II
mesure — Bouhours dit que l'emploi de ce mot dans les expressions prendre ses mesures, rompre les mesures de quelqu'un, est assez nouveau [Enlr., 88). — Rich. est aussi d'avis que la première de ces locutions est nouvelle au figuré. * tous les lexiques. — bien loin de prendre ses mesures de concert avec lui (La Roch., II, 278-279) ; Est-on sot, étourdi, p?-end-on mal ses mesures (La Font., I, 401, v. 21). Cf. j'y perds toutes 7?tes »jeswes (Racine, VI, 414, Lelt.).
mettre [se] au sens de .se vêtir, est placé dans la bouche de la marquise néologue par de Callières (3/o<s à la Mode, 10). — * Pom., Duil., G. Miege; 0 Rich. ; * Fur., A. ; O Th. Corn.; * A^. — Nombreux exemples dans le Lex. de Mol. par Livct.
misérable — Bouhours considère qu'au sens de sans valeur, le mot est nouveau [Entr., 101 ; cf. Bein., 90). — O Duil., G. Miege; * Pom., Rich., A., A2. Fur. note que le mot s'emploie aussi pour exagérer un mépris. — elle est misérable (cette pièce) depuis le commencement jusqu'à la fin (Mol.,
III, 344, Crit. de VÉc. des Fem., se, 6; cf. IX, 147, Fem. Sav., v. 994) ; nous verrons peut-estre ailleurs les raisons de Grotius, qui sont en vérité misérables (Bossuet, />•« Inst.Nouv. Test., 219-220; cf. Def. de VIfist. des Var., i XXIV, p. 82.)
mitonnera.» figuré, serait, d'après Sorel, uneexpression précieuse [Conn. des b. liv., 1672, 470). — * Rich., Fur., A., A'^; G autres lexiques. — Mon cœur aura bâti sur ses attraits naissans Et cru la mitonner pour moi durant treize ans
(Mol., III, 232, Éc. (Jeu Fein., v. 1030-1031); je vous trouve bien dorlotée et bien milonnée (Sévigné, VI, 215; cf. V, 188; VII, 144). Voir le Lex. de Mol. par Livet .
mouvement — Ce mot a un emploi élégant et nouveau, dit Bouhours : cet homme s'est donné bien du /nouue/ne^i là-dessus, en parlant d'un homme d'intrigues qui a fait joûër toutes sortes de ressorts pour réussir dans une affaire (Rem., 474).— O Pom., Duil.,G. Miege;* Rich.; e Fur. ; * A.; e Th. Corn.;
* A^; * L., qui cite Bossuet : Les effroyables mouvements que s'est donnés la cabale [Lett. quiél., 433); O iï.D.T., Hug.
myrmidon s'introduit, avec le sens de chétif : C'est bien à vous, petit ver de tei're, petit mJrmtrfon que vous êtes... (Mol., V, 91, D. Juan, a. I, se. 2). — O Pom.; * Duil. : scorcio d'uomo; O G. Miege; * Rich., Fur., A.; O Th. Corn. ;
* A'^ : il est du style familier. — Un myrmidon de mine et d'esprit tel que tel. Se joue à moi ! (Monttleury, Crisp. gent., a. IV, se. 3); ce petit mirm,idon de Clistorel (Regnard, Crit. du Légat., se. 7).
Naissance — S^-Réal admet que l'on donne à ce mot le sens de disposition avantageuse de l'esprit, de l'àme et du cœur, comme dans cette phrase qu'il emprunte à Andry : une si heureuse naissance la rendit la passion de tout ce qu'il y avoit de vertueux à la Cour. Mais S*-Réal ne saurait approuver cette autre phrase d'Andry : les Romains ont de la naissance pour les pièces de Théâtre. Il falloit dire du (/e/tj'e (Z)e Za Grtïtgue, 106-107). — ■ Pomey seul mentionne un emploi analogue à l'emploi condamné : II n'est personne qui ait une plus belle naissance pour les affaires, Nemo illo est magis à naturâ factus gerendis negotiis.
naturel — On dit depuis quelques années,... c'est un homme fort naturel, pour dire un homme trop franc, et un peu simple (Bouhours, Entr., 97). — o Pom., Duil., G. Miege, A. ; * Rich., Fur., A^.
