CHAPITRE IV LE DICTIONNAIRE DE L ACADÉMIE
On a raconté, dans le précédent volume, pourquoi ce laborieux ouvrage avait été entrepris, et comment il n'avait pu être terminé avant la mort de Vaugelas. Ces lenteurs, par une suite de circonstances fâcheuses, faillirent tourner à une totale impuissance.
Vers 1670 surtout, il est très visible que le travail, à peu près abandonné depuis vingt ans, avait cessé d'intéresser la plupart des académiciens. Les séances étaient souvent interrompues, et attiraient peu de membres. A chaque instant on délibère sur la manière d'avancer le Dictionnaire. Le 26 janvier 1673, on rejette encore une fois la proposition de s'assembler les jours de fête [Reg., I, S8). Mais le 28 janvier 1675, le 30 mai 1676, nouveaux débats. Il est décidé qu'on tiendra séance en remplacement des jours de fête, et qu'on formera trois bureaux [Beg., I, 142); toutefois ces séances sont désertées, et dans le mois qui suit, c'est à peine si quatre ou cinq fois le minimum de douze membres peut être atteint pour les trois bureaux.
En outre, une nouvelle interruption est causée par la discussion des Cahiers de l'Orthographe {Beg., I, 122). On l'abandonne bientôt et on revient au Dictionnaire proprement dit, mais de révision eji révision, les progrès sont si lents que le 2 janvier 1676, deux bureaux reprennent en main l'un la lettre A, le second la lettre B [Beg.^ I, 132).
Colbert s'était inquiété. On le calma, dit-on, en le faisant assister à une discussion sur le mot ami ^. Le public, qui n'assistait à rien, se morfondait et s'impatientait. Arlequin, « empereur de la lune », raillait ce Dictionnaire auquel on travaille depuis 70 ans, et qui ne sera pas encore achevé de deux siècles [Th. ital., I, 161). Arlequin était un revuiste, à qui le Dictionnaire importait peu. D'autres, plus intéressés, sollicitaient ~.