Reg., I
4. 2 janvier 1693. « Après cela on a parlé de l'Epistre dédicatoire du Dictionnaire, de laquelle la Compagnie avoit chargé M. l'abbé Régnier Secrétaire » {Reg.,l, 322).
16 mars 1693. «Comme on est sur le point de donner le Dictionnaire au public, on a agité ce qu'il y auroit à faire, tant pour l'examen de l'Epistre dédicatoire que pour la Préface. Et après que la chose a esté mise quelque temps en délibération, il a esté dit qu'à l'égard de l'Epistre on suivroit la résolution qui avoit déjà esté prise là dessus, selon laquelle M. l'abbé Régnier secrétaire avoit distribué des exemplaires imprimez <le cette Epistre à tous ceux de l'Académie qui en avoient demandé... A l'égard de la Préface, on a résolu pareillement qu'il y seroit travaillé dans la mesme forme... la Compagnie a exhorté M. l'abbé Régnier Secrétaire de la tenir preste le plustost <iu'il seroit possible » {Reg., I, 323-24).
15 octobre 1693. « La Compagnie convoquée et assemblée au nombre de dix huit a délibéré sur la manière dont on procederoit à l'examen de l'Epistre dédicatoire et de la Préface du Dictionnaire dont M. l'abbé Régnier avoit esté charge et qu'il a mises sur le bureau : il a esté résolu à la pluralité des voix qu'on nommeroit avec luy quatre commi.ssaircs pour examiner l'épistre, et quatre autres pareillement pour examiner la préface » (//>., 1,331).
composer pareil morceau était envié. Des flatteries éloquentes et adroites pouvaient attirer l'attention du Maître et faire la fortune de celui qu'elles mettraient en lumière. Régnier ayant eu l'imprudence de s'absenter, on se jeta sur la proie. Charpentier obtint de faire imprimer une autre préface, qui passa après corrections. L'épître de Régnier fut également abandonnée ^.
Enfin le 24 août 1694, le Dictionnaire fut présenté au Roi.
Il est étrange, dit M. Marty-Laveaux, qu'il ne soit pas question^ dans les Registres, de la présentation du Dictionnaire de l^ Académie faite au Roi. Le Mercure d'août la raconte en ces termes : « Enfîn^ Madame, toute la France va estre contente. Cette Académie qui travaille depuis tant d'années à un Dictionnaire, attendu et souhaité de toutes parts, est prête à le publier, et vous n'en douterez point quand je vous auray dit qu'elle eut l'honneur de le présenter au Roy le 24^ de ce mois, jour de la Feste de Saint Barthélémy, et veille de celle de S. Louis... M. de Tourreil dit au Roy que l'Ouvrage que Sa Majesté vouloit bien leur permettre de luy présenter avoit esté achevé dans son Palais, par son ordre et sous sa protection ; à quoy il ajouta: « Pourrions-nous, Sire, n'avoir pas réussi? Nous avions pour gage de succès le zèle attentif qu'inspire l'ambition de vous satisfaire, et la gloire de vous obéir. Il nous est donc permis de nous flatter que nostre Ouvrage explique les termes^ développe les beautez, découvre les délicatesses que vous doit une Langue qui se perfectionne autant de fois que vous la parlez, ou qu'elle parle de Vous ».
Le Roy ayant écouté ce compliment, répondit tout haut en ces propres termes : a Messieurs, voicy un Ouvrage attendu depuis longtemps. Puisque tant d'habiles gens y ont travaillé, je ne doute point qu'il ne soit très-beau et fort utile pour la Langue. Je le reçois agréablement; je le liray à mes heures de loisir, et je tâcherai d'en profiter. » [Beg., 1, 334, note.)
Il est fort difficile de savoir ce qu'on en pensait dans la Compagnie. Furetière prétend que Racine, trouvant à l'ouverture du Dictionnaire imprimé des choses qui ne lui plaisaient pas, s'écria en plein
1, Mém. de la vie de M. VAbbé Regn. Desmar., p. xxv, cité dans Reg., I, 331, note 1. On trouvera dans cette note les indications nécessaires sur les divers projets de préface. Quanta l'^pi^re dédicatoire, il paraît, ditdAlembert, qu'elle « avoitétc pour les Académiciens un grand objet d'émulation ; car sans compter celle de l'abbé Régnier qui n'existe plus, et celle qui est imprimée à la tête de la première édition, je trouve encore deux autres Epîtres qui furent composées en ce temps là, lune par Charles Perrault et l'autre par ce même M. Charpentier qui avoit déjà fait la Préface de l'Ouvrage » {Hisl. des membres de l'A. fr. dans Reg., I, 331, note). La note indique où on peut trouver ces morceaux.