Parler — Bouhours constate que le vei'be parler s'emploie très bien dans des expressions comme : parler guerre, parler blason, etc., pour indiquer que l'on emploie à propos les termes de guerre, de blason. On peut aussi dire parler Fouïlloux, pour dire : parler avec capacité de la chasse dans les termes où en parlerait Fouïlloux. Parler Horace, parler Balzac, parler epigramme, parler métaphore sont des expressions élégantes, mais dont il faut surveiller l'emploi et desquelles il ne faut pas abuser [Rem., 237-240) *. Il constate encore que parler raison se dit, mais déplaît à des personnes très raisonnables ; cependant l'expressionpar/er raison sera peut estre admise, à la ïaweurd'enlendre raison {Suite, ol-oS). — Les lexiques acceptent ces tournures 2.
1. Cf. Tu parle [s] Précepteur (de La Tuillerie, Crispin precept., se. 12); pour ne parler point Ronsard Vendosmois (Fur., Rom. bourg., I, 161).
2. parti — J'ay pris le parti de me taire ; il n'y a point d'antre parti à prendre que de pousser les choses à l'extrémité, seraient des locutions de nouvelle formation d'après Bouhours [Entr., 93). — * Pom., Duil., Fur., A., A2 ; ^ G. Miege. — Je meilleur parit qu'on puisse /^rendre, c'est de s'aller jeter dans l'eau (Mol., VI 594 G.D., a. III, se. 8); La Gèvres avoit pris le parti des évanouissements (Sévigné II 490). Ces expressions sont anciennes.
passer — Bouhours signale comme nouveaux deux emplois du mot : cela me passe. pour dire je n'entends rien à cela, et : on ne vous passera rien, pour dire : on ne vous pardonnera rien [Entr., 98). — Au premier sens /ja.sser * Pom., Fur. A. A-
patriote — Selon H.D.T., ce mot n'a pris le sens moderne qu'au xviii'^ siècle. Littré donne des exemples du xvi« où bon patriote, vrai patriote ont la valeur de 60/1 citoyen. Je suppose que c'est par ces expressions que le changement s'est fait. Cf. conspirant avec moi pour l'honneur de nôtre Langue, en bons patriots (J. Godard, Lang. fr. , 212). En tout cas l'expression contraire à Aon pairio^e, savoir mauvais patriote se rencontre dans une lettre de Mazarin au comte de Daugnon (14 juin 1648), au sujet de prétendues intelligences entre les gens de la Rochelle et les Espagnols : tout cela sont chimères, dont ces meschans esprits et mauvais patriotes repaissent les ennemis (Mazarin, Lett., III, 139-140). — Le niot O Pom., Rich., Fur., A. et A2. II est traduit par compatriote, son ancien sens, dans Duil. et aussi dans B. F. ; mais ce dernier lexique donne aussi : a Father, or Protcctor of the Country or Commonvsealth.
pauvreté, en terme de mépris, se met à bien des choses, comme pauvre (A. de B., Suite, 230 et suiv.) ; les précieuses emploient le mot partout (Bellegarde, Eleg., 387). — e Pom., Duil., G. Miege ; * Rich., Fur., A. ; oTh. Corn. ; * A^. — Et les soins où je vois tant de femmes sensibles Me paroissent aux yeux des pauvretés horribles (Mol., IX, 63, Fem. Sav., v. 51-52). — Voirie Lex. de Mol. par Livet. C'est un mot à la mode plus qu'un mot nouveau.
pénétration est de notre temps, de la manière dont on s'en sert : homme d'une grande pénétra/ton (Bouhours, Entr., 102). — O Duil., G. Miege; * Pom., Rich., Fur., A., A^. — l'autre prenoit l'ascendant par sa pénétration (Bossuet, Rec. des Or. fun., 1699, 196, Or. fun. de Marie Terese).
pente — Sorel relève dans les Histoires amoureuses des Gaules l'expression : esprit qui a de la pente à quelque chose ; il trouve cet emploi excellent (Conn. des bons liv., 1672,413-414). — e Pom., Duil., G. Miege; * Rich., Fur., A.; O Th. Corn.; *A2. — j'ai toujours eu une pente et une inclination pour vous (Sévigné, 1, 500) ; Je n'ai que trop de pente à punir son audace (Racine, II, 323, Brit., v. 1424) ; Les hommes... n'ont qu'une foible pente à s'approuver réciproquement (La Bruy., II, 75). Voir le Lex. de Mol. par Livet.
