Il écrit : ch)ir, mais esch'olr, et renchoir {Gr
seoir, Maupas accepte les deux (257), mais Oudin (Gr., 171) maintient expressément seoir.
A l'indicatif présent, Du Val (235) et Maupas admettent encore les lrc et 2e personnes : je ché, tu chés, mais non Oudin, suivant lequel on peut seulement dire à la 3e personne il chet (Gr., 169).
Dans seoir, Du Val (237) conserve au contraire ie : je sié ou sied (au subjonctif sée ou siée). De même Maupas ; je sieds (2^1), Oudinye me sieds, tu te sieds (impér. sée). Vaugelas (II, 321) ne parle que de la 3e personne il sied, de la 3e du pluriel sient.
Ménage veut au pluriel : ils siéent. Chapelain croit que ils sieient est mieux. Th. Corneille et l'Académie seront de l'avis de Ménage, c'est-à-dire que les formes devront se régler sur il sied (Vaug. , II, 321 ).
Vaugelas a encore parlé ailleurs de ces formes, à propos de s'asseoir. Il conforme du reste le composé au simple pour l'indicatif présent, sauf à la 3e du pluriel, où il se prononce pour ils sassient et écarte ils s asseient . Chapelain ne le suit pas sur ce dernier point, non plus que Ménage. Leur avis l'emporta plus tard à l'Académie.
Une discussion avait eu lieu, dans la Compagnie, entre Serisay, Cerisy, Vaugelas, d'Ablancourt, Gombauld, Chapelain, Faret, Malleville et d'autres. Onaccepta comme équivalents je m assieds et je m'assis, tu t'assieds et tu t'assis, mais de il s'assied et il s'assit le premier semblait préférable. Au pluriel, nous nous asseions, vous vous asseiez étaient déclarés les meilleurs, mais nous nous assisons, vous vousassisez ne furent point condamnés. Th. Corneille, qui nous conte cette séance, ne se rappelle pas si ils s' asseient, qui lui agrée, fut préféré à ils s'assient, qui le choque, et à ils s'assisent, qu'il n'emploierait que pour une rime (dans Vaug., I, 273).
Donc, au x formes fortes de l'indicatif présent, pas trace de forme en eois. Le si ngulier est décidément il s'assied, la 3e personne du pluriel seule reste indécise.
Voici quelques exemples: les autres échéent (Malh., II, 570); c'est le bloccage de marbre qui chet (R. Franc., Merv. de y ni., i-'li et 269); s'il y échet delà réparation (Lett. de Plu/Il., IIe p.. 24 : les foyers de leurs chambres loquentes escheent sans q a* ils puissent satisfaire à leur hoste (Effr. partions ent. le diable et les inris.. 1623, V. II. L., IX, 300); L'Eloquence... dechetet décline (Lett. dePhyll., II" p., 330); s'il déchet beaucoup II. Franc., Mcrr. de .Y,//.. 212); je fais ce qui m? échet et en la manière ordinaire (Sr Chantai, Lot.. CDXV, 598 : chet : brichet Scan-., Œuv.t I. 227) ; quand la feuille chet [Dél. delà Camp., (il : mille couleurs qui séent extre-
me ment bien (R. Franc., Merv. de Nat., 258); et sient fort bien (Id., Ib., 257) ; Tous deux... s'assisent (Racan, I, 59) ; Je m assis a mesme table qu'eux (Disc, de M. Guil., V. H. L., IX, 142).
A l'impératif et au subjonctif, Vaugelas est pour seie, asseiezvous, contre assiez-vous et assisez-vous (1. c). Les formes en i finiront par disparaître, elles se sont dites longtemps : Assis toy près de moy (Sorel, Berg. extr., 1. I, t. I, 4) ; assis toy là (Chapel., Guzm. <TAlf., II, 24). Cf. afin que les grains sarrestent... et ne chéent dans le drageoir (R. Franc., Merv. de Nat., 301).
On ne voit guère apparaître avant Maupas de radical atone autre que che. Mais ce grammairien, à côté de cheant, mentionne chesant (258). Oudin écarte ce chesant. Il ne se présentera donc de difficultés que le jour où je choi entraînera nous déchoyons.