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bureau : Bon Dieu ! où nous fourrerons-nous quand ce Livre viendra à paroître ? le Public nous jettera des pierres! [Faci., I, 223). De fait, il en parle avec une extrême modestie. Il écrit à Boileau le 28 septembre que, pendant que, M. de Tourreil présentait l'œuvre de l'Académie au roi et à la reine d'Angleterre, à Monseigneur et aux ministres, Leers, introduit par M. de Croissy et M. de Pomponne, apportait au roi une nouvelle édition de Furetière, et qu'elle avait été bien reçue. Il lui semble qu'il y a là « un bizarre contretemps », et que le Dictionnaire de l'Académie ne paraît pas avoir tant de partisans que l'autre. Il ne dissimule pas qu'il a conseillé à son libraire Thierry de faire quelques pas pour avoir en France le privilège de Furetière, que peut-être il serait encore temps de l'obtenir. C'est là évidemment sa pensée secrète, car il demande à son ami de n'en parler qu'à Thierry (VII, 124). Elle contraste singulièrement avec l'orgueil naïf et officiel d'un Charpentier ^ . Mais elle est probablement plus près du sentiment général. Si on avait eu grande confiance dans l'œuvre, on n'eût pas en 1690, couru au Roi, au Chancelier, au lieutenant de police pour faire arrêter et saisir les volumes de Furetière [l^eg., I, 298-9).
Dans le public, le succès fut fort médiocre. « Jamais livre n'a été plus universellement désaprouvé que celui-là », dit un adversaire. Divers pamphlets parurent, qui contenaient d'assez justes critiques 2. En général, on paraît avoir reçu l'œuvre si longtemps
1. « L'Académie, dit-il, nous donne une image de la Langue Françoise, en son estât de perfection ; non point comme elleestoit autrefois; C'est pourquoy elle rejette les Mots qui sont entièrement hors d'usage, ny comme elle est dans la bouche des Artisans ou de ceux qui enseignent les Sciences ; C'est pourquoy elle rejette les Mots d'Arts et de Sciences, la pluspart desquels mesme ne sont pas François; mais Grecs ou Arabes. Elle s'est retranchée à la Langue commune, telle qu'elle est dans le commerce ordinaire des honnestes gens, et telle que les Orateurs et les Poètes l'employent. Par ce moyen elle embrasse tout ce qui peut servir à la Noblesse et à l'Elégance du Discours. Elle définit les Mots les plus communs, dont les Idées sont fort simples, ce qui est infiniment plus mal-aisé que de définir les Mots des Arts et des Scienceè dont les idées sont fort composées. Ainsi il est bien plus aisé de définir le mot de Télescope, qui est une lunette avoir de loin, que de définir le mot de Voir. Chacun en peut faire l'expérience. Cela laisse à juger quelle prodigieuse entreprise a esté celle de l'Académie quand elle s'est chargée de définir tous les mots communs de la Langue Françoise ; et quand elle n'auroit pas reiissi en tous, ne luy est-ce pas une grande gloire que d'avoir réussi en plusieurs ? Le Dictionnaire de l'Académie n'est pas seulement estimable par les Définitions de tous les mots, mais par la quantité de belles façons de parler, où chaque mot est employé, et par l'explication des divers sens qu'il peut recevoir {Rec. de pièces présent, à VA., 1689, Disc, de Charpentier, 283-5). Ces phrases sont reprises textuellement dans la Préface du Dictionnaire.
2. L'Apothéose du Dictionnaire de V Académie et son expulsion de la région céleste. Ouvrage contenant cinquante Remarques critiques sur ce Dictionaire. Ausquelles on en a joint cinquante autres sur divers célèbres Auteurs. La Haye, Arnout Leers, imprimeur, 1696 (c'est dans cette maison qu'avait paru l'œuvre de Furetière).