peuple a une signification élégante quand on l'emploie comme attribut du verbe être au lieu d'un adjectif : il faut estre bien peuple pour... c'est à dire : il faut avoir l'ame bien basse (Bouhours, Rem . , 487). L'expression n'était pas encore établie (A. de B., Refl., 405), et Richelet, le seul lexique qui donne ce sens, le signale comme assez nouveau. Renaud estime que « le mot a bonne grâce et exprime bien ce que M''^ de Scuderi veut dire dans cette phrase : tout le monde est Peuple une fois en sa vie» [Man. de parler, 152-153). Voir tome III, 166, paraître peuple.
pièce — C'est un homme tout d'une pièce, se dit depuis quelques années pour un homme qui ne s'accommode ni au temps ni aux personnes (Bouhours,
J'aybien bézoin de ton secours, Car cette Matière me pasae. (Loret, li juin 1660, v. 14-16); Je tombe de mon haut, et tout ceci me passe (Montfleury, Trigaudin, a. IV, se. 10); Qu'ils trouvent... autant de dupes... c'est ce qui me passe (La Bruy., I, 269).
Au second sens, passer * Pom., et Fur. Un sens assez voisin est note par A^,
celui d'approuver, « allouer ». L'article passer est du reste un des plus étendus et des plus étudiés du Dictionnaire. — Nous devons nous prêter aux faiblesses des autres, Leurpasser leurs défauts, comme ils passent les nôtres (Regnard, Ménech., a. I, se. 2).
Enlr., 97). Bellegai'de signale l'expression avec un sensjun peu différent : un liomme qui n'a point de génie, qui n'entre dans rien, cjui est impropre aux affaires délicates, ou bien un homme embarrassé de sa contenance. Cette locution n'est tolérable que dans la conversation [Eleg., 300-302). — De tous les lexiques, A- est seul à donner le sens d'homme rigide, inflexible, qui ne se dément jamais. — Un homme qui n'a de l'esprit que dans une certaine médiocrité est sérieux et tout (Pune pièce (La Bruy., II, 42) *,
porter — On ne peut pas dire : il est temps de vous porter patience ; il faut dire: vous donner patience, ou vous laisser en patience (Chapelain, Lett. à M. Brieux, 12 juin 1661) ^.
pratique — Andry blâme l'emploi de ce mot dans une phrase de La Bruyère : un homme pratique dans les affaires. Versé et expérimenté lui paraissent meilleurs {Refl., 443-444).
préconiser prend le sens de louer. — O Pom., Duil.,G.Miege,Rich.,Th.Corn, ; * Fur., A. : il ne se dit qu'en plaisantant, A^. — Jen'ay rien apris de Venize, Que volontiers je préconize (Loret, 23 sept. 1660, v. 203-206); Certes, il faut qu'on /)réco/ij:;e Les Argonautes de Vénize (Id., l'='" oct. 1662, v. 197-198).
produire du plaisir et de la vertu est une expression condamnée par Bary [Secr. de nostre Langue, 130).
promis — Il faut dire : la terre de promission et non la terre promise (Bouhours, Suite, 363).
Raffinement est signalé par Bouhours comme un mot nouveau (Entr., 96). En réalité il s'agit de l'emploi figuré. — * Pom., Rich., Fur., A., A^. Le mot est dans Duil. et G. Miege, mais sans indication précise. — ses transformations (de l'amour-propre) passent celles des métamorphoses, et ses raffinements ceux de la chimie (La Roch., I, 243) ; ce grand raffinement n'est qu'un vice, que l'on appelle fausseté (La Bruy., I, 298); leurs grimaces savantes et leurs raffinements ridicules (Mol., III, 335, Crit. de VÉc. des Fem., se. 6) ; etc. — Raffiner lui aussi s'emploie au figuré. — * Pom., G. Miege, Rich., Fur.,A.,A2; Duil. ne dit pas s'il accepte ce sens. — voyez,... comme tout s'est ra/'/tn(^ sur notre Loire, et comme nous étions
1. pied — Bouhours signale comme assez nouvelles les expressions : quand on s'est mis sur ce pied là, je ne le regarde pas sur le pied de bel esprit ; il est à la Cour sur un bon pied (Enlr. ,98). — * tous les lexiques.— je me regarde aujourd'hui sur cepied- Zà(Sévigné, VIII, 129); c'est aussi sur ce pied-lk que je suis votre ami sincère (La Bruy., II, 51 i) ; étant de la politique, parmi les personnes de ce sexe qui se sont mises sur le bon pied, de faire la f^uerre aux survenantes ( La Font., VIII, 1 89, Psyché, liv. II) ; Quand un homme nest point sur un pied d'étourdi, Monsieur, prendre une femme, est un coup bien hardi (Montfleury, Triçjaudin, a.V, sc.7) ; Hippocrate et Galien....sur cepied auroient esté de fort mauvais Médecins (Bezançon, Med. a la Censure, 317). Voir le Lex. de Mol. par Livel.
