‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 5)Chapitre 110 sur 134 · PARTICIPE PRÉSENT ET ADJECTIF VERBAL · texte numérisé non relu

PARTICIPE PRÉSENT ET ADJECTIF VERBAL

En ancien français, le gérondif se distingue du participe par son invariabilité. Mais Le participe ne varie régulièrement qu'en nombre,

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ajouterai que prine disparaît. Oudin n'accepte plus que prit \ Gr., 178 . Vaugelai

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et jamais, même au xvie siècle, l'analogie ne fut assez puissante pour lui faire prendre régulièrement e, es, au féminin. Dès lors on sent qu'une autre distinction va se faire entre les formes du participe et les formes qui ont, comme les adjectifs, les deux genres distincts. Ramus dit déjà (53) : « On dit eimante pour le femçnin combien ce nou' dizions ausi famé eimant, me' can' le partisip' et considère sans axion, nou' diron' plu' tôt fam eimanie ». Cette question va devenir une de celles sur lesquelles on légiférera le plus.

La nouvelle école, suivant Mlle de Gournay (Adv., 404), veut qu'on écrive des hommes allant à Vaugirard et non allans. Et Balzac disait que Malherbe traitait l'affaire des gérondifs comme une question de frontière entre deux peuples voisins. Sous cet air ironique, la chose est vraie. Il n'admettait pas que les uns empiétassent sur les autres, ni qu'on les confondît. Voici qui est mal parlé : Et regrette en pleurant ma jeunesse passée, Maudissant le pipeur qui m'a tant abusée. « Un gérondif et un participe mal ensemble » (IV, 270).

Leur orthographe et leur syntaxe distinguent du reste absolument les deux formes : le gérondif est invariable, le participe s'accorde avec le nom ou le pronom. Pour le gérondif, point de difficultés : « il n'est obligé, comme dit Maupas, à genre ni à nombre, ains se prononce tousjours masculin singulier », et la cause de cette construction est parce que « ce participe exprime le gérondif en do latin » (330) l. Pour le participe, il n'en va pas de même. Et le même Maupas donne une théorie intéressante (331-2) : Quand le participe ne sert que de pur adjectif, c'est-à-dire « attribue au nom une qualité adhérante», surtout s'il précède ce nom, l'accordest de rigueur : «C'est une vertu bienséante que la modestie. Voila une fort luisante lame ».Au contraire quand il est « pur participe », c'est-à-dire qu'il attribue une action ou « effect sortant du substantif » comme ici : Les voluptez corrompant les mœurs, on se peut accommoder du pluriel féminin, mais le participe « semble plus coulant sous forme masculine... Quant au nombre, il est meilleur qu'il l'ensuive. Ex. : La terre humant la rosée produit herbe en sa saison ».

Ces distinctions paraissent à Malherbe trop subtiles sans doute, et sa règle est plus simple. Ou on emploie le gérondif, et alors pas d'accord (IV, 326), ou on emploie le participe, et alors il faut le mettre au féminin, s'il y a lieu. Ex. : Ceste huile est de la lampe

1. On trouve cependant parfois une s : leurs yeux En se rendants plus doux se

sentirent mouillez (Lingendes, dans Dél. de la poésie, du Bray, 1615, 715).

incessamment ardant : « Ardant ne peut être ici gérondif. Il faut donc qu'il soit participe, et par conséquent qu'il convienne en genre avec le substantif lampe, et faut dire lampe ardente, chandelle éclairante, etc. » (IV, 384). De même ici: Après tant de douces merveilles Ravissant l'esprit bienheureux. Ravissants est « pour ravissantes ». (Am. dH., ch. 8, IV, 324) ».

