‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 42 sur 189 · DE MONET A VAUGELAS · texte numérisé non relu

DE MONET A VAUGELAS

A l'époque de Vaiigelas le choix commençait k se faire. Lentement, mais sûrement, on allait vers une simplification. J'imagine que l'influence étrangère y devait être pour beaucoup '. Monet nous le dit, il avait reçu du dehors des félicitations et des encouragements ~. On eût pu s'attendre à ce que Vaugelas prît vivement parti contre les nouveautés. Il n'en fut rien. C'est après sa mort seulement que l'Académie choisit une orthographe pour son dictionnaire. Et on aura beau parcourir les Remarques, on n'y trouvera pas d'adhésion formelle à la thèse des traditionnalistes. Aucune théorie générale, ni pour ni contre. Si même on relève les quelques observations de détail qui se rapportent à l'orthographe, — il y en a fort peu — on demeure assez perplexe. Sans doute Vaugelas accepte l'idée de distinguer par l'écriture le sens des mots. Il veut écrire parallèle au sens géométrique et paralelle au sens littéraire (I, 193). Il préfère expressément p/i à /"dans les mots grecs (I, 202). Mais on pourrait rapporter des décisions d'une autre inspiration. Son usage général est archaïque, comme en témoignent estranger (I, 310), demesler (I, 208) et cent autres. En revanche il écrit stile (II, 309) et exent (I, 208), préfère bienfaiteur k bicnfaicteur (II, 10), ainsi de suite.

Il y a plus. S'il émet quelques principes, ils ne sont pas en faveur de l'étymologie, tant s'en faut. « L'Vsage ne s'attache point aux étymologies, et il n'en dépend qu'autant qu'il luy plaist. D'al-

trouue pas à propos de mettre vn e accentué à sa place, dautant qu'il oblige les estrangers à le faire sonner fermé où naturellement il est ouvert ; par exemple, estre qui se lit aitre, estant escrit être, doit bien prendre vn autre son selon la force du dit e. Et toutes ces raisons nous doiuent faire tenir à la plus commune façon d'escrire, qui est la plus seure (Oudin, Gram., 1615, 316-318).

1. Certains livres sont remarquables, par exemple les Lettres de Phyllarque à Ariste, II" part., où on trouve des orthographes aussi simplifiées que les suivantes : vu (p. 6), tems (7), sis ans {ih.), voiage (10), côté (ib.), cors {ib.), eaus {ib.), pardonable (11), triomfer (11), deus (13), à Ions trais (l i) et môme de Ver (129). Elles ne sont pas constantes, mais elles se rencontrent. Sont-elles dues à l'auteur ou à l'imprimeur (Nicolas Buon) ? Il est à noter en tous cas que le livre est de 1629, et que l'orthographe de Balzac est beaucoup plus compliquée.

2. Ils me repi'esantent l'équité du dessein, que iai eu, lors de ma première édition du Parallèle, de suppléer à l'incapacité de la tandre ieunesse de ce Roiaume, et de même, a celle des personnes de dehors, qui cherchent et aprenent les mots François, dans les Diclionaires, et les désirent au même ton que tousiours on les leur iete dans l'oreille : lesquels mots, et an ce ton, ils ne peuuent reconnoitre, dans les Liures de vulgaire orthographe : mais, dans mon Parallèle et Invantaire, ils les decouurent d'abord, et expédient soudain leur besogne, auec égal plaisir et profit {Invantaire des deux Langues fr. et latine, 1636, au Lecteur, 1" page).

1er au contraire, ce seroit vouloir monstrer que Ton ne sçait pas sa langue maternelle , mais que l'on sçait la Grecque ; et il est sans comparaison plus honteux d'ignorer l'une que l'autre » (I, 194). « Nous avons mille exemples de mots Latins pris du Grec où l'on s'écarte bien dauantage de leur origine » [Ib). Il va en un endroit jusqu'à reproduire le principe des phonéticiens. « L'escriture n'est qu'vne image de la parole, et la copie de l'original, de sorte que l'Vsage se prend non pas de ce que l'on escrit, mais de ce que l'on dit et que l'on prononce en parlant » (II, 201).

Je ne veux pas tirer de ces textes des conclusions qu'ils ne comportent pas, et représenter Vaugelas comme un novateur. Ma pensée est plutôt qu'il inclinait naturellement vers la tradition, mais il n'aura pas osé contrevenir à son principe, qui était de s'en rapporter à l'usage. Or il a dû avoir l'impression que l'usage ici n'était pas déclaré, et que, dans les salons où il fréquentait, comme partout, on était très enclin à faire des changements sérieux.

Les décisions prises au début des réunions académiques n'encourageaient ni ne contrariaient ces velléités. Elles étaient contradictoires. Le projet de Chapelain disait bien « qu'on s'en tiendroit à l'orthographe reçue, pour ne pas troubler la lecture commune, et n'empêcher pas que les livres déjà imprimés ne fussent lus avec facilité. Mais il ajoutait : qu'on travailleroit pourtant à ôter toutes les superfluités qui pourroient être retranchées sans conséquence » (Pell., éd. Liv., I, 103). En outre l'opinion de Chapelain, essentiellement conservateur, ne peut être prise pour celle du corps tout entier.

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