Voici des exemples de la forme reçue : cheants en quantité (Jard. franc., 250); l'assignation... échéoit justement à Vheure que son maistre sortoit de chez luy (Le Cour, de Nuict, 267) ; échéant le même jour (Gar., Mém., 287; cf. 230); j'ai cependant trouvée eschaioit : le maistre de chambre du Cardinal, à qui il eschaioit à payer(i. J. Bouch., Conf., 2 10). Est-ce une graphie, ai est-il pour e?
A l'imparfait, seois est seul reconnu par Oudin qui blâme siesois (Gr., 171), et par Vaugelas (II, 321). Mais à partir de ce dernier, les discussions commencent. Ménage est pourye lui séiois(0.,t. I, 251); Chapelain préfère sieois, sieiez. C'est l'avis qui l'emportera à l'Académie (Vaug., I, 274) jusqu'à la fin du xvir9 siècle. A cette époque, on fera aussi deux mots de séant et seyant.
Pour asseoir, Vaugelas reconnaît à l'imparfait, quoique ce temps ne soit guère en usage, une forme : je m'asseiois, nous nous asseions(l, 272). C'est aussi l'avis de Ménage, qui l'écrit avec deux ii dans nous nous asseiions, vous vous asseiiez. Il y a généralement accord sur ce point, jusque vers la fin du siècle.
Il me paraît surtout important de donner des exemples de asseant, disparu depuis : et s' asseant le troisiesme a table (d'Audig., Six nouv.,51) ; E t par dessus asseant des lames de plomb (R. Franc., Merv. de Nat., 325) ; et s' asseant auprès d'une belle fontaine (Le Cour, de Nuict, 228).
ALTERNANCE OU-EU. — (Cf. II, 352). — Évidemment les grammairiens n'ont pas plus que le public le sentiment de la vieille alternance. Une fois Oudin a l'air de la vouloir maintenir : on dit mouvray et non meuvray (Gr., 170). Mais c'est là une décision d'espèce, qui ne s'appuie sur aucune doctrine. Ailleurs il dira : 11 faut dire pleuvoir et non plouvoir (Gr., 170; cf. Vaug., I, 229).
Je donnerai quelques précisions au sujet des deux verbes les plus usuels de cette catégorie : trouver et éprouver. Vaugelas décide que trouve est seul usité en prose, qu'en poésie on peut dire l'un et l'autre (I, 229); Patru n'admettait plus treuver ni en vers ni en prose. Cependant les grammairiens qui suivent Vaugelas d'habitude acceptent encore les deux formes (Marg. Buffet, Xouv. 0., 77) *.
J'ai parlé de souloir au tome II p. 346. Les textes ne l'ont plus qu'à l'imparfait (Mairet, Sylv., 87, v. 1080; Racan, 1,48, 138,179, etc.; Cel. et MariL, 26; Le Cour, de Nuiet, 11, etc.). Il faut ajouter toutefois que cette forme est très commune. hAstrée la présente à chaque page. Vaugelas la déclare vieille (I, 379). Mais Scudéry l'emploie encore plusieurs fois dans Almahide ( voir en partie. VII, 611). Les personnes les plus usuelles sont les troisièmes. On trouve cependantles autres : Vous qui soûliez jadis parler de mes douleurs (Baro, Clorise, V, 1, 110).
Florir. La forme florissant n'est pas encore seule usitée, à preuve : embaumant ïair...de leur éloquence fleurissante (R. Franc., Merv. de Nat., 250) ; le visage fleurissant d'une nouvelle femme (Camus, Alcime, 100). Mais elle devient de plus en plus répandue : ta tige florissante (Trist. L'Herm., Vers Hér., 85); Mon cœur, accoustumé d'obéir à ses Roy s, Florissoit dans son Esclavage (La Mesnard., Po., 44 ; cf. Malleville, Po., 247). On trouve même le radical flo à d'autres temps : quelques autres qui florirent de ce temps-là (Let. de Phyll., IIe p., 293).
radicaux ATONES EN YOD. — At traire. Attrayant est seul usité (Oud.,Gr.,182) (Pour traire, voir au t. II, 347).
