‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 174 sur 189 · Notons: mon style naturel et dérange (Sévij^né · texte numérisé non relu

Notons: mon style naturel et dérange (Sévij^né

2. détruire est devenu un beau mot en devenant métaphorique: Des gens qui sa détruisent eux-mesmes par leur mauvaise conduite ; détruire une personne dans l'esprit dun autre ; l'absence ne ma-t-ellc point détruit dans vôtre cœur?... cette modération qu'ils an'ectoient dans leurs paroles, éloit détruite par leurs actions (Bouhours. Entr., 90-91. — * tous les lexiques. — Chez vous Quintilien s'en va tous nous détruire if.a Font., IX, 201, v. 2); M. de Grignan se soutiendra toujours très-bien, pourvu qu'il ne se détruise point lui-même (Sévigné. VU, 273) ; Il est vrai que M"" de Schomberg vous aime, vous estime, et vous trouve fort au-<lessus des autres : ce sera à vous cet hiver à ne pas détruire (Ead., IV. 55Si.

3. distinguer — On dit élégamment : distinguer Ic^ personnes de mérite, en faire distinction : des gens de basse naissance, qui se distinguent par leur esprit, et par leur sçavoir (Bouhours, Entr., 96). — Le verbe se trouve avec cet emploi dans Rich., Fur., A., A2. — Vous avez bien caressé, ménagé, distingué la bonne Baronne (Sévigné. W, 205-206) : le maréchal dlluniièresétaitbienavecle roi. qui le distinguait fort (S'-Simon. I, 196. dans H.D.T.). — Le substantif se rencontre avec ce sens dans Hich., Fur., A., \-. — Leduc de BeautV)rt... avoitété, depiiislongtemps, particulièrementattaché à la Heine: elle venoit de lui donner une manjue publique de son estime, en lui confiant M. le Dauphin... Le duc de Beaufort... se servoit utilement de cette distinction... pour établir sa faveur I.a Hocli.,lL 09-60); Vous m'en dites beaucoup de bien en me parlani de la distinction etde l'épanouissement qu'il a eu pour vous (Sévigné. VII, 205;. Plus tard Bouhours signale que distingué et distinction sont fort à la mode [Suite, 166). — 11 faut noter que le sens actuel : personiuige de distinction, ne se montre que dans A. et A'^. Voir L.

donner, se dit depuis (|uel<|ii(' leuq)s en plusieurs façons fort élégantes. Donner <luns le sens de quelqu'un, donner dans le galimatias, etc. (Bouhours. Entr.. 9i . — * Pom.. Fin-., A., .V-. On trouve dans Rich. un emploi approchant : donner là dedans, c'est-à-dire entrer dans ce dessein. Voir de ces expressions qui sont assez ancieinies de nombreux exemples dans le l.e.T. de Mol. par Livet.

égard — On a toujoui's dit : avoir égard à, mais : iivoir des égards est une locution nouvelle (Bouhours, Ert</"., 8i; cf. Sorel, Conn. des h. lii)., 1671, tOO). Bellegarde constate le grand usage de ce pluriel qu'il trouve fort énergique (£'/esr., 373)1.

employer ne vaut rien dans des expressions comme : employer de la dépense (Bary, Secr. de nostre Langue, ()"^) ; on employa pour cola les plus pénibles recherches est également mal (A. de B.. liefl., 406) ^.

engagement — Selon Bouhours, les engagemens du monde, prendre des engagemens avec quelqu'un, sont des termes de nouvelle création (Entr., 93), Le sens donné au mot par les lexiques antérieurs est en effet : mise en gage, hypothèque, embarras. — G Pom., Diiil., G. Miegc ; * Rich., qui donne comme exemple : les engagemens du monde sont puissans ; *Kur., avec le même sens, sans exemple précis, A^: prendre des engagements. A. donne bien le sens de promesse, d'attachement, d'obligation qui est cause ({ue l'on n'est plus en liberté de faire ce que l'on veut, mais on n'y trouve point le pluriel. — M"'' la Princesse suivoit ses engagements (La Roch., II, 81); Il y a quelquefois dans le cours de la vie de si chers plaisirs et de si tendres engagements {La Bruy., I, 214).

