LES CONSÉQUENCES. NAISSANCE DE NOUVEAUX GROUPES DE CONSONNES
s+ CONSOA'NEA LAMEDIALE. — Le français moderne articule des groupes de consonnes que l'ancien français avait réduits par le jeu des lois naturelles. Les premiers grammairiens se sont déjà aperçus du fait et de la cause. Sylvius note maître, écuelle, en face de domestique, scolastique, et l'idée lui vient que ces derniers ont été empruntés récemment, et introduits dans l'usage des savants- (Th., II, 317, n. 2). Henri Estienne a développé cette doctrine dans une page très intéressante des Hypomneses, dont Thurot ai donné le texte (II, 318) K
Ce fut un des points sur lesquels se porta l'attention de tous,, depuis un spécialiste qui y prit l'idée d'étudier les « doublets » •■',. jusqu'aux simples maîtres de lecture française, soit français, soit étrangers. 11 faut considérer que l'écriture était ici, comme ailleurs, une souveraine maîtresse d'erreur. On écrivait /'este, et il eût été ridicule de prononcer s. On écrivait festoyer, et là il valait mieux la faire entendre. Nul moyen de s'y retrouver sans guide. Ceux qui enseignaient dressèrent des listes. Il y en a dans presque tous les ouvrages, depuis Palsgrave ; elles se perpétueront (k peu. près identiques après Oudin), jusqu'au jour où l'Académie se
1. « Je crois que cela est arrivé parce que ces mots qui ont conservé l"s soiitl>eaucoup plus récents que les autres, et ont commencéà être usités après seulement qu un long usage avait, dans les autres mots, en quelque sorte usé ou plutôt broyé cette lettre s. Démonslration est beaucoup plus récent que démonslrer, bestisl ou bestialité que teste, tempeslatif que lempeste ; l& preuve en est que le vulgaire comprend demonstrer, hesle, lempesle, mais non pas les autres, ni surtout ilémonstration, bestial ou bestialité. Le mot tempestalif esl connu du j^euple en quelques endroits, en particulier à Paris, quoiqu'il n'y ait aucun doute que ce mot ne soit d'un usage trèsrécent. Quant au mot />as<eu7', il est inconnu au peuple; ce (jui me porte à Iccroire, c'est que nos ancêtres disaient pa-sfourean, encore usité aujourd'hui; il était prononcé sans doute avec s muette comme de nos jours. Si pasteur est inconnu au a ulgaire, à plus forte raison pastoral. Bastonnade était un mot encore plus inconnu au. peuple ; c'est probable, ou mieux c'est certain, car encore aujourd'hui le peuple ne le comprend pas, sinon par conjecture ; il l'emploie peu, car il est de formalioiii italienne, étant venu de la langue italienne ».
2. Catherinot, Les doublets de la lamjue (Paris, I6sa, îklaz.. 1!)0'.). i"* p.;„