Braire. Bernhard donne encore je bray, tu brais (103), Maupas j'ai brait, et brayant (259). Oudin tient que l'infinitif est seul usité. On emploie brailler.
1. Dans les textes, les exemples de treuve sont innombrables, en vers surtout : treuve : preuve (Malli., Aux ombres de Uumon : Quiind je me (rentré 4 coup si lourde et si pesante (Mair., Sylv., 54, v. 622); l'épreuve : treuve Racan, I. 38-59 : treuve: vefve (I<1., II. 288 : ardente preuve : treuve Gill.de la Tessonn., Desniaisé, II. i ': treuve : neuve Bensser., II, 280) ; fidèle preuve : treuve Ed., <>Euv.. 18! treuve : veufre De Visé, Yeufve h lu mode, 1668, se. !» : ('preuve : treuve [Quinault, Les Rivale», V, 7). En prose, la forme treuve est usuelle eluv Bouchard Conf., paasim.)Oula retrouve dans LaPinelière, le Parnasse, 18, «laus [e Journal d'un voyage à Paris 1857-88, éd. Paugère, 1882, (.»s,73, etc. % treuver est êgalemenl commun Berg, esir.,1.1, i. I. 50 ; cf. S'-Am., II. i67 ; Sararin, il. îii ; Quinault, La mère coquette, II, 2; etc.
Epreuve, sppreuve ^<>iif plus rares : il blâme le parler vite, et ;i/>preuve le lent en un philosophe Malh.. II. 105; cf. èprenvi'. II. .V.'T :/'./// BSpreUVé L'Urph. de Chri/s.. 1.
166) ; Combien l'espreuve -je moins severe Mrlnnte.\. I, n : Cf. Sorel, Berg. e.rtr..
I. V. t. 1 353 ; Que l honneur me de/fend d'uprvuver rostre ;tmour lVi\\. delà T<
/. 1// de régn., \ou .
Ouïr ne mérite point de mention spéciale. Il se conjugue encore régulièrement *.
Raire fait hésiter le fils de Maupas qui conjugue : ray , rais, rait, « peut être à l'impératif ray », rairay, rais, fay rais (240). Oudin déclare qu'il est remplacé par raser (Gr., 178).
INTRODUCTION D'UN S OU D'UN Z DANS LE RADICAL ATONE OU TONIQUE. — Bruire. Bernhard donne non seulement le présent je bruy (103) mais le parfait je bruyi, également donné par Du Val (245). Je noterai que bruissent rime déjà dans Scarron avec s'emplissent (OEuv., I, 233).
Frire. Maupas signale déjà que friant est peu usité, et qu'au lieu de frire, on se sert souvent de fricasser (252-253). Oudin considère je fris, tu fris, il frit, frit, comme seuls usités (Gr., 176) ; cf. Pendant quoy on frit du persil (Dél. de la Camp., 135). J'ai trouvé frisent : plusieurs d'entre eux frisent ou passent par la poésie (Ib., 21 1 ) .
Occire est un peu dans la même situation que les précédents. Maupas donne j'occi, j'ai occis, occir et occire, occiant, en ajoutant que ce participe est peu en usage (253). Oudin estime que seul occis est usité (Gr. , 165).
Dire a également deux formes : dient et disent, à l'indicatif présent; de même à l'impératif et au subjonctif : qu'il die et c/u'il dise, qu'ils dient et qu'ils disent. Mais Oudin (Gr., 175) n'accepte plus les formes sans s qu'à l'impératif et au subjonctif. Là elles dureront encore pas mal de temps. Vaugelas autorise qu'il die, « lequel est fort en usage », quoique dise ne soit pas mal. Au pluriel les deux sont bons. Il n'écarte que diiez, en réalité déjà disparu, ainsi que diions (II, 38). Patru est plus novateur, et juge que die est vieux. C'est aussi l'opinion de La Mothe le Vayer (éd. orig. , 56) 2.