engoué = entêté de quelque chose — Sorel note que quelques personnes en usent dans ce sens, mais cet emploi lui paraît barbare (Conn. des h. liv., 167-2, 447). — e Pom., Duil., G. Miege; * Rich. avec f. Fur., A.; e Th. Corn. ; * A2; * L., H.D.T.; e Hug. — M-"»' de la Fayette... est engouée de vous, c'est son mot (Sévigné, VII, 351); Un auteur n'est que trop facile k s'engouer (La Font., VII, 354, Ragotin, v. 872); Je vois bien que nous ne sommes pas engouées de musique aujourd'hui (Regnard, Divorce, a. Il, se. 8) 3.

enrôler — L'emploi figuré du mot est familier selon A-, très bas, selon Bellegarde, qui blâme la phrase : c'est s'enroller avec le peuple, pour dire : avoir les sentimens du peuple {Eleg., 139, 375). — Le mot au sens propre est dans tous les lexiques, au sens figuré, il n'est que dans Fur. et A^. — Corbinelli me ti'ouve un peu enrôlée dans la sacrée paresse (Sévigné, IV, 496). Voir le Lex. de Mol. par Livet.

entamer se prend dans une nouvelle signification, pour dire faire les premières démarches, ou les premières avances pour la réussite de quelque projet, ou d'une intrigue (Bellegarde, Eleg., 264). — Personne à la cour ne veut enta-

1. s'emibar</«er dans ime aU'aire est une mélaphore. Bouhours conslate la vogue de l'expression à la cour Eiilr., 93 ; cf. Sorel, Conn. des h. liv., 1672, 317). Voir de très nombreux exemples dans le Lex. de Mol. par Livet.

2. empoisonner esl devenu un beau nioL eu devenant métaphorique: les mcdisans empoisonnent tout... des loijanges empoisonnées Bouhours, Enlr.. 90-91). — * Pom., Rich.. Fur., A., A-'. — Des louanges empoisonnées f^a Roch., I, 901 ; On a pris soin, Monsieur, d'empoisonner ma manière de vie; quand \ ous voudrez l'examiner, vous ne la trouverez |)oinl criminelle (Baron. Coquette, a. V, se. 10).

endroit se dit clej^ammenl depuis quelques aimées en un certain sens : vous ne le connoissez que |)ar ses mauvais endroits, pouv dire, par ses mauvaises qualitez. .. On a toujours dit, les beaux endroits d'un livie Bouhours. Rem.. 188 . — O Pom., Duil., G. Miegc : * Rich., Fur., A. : ^ Th. Corn. : * A-'; * L., H.D.T. ; Q Hug. Voir le l.e.r. de Mol. par Livet.

•J. Voir le sens ancien dans Scarron : 11 ne mange pas, il dévore, VX le lait tant avidement. Qu'il sV/i^o/zë ordinairement Virg. Iruv., I, 2.'>4^.

mer; on s'oiïre d'appuyer, parce que... on espère que nul n entamera (La Bruyère, I, 309) ; on fait sa brigue pour parvenir à un grand poste, ... les uns doivent entamer, les autres appuyer (Id., I, .313). — G tous les lexiques, en ce sens.

enterrer et déterrer semployent élégamment dans le figuré depuis quelques années. On dit d'une femme qui a renoncé au commerce du grand monde, qui aime la retraite, et qui ne voit presque personne, elle s'est enterrée. On dit, en faisant une confidence, et recommandant le secret, il faut enterrer cela, pour dire qu'il n'en faut point du tout parler (Bouhours, Rem., 470-1). Bellegarde confirme [Eleg., 262). — e Pom., Duil., G. Miege, Th. Corn.;

* Ricli., Fur., A., A^ ; * L., H.D.T. ; © Hug. — Quel âge avez-vous, s'il vous plaît?... D'où vient donc que vous vous enterrez comme Philémon et Baucis(Sévigné, VI, 302) ; J'admire l'étoile de M. de Lauzun, qui veut encore rendre son nom éclatant, quand il semble qu'il soit tout à fait enterré (Ead., VIII, 354) ; cf. le Lex. de Mol. par Livet*.

épuiser — Bouhours soutient l'expression : épuiser une remarque, contre Ménage, qui acceptait épuiser une matière, mais non épuiser une Remarque (Bouhours, Suite, 99). Andry est de l'avis de Ménage (A. de B., Suite, 97).