2. pousser est nouveau dans une certaine signification : Pousser les gens à bout, ne me poussez pas, pousser une matière, cela est trop poussé; on dit aussi : cela est outré (Bouhours, Entr., 93). — * tous les lexiques. — L'époux ne voulut pas pousser plus loin la chose (La Font., V, 131, v. 326) ; Poussons à boutl'ingrat, et tentons la fortune (Racine, II, 536, Baj., v. 1238) ; Le marquis d'abord soulYroit patiemment tous ces brocards assez communs... Enfin, on le poussa tant là-dessus qu'il fut contraint de repartir (Fur., Uom. bourg., I, 41-42). La vérité est que le mot était à la mode. Voirie Le.v. de Mol. par Livct.
grossiers autrefois (Sévigné, VI, 387) ; Forte femelle, et d'assez l)on aloy Pour telles gens qui n'y raffinent guère (La Font., V, 320, v. 12-13) ; Ils... raffinent sur le luxe et sur la dépense (La Bruy., I, 302). — Raffîneur se trouve avec le sens figuré dans P'ur., A., A-^. — Que ces rafîneunt sont grossiers (Bossuet, Est. d'Or., 67).
rahnnnable ne s'apliquoit qu'aux personnes, aujourd'huy l'usage l'applique jusqu'aux bâtimens (L. de Templery, Entr. à Madonte, 280). — o Pom., Duil., G. Miege; *Rich., Fur., A, ; oTh. Corn. ;* A^. — un sang raisonnable, quin'iroit point plus vite qu'un autre (Sévigné, V, 205-206) ; une raisonnable grandeur (La Roch., I, 5); une lettre raisonnable (Racine, VI, 439, Lett.); il aura déjà fait un gain raisonnable (La Bruy., I, 263); il étoit... de grosseur raisonnable (La Font., II, 151, v. 17); une raisonnable compensation des peines de l'autre vie (Bossuet, Rémission des Péchés, 114). Voir le Lex. de Mol. par Livet. L. cite un exemple de Montaigne.
récrépir — oFur., A., Th. Corn., A-. Suivant Rich. les habiles maçons consultés ont affirmé qu'ils n'employaient que crépir. II est commun au figuré. — Oui l'on dit que c'est vous qui récrépissez toutes les vieilles du quartier (Regnard, CrtY. du Légat., se. 8) ; Je compterais vingt fois... Et combien la Milieu, la beauté de notre âge, A de fois en un an recrépi son visage (Regnard, Epitre V) ; S'-Hérem avait été grand-louvetier, et avait vendu à Heudicourt pour le recrépir (S'-Simon, 97, 2'), cité par L.).
refroidir — Bellegarde condamne l'emploi de ce mot dans la phrase, laisser refroidir une belle fortune [Eleg., 366-367), — Il n'y a aucune trace de l'expression dans les lexiques* .
résidence a, chez M™^ de Sévigné, le sens de défaut d'exercice : J'ai lo plaisir de faire l'exercice aprêsun an de résidence (cité par Féraud) ; Il a fort bien dormi, mais cet état de résidence et de ne pouvoir sortir lui donne beaucoup de chagrins (Ead., VIII, 409). — O tous les lexiques 2.
revenant — On dit qu'une femme a du revenant, quand elle a quelque chose d'agreable ; c'est un terme nouveau et fort eu usage (Marg. Buffet, Noiiv. Obs., 35). Ce sens est indiqué nettement dans A^. Dans A., on notait que l'adjectif a le sens de son verbe, et que revenir se dit quelquefois pour plaire '.