Bénir (et non pas benistre, dit Oudin) hésite entre un radical en voyelle et le radical moderne en s. Maupas admet à l'indicatif, à l'impératif et au subjonctif, les formes benient et bénissent (245). Oudin est peu net, et ne tient compte que de l'impératif: bénie, bénisse (Gr., 162). Une formule: Dieu les bénie (Voiture, Lel. X, Au Card. de la Valette, éd. Uz., I, 40) ne fait pas autorité, elle est archaïque. Il me semble que Corneille dit toujours bénissent (par ex. IV, 494, Rod., v. 1556).
1. Je les oy desja dire (Gomb., Endim., Au Lecteur, e); on n'oit (Let. de Phyll, IIe p., 559) ; ceux qui les oyent (Camus, Iphigène, I, 253) ; Oyez-vous ce qu'il dit ? (Th. Corn., D.Rertr. de Cig., II, 4); Oyons ce qu'il dira (Racan, I, 128); on oyoit (Id., I, 148); quand on oiiyt tout à coup un bruit de trompettes (Gomb., Endim., 1); nous ouïmes (Gar., J/em.,55); ouystes-vous jamais (Astrée, 1614, II, 629).
2. Il faut rapprocher une déformation subie par délire que, suivant Maupas fds, le populaire conjuguait je deli, je delisi, j'ai délit (1638, 230).
Il est probable qu'ils ont raison contre Vaugelas, et que dise était déjà plus en usage que son concurrent, au moins en prose. En tous cas, ce ne fut bientôt plus une question, et le radical dis triompha, non seulement à la lre et à la 2e personne du singulier, mais à la 3e personne du singulier et du pluriel (Voir dans Vaugelas, l. c, la décision de Th. Corneille et de l'Académie). Toutefois die s'employa longtemps en vers, et cette forme n'a rien de comique dans le sonnet deTrissotin '.
RADICAUX ATONES EN z. — Du ire est encore conjugué parMaupas comme conduire (248). C'est cependant un verbe bien rare à l'époque. On ne trouve guère que la 3e personne : Vous verrez à la monstre si quelque chose vous duit [Le bourg. poli, V. H. L., IX, 152).
Clore embarrasse Maupas, qui conjugue : je clos, je clos i,j'ay clos, closant. Il le voudrait «former ainsi pour le mieux, malgré Ronsard qui dit esclouït » (263) 2. Oudin estime que je clos, tu clos, il clôt sont seuls usités, au passé '.j'ay clos (Gr., 174). Reclore n'a que la forme reclus (ib.). Excluse se trouve: excluse de ta chambre (Lelt. de Phyll, IIe part., 493).
RADICAUX DES VERRES EN DRE ET TRE. — (Cf. tome II, 354). — Je ne note plus que pour mémoire les vieilles formes qu'on trouve chez les burlesques : Ses larmes, d'un muet langage, Peindent son deuil sur son visage (Richer, Ov. houf., 490).
Il règne encore une grande incertitude au sujet des formes de pondre et de semondre. Maupas accepte des formes en o nasal -|- n à côté des formes en o nasal -f- d '• ponnu, pondu, ponnant, pondant (263), je semonni et je semondi. Oudin (Gr., 178) observe : « Notre vulgaire dit ponnons, ponnez, ponnent » ; et il ajoute : « dise qui voudra pondons. » Un peu plus loin (ib., 180), il rapporte que pour semondre, le vulgaire use des formes sans d : semonnois, non semondois, qu'il semonne. « Mais si la nécessité n'est grande, mieux vaut choisir un autre verbe ». Ce n'est point l'avis de Sorel, qui dit, dans les notes du Berger extravagant (III, 89) : « Le verbe n'est point
1. On trouvera des exemples en abondance dans le Lexique Je Molière de Livel ■-86). J'en ajouterai seulement quelques-uns à l'indicatif : Ceux qui dienl </i/e,
pour estre aimé il ne [nul qu'aimer {Astrèe, 1615, I, 56A, ; Elles (lient que la Perle à Vaureille est comme l'Huissier au Président (R. Franc., Merv. de Nat., 175); et dient en murmurant qu'il fait, tous ces tours pour uni)i/seau Camus, AlcilM Au subjonctif il (est commun dans Voiture éd. U/.., I, 62. L4S . Cf. d'Ayauz, l.et. à Voiture. Let. il. p. L3; Garasse, Doctr. cm- , B59; EUcan, II, L88; S-Am.ml. II. irade, Bill, det Am. détruises, 51 Entrée, pour M de Grancé ; Coatar,
Lel.. II. ... D. '.39, etc...