éreinler est employé par S'-Simon dans le sens figuré moderne : Elle avoit éreinlé Vendôme (XVII, 159). H. D. T. cite : M™" de Maintenon, qui peu à peu avec les jésuites r(?/'em<è/'e«< auprès du roi (S'-Simon, 111,360). — Le mot est seulement dans Fur., A. et A^, et il n'y a que son sens propre celui d'égrener : fouler ou rompre les reins.

essentielest signalé comme nouveau par Bouhours dans l'emploi suivant: un homme essentiel [Entr., 102). Cet emploi ne se trouve dans aucun lexique.

* L., qui cite deux exemples de Massillon, II. D. T. ; 0 Hug.

étinceler — C'est mal parler (jue de dire estinceller de beaulez. Il faut au moins sçavoir parler François, quand on s'établit en maisti'e de la Poësie Françoise {Déf. du Po. Her., 87). Richelet est le seul lexique qui donne cette expression.

étoile — parmy les Gens du Monde, le nom d'Etoile est aujourd'huy employé dans les Discours, sans que l'on pense à l'heure de la naissance, ny aux fai-

1. entêté de: cive enlesté d\in liomnic ou d'une femme, c'est les avoir toujours en la teste: C'est ce qu'on disoit autrefois, en estre coiffé (Sorel, Conn. des b. liv., 1671, i02). Ailleurs Sorel constate que l'Histoire de la Comtesse de Selles, qui suit le langage à la mode, a employé l'expression (//)., 372). Bouhours ne discute que son contraire desentesler, qui lui paraît bas {hJnlr., 97: Rem., ."i52). — * Pom., Duil.. Rich.. Fur., A.; G Th. Corn. ; * A-. Il n'est pas sûr que le mot ait ce sens dans G. Miege. — ce Prince a toujours esté tres-zelé : ou, pour parler avec luy, Ivct^-enteslé de tous ces articles (Bossuel, Hisl. des Va/'., I. .386); un protecteur enteslé de la nouvelle hérésie (Id., Ib., 1,433: cf. II, 173, 292, 407). Les exemples sont nombreux. Le mot entêtement a été forme au xvn" s., avec ie sens du verbe. Les exemples sont nombreux également. Voir pour les deux mots L., H.D.T.. Hug. et surtout le Lex. de Mol. par Livet.

envenimer est devenu un beau mot eu devenant métaphorique îles médisans... e;iDeniment tout, jusqu'aux actions les plus innocentes, ...un cœur e/U'entnie (Bouhours, Entr., 90-91). — * Pom., Rich., Fur., A., A-. — Cette querelle eure/u'HU'e(La Fout., IL 170, v. 4) ; un prolestant très-en rere/me contre l'Eglise fRacine, IV. 472, P.-7Î.); Luther... publia,... une réponse si eni'enimée (Bossuet, Hist. des Var., I, 69. Voira vénéneu.i-, venimeux, p. 545.

NOUVEAUX SENS. NOUVELLES EXl'KIvSSIONS o73

seurs d'horoscopes ' ; (7est comme de dire La Fortune, le Sort, le Destin, ou 1,1 Destinée (Sorel, tUmn. des h. liv., 1071, 391 ; cf. 373); On a été jusqu'il dire V étoile d'un mol, expression monstrueuse (Renaud, Man. de parler, 111). e Pom., Duil., G. Miege; * Rich., Fur., A. ; e Th. Corn.; * A-'; * L., H.D.T. ; G Hug. — on ne sçauroit résister à son estoile (Montreuil, Œur., 163) ; je n'ai point encore trouvé en mon chemin cette Lisette si aimable ; j'en sais mauvais gré à mon étoile. — Ce n'est pas votre étoile. Monsieur; c'est moi qui ai pris soin de vous cacher Lisette (Regnard, Attends-moi s. l'orme, se. 1) -.

évaporation — Pour Bouhours, si ce mot est François, c'est un mot de Physique et de Chimie. On peut, quand il s'agit d'un alambic, dire Vévaporation des esprits, mais, en matière de morale, esprit évaporé ne justifie pas évaporation de l'esprit (Z>., 43-44). — * tous les lexiques, sauf Rich.