1. régulier — Bouhours signale comme nouveaul'emploide re'^H/î'er dans lesexpressions : traits du visajre réguliers, les civilité/, les plus régulières ne sont pas les plus obligeantes; un ami régulier; une femme régulière (Entr., 101). — * Pom., Rich., Fur., A. Il n'y a pas de renseignement précis sur l'emploi chez Duil. et G. Miege; *L., qui cite Sévigné et Hamilton. — Ces beautés régulières qui ne touchent point(La Font., IV, 147) ; suis-je homme qui se pique D'être si régulier'Ulû.. V, 279, v. 508-509)
2. revenir— Bouhours signale comme nouveau l'emploi du mot dans une phrase comme : « cela m'est revenu de plusieurs endroits. Ceux qui ont le plus étudié la langue, trouvent quelque chose à dire à cette phrase: mais elle ne laisse pas d'avoir cours » {Entr.. 9S-99}. — * Fur., ,\., A^. — Le plus grand déplaisir qui puisse m'arrivcr au monde, c'est s'il me revenait que vous êtes un indévot (Racine, VII, 141, Lett."^ : Il nous est revenu que le maître de ce logis vient d'arriver d'un long voyage (Regn.ird, Ret. impr., se. 20 . — Bouhours signale encore l'emploi suivant : ,/e nen reviens pus, pour dire, je suis fort étonné (Entr., 99). — 0 tous les lexiques. — Je nen puis revenir, et tout ceci m'assomme ^Mol., IV, i99, Tart., v. 15301 : Je ne puis revenir de tout ce que j'entends (Regnard, Fol. nm., a. III, se. 1).
3. J'ai trouvé la suivante D'un minois revenant, el fort appétissante (Regnard, Ménech.. a. II, se. 7(.
rêver prend le sens de méditer. — *Poni. ; oDuil., G. Miege; * Rich., Fur., A. ; O Th. Corn. ; * A^. — Il faut... froncer le sourcil, et rêver à rien très-profondément (La Bruyère, I, 278) ; Je vous laisse rêver sur ce grand événement (Sévigné, VIII, 355j ; Allons à ce dessein rêver ailleurs (Racine, II, 156, Plaid., V. J64); Dès que j'y veux rêver, ma veine est aux abois (Boil., Sa/. VII, v.27).
rire à deux mains — encore que nous eussions ris jusques aux larmes, c'estoit un rire à deux mains, nous ne laissions pas de mourir de froid (Bussy-Rab., Mem., I, 72). — O tous les lexiques. — Molièi-e avait dit : épouseur ;) toutes mains (V, 83, D. Juan, a. 1, se. 1).
rosse — O tous les lexiques — 11 a été employé en parlant d'une personne par Poisson : Vous aurez le foïiel en entrant au logis. Petit gueux. — Qu'ai-je fait ? — Comment, petite rosse, sans vous on auroit crû que j'avois un Carosse {Comédie sans titre, a. I, se. 3). — II. D.T. cite un exemple de Baron {Ec. des Pères, a. IV, se. 3).
Sacrifice et sacrifier sont à la mode : sacrifier ses amis, je luy ay fait un grand sacrifice (Bonheurs, Entr., 93-94). — Le sens figuré de sacrifier est dans tous les lexiques ; sacrifier ses biens à la patrie, son ambition à l'amitié ; celui de sacrifice 0 Pom., Duil., G. Miege; * Rich,, qui juge ces emplois nouveaux, mais d'un grand usage. — Que d'amis, de devoirs j'allois sacrifier (Racine, II, 71, Andr., v. 639); La retraite qu'il vient de faire est... un sacrifice qu'il fait à son orgueil (La Roch., I, 21), Leven de Templery blâme :il s'est sacrifié h la joie {Entr. à Madonte, 268). L'expression est incohérente.