Le Dictionnaire des Halles ou Extrait du Dictionnaire de V Académie françoise.
promise avec une grande froideur et une indifférence presque complète. L'abbé Boisot, ce puriste de province, était très impatient de voir l'œuvre, quoique cinquante francs, ce fût beaucoup pour lui. Dès novembre 1694, l'abbé Nicaise le désabuse, et Boisot lui répond tristement : « Ce que vous me mandez du Dictionnaire m'en donne mauvaise opinion. Est-il possible que tant d'habiles gens aient laissé passer des choses si ridicules? Il faut toujours revenir à ce que dit Fra Paolo que, dans une compagnie nombreuse, quelque choisie qu'elle soit, il y a toujours du peuple. Le malheur est que le peuple fait le plus grand nombre et l'emporte par là » [Corr. Nicaise, III, 42, dans Jacquet, Vill. de Prov . , 97). De son côté La Monnoje écrit à Soyrot en novembre 1697 : « Je n'ai pas encore acheté le dictionnaire de l'Académie... Je veux, avant de faire emplette du vocabulaire académique, le voir, l'examiner à loisir... On en parle peu avantageusement, et d'habiles gens m'écrivent de Paris qu'assurément il n'enchérira pas » (B. N, ms. 10.433, p. 51, Ib., 96). Ce n'est que plus tard que le Dictionnaire de r Académie fit autorité, et ce n'est point sa valeur qui l'imposg.
1° Le défaut le plus apparent est dans le plan même : les mots sont, comme on sait, rangés par « racines )>. Le 13 mai 1677, Quinault avait bien, avec quelques autres, fait remettre en question cette disposition, déjà adoptée *. On se décida à la conserver pour plusieurs raisons: d'abord parce que ce plan était celui de Mézeraj et deVaugelas, et qu'après « trente-sept ans de travail uniforme on ne pouvoit donner semblable marque de légèreté » ; puis parce que « cet ordre fait voir la richesse de la langue » ; ensuite parce qu'il épargne beaucoup de peine, et de définitions, qu'il faudrait répéter aux composés et dérivés ; en outre qu'il faudrait recommencer tout, et que l'ouvrage « seroit une toile de Pénélope » ; qu'enfin « une si célèbre Compagnie devoit prendre une route nouvelle qui ne fust point frayée par des gents du commun, ce qui distingueroit son ouvrage
Bruxelles, Fr. Foppens, 1696, in-12. L'auteur est un puriste intransigeant, qui eût voulu voir disparaître non seulement les expressions inconvenantes, mais les familières : rire dans sa barbe, prendre la balle au bond, être comme Voiseaa sur la branche.
L'Enterrement du Dictionnaire de V Académie. Ouvrage contenant la Réfutation de la réponse de M. de M. et deux cents quinze Remarques Critiques, tant sur l'Epitre et la Préface, que sur les trois premières Lettres du Dictionnaire, A, B, C. 1697. Ces critiques exaspéraient Huet, qui les attribuait, non sans raison, aux réfugiés.
1. Furetière disait de son côté: «Quant au dessein qu'ils ont pris de faire un Dictionnaire par racines, au lieu de suivre l'ordre alphabétique, il ne leur sera volé par personne. L'usage en fera voir les inconveniens. Cette méthode est bonne dans les Langues Orientales et matrices, qui prennent tous leurs composés et dérivés dans leur même fonds : mais elle ne vaut rien à l'égard de nos langues vivantes, qui sont mêlées avec celles de nos voisins » {Fact., I, 221).
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de tant de petits Dictionnaires qui sortent tous les jours en foule des collèges » {Reff., 1,165).
Qui ne voit la faiblesse de ces arguments ? Les deux seuls qui aient quelque apparence, le deuxième et le troisième, ne résistent pas k l'examen, et ce qui a vraiment décidé l'Académie, c'est le désir d'en finir. Il est impossible de ne pas juger qu'elle lui a sacrifié une des seules qualités que le Dictionnaire pût avoir : la commodité. Obliger tous ceux qui avaient à s'en servir à faire chaque fois un petit travail grammatical pour rapporter les mots à leurs primitifs, ou réduire les chercheurs k ne trouver jamais qu'au moyen de la table, et k condition souvent de passer d'un volume à l'autre, c'était exclure le livre de l'usage courant. Qui irait chercher prevost k la suite déposer^ destroit derrière estreindre, invalider à valoir ou quintessence kestre^l Les critiques du temps ont eu beau jeu à compter les déconvenues. De dep à det 300 mots renvoyés, de ini k ing 193 ^ !
On est de ces renvois tellement ennuyé
Qu'on maudit le Dictionnaire,
Et qu'après l'avoir bien payé.
