Les mots en air ont toujours fait entendre é-j-r
2. Toutefois on disait vainqueu. Ghai)elain dans une Lettre à Balzac du 14 août 1638 conseille de chauffer vainqueux en maistres dans les vers suivants : C'est assez de chanter les grandes actions Que firent nos ayeux Maistres des nations. On évite ainsi le son pareil de vainqueurs eld'ayeux.
l'influence savante pouvait donc s'exercer plus librement en ce cas-là.
Ceux qui avaient un féminin en euse étaient plus attachés à la prononciation eu ; la forme féminine était un obstacle considérable à la restitution de r ; cependant les grammairiens sont arrivés à rétablir cet r. Ils ont attribué à la prononciation de /• un caractère plus élevé : « Quand on parle simplement et sans émotion, on parle comme s'il y avait eux : c'est un flateux. Au contraire, quand on le prend sur le haut ton, qu'on parle avec emphase et qu'on s'échauffe en parlant, on prononce eur : cesl un hardi menteur^ dit Bouhours » (Th., II, 167). La graphie eur aidait aussi i.
L'étymologie, la graphie, la distinction des styles ont ainsi servi, à des degrés divers, de moyens aux grammairiens qui, depuis Bouhours jusqu'à Domergue, ont travaillé à faire prononcer un r, qui avait été muet dès avant le xvi" siècle, et y ont finalement réussi. C'est un bel exemple de l'influence des théoriciens sur la prononciation moderne.
Conclusion, — Les consonnes sourdes finales ont donc, au XVII'' siècle, une histoire à peu près commune. La tendance qui poussait à les amûir a été contrariée souvent, parfois arrêtée. Il y a ici une opposition visible entre la phonétique populaire et les influences savantes, l'écriture, l'étymologie, les prescriptions grammaticales. Mais la cause générale et profonde est dans l'existence des mots savants, rarement employés dans la conversation et souvent lus, dont la finale se conservait. Dans certaines séries où ils étaient peu nombreux, leur présence n'a pas eu d'influence sur les mots populaires ; en ce cas, les consonnes qu ils faisaient entendre n'ont pas reparu dans les mots populaires, ainsi jo, t^ s. Très nombreux dans d'autres séries, ils ont déterminé un mouvement général de restitution des consonnes, et les mots populaires ont repris c, f, Z, /■ final, là du moins où la graphie avait conservé la consonne. Ces transformations ne s'achèveront qu'au xviii® siècle. Elles sont commencées partout avant 1700.