évaporé a été, d'après Soi^el, introduit au sens figuré par M"*" de Scudéry « pour signifier que la cervelle s'est évanouie, s'estant subtilisée en vapeur » (Sorel, Co/j/i. des h. liv., 1671, 361-362). Bouhours l'a accepté dans ce sens {D., 44). — * Pom. ; e Duil.; * G. Miege; O Rich.; * Fur., A. ; e Th. Corn. ; * A =* ; * L., ILD.T. ; O Hug. — Tant emportez, que modérez, Tant gros cerveaux, qu évaporez (Loret, 15 fév. 1659, v. H-12) ; L'opulente Ville d'Erfort... Ne fait plus tant l'évaporée (Id., 1"'" nov. 1664, v. 71-74) ; si nous avons nostre défaut en ce que nous sommes trop évaporez, ils (les Espagnols) vont dans un autre excès qui n'est pas moins condamnable avec leur gravité (Montreuil, Œuv., 360-361).

exercer — Andry ne veut pas qu'on dise : exercer une vengeance, mais : exercer sa vengeance. Et il reproche au P. Bouhours d'avoir écrit : Il exerce une impitoyable critique. . . il aurait fallu écrire : ...il exerce impitoyablement sa critique (A. de B., Suite, 73-73). — Il me laisse exercer un pouvoir inutile (Racine, II, 484, J^ajazet, v. 90); la dure et impitoyable vengeance qu'il (Dieu) voulait exercer sur eux (Bossuel, Hist., II, 3, dans L.)

extinction — On a toujours dit extinction de la chaleur naturelle ; mais ce n'est que depuis quelques années qu'on dit extinction de raison, de sentimens, etc. Encore n'y a-t-il que quelques Ecrivains qui parlent de la sorte... Je connois des gens qui... font scrupule de mettre extinction a tout indifféremment dans le figuré. Ils diroient néanmoins sans peine Vextinction d'une famille, d'un droit, d'une rente. ...On ne dit point dans le propre Vextinction d'un grand incendie Bouhours, Suite, 127-128). Il ajoute que le mot s'emploie au propre en terme d'art dans les expressions comme : les fermes du Roy s'ajugent à Vextinction de la chandelle; on fulmine les excommunications à Vextinction de la chandelle ; mais ce seroit parler allemand que de dire : j'ay leCi toute la nuit jusqu'à Vextinction de ma chandelle (Id., Ib., 129). — O Pom., Duil., G. Miege; * Rich., Fur., A.; © Th. Corn., en ce sens ; * A '- ; *L.,

1. Barbier d'Aucour avait reproché à Bouhours de s'être servi de ce mot d'étoile dans ses Entreliens. Il demande s'il est devenu Astrologue et s'il croit à l'Astrologie (Sorel, Conn. des b. liv., 1671, 391).

2. étudier le gousl, l'humeur des gens, étudier un homme sont des expressions élégantes (Bouhours, Enlr., 97). — *Poni., G. Miege, Rich., Fur., A., A =. — Je vous étudie des yeux et des oreilles (Mol . , III, 32S, Crit. de VÉc. des Fem., se. 3) ; Des siècles, des pays, étudiez les mœurs (Boil., Art P., III. v. 113).

:i7 4 HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

H.D.T., O Hug. — ce qui va à Veadiiution do la piété (Bossuel, Ancrt. aux Prof.., m, § XV, 196) ; il rachèterait volontiers (sa mort) de Vextinction du genre humain (La Bruyère, II, 06) ; Le roi, ...me demanda... comment alloit votre cxtinclion de voix (Racine, VI, 561, Lell.); Ah! l'horreur ! <|uelle extinction de teint ! (Regnard, Divorce, a. I, se. 6).

Face — Des mots à double f{i<-e, pour dire : à double sens, est un monstre dans notre langue (Renaud, Man. déparier, 11 H '.

faix — CoefTeteau avait écrit : ...Qui mouroient cruellemenl sous le /"ii ta? de leurs playes et de leurs armes. Vaugelas trouvait l'expression fort bonne, par la raison qu'on dit très bien : chargé de blessures. Toutes les raisons du monde n'empêchent pas le faix den playes d'être une expression condamnée par l'usage (Alemand, Nouv. Rem., 6.-J-66). Ce n'était pas une nouveauté, c'eût été bien plutôt un archaïsme.