On voudroit l'avoir renvoyé
Dans la boutique du libraire {Apothéose^ 112-113).
On pense bien aussi que la science étymologique de l'époque étant quelque peu téméraire, il y a dans ces familles de mots quelques membres qu'on est étonné d'y trouver. Bran de vin par exemple est rapporté à hran ! et écrit pour la circonstance en trois mots. Je n'insisterai pas sur ces méprises, amusantes pour nous, mais que les contemporains ne pouvaient guère apercevoir.
2" 11 est incontestable aussi que les définitions sont souvent peu exactes. Ex. : « anémone : fleur printanniere qui vient d'oignon. » « Voici, dit VEnterrement, de ces définitions riches qui sont
1. Il s'en faut bien que ce plan soit suivi avec une rigueur absolue. Ainsi atourner est à sa place alphabétique, et non au simple tour. Carreau, carrelaç/e^ etc., renvoient ■kquarré, non carrefour Enclin renvoie à incliner, et incliner à déclin. Il ne semble pas qu'on ait vu leur parenté avec clin, cligner. Excrément n'est pas reporté à croître, sous lequel se trouve excrescence.
2. Les exemples amusants fourmillent. Cherchez nieusnier, vous lisez « voyez 'moudre » A moudre, « voyez meule ». D'encanailler, on doit se reporter à canaille ; de canaille à chien, et à chien on ne trouve pas trace d'encanailler. D'appas on est renvoyé à paistre, où il n'y a rien. Le mot a été oublié. Mais il est relevé dans la Table générale, et on le rencontre dans les additions du tome I. A anlistrophe, l'Aca- <iémie renvoie à strophe, où l'on cherche en vain. La table des additions dit : effacer ce mot. (Il est pourtant dans les Visionnaires, de Desmarets, comme l'a remarqué l'Enterrement du Dictionnaire, 211).
bonnes, en ce qu'elles se communiquent à d'autres choses qu'à celles qui sont définies. J'ai ouï dire, ce me semble que la tulipe est une fleur printanniere qui vient d'oignon. » Il n'était pas suffisant non plus de dire que le goujon est un petit poisson qu'on prend ordinairement à la ligne ; qu'une boîte est une espèce de vase à couvercle, et un cas un terme de grammaire ^.
3" Il s'en faut bien que le Dictionnaire de l'Académie passe en revue toutes les acceptions d'un mot. Ainsi à gouvernante, il oublie de mentionner que le mot se dit d'une femme ou servante qui a soin du ménage d'un homme veuf ou garçon, au lieu que Furetière l'observe. Qu'on compare les deux recueils au mot hauteur^ on verra que celui de l'Académie néglige l'emploi figuré de ce mot au sens de profondeur. Furetière donne avec raison un exemple : qu'on ne peut pas sonder « la hauteur des jugements de Dieu,, les secrets de la providence, qu'il se faut contenter d'en admirer la hauteur ». Au mot lutte^ je ne trouve pas mention de l'expression c?e/)o/ine iu^^e, expliquée dans le livre rival, et qui méritait de l'être dans ces phrases ; « Vous avez perdu de bonne lutte, vous êtes roi de la fève de bonne lutte. » A marmousets, on a négligé cette
1. Furetière s'en est fort égayé « Que M. Quinaut ne croye pas que je lui reproche cela en haine de la grande querelle que j'eus avec lui à lAcademie sur le mot contract ; lorsque je soutenois avec tous les Jurisconsultes, que c'étoit un Acte qui portoit une obligation réciproque, et qui naissoit du consentement de deux ou de plusieurs parties,, tandis qu'il soutenoit, au contraire, qu'il n'y avoit point de contract qui ne fût en parchemin et qui ne fût fait pour un mariage, ou pour une constitution de rente. Je lui ai pardonné les emportemens qu'il eut là dessus contre moi, et depuis j'ai vécu avec lui avec tant de discrétion, que je ne l'ai point combattu quand il a dit que la cire n'estoit pas une matière combustible, et qu'espnlmer une Galère estoit l'orner de palmes. Je me suis contenté d'en rire sous cape >> (Fat<., 1, l'4).
