‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 5)Chapitre 101 sur 134 · LES DESINENCES LA DÉSINENCE ES · texte numérisé non relu

LES DESINENCES LA DÉSINENCE ES

Dans cette désinence, s devant consonne ne s'entend jamais. A la pause, il n'est presque plus d'usage de le faire sentir. Devant voyelle, même dans l'usage courant, s n'est plus que graphique, et n'a pas de valeur phonétique. Déjà Deimier, moins attentif à l'orthographe que Malherbe, tolère que, même en vers, on ne fasse pas entendre Y s qui ne se prononce point d'habitude. Il laisse le poète libre de dire : Tu donnez-ahondamment et Tu donn(e) amoureusement (180 ; cf. ïhur., o. c, II, 28).

Martin nous marque très nettement que prononcer s est l'usage des gens instruits. Mais au fond il n'est pas démontré que tous en usaient ainsi, tant s'en faut. Hindret, par exemple, voudrait appliquer ici sa règle, suivant laquelle s s'entend, quand le mot qui suit le verbe est régi par lui. D'après lui on ne dit pas nous sommez -instruits, mais nous somm-instruits.

De même on dira: lu aim~en desespéré (Thur., o. c, 28-29) ; Ghifflet 2e partie, sect. 7, par. \ 1) pose en règle que, pour bien prononcer, il faut faire entendre Ys : faitez-encore. Toutes ces prescriptions sentent l'artificiel et le convenu. Elles laissent deviner que, dans les verbes de la 1re conjugaison, s ne s'entendait plus après e, sauf peut-être dans des liaisons de mots très intimes *.

LA DÉSINENCE s.

Pour la prononciation de cotte désinence, nous sommes peu renseignés. Il semble qu'en général, s était devenue mueth

j. Naturellement « manque parfois dans Vécriture : /'"///• /<>//. qui hante et entre partout Dite, dé M. (.ml.. 1614, v. il. I... IX. 140); (a n'en parle plu* Gornb., Bndim,. i

n'est que dans le cas où je dois avait la valeur d'une sorte d'auxiliaire qu'Hindret conseillait de prononcer s : je doiz-alé, tu doizécrire.

Il n'eût pas conseillé je doiz-à mon frère. Un autre témoin, Billecoq, veut bien de z quand le verbe est suivi de y ou de en. C'est dans le même ordre d'idées, et cela signifie qu'en général s ne s'entend pas. Duez atteste aussi qu'on ne dit pas je suiz-encore icy,je suiz-assez bien (43).

On comprend dès lors que la question n'est plus qu'une question d'orthographe, c'est-à-dire qu'elle ne se règle plus que sur les opinions des « savants ».

S, DÉSINENCE ÉCRITE, A LA PREMIÈRE PERSONNE. Tout n'est pas

encore fixé sur ce point, mais la question fait de nouveau un pas l. Suivant Deimier, on en usait à son plaisir (181) ; et M,le de Gournay trouvait également inutile de s'occuper de cette s (0., 574). D'autres ne prennent pas la chose avec tant d'indifférence. Maupas donnait une règle, d'après laquelle aux conjugaisons autres que la première on mettait s à volonté (241-242) ; chose à noter, lui-même n'en use pas dans ses exemples.

Martin, en 1632, en juge à peu près de même. Les premières personnes se terminent en s, sauf à la première conjugaison (Thur., o. c, II, 49). Chez les modernes, ajoute-t-il, on donne 1 's auxperson nés des verbes terminés en ay, oy, uy. Oudin marque un progrès très net sur ces doctrines. Suivant lui, il n'y a plus hésitation que pour les formes je fny et je fais, j'oy et j'ois, je voy et je vois, je ly et je lis, je vy et je vis (Gr., 162-182). Par exception je vay,je scay,je dy,je fay, je suy n'ont pas Ys (ib.). Vaugelas a fait à ce propos un étalage d'érudition peu ordinaire. Mais cette érudition ne l'a guère aidé à comprendre le vrai caractère de la question. En somme, sans désapprouver ceux qui mettent un y à la place de is. dans je fais, je crois, je dis, ou qui suppriment s dans je crainsr il préfère garder Ys (I, 226). Dupleix, qui était un vieillard, entendait peut-être encore une différence de son entre croy et crois. Quand le radical est terminé en r, il faut, suivant lui, toujours une s/Je sers; mais pour fay, dy, ly, conduy, defen, crain, ensuy, vien, repen, tien, altiedy, rougy, blanchy, il n'y a aucune règle. Pour je scay, je voy, je dy, je conçoy, la forme en y est préférable (471- 472).