fantassin ne s'emploie plus exclusivement dans le langage militaire. Les bourgeois de Paris en usent pour désigner un gentilhomme ridicule (Sorel, Berger extrav., Rem. du XI* livre, 369; cf. Roy, o. c, 150). Regnard l'emploie avec le sens de petit laquais : Fantassin'^ — Mon maistre? — Petit garçon, ne laissez approcher ny fille ny femme auprès de moi (Regnard et Dufresny, La Foire Saint-Germain, a. 11, se. 3, Th. liai., VI, 210). Il a aussi employé le mot au sens de piéton comme adjectif : c'est bon pour les maîtres à danser fantassins (Regnard, Divorce, a. ï, se. 7). — O tous les lexiques dans ce sens.

fasciner Vesprit est une expression qui a de l'elegance (A. de B., Refl., 226). Elle se trouve dans Rich., qui cite Maucroix, et aussi dans A. et A^. Le mol n'est pas dans Duil. et il était rejeté dans le B. F. par G. Miege.

finement a vu récemment son sens se développer dans des expressions comme : il entend lout finement (Bouhours, Entr., 84). Cette association de mots est aussi considérée comme neuve par Sorel (Co/i«. des h. livres, 1671, 379). C'est un adverbe de nouvelle création et fort expressif, dit à son tour Bellegarde {Eleg., 335). Barbier d'Aucour prétend que : il entend tout finement marque plutôt un défaut d'esprit qu'une qualité [Sent, de Cleante, 1770, 339). — Ce sens est dans tous les lexiques; toutefois on peut hésiter sur l'interprétation de Duillier qui traduit : astutamente.

fins^ (aller, venir à ses — ) se dit élégamment (Bouhours., Entr, 96). — * Rich., Fur., A., A2. Les autres lexiques ne donnent pas l'expression. Toutefois on y trouve fin avec le sens de but. — Pour venir à ses coupables fins Mol., II, 220, Ec. des Fem., v. 826) ; Il vient à ses fins sans se donner même la

1. Façon, façonner, façonnier sont à la mode ^Bouhours, Entr., 91). — Façon, en ce sens, est dans tous les lexiques. — vous m'écriviez avec des façons que, si vous continuez, nous ferons comme lesévêques (La Roch., III, 175). Voir le Lex. de Mol. par Livet. — Façonner manque à Duil. et à G. Miege. — J'ai de l'esprit, et je ne lais point difficulté de le dire; car à quoi bon façonner là-dessus ? (La Roch., I, ']. — Façonnier manque à Duil. et à G. Miege. Voirie Lex. de Mol. par Livet.

2. Fin, finesse. Bouhours signale l'extension d'emploi de ces mots : finesse desprit. finesse de l'art, esprit fin, goût fin {Entr., 83-84). Balzac, dans une lettre à Chapelain. (.30 juin 1636) faisait déjà remarquer que la finesse d'une langue, la finesse d'un art « sont termes qui ne se prennent pas en mauvaise part ». — * tous les lexiques. — On y épuisa toutes les finesses du métier (Rac, V, 254. — Sorel dans son Disc, sur IWcadémie avait noté l'emploi de fin : un raisonnement fin {Hist. de VAcad., éd. Livet, I, 471). Voir le Lex. de MoL par Livet.

NOUVEAUX SKNS. NOUVEI-LKS KXPlU:SSIONS t»7")

pcme d'ouvrir la boiiclu; La Hruy., 11, Kiy;; lovil y lait quand ou aime; Toul tend au\ //Ais La Font., \', 2y-:5(), v. 3i-3"> .

fltittô — un portrait /7a//e est une expression nouvelle Houliours, Entr., 101;. — * Pom. ; - Duil. ; * G. Miej^e ; ; Rich. ; * Inir., A. ; --■ Th. Corn ; * A^: * L., Il.n.T. ; O llu<>-. Furetière dit : on l'a flatlt^. dans son portrait. C'est parla que s'est fait le passage. Voir à ce propos Molière : Si votre pinceau flatte autant que votre langue, vous allez me faire un portrait (|ui ne me ressemblera pas (VI, 261, Le Sic, se. H) ; L'homme d'esprit, est si prodigieusement /lallé dans toutes les peintures qu'on l'ait de lui ,La Bruy., I, 310, De /« (lour).