.-ialpêtre est pris au sens de vivacité : Cette façon d'agir tient trop de l'éventé, Ce salpêtre sied mal aux gens de qualité (Montfleury, Crisp, Gentilh., a. II, se. 3). — ^ Furetière, qui signale qu'on dit proverbialement qu'un homme n'est que feu et que salpêtre, quand il est prompt à se mettre en colère. A., A^.
scène se rencontre dans un sens nouveau : « ce fut une étrange scène,... il a donné une plaisante scène au public, c'est à dire,.., s'est exposé aux railleries du monde »; mais dans ce sens, il est du discours familier (Bouhours, Suite, 174-175). Bellegarde range le mot parmi les termes de la conversation {Ele<j., .305-306). — G Pom., Duil., G, Miege, Rich. ; * Fur., A. ; e Th. Corn. *A- : il ne se dit guère qu'en mauvaise part. — Les malheurs de Monsieur le Grand fournirent alors une nouvelle scène (La Roch., II, 42-43) ; toutes les diverses scènes qui se passent ici (Sévigné, VII, 215).
situation — Ce mot, qui ne se disoit autrefois que dans le propre, commence à supplanter assiéte dans le figuré : dans la situation où sont les affaires. (Bouhours, Rem., 496). Bellegarde cite un exemple où ce mot à le sens de condition, étal : la situation de ces gens-là (les jaloux) n'est gueres plus avantageuse que celle des insensez (.E'/e*/., 343). — O Pom. , Duil., G. Miege; * Rich. ; e Fur. ; * A. ; e Th. Corn. ; * A^.
songer — Dire : « vous ne songez pas à ce que vous dites, pour : vous ne pensez pas, est une façon de parler fort en usage » (Aie. de S'-Maurice, Rem., 175). Vous n'y songez pas est une locution nouvelle de la cour, dans le sens de : songez-vous bien à ce que vous dites ? (de Callières, Mots à la Mode, 119; voir Schenk, o. <\,lfi4).
sortir de soi, être hors de soi sont bons, mais non pas sortir de son sens, de son Jugement (Chevr., Ms. de Niort, 25-27, dans Boiss.).
Terrain — Rich. le premier donne le sens figuré, en citant un exemple de Bensserade : on enferma Danaë dans une Tour d'airain, mais Jupiter connoissoit le terrein (C'est-à-dire, Jupiter savoit la manière, connoissoit le moien d'avoir la belle Danaë); *Fur., A., A'^. — Le mot est signalé comme étant à la mode par Sorel(Cortn. desb. liv., 1671, 408). — Mon maître... M'envoie ici devant pour sonder le terrain (Regnard, Fol. am., a. I, se. 5).
texture — Le sens figuré était dans B. F. ; O tous les lexiques, mais réapparaît dans les textes : C'est à l'analyse, à la conduite, à la texture d'une pièce que je m'attache (Regnard, Crit. du Lég., se. 4).
toilette — De Callières signale l'expression nouvelle : il y a eu toilette pour dire que la Cour a vu la Reine d'Angleterre à sa toilette. On disait de même : il y a eu appartement, il y a eu canal [Mots à la Mode, 4, 28-33 ; voir Schenk,
tomber — On ne doit pas dire : tomber dans la sévérité de sa justice, mais : éprouver la sévérité de sa justice, tomber entre les jnains de sa justice (Bouhours, D., 87-88).
touché — Bouhours signale l'emploi nouveau du mot dans une expression comme : un portrait hardiment touché. Il y a dans cet ouvrage des endroits délicatement touchez {Entr.,^02). — O Pom., G. Miege, Rich., Fur., A., A^. Voir liug. — On y voit des endroits heureusement touchez (Cotin, Sat. des Sat., 1666, 9, Nouv. Coll. Moliér.)».
tourne-broche (voir p. 508) a chez Fur. et A- le sens de marmiton ou chien qui tourne la broche ^.
iympaniser que Vaugelas ne considérait que comme mot de raillerie (II, 467) et qui signifiait publier, perd ce sens. — O tous les lexiques, qui ne donnent plus que le sens de diffamer. Voir Hug. et le Lex. de Mol. par Livet ; * L., qui cite encore un exemple de P^ontenelle : Vous ne devriez jamais vous résoudre à être tympanisée trois fois de suite à haute voix dans une église (pour une publication de mariage) ^.
Visage prend, dans la langue comique, le sens de personnage. — * Duil., Rich., Fur., A., A2. — Fut dans quelque bois, ou bocages, Assailly par quatre
1. tour, tourner — Bouhours signale une foule d'emplois nouveaux de ces mots : tour de visage, tour d'esprit, tourner bien un vers, les choses ont tourné heureusement, tourner une personne en ridicule, etc. [Entr., 86-87). Sorel les constate également {Conn. des bons livres, 1671, 386). — Richelet dit que ce mot entre dans plusieurs expressions nouvelles et figurées. — On trouvera de nombreux exemples dans le Lex. de Mol. par Livet. — Pour tournure, voir p. 441.