Seulement il manque une chose à cette théorie, en apparence si commode. C'est qu'elle n'est pas d'application constante. D'après elle, on ne peut dire : Non pour mille vertus honorants ta jeunesse, « car il faut un participe féminin à vertus. Or le participe féminin ne vaudroit rien ici » ; Malherbe en convient, et ajoute : « il devoit donc user d'une autre façon de parler » (IV, 378 ; cf. IV, 315), lisez : d'une « circonlocution par le relatif et le verbe fini », comme dit Maupas(332). Ex. : Les vertus qui honorent ta jeunesse.

Oudin annonce nettement la théorie qui va l'emporter ; G/*., 2o7) : « Ce participe exprimant le gérondif ne se doit point obliger à suivre ny le genre, ny le nombre du substantif antécédent : verbigratia, la terre produisant des fruicts, et non pas, la terre produisante etc., Les Roys asseurent leurs Estais traittant doucement leurs suhjets et non traittans doucement etc. Mais s'il est comme relatif, il faut qu'il suive le genre et le nombre dudit antécédent, comme : les Roys cherissans, les femmes attrayantes etc., car alors il prend la nature d'adjectif. Et pour les derniers, il est mieux d'user de circonlocution : les vertus qui reiglent la vie, au lieu de dire : les vertus reiglantes la vie humaine. »

Vaugelas a fait une première observation sur les participes des auxiliaires, et les a misa part. Ayant, étant, suivis d'un participe passé, sont invariables. C'est alors à un gérondif qu'on a affaire 2.

Mais, quand ayant est seul, il en est tout autrement, et Vaugelas se répand en une longue théorie, une des plus longues du livre : « Ayant est gérondif de cette façon, les hommes ayant cette inclination, et participe de cette autre, je les ay trouvez ayans le verre en main ». C'est le principe. Seulement des « Oracles de la langue »,

1. Il n'est pas impossible de citer des exemples de cette vieille syntaxe au XVIIe siècle, mais ils sont rares:

Seule* mi sœur et moi... Chantant à qui mieux mieux quelque* air* d'amourettes {J. de ScheL, Tyr et Sid.. 153,8 : tfot affection* pataagere* Tenans de nos humeurs légères, Se font vieille* en un moment ( Rec. despins heaux vers, 1938, Mrt!a\.

ceieel nottre innocence ayant esté accntex Har. du 1>! Mole, Théâtre d'éloq.,

'•'■ : qui mette» dehors des nutisons l<-s femmes pleurans et (jemiss.ins ;iree leurs

petitt enfant entre leurs brat Hep. du Cap. <hiil.. i • . 1 :» . V. II. L., VII, 80).

I "lin voulait encore écrire: ces hommes estans entrez, ces femmes ettant arrivées (Gr., 257).

consultés, lui ont appris que le féminin ayantes serait barbare et ridicule. La forme du masculin ayans serait illogique, puisque les adjectifs en ant font au féminin pluriel antes. Il faut donc recourir au gérondif invariable ayant. Mais voici une objection : on dit changeante, concluante. Vaugelas répond que ces mots n'ont que l'apparence de participes ; ils en viennent, mais ne le sont pas, et la preuve — belle pétition de principe — c'est qu'on ne dît pas : je les ay trouvées mangeantes des confitures.

On réplique qu'il y a plusieurs féminins ainsi employés, et avec les mêmes régimes que les verbes correspondants, ainsi : ces estoffes ne sont pas fort belles, ny approchantes de celles que je vis hier. Vaugelas affirme qu'il n'en résulte pas que ce soient des participes ; approchantes a la construction de approcher de, comme semblable, qui est adjectif, a la construction de ressembler.

Et pour compléter, Vaugelas écarte, comme n'étant pas de l'usage, les constructions de participes féminins avec régime direct ; au lieu desquels il faut se servir d'une proposition relative : raisons qui concluent une mesme chose, et non concluantes une mesme chose.