fleurette (propos galant — Bouhours constate que le mot a perdu sa signification propre et n'a plus que celle que la galanterie lui a donnée [Enir., 45). Marg. BufTet prétend qu'on ne dit plus : il sait bien dire la fleurette, mais : il entend la belle galanterie {Nour. Ohs., 42). — ^- Pom., Duil., G. Miege, Hich., Fur., A. ; 0 Th. Corn. ; * A- ; * L., H.D.T. ; o Hug. — le nombre de mes livres est fort borné, encore nesont-cepas des livres à conter fleurettes (Racine, VI, 484, Lett.). Cf. les lexiques d'auteurs, et en particulier le Lex. de Mol. par Livet.

fleuri est fort en usage dans le figuré : On dit un teint fleuri, un stile, des termes fleuris, des manières fleuries (Bouhours, Rem., 297). A l'égard du stile, ajoute-t-il, fleuri se prend d'ordinaire en mauvaise part (Id., Ib., 298). Ce ne fut pas l'avis de Ménage {()., II, 139 et suiv,). — Un jeune homme fleuri, vif, enjoué, spirituel (La Bruy., I, 290) ; quelque grand seigneur... dont j'aurois tenté la libéralité par une épître dédicaloire bien fleurie (Mol., II, "»0, Préc. lUcl., préf.) ; Ils penchoient tous deux vers le lyrique, avec cette différence qu'Acante avoit quelque chose de plus touchant, Polyphile de \)lus fleuri (La Font., VllI, 27, l*sijché, liv. 1:.

foi — Barbier d'Aucour reprend Bouhours d'avoir dit : la foi d'un chien, pour signifier : la fidélité d'un chien (S'en/, de (Ueunte, 1776, 339.

force — Bouhours signale le mot comme fort employé dans des phrases telles que : on voit peu d'amis de sn force ; deux discours d'une mesnie force [Entr., 94-95'. Bouhours veut dire ici deux discours de même valeur, de même espèce; ce n'est pas exactement le sens que donnent au mot les lexiques dans : Avez-vous jamais vu un discours de celle force ? Mais voici des exemples : Il entra dans une sf^lle où les fées avoient fait trouver un souper. . . Tout étoit de la même force, c'est-à-dire beaucoup de commodités, beaucoup de noblesse (Sévigné, VIII, 519) ; De cette belle persuasion il passa à une autre de la même force (La Roch., II, 465).

former des résolutions inconstantes est mal, on dit qu'f/n homme est inconstant dans ses résolutions (Bouh., Im., 6; cf. Rosset, o. c, 170, notei. — Il n'y a pas trace de l'expression dans les lexiques.

fort — Je luy ay dit des choses un peu fortes est une expression nouvelle, selon Bouhours (A'n/;-. , 94). De Callières signale l'expression: cela est fort, comme enchérissant sur: cela est violent {Mots à la Mode, 54-55; voir Schenk, o. c, 28). — Le paradoxe est fort (Mol., IX, 167, Fem. Sar., v. 1285).

fréquence s'était employé au sens de: habitude, fréquentation, nombreuse assemblée. Il prend le sens actuel. De Callières propose de dire : la fréquence des visites de M. le comte de. . . est fort agréable à madame de. . .

au lieu de : les fréquentes visites. . . (Du hon cl du mauv . us., 97-08 ; voir Schenk, o. c, 74). — * Pom. : frequeutia, creljritas, Duil., G. Miege ; O Rich. ; * Fur. : vieux mot qui se dit encore : Ce Docteur a une grande fréquence d'auditeurs; G A. et Th. Corn. ; A^: réitération.

Gauche est un des mots que relève Boursault : les amans dont vous faites l'ébauche, Ont un esprit si louche! un entretien si gauche ! [Mois A la mode, se. 4). De Callièi^es signale aussi l'expression airs gauches (Mois à la Mode, 10; voir Schenk, o. c, 76). — * Pom., Rich., Fur., A., A^. — Sa taille est assez gauche, sa beauté très-médiocre (Mol., VII, 161, Av., a. IV., se. .3)*.