2. tracfique est un des mots dont tout le monde a abusé, derrière Malherbe. Chevreau n'eût pas voulu que d'après avanture tragique, coup tragique on dît la France se fait tragique, cet homme devient tragique (Chev., Ms. Niort, 60-61, dans Boiss.).
3. Vantiez, pour exprimer des choses puériles, badines, fades, ne me paroît pas françois {Sentim. s. les Caract., 225). L'Apologiste de La Bruyère défend le mot, il l'a trouvé dans Boursault (Lell., II, 15) ; « si le Censeur n'est pas content de cet exemple « il « le renvoyé à l'usage » {Apol. de La Bruy., 139). — Aucun lexique ne donne cet emploi.
NOUVEAUX SEÎsS. NOUVELLES EXPRESSIONS 585
vizages (Loret, 20 mai 1656, v. 123-124) ; on me présenta à cinq ou six visages vénérables, qui étaient assis sur des fleurs de lis (Regnard, Div., a.
1, se. 2); croyez-moi, mon petit îîisaf/e botté (Regnard, FiZZes érr., a, I, se.
2, Th. Ital., lil, 13).
vivacité — « Ce mot, qui nes'employoit autrefois que pour les qualitez de l'esprit, s'applique maintenant à mille autres choses. On dit : Le Roi avoit pour elle la même vivacité et les mêmes soins ; les vivacitez les plus animées ou vous rebutent ou vous lassent » (Bellegarde, Eleg., 261-262).
l'ensemble du mouvement du lexique étudié dans les mots QUI commencent par un a
Abandon et abandonnement — Le premier est déclaré moins en usage que le second par Richelet et Furetière. L'A. ne l'admet guère que dans l'expression à l'abandon. Le mot était donc menacé. Mais Alemand estime qu'il n'y a aucune raison pour le rejeter (G. civ., 8-H). — Voir L. ; O Hug. — Il est très commun dans les textes: Voilà quel est Vabaiidon du chrestien (Boss., Est. d'or., 428 ; cf. Ib., 421, 422, etc.). Cf. tome III, 195.
abâtardissement — Grimarest eut souhaité que Furetière dît de ce mot, qui signifie diminution de valeur, de mérite, de bonnes qualités, qu'il n'est en usage ni sur le papier, ni dans la conversation, et qu'il n'est connu que de peu de personnes {Conim. de Lett. cur., 171-172). — O Rich. ; * Fur., A., A2; e Hug.
abdiquer est signalé par Boursault comme un des mots « nouveaux que sans cesse affecte » Madame Josse : On Abdique aisément ce qu'on a de Bourgeois {Mots à la mode, se. 3). C'était une simple extension d'emploi. — Le mot O Duil., Rich. ; mais*Pom., G. Miege, toutefois ils ne donnent que l'expression juindique: abdiquer sou fils; Fur. 'y ajoute: abdiquer le pouvoir, une magistrature, seule expression que mentionnent A. et A^. — Après qu'il l'eût abdiqué (le pouvoir dictatorial)... le Consulat reprit le dessus (Bossuet, Apoc, S47). — Le sens nouveau n'est pas dans les lexiques.
abdomen - Renaud a remarqué qu'il manque à Richelet (Ma/j. de pari., 542). A . l'a omis également et l'a renvoyé au recueil de Th. Corn.
abéquer — Renaud note qu'il manque à l'Académie [Man. de parZ., 540). Elle l'a renvoyé au recueil de Th. Corn. ; * Rich., Fur. ; G Hug., II. D. T. ; * L.
abhorrer « ne scauroit estie justement exclus du bel usage, mais il ne se doit employer ((ue dans les fortes expressions » (Chap., Let. à Brieux, 17 sept. 1661). — * Rich., Fur., A. ; O Hug. — Les Manichéens abhorraient le vin (Boss., Traité de la Commun., loi); soumis au Pape dont en son cœur il abhorroit la puissance (Id., Uist. des Var., I, 366).
abjection, se dit dans les matières de piété (Rich.), ce mot vieillit (Fur.); *Pom., Duil., G. Miege, A., A'^. — Avec combien peu d'orgueil un chrétien se croit-il uni à Dieu! avec combien peu d'abjection s'égale-t-il aux vers de la terre (Pascal, Pens., éd. Ilavet, I, 189).
abois (être aux — ) — Bouhours constate que les expressions : « estre aux abois, rendre les derniers abois ont été transportées fort élégamment de la lansrue de la Vénerie dans la langue courante » [Enlr., 75). Il eût fallu
APPENDICK '587
ajouter que la métaphore était très ancienne. — Tous les lexiques donnent l'expression être aux abois, sans la restreindre à la langue de la vénerie.
