LES CONSÉQUENCES
Dans la plupart des cas, ou avait troussé la queue aux mots latins, comme disait H. Estienne, et on écrivait : contracta exact ^ intact, tact, abject^ aspect^ circonspect, correct, direct, infect, respect, suspect, strict, défunct. On articulait une seule des consonnes, tantôt la première ', tantôt la seconde ■. Ainsi Richelet était pour cf/zat, Mourgues (1685) pour egzakK Tous les mots en cet hésitaient (le même entre quatre prononciations ekt, eh, et, é. Dès la fin du xvi" siècle, le groupe kt se faisait entendre dans direct et incorrect. Mais, en g-énéral, au xvii" siècle on était plutôt enclin à faire sonner le A, et à laisser tomber le t (Th., II, 103-106) '*.
P. — La finale ption est fort commune dans les mots savants. Le/? paraît s y être prononcé depuis le xvi® siècle.
Après voyelle nasale, il y a eu cependant de grandes hésitations, et ce n'est qu'à la fin du xvii*' siècle que la règle de faire entendre le / est fixée pour assomption, somptuosité (Richelet), présomptueux, présomption (Académie, 1694).
Au début des mots, on disait saume, sautier. Mais psalmiste, psalmodie et l'orthographe psaume ont entraîné une restitution. Richelet est pour psaume, que cependant beaucoup persistaient à prononcer encore à l'ancienne manière, au commencement du xviii'" siècle.
(i. — Il ne donna pas lieu à de grandes difficultés. Dans les mots tout savants apophtegme, diaphragme, énigme, il se prononçait dès le xvi'' siècle. Au xvii", on le prononça dans augmenter, dogme, suggérer (Oudin), flegme (Richelet, Thurot, II, 344).
Lue tentative pour restituer gn dans les mots français échoua. 11 y avait trop longtemps qu'on avait un îï dans agneau par exemple ; gn prit cependant sa place dans lès mots calqués sur le latin : stagnant.
1). — Le d des mots savants faillit entraîner la modification d'une foule de mots, qui s'étaient toujours prononcés a, mais s'écrivaient
1. El n'êlre plus si. circonspec. Miiis,ô Princesse.' lerespec Quej'uy (Loret, li fév. U)5i, V. 9-10).
2. Tiii dû craindre en si r/rand siijel De ne rien faire que d\ihjel (Scai-r., Œuv., I. 362 ; cf. Loret, 13 août 1651, v. 141).
3. Je le crois fort exact ; Quand on a sa parole, elle vaut un contrai (Boui>., Méd. vol., se. 19); M. Rosset ajoute (350) : Au temps de Domergue il n'y avait plus que deux prononciations, l'une savante, egrca<, l'autre populaire, egza, et Domergue conclut: « Celte dernière prononciation me paraît devoir l'emporter, parce que ces deux mots étant dans la langue usuelle, le besoin de les émettre souvent en abrégera l'émission. >. Il n'avait pas prévu que les F'rançais se contraindraient à parler grammaticalement. Jù^zakt cslla. prononciation académique et officielle depuis 1835 ; mais lin entend encore eçfza (Micliaelis et Passy, Dicl. phonét.).
i. C'est par là que s'explique la tradition qui prescrit encore de prononcer en liaison im ,is/;e/i- admirable, le respek humain. Suivant Lesaint, il faudrait même dire suspek à son parti.
186 HISTOIRE DE LA LANGLH FKANCAISK
acL Vaugelas en était si effrayé, qu'il eût voulu faire abandonner l'orthographe étymologique. On n'osa pas le suivre. De la sorte, des femmes pouvaient encore s'y tromper, et articuler adversion pour aversion.
Mais, comme pour s, on lit des listes, et la langue ne fut vraiment guère troublée. M. Rosset (p. S^îl) a dressé le catalogue desmots où d s'imposa. Ils sont presque tous savants : adverbe (Masset, 1606), adjurer^ admirer (Maupas, 1607), administrer, adjacent (Martin, 1632), adjectif (Oudin, 1632), adjonction, admonester, admonition, administration (Vaugelas, 1647), coadjuteur, inadvertance (Richelet, 1680), adjoindre (Acad., 1694), adverse, adversaire, adversité' (Acad., 1718).