Hasardeux avait le sens passif. — Traiter tout noble mot de terme hasardeux (Boil., Ep. X, v. 51) ; ainsi finit heureusement la bataille la plus hazardeuse et la plus disputée qui fut jamais (Bossuet, Rec. des Or. fun., 1699, 520, Or. fun. de Condé). — Richelet est le premier des lexiques qui donne le sens actif, il est suivi par Fur., A. et A^. — Oh ! monsieur Griffonet est un brave, madame, Un garçon hasardeux (Regnard, Les Vendanges, se. 7).

hunianilé — On a beaucoup discuté sur le sens de ce passage : je te le donne pour l'amour de Vhumanilé. Pour Vamour de étant très usuel au sens du latin gratia, on peut, on doit peut-être traduire : humanitalis gralia, causa, par humanité. Voir Molière, V, 146-147, D. Juan, a. III, se. 2 et la note. Aucun dictionnaire du temps ne donne le mot comme équivalent de genre humain. Toutefois ce sens se rencontre, comme on le verra dans le passage indiqué de l'édition des Grands Écrivains. En tout cas, voici un texte précis : « Les noms qui marquent ces idées s'appellent abstraits, comme ce mot humanilé, qui marque l'homme considéré en gênerai, sans qu'on pense à aucun homme en particulier » (B. Lamy, Bhelor., 18-19).

Illuminalion, qui désignait une décoration de 'plusieurs figures peintes sur du papier ou de la toile (Pom., Duil., G. Miege, Rich., Th. Corn.), prend avec Fur. le sens actuel, au propre et au figuré. A. et A^ suivent Fur. — Il parut des signes et des illuminations surprenantes... dans le ciel (Bossuet, Avert. aux P roi., V, § xxiv, 348); Il y a enfin un certain éclat, une certaine splendeur... qui n'est autre chose que V illuminalion marquée par saint Paul de la science et de la gloire de Dieu sur la face de J.-C. (Id., 2^ Inslr . sur les Prom. de VEgl., 125-126); L'un paroist agir par des réflexions profondes, et l'autre, par de soudaines illuminations (Id., Rec. des Or. fun., 521, 1699, Or. fun. de L. de Bourbon). — Illuminer prend les mêmes sens. — Pourquoy faut-il croire tout ce qu'elle (l'Église) enseigne ? — Parce qu'elle est illuminée par le Saint Esprit (Bossuet, Calech. de Meaux, 114); quelques lignes de plus... eussent illuminé tout le discours (Id., Div. ecr. sur les Max. des Saints, XLIX) ; pour peu que les Copistes consultent les Illuminez, ils peuvent éviter le deffaut de leurs Maisti'es [Bavy, Rhet. fr., 1653, 74).

immoler (s') — L'emploi du mot au figuré était condamné par diverses personnes dans Balzac: s'immoler à la risée publique (Sorel, Bihl. fr., 1664,

1. gré. —Se sçavoir bon gré de quelque chose est indiqué comme une façon de parler assez nouvelle (A'n(r., 95). Si Bouhours ne se trompe pas, sa remarque porte sur remploi réfléchi de la tournure, car savoir bon gré à quelqu'un est ancien (Voir Gotgrave). La forme réfléchie * Pom. (qui donne se savoir et se sentir bon gré), Fur., A., A'. — La belle se sut gré de tous ces sentiments (La Font., Il, 116, v. 26) ; Qu'Use sait si bon gré de tout ce qu'il écrit (Mol.. IX, 74, Fem. Sav,, v. 258).

108 ; cL Conn. des b. liv., 1672, 396; Ménage, 0., II, 465). Marg. Buffet trouve que se sacrifier est meilleur et plus doux [Nouv. Ohs., 76).

incongruité — Jusqu'à Fur., les lexiques lui donnent le sens de barbarisme. Les Précieux l'avaient aussi appliqué par extension à des fautes contre les techniques de 'divers arts : « il n'y a pas... un endroit, où il n'y ait une incongruité en Architecture » (Balzac, Lett. à M. de Zuylichem, 25 janvier 1640); des incongruités de bonne chère (Mol., VIII, 157, Bourg, gentilh., a. IV, se. 1). A partir de Fur., il signifie : faute contre l'honnêteté.

invétéré — Boursault en relève l'emploi dans la phrase suivante : Monsieur parle en bourgeois des plus inveterez [Mots à la mode, se. 8). — Aucun lexique ne l'applique à un nom de personne. Pascal ne l'avait pas employé dans la fameuse phrase de la IV^ Provinciale : pour ces francs pécheurs, pécheurs endurcis, pécheurs sans mélange, pleins et achevés, l'enfer ne les tient pas (I, 81). Mais Littré le signale dans Massillon.

