Reg., I
2. Le mémoire de Valincour, dont l'Académie vota l'impression, le 22 février 1714, non retrouvé jusqu'ici, n'est autre, comme l'a prouvé l'abbé Urbain, que celui qu'on a vingt fois réimprimé en tète des éditions de la Lettre à V Académie de Fénelon. Il y proposait que : « tous les Académiciens qui sont à Paris seroient obligés d'apporter par écrit ou d'envoyer chaque jour d'assemblée une question sur la langue, telle qu'ils jugeroient à propos, sans même se mettre en peine de savoir si elle aura déjà été traitée par le P. Bouhours, par Ménage, ou par d'autres... La meilleure manière de trouver aisément des questions et d'en rendre l'examen doublement utile, ce sera de les chercher dans nos bons livres, en faisant attention à toutes les façons de parler qui le mériteront, ou par leur élégance, ou par leur irrégularité, ou par la difficulté que les étrangers peuvent avoir à les entendre ; et en cela je ne propose, dit Valincour, que l'exécution du vingt-cinquième article de nos statuts. Les académiciens qui sont dans les provinces ne seront point exempts de ce travail, et seront obligés d'envoyer tous les mois ou tous les trois mois à M. le Secrétaire perpétuel autant de questions qu'il y aura de jours d'assemblée. De ces remarques mises en ordre, on pourra aisément formerle plan d'une nouvelle Grammaire françoise, et elle sera peut-être la seule bonne qu'on ait vue jusqu'à présent» {Opusc. ac. de Fénelon, éd. Delzons, p. 14-15).
.3. Le discours de l'abbé de Saint-Pierre n'existe plus en édition originale, mais l'auteur le réimprima avec le premier, de 1712, probablement en 1714, après la mort de Fénelon .
4. On connaît assez le second texte. Voici un extrait du premier : « Il serait fort à désirer, ce me semble, que quelque académicien voulût bien se donner la peine de faire une grammaire française. Elle soulagerait beaucoup les étrangers, que les conjugaisons et les phrases irrégulières de notre langue jettent dans des embarras continuels. Les Français mêmes auraient besoin de consulter cette règle. Il y a un grand nombre de personnes, d'ailleurs très polies, qui ne savent leur langue que par le simple usage, et qui, n'y ayant jamais fait assez de réflexions, ne la parlent point d'une façon assez pure et assez correcte. Les Grecs, qui ne se donnaient guère la peine d'apprendre les langues étrangères, et les Romains qui commencèrent si tard à apprendre
tudes, et son mémoire, demandant qu'on fît trop, n'obtint pas qu'on fît quelque chose. On se tourna vers un nouveau Régnier, un nouveau sauveur, l'abbé de Dangeau.
Dang-eau n'est pas un grand homme, mais il ne méritait nullement les railleries des chansonniers ^ . Les bagatelles de l'orthographe, dit Saint-Simon, et de ce qu'on entend par la matière des rudiments et du Despautère, furent l'occupation et le travail sérieux de toute sa vie. Certes, il devait plaisanter, quand à un porteur de mauvaises nouvelles politiques, il répondait : il arrivera ce qu'il pourra, mais j'ai dans mon portefeuille deux mille verbes bien conjugués. Qui eût pu en effet se rendre compte de la joie intime qu'éprouvait Dangeau à avoir distingué dans les pronominaux les identiques, les réciproques, les neutrisés et les passives? C'était cependant une découverte, et il en a fait bien d'autres. Il était fort instruit, savait la plupart des langues vivantes de l'Europe : l'italien et l'espagnol, et aussi le portugais, l'allemand, l'anglais et le suédois ; la comparaison qu'il faisait de ces idiomes avec le sien, lui avait singulièrement ouvert les yeux, de sorte qu'influencé par la méthode logique, il ne s'abandonnait pas à elle entièrement, mais observait et rapprochait. Ce n'est pas seulement à la prononciation et à l'orthographe qu'il a occupé ses réflexions, c'est aussi à l'analyse, si délicate pour le temps, du verbe français ; il y montre un esprit hardi et exempt de préjugés.
Dangeau, remarque M. A. François (p. o0-51), s'était révélé comme un zélé pourvoyeur des séances académiques. Il avait débuté vers 1694, par y donner lecture de ses deux Discours sur les voyelles
le grec même, ne se contentaient pas d'avoir appris pendant leur enfance leur langue naturelle, par le simple usage. Us l'étudiaientdans un âge mûr par la lecture des livres des grammairiens, pour connaître les règles et les exceptions, pour observer les étymologies,Ies sens figurés, l'artifice de toute la langue, son analogie et ses variations.
Une bonne grammaire faite avec une méthode simple et facile soulagerait les étrangers, corrigerait certaines négligences des Français mêmes qui ont du génie avec une vraie politesse, et mettrait la postérité en état d'entendre plus finement toutes les délicatesses des bons livres qui ont été faits en France. Cette grammaire ne pourrait pas fixer une langue vivante, mais elle servirait peut-être à diminuer les changements capricieux qui altèrent une langue au lieu de la perfectionner » [Les premières réductions de la n Lettre à VAcadémie », Rev. d'IIist. Litt. de la France, 1899, .375).