« Mais je sçai principalement que vous ne favoriserez pas les fautes grossières qui montrent l'ignorance de mes adversaires en toutes sortes de Littérature. Il suffira de faire voir icy de petits échantillons en chaque genre de science. Par exemple en Jurisprudence, ils définissent ic franc nlleii, une terre ou héritage qui appartient incommutablement à une famille. Ils donnent pour maxime qu'un brevet ne dure qu'un an, et le confondent ainsi avec une expédition ordinaire de Chancelerie.
- EnPhysique, ils disent que l'airain est une espèce de cuivre, au lieu que le cuivre est une espèce d'airain. Voilà une belle exactitude de confondre le genre et l'espèce. En Médecine, ils définissent une glande une tumeur dans l'aine, quoiqu'il y en ait par tout le corjis, sans tumeur. En Chronologie, ils définissent VEpacte un moyen de trouver l'âge de la Lune, au lieu que ce n'est que la différence de l'année solaire d'avec la lunaire. En Géographie, ils définissent une Généralité, une étendue de Jurisdiction : voilà une belle division de la France en Généralités !
«En Astronomie, ils disent que le globe Céleste est celuy où sont descrites les étoiles et les planettes, ne sçachant pas la différence qu'il y a des étoiles errantes d'avec les autres. Dans l'Art Militaire, ils appellent un aide de camp un adjoint au General, quoy qu'il ne soit que le porteur de ses ordres. En Musique, ils disent qu'accorder les instruments, (^"estles mettre toussons un même ton; ce seroit le moyen de faire un beau charivari. Et dans les Arts, ils donnent lieu de croire que la Poésie, la Sculpture, et la Peinture sont des Arts Mechaniques, parce qu'ils ne les mettent point dans la liste dwArts Libéraux » (//>., 11,81).
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manière de dire proverbiale : il sera demain [este, les marmousets sont aux fenestres. Et il en est ainsi fort souvent ; c'est dans ce genre d'expressions surtout que l'énumération de Furetière est plus complète, peut-être parce que l'Académie a voulu exclure des façons de parler réputées trop basses.
4" Un fait plus grave et plus intéressant pour nous, c'est qu'on trouve dans le Dictionnaire des phrases contraires à ce bon usage dont il s'agissait de donner le code. On y a relevé : arpenter le terroir de tel village, alors que l'Académie distingue ailleurs, après Vaugelas : terrain, territoire et terroir. Quoi est défini : particule qui tient lieu du pronom relatif lequel, laquelle, dans les cas obliques, tant au singulier qu'au pluriel. Or il était déjà de doctrine à ce moment que quoi ne s'employait qu'en parlant de choses inanimées, et, en outre, que quoi ne pouvait pas tenir lieu de pronom relatif au pluriel. Ressembler, avec un régime direct, comme dans il ressemble le chien du j ardinier , est un tour archaïque, etc. Ces fautes, légères en soi, étaient graves, parce que la Compagnie semblait donner de l'autorité aux tours qu'elle acceptait. Certaines allusions de Boileau attestent qu'il ne se dissimulait pas les fautes commises par l'Académie contre le bon usage. Ainsi il parle dédaigneusement de F « amas de proverbes qu'elle a entassés » [Corr. av. Bross., 76).
5** Enfin, ce qu'il importe de constater surtout, le tableau du vocabulaire français dressé par l'Académie est très incomplet ' . Assurément, on ne serait pas embarrassé de citer des mots qu'elle a recueillis et qui ne se trouvent ni dans Richelet ni dans Furetière. Tels sont :
* affectif (blâmé par Bouh., Suit., 26), * bag atelier (Racine, Let., IX, vi, 400), balsamique, cailloutage, *caïque, * carabinier, * cenobitique, * champignonnière, chirurgical, * décomposition," dégradation (de la couleur), * enthousiasmer,
* episodique, 'espièglerie, ' estourderie (donné comme nouveau par Bouh., Rem., 350), * exaggerateur, * exprimable, * fadeur, * galanteries (= petits présents,)
* héroïsme, ignoble, * inefficacité, invalider, * perceptible (encore blâmé par A. d. B., Suit., 238); * rivalité, verglacer.