Lanterne prend le sens de tribune d'où l'on voit sans être vu. — * Fur., A., Th. Corn., A^. Voir Hug.

laurier — Planter des lauriers en parlant d'un soldat avait déplu à Balzac ; c'était, selon lui, de l'agriculture et non de l'art de la guerre ; Ménage approuve l'expression [Obs. s. Malh., II, 121); tout le siècle a ergoté là dessus (L. de Templ., Entr. à Madonte, 270-271). — Arborer des lauriers, employé par Corneille, avait déjà été discuté (Voir tome 111,255).

léger — Si on peut raisonnablement dire que quelqu'un a la conversation légère pour dire qu'il n'est pas ennuyeux dans la conversation, en revanche un esprit léger ne peut signifier qu'un esprit changeant, sans jugement et non pas un esprit vif, subtil; de même, travailler légèrement ne peut signifier, suivant l'usage reçu en nôtre langue, que travailler foiblement, superficiellement et non pas travailler avec facilité (de Callières, Mots à la Mode, 169-171 ; voir Schenk, o. c, 112). — C'est bien le sens d'inconstant qui est donné par Pom., G. Miege, Rich., Fur. ; A. el A^ disent : un esprit léger est un esprit inconstant.

louche — Boursault signale le mot : les amans dont vous faites l'ébauche. Ont un esprit si louche ! [Mots à la mode, se. 4). — Les lexiques ne donnent pas cet emploi figuré.

Mazette — Primitivement : mauvais cheval, prend le sens d'homme sans valeur. — e Pom. ; * Duil.; e G. Miege, Rich., Fur., A., Th. Corn.; * A^. — Voir le Lex. de Mol. par Livet.

marier — L'emploi de ce mot avait été condamné dans deux expressions : marier la plume avec l'épée, marier le luth avec la voix par Ménage (0., II, 20). Cette condamnation est reprise par L. de Templery [Gen. et Pal., 212). La métaphore n'avait rien de nouveau.

ménagements — L'expression avoir des ménagemens pour quelqu'un étoit de la Cour, selon Bouhours, mais elle n'étoit pas encore fort établie ; les plus sçavans dans la langue ne la pouvoient ouïr qu'avec peine (Entr., 86).

Histoire de la Langue française. IV . 37

— * Rich., Fur., A,, A-; O Pom., Duil., G. Miege. — je me sens des nuhinç/ements pour la Provence, qui me font croire (jue j'y reLonrnerai quelque jour (Sévigné, IX, 328).

ménager — Sorel note comme nouveau et comme élégant l'emploi de manager dans des expressions telles que : ménageries esprits, ménager une affaire [Conn. des b. liv., 1671, 380 et 401). C'est un des mots que nous avons le plus fait valoir, avait dit Bouhours (/s'/i/r., 85) ; A. de B. constate que le mot se prend « en je ne sçay combien de significations: ménager les esprits, les bonnes grâces du Prince, les intérests de ses amis, une affaire, sa santé, ne ménager: user avec reserve de son crédit, ...Les couleurs de cette étofe sont bien ménagées [Refl., 296-297). — Les lexiques indiquent ces différents sons.

— dans la mesme année du Décret de Spire il ménagea la conférence de Marpourg (Bossuet, Hist. des Var., I, 110); Les supplices furent mesnagez, et ordonnez sous d'autres prétextes que celuy de la Religion (Id., Hist. Univ., H8); Joïada (Joas) le fit connoistre à quelques-uns des principaux Chefs de l'armée Royale, qu'il avoit soigneusement ménagez (Id., //>.. 28). Nombreux exemples dans les lexiques d'auteurs.

mériter de (bien ou mal — quelqu'un) est une expression toute latine que Bouhours attribue à Ménage et qu'il condamne [Rem., 516-317). Renaud partage son avis [Man. de parler, 476). — O Pom., qui donne : bien mériter auprès de quelqu'un, Duil., G. Miege; * Rich., qui exprime la même opinion que Bouhours, Fur., A., A^, selon qui l'expression s'écrit plus qu'elle ne se dit. — l'homme du monde qui avoit le plus mérité de la Reine (La Roch.,

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