‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 38 sur 189 · AU TEMPS DE MALHERBE · texte numérisé non relu

AU TEMPS DE MALHERBE

La réforme n'avait pas cessé d'avoir pour elle des hommes de lettres. Est-ce en regardant à la rime que les poètes apercevaient les défauts de la graphie? La chose est possible. En tous cas, les dictionnaires de versification ne se sont pas fait faute de protester, eux aussi, contre cette fâcheuse écriture qui cachait des rapports d'homophonie pourtant simples et réels. Les poètes souffraient de ces incohérences ^.

Une réforme, pour laquelle on invoquait l'ombre de la Pléiade, pouvait-elle avoir Malherbe pour elle? Sans aucun doute, puisqu'une fois assuré de la victoire, il donna des vers à l'édition monumentale de ce Ronsard dont il avait jadis biffé l'œuvre entière. Mais le tyran qui régissait tout ne paraît pas avoir eu d'opinion bien arrêtée sur la question orthographique. En 1606, il n'avait pris parti que sur des points particuliers, et avec des idées contradictoires. Le d de nid ou de niid lui paraissait de trop, malgré rét\mologie, et inversement la rime innocence : puissance le choquait. 11 semble depuis avoir regardé la dispute avec indifférence. Son rôle dans l'histoire de l'orthographe est nul ~.

C'est ailleurs qu'il faut chercher les traditionnalistes. Mais il y en a, et de fort emportés. Sans parler du livre de Palliot, qui appartient encore au xvi" siècle, on ne serait pas empêché de citer des gens que l'idée de changer la physionomie de la langue ^ portait à toutes les violences. Aucun n'a eu l'éloquence plus indignée qu'un Français établi en Saxe : Abraham de la Paye. Il déclare déjà indigne du nom de Français ceux qui veulent « se rendre esclaves » de l'étranger, sans motif sérieux, et au risque de provoquer des confusions aussi dangereuses que celles de je toy et de festoy

1. Voyez le Dict. des rimes franc, de 1624, 2" pagin., 87 : Quel remède? (diraon). Les remèdes se pourroyent trouuer qui les recercheroit. (Il s'est guari autrcsfois de pires maladies), mais on est fort mal dispozé pour les receuoir. Et n'y a point longues années que de doctes et habiles homes s'en sont meslez, qui n'ont reporté de leur labeur quasi autre fruit que de la moquerie de beaucoup de gens, lesquelz toutesfois se deuroyct plustost moquer d'eux mesmes, d'estre si aueuglés en vne chose si claire. . . Il me semble donc, qu'il est grand besoing de retrancher nostre quatriesme e & de distinguer les trois autres de quelque remarque, comme aussy nos deux i.

Receuoir le K au lieu du (J et du C.

Introduire vne nouuelle lettre qui représente la double l espagnole pour escrire Souille, Soleil, & les semblables.

Retrancher VS liquide entre deux voyelles pour se servir du z.

Oster les consonantes doublées, pour escrire Foie, non Folle, Nule, non pas Nulle, Plateau lieu de Plalte, etc.

Et en fin receuoir vne marque pour vn accent long, sans lequel nostre Orthographe est sujette à beaucoup d'ambiguitez.

Page 1