Mais, cette liste pût-elle s'allonger beaucoup, et cela n'est pas, les concurrents de l'Académie, Furetière du moins, n'en repren draient pas moins encore l'avantage. D'abord admettons ]3our un moment la méthode de l'Académie, et considérons le recueil de Thomas Corneille comme faisant le complément inséparable de
1. L'Enterrement compte 69 omissions dans les trois premières lettres. Et il en est vraiment qu'on ne pouvait oublier : aguets, amputation, anabaptiste, anfractueux, appendice, etc.
l'œuvre de la Compagnie ^ . Assurément il répare beaucoup d'omissions ou d'exclusions ~. Thomas Corneille, qui semble avoir travaillé assez vite, a travaillé consciencieusement. Et il se rencontre qu'on trouve dans les quatre volumes que forment son Dictionnaire et celui de l'Académie réunis ce que Furetière ne donnait pas ^. Mais combien ce cas est rare auprès du cas contraire! C'est dans Furetière seul que je relève :
blanc-seing (provincial), 'bouderie, *capon (terme de collrg'e}, cassefeste, *catalectique, *chorus, * coinpotation (Chap., Let., II, 304), *contrejour, 'contreporte,, * convergent, * créole, crevaille, 'cristallisation, crochuer, 'déficit, 'défricheur, 'déicide, 'delarder, ' départager, ' deplorablement, 'dépolir, * diffusion, * divergent, * domesticité, * dulcifier," epO]^ée,* failli,
* ferrailleur, *gaz, * générique,* idiopathie, * ignition, iléon, immanent, imperitie, impropriété, inauguration, tncinera^ joai, mctofence, 'incompressible, incredibilité. increé, indéchiffrable, insciemment, insolation, insolite, "instigatrice, isnel, intégrant ; intentionnel, intersection, invulnérable, 'polémique, * rudanier.
Aucun de ces mots ne se trouve ni dans l'Académie, ni dans Thomas Corneille, J'en dirai autant de ceux qui vont suivre, et que cependant Richelet, avant Furetière, contenait déjà :
bibus, * botanique, boucan, * boudeur, "bouffissure, * capitan, *cartonnier, (fabi'icant de cartons), * casse-noisette, "copropriétaire, "dada, "débarrasser, " debredouiller; "decousure," dégringoler, * divertissant, gasconisme, humaniser,
* impénétrabilité,* inapplication, inobservation, * sournois ''.
Or ici il ne saurait être question de principes. Ce n'est pas parce que cristallisation était technique, capon populaire, caver vieux,
1. Dans certains exemplaires il est numéroté à la suite de l'Académie, t. III et IV.
2. On retrouve chez lui des mots, qui n'étaient pas dans l'Académie, et que donnaient Richelet et Furetière : * appresteur, * belandre," berme, " bidon, brandebourg, brisant, calquer, "caramel, "carénage, "coloriste, "comparse, * corporifier, 'deluier, "demaigrir, "esquisser, "évolution, * filtration, "homonyme, horaire.
En voici d'autres que ne donnait pas Richelet, mais que Thomas Corneille donne comme Furetière: "bambouc, '^ bazar, "berne, * biez, "hivoye, "bleuir, "boyer, "branchies, "bronches, "caecal, calamité, calenge, "cambiste, capsulaire, "carguer,cassaille, catafalque, ceintes, *cetacée, chambrer, charcutis, chevance, clergie, " colorant, "comité, * contact," decanat," déficit, * délestage, 'delicoter, dentale, déplantoir, "deso- 'pilatif, "détonation, * devers, "dispensaire, "équipement, "elhopée, 'excentricité, 'fécule, "flibustier, "granulation, "hygromètre.
De façon générale, on ne peut se passer de le consulter, c'est là qu'on retrouve des mots aussi usuels que berge, blette, botanique, bruine, cadastre, capilation, catacombes, chambrée, etc.
3. Je citerai comme exemple les mots : bordoyer, bossoir, brassoir, bretler, "briquet, caniveaux, casilleux {verre cassant), chantourner, chevanton, chlorosis, contrepente, dame-jane, delardement, etc., qui ne sont pas dans Furetière.
4. A ces exemples on pourrait en ajouter d'autres, de mots recueillis par Oudin, ou par Monet, et qui ne figurent pas dans les recueils académiques :/jredo«ineHr (0.)ca«er (ih.), desentraver {ib.), entrechat {ib.), fratricide {ib.), deraidir{ib.), dévoilement (M.),
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qu'ils pouvaient être exclus du recueil de Thomas Corneille. Il était fait précisément pour les mots dans ces conditions. Ils paraissent avoir été simplement oubliés. On avait bien oublié cavalerie, qui fut ajouté dans les additions, sans doute sur les observations de Furetière [Fact., I, 347).