2. Les exemples sont rares : Les Vers de Soye escloent des fleurs qui tombent des Cypré* H. franc., Merv. de Nat.. 573).
si vieil que Théophile n'en use encore en parlant aux Muses » *.
Prendre. Gardez- vous bien de dire ils pregnent (Oud., Gr., 178). Vaugelas répéta l'anathème contre cette faute familière aux Courtisans (I, 143). Hindret nous avertit qu'elle s'entendait encore de son temps (Discours, aij, 1 v°).
Soudre, vieilli, ne compte plus guère 2; l'infinitif seul est usité (Oud., Gr., 180) ; mais absoudre, résoudre sont en pleine vie. Les textes présentent encore la forme en d : il faut que... je me resoude cruellement pour satisfaire à V honneur (des Escuteaux, Adv. fort. d'Ypsilis, 16); et la resoudent d'une bonne incarnation (R. Franc., Merv. de Nat., 403) ; il se resoudoit (VOrph. de Chrys., 1. I, 174) ; les Pères de la Société absoudent tout (Caq. de VAcc, 241) ; 77 ri est point de ciment que le temps ne dissoude (Scarr., OEuv., I, 84) ; se resoudent... en pluyes (Théat. d'Eloq., Har., 85); cf. d'Ouville, Contes, I, 172-173. Patru se prononcera encore pour cette manière de conjuguer. Mais Oudin donne le paradigme moderne : Nous absolvons, dissolvons (Gr., 180). Et#Vaugelas confirme (I, 135).
On peut s'étonner d'abord que le radical qui prévaut soit un radical purement latin. Il ne faut pas oublier que ces mots absoudre, dissoudre, sont l'un du langage ecclésiastique, l'autre du langage savant. Le peuple dit fondre et non dissoudre. Je ferai la même observation sur résoudre. Le peuple dit décider. L'évolution de ces mots s'explique donc par le milieu social où ils ont évolué 3.
Moudre. Maupas donne je mouds et je meuds, moudre etmeudre, meulant et moulant (262). Oudin ne connaît plus le radical en eu, et déconseille autant moulons que moudons ; moulant ne se dit point (Gr., 177). Dans ce monde de la Cour, où tant de grands seigneurs avaient leurs meuniers, on n'aurait pas eu l'idée d'aller les consulter, ni surtout de suivre leur avis.
Sourdine est encore conjugué par Maupas : je sourds, je sourdi, j'ai sours, sourdu ; toutefois le verbe s'emploie surtout impersonnellement (264). Il est inusité, d'après Oudin. On le trouve cepen-
1. Les exemples sont fort nombreux : (Diane) se sentant semondre, respondit.. (Astrée, 1615, 1,233*-); quand vous nous semonnez... A vous trouver pour recevoir les Dames (Rec. Rond., 1639, 32 ; cf. lb., 145) ; je scay bien que je vous semondsà perte (Court. parfait, 29) ; si un homme marié te semond chez luy (Chapel., Guzm. d'Alf., 11,96) ; dont le seulregard noussemont (Saint- Amant, I, 169) ; semondre est commun chez Loret. On rencontre une reformation : semoner : L'on ne manqua de le faire semoner au bal (Bail, des Dam. d'Amour, 1625, V. H. L., V, 323).
2. « Il est usité es métaphores comme soudre un argument, une question » (Maup., 1638, 243).
3. Voici quelques exemples de la forme admise : estant... approuvé par la Princesse ils résolvent de V exécuter promptement (Let. écr. de Tartarie, 40) ; résolvez-vous de bonne heure à le quitter (Cel. et Maril., 122).
dant dans Gombauld : De la sourdoit une fontaine (Endim., 11 1).
Ardre t'ait, suivant Maupas, farcis, j'ardi, fay ars, etc. (263) ; suivant Oudin, ardant est seul usité (Gr., 173 ; cf. de Gourn., 0., 954).
Espardre se conjugue sur le précédent, d'après Maupas (263). De l'avis d'Oudin, espars seul est reçu [Gr., 17o).
