‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 56 sur 189 · Qu'iferoit-on? c'êt la coutume · texte numérisé non relu

Qu'iferoit-on? c'êt la coutume

on et forcé de vivre ainfi :

i,e plus Sain fè coront ici, É tout s'i change an apofturae :

Mais Ibrtons fans tant devifé" ^ sije voulois moraliler , je'n'aurois pas befogne faite :

jamais l'objet ne manqueroit , E dans une fi longue traite pêgafe anfin le lafferoit.

80. Toutefois, puiicp'ilaclês ailes, il peut biin alér plus avant,

É de fês plumes écrivant , j'an puis biin conter de plus bcles :

Mêtons-an donc une à la main ; Adieu, Tirfis,jufqu'à demain , 1 1 faut obéir au caprice , il faut q u'à ce Démon folêt, c lion faite an grofle Nourice , Donc del'ancreau lieu de lait.

Page 33 de la Rome ridicule.

s'habituaient à la réforme, et on apprenait à constater qu'elle facilitait la lecture comme l'écriture.

dans tous les mots. II supprime les lettres doubles, et marque la longueur des voyelles par un accent circonflexe, supprime ft, sauf dans Christ et Chreslien, change ph en /"(Voir \e Recueil des Voïages au Nord. Amsterdam, Frédéric Bernard, 9 vol. in-12, 1715. I, Avis, 19-24).

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Les Français. — A la longue, les Français se résignèrent k mettre les accents « à la Hollandaise » et à prendre exemple à Amsterdam ^ La concurrence d'éditions plus lisibles et qui devaient se vendre bien décida-t-elle leur esprit de négoce, ou l'exemple arriva-t-il à convaincre leur raison? Peu importe. Le fait est que la routine céda, et il est de première importance. L'orthographe publique était en effet alors à peu près tout entière entre les mains des imprimeurs.

Ils le savaient bien, et se considéraient comme maîtres en ces matières. L'un d'evix l'a dit avec force, si bien que je voudrais rapporter ici quelques passages de son livre, qui est médiocre, mais fort curieux. Il est intitulé (d'après l'ouvrage de Bouhours ?) Doutes sur V ortographe franceze^ et signé Jrilodrad (anagramme de J. Rodilard) 2, imprimeur à Paris. Par les contradictions même où aboutit ce praticien, on imaginera dans quelle indécision devait vivre une corporation à laquelle le code essentiel manquait.

L'auteur affecte d'être tout à fait ignorant, même des termes de grammaire -^ « S'il raisone quelque peu sur l'Ortographe, dit-il, ce n'est que par un long usage et par une grande aplication au travail, pour voir et faire les choses lui-même ». Mais il est épris de son art, et se scandalise qu'il y ait « autant de diferentes Ortographes » que d'imprimeries. Les ouvriers, eux, sont négligents. Ils mettront à tort et à travers es au lieu de es, parce qu'ils n'ont pas la place nécessaire à un s au bout de la ligne, ou au contraire ils abusent de e et de 3 parce que ces lettres sont plus faciles à prendre, plus à portée, et qu'ils ont peur de manquer de, quoiqu'on en mette dans les cassetins en abondance (29). Mais les maîtres doivent y veiller. Avec une amusante naïveté, Rodilard déclare que c'est la forme des livres qui importe avant tout. Or la forme, c'est la correction typographitjue et orthographique. L'orthographe est l'honneur de la profession. Rodilard tranche le mot, c'est la « profession même ' ».

1. M. A. Schinz a commencé dans la Revue de philologie française, 1911, l'histoire des accents dans l'écriture française.

2. Ce livre, auquel Didot (o. c, 240) ne me paraît pas avoir prêté une attention suffisante, m"a été ofl'ert par M. Henri Becker, ancien professeur de l'Université, docteur ès-lettres, que.je tiens à remercier ici publiquement.

