‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 92 sur 189 · Rosset (o. c, 267), cite une foule d'exemples · texte numérisé non relu

Rosset (o. c, 267), cite une foule d'exemples

— Grand Dieu, qui fais naisire et calmer, Et sur la terre et sur la mer,

Nostre crainte et nostre assurance,

Preste l'oreille à ceux qui révèrent tes loix. (Racan, II, 170.)

Et sur mes pavillons je voy déjà dans Vair

La Victoire voler. (Id., i/)., 88.) Semblables à ces fleurs que Von ne peut sauver Des rigueurs de ihyver, (Id., ib., 89.

Des communes intelligences

Que l'esprit ne sçauroit cacher.

Par les sentimens des sciences,

Se communiquent à la cher. (Théoph., I, 39.) Qui ne s'estonneroit, entendant reciter

Que les oyseaux frappés du venin de cet air... (Ant. Corneille, 68.) Il porte dans le flanc un cœur peslry de chair; La perte d'une mère a droit de le toucher. (Id., 79.)

— De l'élément nitreux le monstre le plus fier Se rendroit plus sensible en m'escoutant prier.

— Mais Ovide m'apprend dedans son Art d'aimer Qu'au véritable Amant rien ne doit estre amer.

— Mais je ne parle plus qu'à la fille de Vair!

Elle a fermé l'oreille, et vient de s'en aller. (Gil. de la Tessonn.,

Desniaisé, II, 7.)

— Qu'ils viennent, ces faiseurs de mariage en Vair ;

Ils auront le plaisir de m'entendre parler. {Monlf[., Le Coméd. poète,

11,3.) Il y a bien d'autres rimes analoj^ues, jusque chez les classiques. Voir Souriau, Evolution du vers fr., 279. Molière accommode douter el Jupiter et nombre d'autres. Toutefois, si nous sommes sûrs que lui faisait sonner r, il se peut au contraire que d'autres poètes aient rimé: Jupité nvec douté{r), ché{r) avec mé{r). Vaugelas s'est trompé à ce sujet, quand il a parlé de la façon dont on prononçait dans l'Ouest.

Histoire de la Langue française. IV. 14

Cette prononciation finit en effet par s'imposer, mais longtemps après K

Ces faits phonétiques eurent toutes sortes de conséquences. Les verbes se trouvèrent classés par la force analogique en deux catégories, comme ils le sont encore aujourd'hui : 1° ceux qui ont le présent en s et linfînitif en r : finis, vois, crois, ris, finir, voir, croir[e) rir[e) ; 2° ceux qui ont le présent en e, l'infinitif en é : aime, aime[r). Les premiers allaient continuer à tirer leur futur de l'infinitif, les seconds le formaient désormais du présent + rai.

On peut aussi rapporter à ce changement des faits qui paraissent d'abord n'avoir aucun rapport avec lui, comme la disparition de l'infinitif substantivé. Du moment que le marcheur) sonnait comme le marché, le tup[r) comme le tué, la formation ne pouvait se continuer. L'esprit de l'auditeur se portant naturellement vers le participe substantivé, si commun, il eût été exposé aux plus grossiers contre sens.

IL Noms en EB. — L'hésitation fut grande aussi. On entendait d'une part des finales en è -\- r : enfer, d'autre part des finales en e sans r : bercer. Il est vraisemblable que, dans le premier cas, r, protégé longtemps par une consonne tombée ensuite, n'avait été que plus tard exposé à l'amiiissement général des finales. Quoi qu'il en soit, Frémont d'Ablancourt est seul à noter ici une tendance de r à l'affaiblissement. Les grammairiens n'ont pas eu grande peine à maintenir r ; il n'était pas vraiment menacé. Donc la prononciation de la finale écrite en er était ou bien un é sans r : cavalier, ou un è-\-r : fier, comme aujourd'hui. Point de noms en e -|- r ni en è sans r. Les mots nouveaux se rangeaient dans une des deux séries -. Le mot cuiller offre un exemple frappant des changements qui se produisent. On avait dit cuillé. La restitution de r entraîne le changement de e en è : cuiller -^

vOn remarquera sans peine le lien étroit qui unit cette loi à celle que nous avons exposée au sujet des noms écrits ère, en réalité pro-