— Elle est souvent employée en parlant d'un homme à l'agonie. Chapelain (dans la lettre citée plus haut au mot abhorrer) dit qu'il préférerait de beaucoup estre aux abois à rendre aux abois. A. et A- donnent de plus : rendre les abois, mais seulement en parlant du cerf. (Cf. Clément, //. Est., 404).
— 11 sanglota deux ou trois fois, Puis la mort le mit aux abois (Loret, 7 août 1660, V. 255-256); Ah, Nymphe, je suis mort, ou du moins aux abois (Th. Corn., Berg. extrav., a. II, se. 5) ; Quand près de quelque objet vous jurez quelquefois. Quoi qu'en pleine santé, d'être presque aux abois (Id., Am. â la Mode, a. I, se. 3) ; Un nouvel Esculape en cette extrémité, Au malade aux abois assure la santé (Regnard, Ep. au M''* de...) ; 11 luy vint une sueur froide Qui la fit mourir toute roide. Et l'endit les derniers abois (Loret, 2 juil. 1651, V. 165-167). — Voici des exemples un peu moins communs : ce mois. S'en va demain être aux abois (Loret, 30 déc. 1656, v. 3-4) ; Dès que j'y veux rêver, ma veine est aux abois (Boil., Sat. VII, v. 27); Philisbourg est aux abois en dix jours malgré l'hiver qui approche (Bossuet, Bec. des Or. fun., 1699, 487-488, Or. fun . de L. de Bourbon) '.
aboyer et Japper — Les deux sont bons, mais Andry préfère le premier, qui s'emploie élégamment au figuré: c'est une femme qui a/)/>o?/e tous ses domestiques (i?e/Z. ,253). Cette j)référence n'est marquée par personne d'autre. Mais Alemand ferait deux mots de abayer et aboyer. Le premier serviroit au propre et au discours ordinaire, le second au figuré et au discours public [G. civ., 11-18). Aie. de S*-Maurice note que abayer se dit d'un homme qui regarde quelque chose attentivement sans rien faire [Rem., 176). Il confond avec bayer, béer. Furetière n'a garde de tomber dans cette erreur, où Richelet avait donné aussi en expliquant : aboyer par aspirer avidement après quelque chose, l'attendre avec passion ^.
abrier était cité par Pasquier comme un mot de Montaigne {Lett., liv. XVIII, 1 ; cf. Mén., 0., I, 435) ; * encore dans Oudin, 1642. — O Duil., G. Miege, Rich., A. ; * Fur., qui cite Mézeray et dans Th. Corn. : vieux mot; O Hug.
— elles veulent estre abriées du Soleil de Midy (Jard. fr., 32);. Enfin le bon Dieu nous, ab rie (S*-Am., 1,454).
abroger — Ternie de palais (Rich.); ne se dit guère que des lois et coutumes (Fur., cf. A.).
ahsoluloire, qui porte absolution. — O Rich., A., Th. Corn. L'Enterr^ remarque cet oubli et soutient que le mot est d'usage courant (171).
abstract — Terme d'école, qui n'est admis dans le commerce du monde que. si on traite un point de philosophie. Dire un homme abstract pour un homme abstrait, c'est ne pas parler françois (Bouh., Rem., 469). ^- O Rich.; * Fur. : terme de philosophie, A. : ib., il n'a guère d'usage que dans cette phrase : terme abstrait ou abstract .
abstrait, distrait — « Qui dit abstrait, dit une personne qui n'entre point dans la conversation, qui ne songe à rien ou qui songe à toute autre chose, par
1. Et, de Marseille aux rivages de Tyr. Son roiautne aboutir. Ahoullr est vieux et même bas (Chevr., Ms. Niort, 103, dans Boiss.).