Isère ou issir, Maupas le conjugue à l'ancienne mode (251). Oudin déclare issu seul usité (Or., 164). J'ai trouvé d'autres formes : de petits filamens... yssansducœur (R. Franc., Merv. de Nat., 256); mais c'est un mot qui meurt. D'Audiguier le bifFe dans Amyot (Hug., o. c. , 49).
Tistre ou tissir est complètement proscrit par Oudin (Gr., 1S:2 , tissu est, suivant lui, substantif. On sait que Corneille l'employait encore dans Nicomède (v. 711).
Toldreou tollir, encore conservé par Maupas (249), est écarté par Oudin (Gr., 167). La Requête des Dictionnaires le cite parmi les mots proscrits '.
INTRODUCTION D'UNE R DANS DES RADICAUX ATONES. — Recourre fait, d'après Maupas : je recou, tu recous, il recout, fay recoux (249) ; d'après Oudin, je recoux, nous récoùons, je récoiïois, je récouis, non récourus, j'ai recoux, non récouru, je récouray non récourray . Toutefois, il ajoute : Les habiles n'usent que de recourre et recoux (Gr., 179).
Secourre se conjugue, d'après Maupas : je secoux, tu secoux, j'ay secoux ; le reste est pris de secouer (264). Suivant Oudin, on ne trouve plus que secourre, et encore dans quelques auteurs (Gr. , 179). L'analogie de courre, courir n eut pas le temps de s'exercer.
RADICAUX TERMINÉS EN L. — J'ai dit (II, 3io) que le verbe chaloir avait été, dès le xvi'' siècle, réduit à l'état d'unipersonnel. Du Val mentionne le passé il chalut (236). Maupas conjugue : il chaud, il chalut, il a chalu, chalant et chaillant, chaudra. Toutefois il reconnaît que ce verbe sert plus en propos négatifs qu'autrement (239 . Oudin déclare qu'il ne s'écrit plus (Gr., 169).
RADIC W A ATONES OU TONIQUES EN L MOUILLÉE. — Bouillir. Il faut dire nous bouillons comme vous bouillez (Oud., Gr., 162 . J'ai même trouvé dans Garasse : Bouilt comme ienu qu'on verse en des estimes (Rab. /•*'/., 57), tant L'analogie était forte dès cette époque. Cueillir. L'indicatif présent je eueuls, donné par Maupas (248
1. Ii.iinculn oir es! toujours en UMg6 '. DOUX poi$01\ dêt MOI*! lst amoureuse pentée,
Qui me rsunentevex ma fortune passée Racan, I. <>'< ; Lé toleilqui m'éclaire Y rsunentoit tons]oûr§ eetny <iui m'est osté i-i, i. LSI. Cf. Coq. de (Mec, 27). Cependant Chevreau leju^e vieux Hem. s. .»/., 5).
mauvais; on dit je cueille (Oud., Gr., 163). Binet écrit encore (Merv. de Nat., 402) à la 3e personne : on recueult la liqueur.
Tressaillir. A côté de tressaut, qu'on écrit toujours (Astrée, 1615, I, 352A, 47B), commence à se répandre tressaute, qu'on a signalé dans Desportes (Loret, 28 oct. 1654, v. 219 ; 25 sept. 1660, v. 3).
Faillir. J'ai dit la confusion qui régnait au xvie siècle entre falloir et faillir. Elle continue longtemps encore. Sorel écrira par exemple : aussi bien failloit-il (Berg. extrav., 1. II, t. I, 78). Toutefois Vaugelas consacre une remarque, contestée du reste, kpeu s'en est fallu, où, suivant lui, fallu serait pour failli (I, 421). Chevreau n'oserait pas se servir de tu faux (Hem. sur Malh., 12).
Au présent, je faux est toujours usuel (Astrée, 1615, I, 103 B) ; je jure que je seray courraliere de ces amours, et si j'y faux, que Von me fouette (Ghapel., Guzm. d'Alf., III, 274); V argent faut-il après (Id., ih.,\\\, 352). On trouve aussi f aillent : ces coups sont si justes et f aillent si peu souvent (Astrée, 1614, II, 332).
