Genève, J. Ant. et Sam. de Tournes, 1663, 8". Au Lecteur
3. Grâce à la complaisance de mon collègue M. le Prof. Ilaas, j'ai pu consulter la 1" édition de cette G m m maire, conservée à la Bibliothèque de Gœttingen. La doctrine de Chifïlet est la même que dans l'édition de 1680, du reste à peu près identique à la première.
•i. « Si l'on veut bien étudier les Règles de la Prononciation, il ne sera pas nécessaire de chercher les moyens d'écrire comme l'on parle. Car outre que c'est ime entreprise impossible, elle toinberoit en de grands inconveniens ».
5. « Par exemple, granl el (fraudeur ; car il faudroit dire grantear ; tams et temporel ; car il faudroit dire lamsorel. Enfin ce seroit une laide discorde entre la pluspart <lcs Primitifs et de leurs Dérivez » (1675, 194).
fades nouveautez » (198). « L'usage des bons Ecrivains est toujours préférable aux extravagances de quelques particuliers » . Les plaintes des étrangers ne doivent pas toucher les Français i, une orthographe simple n'empêche pas les nations d'articuler le latin chacune à leur manière ^.
Ce n'est pas à dire pourtant qu'on ne puisse rien améliorer. Un vaut mieux que ung et devoir que debvoir. Ghifïlet écrit médisanSy ajouter^ avertir^ aveu, avocat, effet, respet, instint, omettre, sou^ mettre, sujétion, montagne, lit, fait, colère, Baccus, estomac^ arcange, flame, consone. Ailleurs, devant l'embarras oii il se trouve d'enseigner quand il faut prononcer Ys, l'auteur va plus loin : « C'est maintenant une bonne coutume de plusieurs Sçavans, dit-il, de ne point écrire Vs, en beaucoup de mots, où elle ne se prononce pas, principalement en ceux qui sont composez de des, es, mes ; se contentant de mettre un accent aigu sur Te, comme défier^ écrire, mécroire. On n'écrit plus deuxiesme, etc. Mais, à dire vray, tout cela n'est qu'un trop petit remède à la bizarerie qu'il y a en nostre Orthographe, au sujet de Vs, s'il la faut prononcer, ou non ». Et dans cet embarras, Chifïlet devient à son tour réformateur, mais au lieu de retrancher des lettres, il en ajoute : « Je ne vois autre moyen d'en faire une parfaite distinction, que d'écrire une double ss au lieu d'une simple, quand elle doit se prononcer devant les consones, par ex. : escrire avec une seule s, puisqu'elle est muette, et desscription avec deux s, pour signifier que Vs y doit estre prononcée » (Id., ib., 270-1). Ainsi cet adversaire, sur un des points essentiels, n'ose pas défendre la tradition. Il ne trouve pas le remède, mais il en cherche un. La résistance en était là.
J'ai voulu rapporter ici l'opinion de ceux qui enseignaient le français et l'orthographe, où qu'ils fussent. Mais il est bien clair que c'est l'opinion des maîtres français surtout qui importe. Or il résulte de tout ce que j'ai exposé que, du jour où l'orthographe a commencé d'être enseignée, ceux qui avaient la charge de la montrer aux enfants se sont plaints plus ou moins vivement, selon leur tempérament, de la bizarrerie et de la complexité de cette orthographe et en ont demandé la réforme.
1. « Il est bien vray que plusieurs étrangers se plaignent de ce que nostre langue ne se prononce pas comme elle est écrite ; et ils se vantent qu'ils ne sont pas sujets au mesme reproche >> (Id., ib., 196).
2. « Faites lire une mesme page de quelque livre Latin, à un Allemand, à un Italien, à un François, à un Anglois ; vous verrez que chacun d'eux la prononcera à sa mode, fort difTeremment des autres. Et comment ferez-vous donc pour écrire d'une telle manière, qu'ils prononcent comme vous ?
« La Prononciation des langues ne se peut apprendre que par l'oreille, les yeux n'y suffisent pas » (ld.,ib., 19i-19a).