I. Il est important de remarquer que désormais la victoire du livre imprimé sur le manuscrit étant complète, Yy perd la valeur décorative que lui donnait l'écriture.

En réalité, à partir de ce moment, sans parler des libertés que prennent les poètes, les verbes des conjugaisons mortes tendent tous à prendre s, mais de façon irrégulière, et il n'y aura pas d'usage constant, jusqu'à ce que l'Académie ait assez d'autorité pour imposer une orthographe. Quand s manque, on ne peut même pas encore parler de licence poétique.

Sa l'impératif. — Au xvie siècle, la règle s'était faite de ne point mettre d's à l'impératif de la première conjugaison (cf. tome II, 328). On n'y revint plus ', sauf qu'on précisa deux exceptions, qui existent encore. Quand le verbe est suivi de en ou de y, il faut une consonne de liaison. Malgré Malherbe (IV, 344), on accepta laissesen et aussi laisses-y. Vaugelas approuve la règle et les deux exceptions (I, 319) 2. Donc, en réalité, ces deux impératifs, caractéristiques désormais du français de la bonne compagnie, n'ont pas une origine plus distinguée que mets-moi- z-y , dont on s'est tant moqué.

Pour les autres impératifs, malgré les dédains de Mlle de Gournay pour ces vétilles (0., 574), Vaugelas essaya, dans une remarque très développée, d'y mettre quelque ordre (I, 319). D'après cette remarque, prennent toujours s (qui souvent ne se prononce pas) les impératifs en aus (vaus), eus (meus), ous (re'sous)j ans (respans), ens (prens), ats (bats), ers (perds), ets (mets), eurs (meurs), ors (dors), ours (cours). Pour les impératifs en i (béni), ai, ay (fay), ain (crain), ein (fein), oy (voy), en (tien), uy (fuy), suivant les uns il n'y faut point d's ; d'autres sont d'avis contraire. Vaugelas n'exprime nettement ses préférences que pour fais, crains, peins, et au contraire pour voy, vien, fuy. Dupleix était aussi pour uien (Lu m., 334).

8 a l'imparfait de l'indicatif et au conditionnel. — C'esl l'époque où la règle orthographique moderne s'affirme. Maupas hésitait encore entre les trois finales oy, oye, ois (223) ; et de même son fils en 1638 (201). Bernhard, plus attardé, tenait pour oy : je parloy (89). Deimier signalait seulement que parfois on mettait une s : je pensois. Et cette doctrine trouvera des théoriciens jusqu'autour de 1640. Mais Oudin écrit par s tous les imparfaits. I

niais la forme ordinaire (Gr., 152; cf. Thur., o. c. II. i!>- 50).

i. Il y a encore des exemples contraires : P. nies ou me laisse perler [Richer, Ov. bonf., LIS); Des Fontaines ou son prote écrivent Lrès souvent Ts- Conta, coules

rish-menl ... ll.islrsloi/ (j-l ri M.tril.. I i : cf. I

■j. Va ik- prend jamais d's, sauf devant y : pas-y.

S au passé simple. — Maupas oublie Y s dans ses paradigmes, mais il la recommande dans sa théorie. Pour Martin, c'est un des caractères de la langue moderne que d'ajouter s, et en effet Oudin écrit par s tous les passés sans exception (Thur., o. c, 11,49-51). Vaugelas est si ferme là-dessus, qu'il recommande de ne pas suivre la licence de Malherbe rimant couvry et Ivry (I, 227).

Les exemples contraires sont fort rares, en prose du moins : que je traduisi en François Lett. de Phyll., IIe p., 292).

Page 1