier d'Aucour ne voit pas la raison de la différence faite {Sent, de Cleante, 1776, 393). Le peuple dit à tort un brinde feu, un brin de bois. Le mot convient pour l'herbe et les cheveux seule ment (A. de B., Refl., 97).
ne scay si on dit etancher des larmes, comme etancher le sang. Je dirois plutôt arresler les larmes (Ib,, 171-172). On peut dire : rendre un hommage^ mais on ne doit pas dire : rendre ses complimens, remarque de son côté L. de Templery [Gen. et PoL, 151). 1
Le P. Daniel reprochera à Pascal des audaces de ce genre : hors d'exemple (d'après hors de prix, de raison, d'œuvre) pour sans exemple [Entr. de Cleand. et Eud., 202); agiter un doute (d'après agiter une question) {Ib., 209); un mot qui a de V autorité, d'après un homme quia de V autorité [Ib., 215), etc.
Il ne faut pas se permettre non plus, au dire des théoriciens, de joindre à un premier terme qui s'accorde bien avec le verbe un deuxième terme qui ne lui convient pas, ainsi : Il a surpassé la gloire des vivans, et la mémoire des morts. « Il falloit changer le mot de surpassé, il ne convient pas à la mémoire : // a surpas.^é la gloire des vivans, il a effacé la mémoire des morts » (Bary, Secr. de nostre Lang., 49).
Parfois il arrive qu'on imagine des distinctions de sens pour justifier ces réprobations. Toute une querelle s'engage ainsi autour de demander excuse, qu'on ne veut pas autoriser à côté de demander pardon, et qui devient provincial -. Demander creuse, dit Bouhours, est une phrase du peuple [Entr., 95-96), et qui est ridicule, car « nous ne demandons à un autre, dans les règles de la grammaire, que ce qu'il peut nous accorder. On dit ^e vous demande pardon, parce que celuy à cpii je parle peut me répondre, Je vous accorde le pardon que vous me demandez, ...mais il ne peut pas accorder une excuse » (Id., Rem., 45). Tout en refusant de concéder à Bouhours que l'expression soit contraire à la raison, Andr}'^ reconnaît qu'elle n'est pas du bel usage [Refl., 159 et suiv.) ; Ménage luimême en avait jugé ainsi (0., I, 129). De Gallières rejette aussi l'expression : c'est le pardon, et non l'excuse, qui dépend de celui à
1. Bouhours renouvelle la censure de l'Académie contre rendre la guérison-.Jesus- Christ... les assura de la giierison intérieure de cél homme par la guerison extérieure qu'il luy rendit. On ne rend pas la guerison [Doul., 86-87). Chevreau considérait ce verbe comme une espèce décueil contre lequel il est aisé de se heurter si l'on n'y prend },'arde. Il condamne rendre le supplice aux mechans, (Ms. Niort, 38, dans Boiss.) et rendre un naufrage 'Ib., 88).
2. Féraud cite un passage ironique de M""" de Sévigné : Je vous demande excuse, à la mode du pays ^elle était alors en Bretagne). — © Pom., Duil., G. Miege, A. ; * Rich , Fur., qui condamnent lexpression, A-, qui ladmet dans le style famiher. — Aslorix luy... demanda excuse de son incivilité (Cleobuline, 41-42). L'expression est employée par les comiques: mille fois je vous demande excuse (Montfleury, Gentilh. de Beauce, a. III, se. 6) ; je leur demandais excuse, si je ne faisais pas aussi bien que je l'aurais souhaité (Regnard, Divorce, a. I. se. 2).
LES NOUVELLES ALLIANCES DE MOTS 549
qui il est demandé, c'est à celui qui demande pardon à fournir une excuse [Bon et mauv. us., 29-30; voir Schenk, o. c, 48). Malgré toute cette logique, demander excuse tendait à s'introduire dans les accommodements, la locution ménageait l'honneur de personnes de haut rang, étant plus faible que demander pardon (Bouhours, Rem., 47; cf. de Callières, Bon et mauv. us., 31 ; A. de B., Refl., 163; Renaud, Man. de parler, 120).
La rigueur en ces matières était incroyable. On en viendra à discuter : donner une impression, alors qu'on accepte donner une bonne ou une méchante impression ; si l'on parle en général, il faut dïve faire impression [Fntr. de Cleand. et Eud., 208). L'Académie s'occupa un jour de savoir si inspirer une persuasion était une locution qui pût être acceptée ; quelqu'un dit « qu'il y a une espèce de contraction, et que c'est comme si l'on avoit dit ; son supplice inspira à plusieurs un sentiment qui les persuada^ etc. Qu'il y avoit souvent mesme de l'élégance et de la force à racourcir ainsi le discours... On est pourtant demeuré dans le sentiment que cette Phrase estoit peu régulière, mais qu'oratoirement on la pouvoit employer » [Decis., 4-5).
Andry a poussé aussi loin l'esprit d'analyse ; ainsi il se demande jusqu'à quel point l'habitude peut justifier : je vous demande mille pardons, pour mille fois pardon [Suite, 208), et il voit une contradiction dans ce sont de grandes bagatelles. Pour se rassurer, il ne lui faut pas moins que la phrase : ce sont de grandes petitesses d'esprit [Ib., 368).
Il est facile de voir qu'en certains cas les griefs qu'on a contre une expression se réduisent à un seul : elle n'est pas en usage. On ne dit point simplement : troubler le peuple, bien qu'on dise : exciter des troubles parmi le peuple (Bouhours, Suite, 144-145) ; l'usage détermine à écrire, enflé d'orgiieil, mais non gonflé d'orgiieil (8'en^, sur les Car., 405); « on n'a jamais écrit faire d'après nature, forcer une passion. M. de la Bruyère est le premier qui ait hazardé ces phrases » [Ib., 177); Je ne sçai s'il est bien régulier d'écrire, avoir un mauvais choix, dit le même critique : je sçai que faire un mauvais choix est plus d'usage (Ih., 121) ; apporter une occasion est suspect ; l'usage est pour ofl'rir ou donner [Ib., 249).
On voit pourquoi les créations d'expressions, comme les créations de mots, se font rares. Suivant la spirituelle observation de M, Lanson, elles se réduisent à des alliances de mots d'une nouveauté modérée et d'un imprévu logique [Art de la Pr., 89).