Vouloir. J'ai dit précédemment (II, 356), que Maupas fils a supprimé la vieille forme Je vueil, encore admise par son père. C'est peut-être sur une observation de Oudin (Gr., 1632, 168).
Au subjonctif, Oudin, se séparant encore de Maupas (257), condamne la forme en l simple : qu'il veule (Gr., 173). Elle se rencontre : Je vous souhaite une moitié, Que vous vouliez et qui vous veule (Benss., II, 224). Dupleix (Lum., 324) condamne que nous voulions au profit de veuillions.
Valant et vaillant coexistent; mais ils deviennent peu à peu deux mots séparés. Vaugelas entend faire une distinction. Suivant lui, la Cour dit cent mille écus vaillant et non pas valant, maisye lui ai donné vingt tableaux valant cent pis tôles la pièce (Vaug., II, 57). La Mothe le Vayer n'ose pas condamner cent mille écus valant, mais Thomas Corneille abandonne cette expression.
Douloir est conjugué par Maupas sous la forme simple et sous la forme pronominale (259). De fait, on en rencontre quelques exemples, celle qui se deult de cette vie (Astrée, 1614, II, 605); sa poésie... se deùilloit un peu d'obscurité (J. J. Bouch., Conf., 34); qui gémit fort, qui se deult, se tourmente (Purg. des pris., V. H. L., VIII, 208). Oudin (Gr., 169) déclare que l'infinitif est seul usité, et cela correspond à une affirmation de Mlle de Gournay (O., 954; Adv., 635; cf. O., 591 : sur vous deuillans).
POUVOIR. — Je puis et je peux étaient acceptés indifféremment par Maupas (254). Mais Oudin condamne Je peux (Gr., 170). C'était aussi l'avis de Dupleix (Lum., 324). Vaugelas, malgré l'exemple de
3 lf. HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE
Coeffeteau, se prononça pour la forme traditionnelle je puis, sans condamner je peux. C'était aussi l'avis de Chapelain, qui fut, plus tard, confirmé par l'Académie (I, 143).
On peut voir comment, dès 1644, Corneille corrigea je peux dans plusieurs endroits de ses œuvres (Lex. de Marty-Lav., II, 210). Les exemples de je puis sont innombrables.
Faut-il croire que l'embarras de la conjugaison interrogative, où on ne disait pas volontiers peux-je, a contribué à balancer l'analogie de vouloir qui entraînait je peux comme je veux1] N'est-ce pas plutôt le vieux parallélisme de je suis, je puis qui a empêché le verbe pouvoir d'uniformiser toutes les personnes de l'indicatif présent? C'était là au moins la raison de la préférence de Dupleix l.
ARRA1SOXNER, PERTUISER. — Je dois mentionner ici quelques traces des verbes étudiés au tome I, 440, dont on retrouve deci delà un exemple, avec le radical tonique étendu aux formes atones, sous l'influence des substantifs correspondants (cf. II, 367) :
Arraisonner (cf. raisonner): Ouvrez-moi ces tombeaux que j'arraisonne ces cendres, (R. Franc., Merv. de Nat., 494) ; Ils arraisonna à moy (Sorel, Berg. extr.,\. IV,, 1. 1, 268) ; les empeschemensqui mostoient le loisir de me venir arraisoncr avec Vostre Majesté [Har' de Turl.,V . H. L., VI, 53). Il est dans Cotgrave, Nicot, Monet. Littré l'a trouvé dans Saint-Simon.
Pertuiser: Espargne ce qui est pertuisé (R. Franc., Merv. de Nat., 589). Littré l'a trouvé dans Scarron. D'autres burlesques en ont usé: // pertuiza ce grand Marane (Loret, 15 nov. 166 i, v. 280); Il luy pertuisé le cerveau (Richer, Ov. houf., 525 ; cf. 590).
RADICAUX particuliers DE SURJONCTIF. — Des vieilles formes je ne retiendrai à peu près rien ici, j'ai parlé ailleurs de doint II, 358 j ; de die, il est question plus haut (31 1-312). Je ne dirai qu'un mot dévoile, dont on pouvait prévoir la chute d'après ce que j'en ai rapporté (II, 358) -'. Oudin le juge mauvais (Gr., 160). Il ne resterait donc guère à considérer que puisse. La forme puisse partage la laveur de l'indicatif je puis, aux dépens de que je peuve (Oudin. Gr., 170).