3. «S'ils se servent de masculin, féminin, ou neutre; nom, pronom, verbe, adverbe, substantif et adjectif, et de quantité d'autres termes qui me sont inconus, je leur déclare que c'est du haut Alemand pour moi » (Épître). C'est là uneattitude, Rodilard emploie lui-même ces termes, mais visiblement il veut raisonner en imprimeur.

4. « On doit faire plus d'état d'un bon Imprimeur que dun bon Compositeur, parceque cet (sic) l'Imprimeur qui couronne l'œuvre ; et quand le Compositeur auroit faille mieus du monde, si son ouvraj,'e n'est pas bien imprimé, tout cela ne vaut rien, et ne lui fait aucun honeur, ainsi tout dépend de l'Imprimeur, duquel on ne sçauroit corriger son ouvrage, lorsqu'il est fait, comme l'on peut faire celui d'un Compositeur « (449-150).

Aux imprimeurs de la maintenir contre les auteurs^ contre les grammairiens même, u qui ne sauraient entreprendre de la corrig-er... sans Taide d'un hal)ile Imprimeur : l'expérience des choses l'emporte sur la science qui est sans pratique » (6-7). A eux aussi de l'enseigner au public, qui ne l'apprend que par le moyen des impressions, non des manuscrits (10) K

Malgré le désordre de l'exposé, on démêle les idées qui dominent dans ce traité des Doutes. L'auteur n'est pas ennemi des réformes, tant s^en faut, il propose même des changements assez hardis, quand il est libre. Ainsi il remplace ez par es, même dans les verbes : vous Jouïrés (27-32), il écrit religieus, ceus (61), etc.-. Sa préface a même fait illusion à Didot. Mais il pose en principe qu'on ne doit pas suivre l'usage, issu du caprice des « ignorants et des femmes » (65). Alors qu'il règne sur toute la langue, l'orthographe lui échappe : elle s'impose à lui. Il est seulement question de trouver tme règle .

Ceux qui copient ou qui écrivent ne peuvent pas la fournir. Ils orthographient trop mal. Pour avoir une orthographe fine et claire, d'abord il faut tâcher d'y mettre un peu de suite et de cohésion. Exemple : on rétablira partout Vi dans (jaig ne, J3retaigne, puisqu'on !e garde dans baigneur (o2) ; on écrira neantmoins pour garder sa généralité à la règle que n ne se met pas devant m (S5).

Il faut éviter les équivoques : feriez est mauvais, à cause de Jours feriez (40), de même dédierai k cause de dédirai (4.j). Ecrire chœur d'église et cœur d'homme (34), cents et cens (56), hoû (il bout), le bout, forest (péys) forêt (bois), eX foret (terebellum), ognons, nous oignons, pris, prix [S^-] OS). Je fai aurait l'avantage de distinguer la première personne de la seconde (58).

I. « (rest une méchante raison de dire que les Auteurs la veulent ainsi ; il faut plufôt dire que ce sont les Maîtres Imprimeius qui ne sçavent pas leur profession ; car si une personne aloit trouver un Maître de quelle Profession que ce fut, et qu'il lui dit: Mon Maître, il faut que vous fassiez cet ouvrage de cete maniere-là ; mètre eetc pièce avec celle-là, joindre celle-ci à cet autre ; n'est-il pas vrai que ce Maître Tui répondroit, Monsieur, je sçai ma Profession, cependant je fairai ce que vous Toudrez, mais cela sera ridicule » (Epître, p. 4-5).

Ailleurs il proteste contre les ouvriers et môme les « Maîtres qui suivent mot à mot, la copie qu'on leur baille, comme on a dit ci-devant, n'étant pas capables «l'autre chose » {M, cf. encore p. 71-72). 2. Cf. S3- 115

baj^uete au lieu de bapruettc

coline colline

cajoler cajoller

ehardoneret chardonneret

chansonete eiiansonnette

cliifre chiffre

dificile * dillicile

rchap«r échapper

balai au

lieu

de

balay

franceze

beuf

domter

françoise

bceuf

dompter

K'ucpe nonchalamant

guespe nonchalamment

péis lèms

pais temps

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Il faut garder les lettres qui aident à la dérivation : trafic serait mieux avec un q à cause de trafiquer (40), le / doit se conserver devant s ; intendants est mieux qnintèndans à cause d'intendante. Au contraire il faudrait adopter rcligieus ou reliqieu, à cause de religieuse (o6-64).