La deuxième édition. — Dès janvier 4693, l'Académie décida de se mettre aune révision [Reg., I, 335 ; cf. 339), et en janvier 1698, il fut convenu qu'on y travaillerait sans interruption. Le 20 mai 1700, Régnier et Corneille sont chargés de revoir les feuilles au fur et à mesure qu'elles s'imprimeront {Reg., I, 357). Pendant tout le mois d'octobre, on s'occupe à introduire des mots omis (/j&., 363- 365). En mars 1701, les séances ont encore le même objet. Mais à partir d'octobre, il y a des cahiers terminés ^ et on les examine avec une extrême diligence.
Sur la suite, les Registres sont muets ; ce n'est qu'en 1717, le 4 janvier, qu'on y trouve des renseignements sur l'état de l'impression. Le premier volume est alors prêt à être tiré. L'abbé Renaudot et Valincour acceptent de soulager le Secrétaire {Reg., II, 18-19). Le 29 décembre, la Compagnie achève la révision, et les nouveaux volumes sont bientôt en état d'être mis en vente (//)., 39).
Aucune différence essentielle ne sépare cette édition de 1718 de la précédente, sinon qu'on a adopté l'ordre alphabétique. On y constate cependant des modifications de détail assez nombreuses, ainsi qu'on pourra s'en rendre compte dans le chapitre du Lexique.
Le vocabulaire de l'époque et les Dictionnaires. — Je dois avertir mon lecteur que, même dans les dictionnaires réunis, il n'est pas sûr de trouver tous les mots, qui s'employaient. Je citerai en exemple le substantif catholicité . Le Dictionnaire général l'a relevé dans les Mémoires de d'Aubigné(153). Il est dans une lettre de Guy Patin du 17 novembre 1662. Aucun dictionnaire ne le connaît. Et ce cas n'est pas isolé. Ruisselet est aussi ignoré. Mettons que ce diminutif fût «insupportable», ainsi que dit Bouhours [Entr., 44) ; il existait néanmoins. Il en est de même de câlin, camaraderie, cantonade, capricant, cati, etc.'^.
1. Voir les séances du 3, 6, 8, 10, 13, 15, 17, 20, 22, 24, 27, 29, 31 Octobre; 4, 5, 7, 10, 12, 17,24 Novembre; 1", 5, 7, 10, 12,15,22, 29, 30 Décembre 1701 ; cf. 2, 5, 7 janvier 1702.
2. Voici pour la seule lettre I une liste de mots que ne donnent ni Gaudin, ni Pomey, ni Guy Miege, ni le Dict. de Duillier, ni Richelet, ni Furetière, ni l'Académie: impayable {Songe du Vergier, dans Godef. CompL, H. D. T.); implexe ;Corn., Ct nna, Exam., Ih.); impolitesse {VaLUg., Bem., Ib.) ; imporlantis-
La lexicologie n'en avait pas moins fait un pas énorme. Enfin il existait des dictionnaires français, où la langue était recueillie, où elle figurait pour elle-même et non plus en fonction d'une autre langue, ancienne ou étrangère ^ Ces dictionnaires eussent-ils été beaucoup plus mauvais qu'ils ne sont, c'était un progrès significatif. Gomme l'italien, le français méritait donc d'être étudié et l'avait été. Gela faisait beaucoup pour sa gloire d'abord et pour sa diffusion, pour son développement intérieur ensuite.
