‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 85 sur 189 · RÉSISTANCE DE L INSTINCT POPULAIRE · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE DE L INSTINCT POPULAIRE

oie, ois, oit, oient, fussent prononcées en è : j aimés (Th., I, 379). On accepta également e dans l'infinitif des verbes : connoistre, paroistre, et dans quelques substantifs : monnoie, cloie, ivroie, roie, mortoise, enfin dans l'adjectif foible.

Mais ailleurs, on prétendit maintenir ive dans le discours soutenu et la déclamation. Orcet?oe avait changé son e fermé en un e ouvert. La prononciation ordinaire, dès le début du xvu" siècle, était wè. Cet (' était fort voisin de a, surtout devant /', nous l'avons vu. En maintenant icè, on préparait donc le succès de iva, car on allait être incapable d'empêcher la transformation de è en à, comme on l'avait empêchée ailleurs. En effet l'orthographe oi ne servait ici de rien, elle n'écrivait ni e ni a, et ne pouvait contribuer par conséquent à faire triompher la prononciation académique we. Bien entendu, .tous les grammairiens qualifiés déclarèrent que cette prononciation iva était bonne pour des gens ignorants de toute règle (Hindret, 1687, Th., I, 398). Ils furent écoutés pendant le x vu*' siècle, ce qui fait que les lettres oi avaient alors trois prononciations è, ive et wa K

Conclusion. — Telles sont les conditions dans lesquelles se développe, à partir de cette époque, la phonétique française. Elle ne s'arrête pas, elle évolue, en opposition fréquente avec une tradition graphique qui la cache, l'altère et la contrarie ; sous le contrôle d'hommes qui prétendent non seulement l'observer, mais la diriger, la contraindre, ou même l'arrêter. D'où un trouble profond dans les lois générales. L'application s'en trouve ou suspendue ou limitée ; il s'y substitue même, pour toute une catégorie de mots, qui échappent à l'action populaire, des décisions arbitraires, individuelles et parfois contradictoires. Les faits qui se produisent sont encore nombreux et importants. J'en ai cité, je vais examiner ceux dont je n'ai point parlé; mais il m'a paru utile tout d'abord d'étudier le caractère de quelques-uns, pour montrer sur quels faits s'appuient ceux qui considèrent qu'à partir du xvii'' siècle il n'y a plus de phonétique française, mais seulement une histoire de la prononciation.

1. Devant voyelle, oi, écrit oy, hésita entre la prononciation populaire oy et la prononciation savante wey ou mi-savante way.

Devant n, oi n'était pas la diphtongue wa, mais la voyelle o suivie de la consonne nasale palatalisée n, écrite in, ign, gn. Seulement dès le xvii" siècle, le groupe de lettres oign est décomposé en oi et gn au lieu de o et ign. C'est ce qui explique les doubles prononciations comme o-gnon et oi-gnon. Les premières, considérées comme populaires depuis le xvii° siècle, disparaissent peu à peu.

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