Éi'A.xnriR. ÉVANOUIE. — On sait que, depuis le xvi6 siècle, le premier de ces verbes tendait, sous L'influe ace du second, à abandonner
i. .!<• citerai un exemple intéressant d'abalogie : Je ne le demande antre reeom- ■ in itii-ii gros je t'ay feict, ci de célny que tu puis désirer encore Fleur* de Véloq. IV. . M f : ci. 40 v»).
2. On le trouve encore'dans des souhaits: Ceux-là, evee Pignulion, S'en vouent boire A tous les diable* L"i. d'eeornt/T, V. il. L., iv. 56).
la vieille forme espannir en faveur de espanouir. R. Estienne, en 1539, donne déjà le choix entre les deux, et, depuis la fin du xvie siècle, les théoriciens rangeaient espanouir parmi les verbes dont on examinait si oui était d'une ou de deux syllabes (Thur., o. c, I, 546-547). Malherbe blâme espanir (IV, 459).
Quelques exemples se rencontrent encore au commencement du xviie siècle : Quand le petit tuyau verd se veut espanir (R. Franc., Merv. de Nat., 256; cf. 292). Mais ce texte lui-même hésite: fleur espanie ou espanoùie (275). Oudin se prononce en faveur de la forme moderne, qui est partout (Brébeuf, Po. div., 350; cf. Le Boul. de Chalussay, Elom. hypoc, I, 3) 4.
ALLER. — C'est le moment où se discute la forme de la lre personne du présent, je ni en vais, je m'en vas, ou je m'en vois (cf. Thur., o. c, 1,325, 392).
Etaient au xvie siècle pourye vois (voé) : Meigret, 73 v°, Pillot, 1550, 49 v°, Ramus, 85, Tabourot, Lanoue. Gauchie, en 1576, acceptait vay ou voy. Le témoignage de Henri Estienne montre que les courtisans prononçaient je voas(Dial., 146; Thur., o. c, I, 392). Il est confirmé par Tabourot, et moins formellement par Lanoue.
Aussi n'y a-t-il pas lieu de s'étonner que Malherbe conserve la forme vois, sans l'imposer (Voir Doctr., 413). Maupas l'accepte aussi à côté de je vay, je vais (231). Elle est dans Régnier (Sat., IX) et chez quelques contemporains. Mais les textes ici sont d'importance médiocre, puisqu'une orthographe en oi peut cacher une prononciation en ai. Elle marque ou wé, ou é, ou iva, sans qu'on puisse distinguer sûrement.
En tous cas, c' est dès lors entre la îovmeje vais (je vay) et une forme donnée au xvie siècle par le seul Palsgrave : je vas, que la lutte va se poursuivre. Oudin (Gr. , 160) a déjà son opinion faite : « je vas n'est aucunement en usage parmi ceux qui parlent bien ». Vaugelas(I, 85) dit aussi que vay, c'est la forme de ceux qui savent écrire, et qui ont étudié. Mais il reconnaît que toute la Cour dit je va, et considère je vais comme populaire ou provincial. Patru, un peu plus indulgent à. je vas, fait à peu près les mêmes constatations. La génération suivante ne viendra pas elle-même à bout de décider entre deux formes qui se sont perpétuées jusqu'à nos jours.
J'ai trouvé plusieurs fois je vas imprimé : si je vas vers vous (Gantez, Entret. des music, 71). Gostar s'amuse de l'hésitation
1. Cf. évanouie : toute cette honnevolonté s'estant esvanoùie, elle pensera mes me quelle n'y aura jamais pensé (Gombauld, Endim., 127).
dans une lettre (I, 796) : les véritables protestations que je vay ou je va y ajouster.
Est-ce l'analogie seule qui a amené j e vas comme tu vas? Elle a été favorisée en tout cas par la confusion phonétique entre è ouvert et a ouvert. On trouve encore des exemples de l'analogie inverse : dy moy... en quel lieu tu vais (Sorel, Polyand., I, 13o).