Tous ceux qui ne suivaient et ne pouvaient pas suivre la Gour, pouvaient maintenant avoir en main des recueils de bon usage, recueils incomplets sans doute, où manquaient bien des détails de grammaire, des règles et des conseils, mais où il y avait des mots assemblés en phrases et des exemples-. La leçon théorique était absente ou écourtée, la définition était maladroite ou fausse, mais des modèles pratiques y suppléaient. Dans Richelet l'autorité des écrivains cités garantissait la correction et l'élégance des exemples ; dans l'Académie, c'était la compagnie elle-même qui était caution
sime (Chapel., Lett., II, 432); inadversion {Scarr . , Virg. trav., II, i6) ; incarcérer (texte de 1392 dans Du Gange, H. D. T.); incomplaisant (Malh., IV, 23) ; incorporé = sans corps (Ghapel., Lett., I, 690); incurie {IQll, Gotgr., H. D. T. ; ex. de Boss. dansL.); indestructible (Leibn. dans Trévoux, H. D. T.); infatuation (Saint-Sim., II, 58, Ib.) ; inflexibilité (Arthus Thomas, Comm. sur Apoll. Thyan. dans Delb., flec, Ib.); initiative (1567 dans Delb., Rec, Ib.) ; in-quarto (Boil., Lutr., 5, Ib.) ; inséparabilité (XlV^dans Godef., CompL, Desc, Médit., 3, Ib.); insondable (1578, J. de Léry, Voy. au Brésil dans Delb., Rec, Ib.) ; inspectateur (Mol., Fach., III, 2, Ib.) ; insultant {Boss., Élév. sur les mysl., Yl, H,lh.); intact (Saint-Sim., VII, 341, Ib.); intermédiaire (Ph. Bornier, Conf. des nonv. ord. de L. XIV, art. 7, titre 3, de l'ordon. de 1667, Ib.) ; interpolateur (1671, Us. et coût, de la mer, dans Godef., Ib.); interrupteur {La Br.,b,lh.); introuvable {B&h., Lett., XVI, 25, Ib,); inversable (Gherardi, Th. ital., III. 571, Ib.); invisibilité (Balz., Lett. inéd., 142, Tamizey, Ib.).
1. En présence des grands lexiques, que je viens d'étudier, les autres travaux lexicologiques peuvent être négligés. Je signalerai cependant un curieux livret : la Porte des sciences ou recueil des termeset des motsles plus dificiles à entendre, par D. G. S. D. S. S. Paris, Goignard, 1682 (Bib. Maz., 44 657). G'est un recueil de termes souvent barbares: acicrologie (diction impropre), consintion{disco\irs mal construit), parelion (qui ne sert de rien au sujet), mictonisme (ce qui se fait par la risée amère et le geste), etc.
Le Dictionaire gênerai et curieux, publié à Lyon, en 1685, chez P. Guillimin, par de Ilochefort, est une encyclopédie, qui n'a rien d'intéressant pour nous.
Au contraire, le Nouveau Dictionnaire François-Latin, de Danet, Paris, de Laulne, 1683, est à consulter. L'auteur dit dans sa Préface : « J'ai tasché d'éviter les mots barbares, de distinguer en diverses significations ceux qui sont équivoques, de marquer ceux qui sont vieux et hors d'usage, et ceux qui sont si nouveaux que l'usage n'en est pas encore assez établi. » Tout cela est exact. Les remarques de Danet sur la prononciation, sur le caractère élevé ou familier des mots, les éclaircissements qu'il fou.nil d'un certain nombre d'expressions montrent que, tout en s'appliquant au latin, il avait profité des travaux faits sur le français.
Mcnlionnons encore le travail du P. Guy Tachard : Dictionnaire françois-latin, Paris, 1689, in-4''. Il est très inférieur au précédent.
2. Furetière, pour les besoins de sa cause, les a comparés entre eux {Fact., I, 30 et «uiv.).
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de ceux quelle avait créés •. Les lacunes importaient peu. Nous sommes, nous, obligés de les signaler, mais, en général, en ajoutant le travail de Furetière et celui de Th. Corneille à celui de Richelet et de l'Académie, on trouve à peu près tous les mots qui existaient : l'inventaire du français n'est pas complet, mais il est très étendu.
Dans ces conditions, peu devait importer aux contemporains que Richelet ou les académiciens se fussent montrés trop enclins à exclure certains mots, on avait où les chercher ailleurs. J'imagine qu'on se félicitait plutôt, là où on ne pouvait pas connaître autrement le travail d'épuration du lexique, d'être guidé dans son choix, et d'apprendre quels étaient les mots courtisans. On voit bien aux railleries des pamphlétaires que le reproche qu'on fait généralement à la Compagnie, c'est de n'avoir pas été assez sévère.
Les lexiques de Richelet et de l'Académie apportaient aux puristes l'appui le plus puissant. Ils étaient le tableau de la mode du jour. Aucun recueil d'observations détachées ne pouvait entrer en comparaison avec eux ~.
1. Reçf., I, 324, note. Disc. deM. Bergeretàla réception de l'abbé Fénelon.
2. C'est pour cette raison que j'ai joint ici les lexicographes aux grammairiens, contrairement à ce que j'avais fait dans le volume précédent. Monet ne collaborait pas avec Vaugelas. Bouhours et Richelet sont inséparables.
Histoire de la Langue française. IV,