Mais ce ne sont là que des précautions. Le principe suprême et dernier, c'est de suivre le latin. On ne peut trouver de fondement solide que dans l'étymologie. « Il est impossible (d'avoir une bone

et solide ortographe) si on s'écarte de l'étymologie des mots

suivre l'usage, c'est fonder son Ortograplie sur du sable mouvant... l'étymologie est inébranlable » (70) ^.

Ce n'est pas à dire que l'auteur reste lui-même fidèle à ce principe.. Comment le pourrait-il, en voulant retrancher des lettres qui « empêchent de bien prononcer » ? A divers endroits, il raille la vieille orthographe, qui cependant était latine, advocat, soubmis^ nepveu, iousiours lui paraissent ridicules (69). Mais il n'en est pas arrivé là du premier coup. (( J'ai été longtèms, dit-il, à me pouvoir persuader qu'il fut permis de retrancher aucune letre dans le Francez, lorsqu'elle venoit du Latin, (jue les « ». Il ne pouvait se résoudre à réduire les doubles lettres bh, ce, dd, ff, mm, nn, pp, et autres « qui sont dans le latin » (10). Il a dû faire réflexion et s'imposer ua effort. Cet effort l'a libéré en partie de sa propre doctrine. Il est partisan de la suppression des lettres doubles inutiles : aporter^ aquerir, aprocher (23) sont mieux écrits ainsi. Mais ce sont là des détails. En général il referait la langue, comme autrefois Sylvius, pour la calquer sur le latin 2. Pour une fois qu'il incline l'étymologie, à cause des obscurités et des confusions qu'elle entraîne 3, dix fois il lui donne la préférence.

1. « Comment ce sçavant pourra-t-il convaincre cet ignorant, s'il n^a recours au Latin ?... Qu'un Parisien soit avec un Bourguignon, ou d'une autre Province; ou biea que ce soit deux personnes de diférèntes Provinces de France qui parlent ensemble,

on conoîtra fort bien à leur parler qu'ils ne sont pas d'un même lieu On void donc

par-là qu'il est d'une nécessité absolue de ne point s'éloigner de l'origine des mots., afin de ne pas renverser entièrement l'ordre; si cela êtoit permis, un chacun fairoit une Ortographe à sa mode » (66). Humainmènt, président ou présidant seraient bons, mais le second ne conviendrait que dans des mots qui ne proviennent pas du latia (46) ; hypoteque ferait de la peine à trouver dans un Dictionaire (50) ; précieux ne vaut rien, puisque le latin dit preliosus (60). Ecrire aiguille, aiguière, phénomène, inventaire, lancequenet (il peut venir de lance de soldat), rheumatisme, septième

(n-iu).

2. « Il nous semble quil y a une grande diferènce entre verd et vert ; du «erd c'est une couleur ; et du vert c'est une chose qui n'est pas en maturité, ou qui n'est pas sèche : car on dit du bois vert, un fruit vert, du vin vert, il a la tête verte ; ainsi o» devroit distinguer ces mots, et mètre ceus de couleur ou qui en dérivent avec un <t, car aussi-bien il vient du Latin viridis, et dire cire verde et non pas verte >> (42).

3. Ainsi dans archange le h fait équivoque (cf. rechange, 53-4).

Malgré ses incohérences, l'état d'esprit de cet imprimeur m'a paru typique. Ses réformes importent peu, sa façon de concevoir la question est tout à fait intéressante. Le but pour lui, c'est d'arriver à l'ordre et à la régularité, le moyen c'est le latin. Or nous avons à faire à un homme sans grande instruction, qui a peu étudié, ses préjugés ne sont que plus significatifs. La corporation qui faisait de l'orthographe sa chose, ne voyait de règle et de salut que dans le calque servile de l'orthographe latine.

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