1. Des préceptes des théoriciens on garde IV en liaison: aimé-ren haut lieu.

2. Les mots familier, allier, singulier, particulier faisaient entendre r final, le y était ouvert (Th., Il, Ib9j.

3. Les poètes présentent en grand nombre des rimes inexactes où on a confondu e et ér (Voir M. Rossct, o. c, 270) :

Afin de rafraischir ceux qail tenait si chers,

Les rochers ainolis se changeaient en fontaines

Quand leurs cœurs endurcis se chamjeoient en rochers.

(Racan, il, 248, cf. Ib., 121.)

Car cest sa fille unique, et le bruit court d'hier Qu'il a tiié pour elle un jeune Cavalier.

(Boisrob., Les appar. Iromp., I, l ; cf. La folle gageure, V, 13.)

nonces èr. Elle est restée depuis en vigueur et explique nos féminins : dernier^ dernière ^ Toutefois il n'est pas sûr que er n'ait pas ici été ma ntenu assez longtemps sous l'influence du féminin (cf. Rosset, o. c, 271 et Th., II, li8).

III. Les mots en our^ or, <r, ar sont en majorité savants. Les mots populaires qui avaient perdu r, dont j'ai parlé au tome II, p. 271 : plaisi{r), touJou[r)s, acco[r)t. suppo[r)t subirent l'analogie des mots savants, et reprirent lu consonne.

Après a, l'amûissement s'arrêta aussi. La confusion qui a régné longtemps entre des formes comme brancard et hrancal, bocard et bocal, poignard et poignal, cessa peu à peu.

Après eu, la restitution fut très tardive (cf. Th., II, 271). Dans la conversation, jusqu'en 1660, on disait jorocwreu, laboureu. C'est à partir de cette date que l'influence des théoriciens commença à se faire sentir. Elle ne s'exerça pas sur tous les mots en même temps, ni de la même manière (Th., Il, 166). Dans les mots savants, dit M. Rosset (p. 272), la restitution de r est certainement due à l'influence du latin. « Quand les noms viennent tout entiers du latin par le seul changement d'or en eur, comme orateur, auteur, etc., c'est une règle qu'on fait sonner eur à la fin, suivant Bouhours (Th., IL 164). Cette restitution a été fortement aidée par le fait que beaucoup de ces mots étaient féminins {la blancheur) ; et comme on l'a vu à propos de cuiller, c'était une tendance de donner une désinence féminine, c'est à dire de prononcer la consonne finale aux mots du genre féminin. Ce fait explique que cette restitution savante ait triomphé en somme assez vite ».

Pour les ternies concrets, ceux qui n'avaient pas de féminin en euse se prêtaient plus facilement à la restitution de r. Hindret le dit explicitement : on ne dit point amateux, exécuteux, imposteux, ra/>or<e«a7, parce que ces mots n'ont point de féminin (Th., II, 167)2;

Eh bien ! vous le verrez, je veux vous raccorder ! Mais, si c'est un Fanlàme, un corpsqui n'est que d'air, N'aurez-vous point de peur ?

(ïh. Corn., Feint AslroL, III, 6 ; cf. Am. à la Mode, I, 1.) C'est, n'en déplaise au sexe, un plaisir bien léger; Dés qu on le prend, il cesse d'être, Et toujours il coûte trop cher.

(Perrault, Barbe bleue, Moralité.)

Boileau fera rimer hier et Garnier {Lutrin, IV, v. 175-176); ailiers et fiers (Art poétique, III, v. 133-13 li.

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