Pour estant, il est gérondif, lorsque le verbe est auxiliaire : estant asseurés ; il est encore gérondif, lorsqu'il a un nom après soi : estant malades. Il n'y a qu'un seul cas où on peut mettre une s, c'est quand le verbe est seul : estans sur le point l. Vaugelas accepte s, mais quand il n'y pas d'équivoque, il aimerait mieux dire estant. Au féminin, on ne dit jamais estante.

Donc « les participes actifs naturellement n'ont point de féminin, et tous les féminins que nous voyons tirez de ces participes sont purement adjectifs, et ne tiennent rien de la nature des participes actifs que leur formation » (II, 152-157). On le voit, c'est déjà tout au long la doctrine que l'Académie fera sienne.

Suivant Ménage, les gérondifs sont mieux : Haute et puissante princesse, demeurante à Paris est du style de notaire. C'est un archaïsme (0., II, 476). Port-Royal (131) reprit, en la généralisant, la doctrine de Vaugelas, qui fut étendue au masculin : « j'ay veu des hommes lisans l'Ecriture est une faute, qui vient de ce que la prononciation ne distingue pas lisant et lisans». Et l'Académie fit la règle « qu'on ne déclinerait plus les participes actifs 2 ».

1. Il n'est pas seul ici : Pouvez-vous reprouver mes vœux estans principalement fondez sur vostre mérite? {Nouv. Rec. de Let., 1638, Let. am., 33).

2. La tradition donne une date, le 3 juin 1679. Mais il n'y a pas trace de cette règle •dans les Registres, qui ne font aucune mention d'une séance ce jour là. (Cf. Vaug., II,

I. Les exemples d'accord en nombre au masculin pluriel sont innombrables :

A. Verbes transitifs : L'accord avec des noms au masculin pluriel est normal : les vents se sont opposez a ton retour, rejettans tes vaisseaux au rivage [Fleurs de VEloq. fr., 2b ) ; Xos conseils prodigans tant de peuple à crédit (J. de Schel., Tyr et S., 39, 11) '.

Quoique autorisée par Vaugelas, cette syntaxe est peu à peu abandonnée. D'après l'abbé Lebarcq, Bossuet la suit jusqu'en 1 656 : celebrans la munificence divine (Béconc, 1653, lep., t. I, 364, n. 2) ; les hommes meprisans V autorité légitime (Ste Croix, 1653, Ie p., t.I, 431, var. du ms.).

Elle reste commune avec les verbes réfléchis et réciproques : Or ceux qui ont pénétré ces choses et qui se sont du tout resignez en Dieu, se mortipans eux-mesmes (Thaulère, Les Instit. div., 5); Et du nom de maris fièrement se parants, Leur rompent en visière aux yeux des soupirants (Mol., II, 382, Ec. des Mar., a.I, se. 4).

B. Verbes intransitifs, à forme pronominale ou non. L'accord est usuel : Tant de beaux objets tous les joui*s s augmentants (Malh., I,259)2.

Gomme Vaugelas n'interdit pas cet accord, on le fera long-temps encore : Il suffit de citer : Infâmes scélérats à la gloire aspirans, Et voleurs revêtus du nom de conquérans (Boil., Sat. XII) ; Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants, Dans la flamme étouffés, sous le fer expirants (Rac, Andr., 1003-4) .

II. L'accord en genre se fait bien rarement avec des verbes transitifs : les parties divisantes le temps (Maup., 295) ; par conséquent les puissances de lame sont distinctes, faisantes leurs fonctions en des vaisseaux, ou cellules particulières et distinctes (Guerson, Anal. du Verbe, 18) ; en Dames vertueuses et craignantes Dieu : en peuple

1. Cf. Non pas a la façon des ignorans,qui ne scavent le plus souvent à quoiee tenir, tantost approuvans et tantost condamnans une mesme chose (Let.Phy II.. II part.. ">i : les unes ayants leurs testes appuyées sur leurs mains (Gomb., Pndim.. 111, cf. 23*î : les canons quittants leurs usa<jes farouches Xe serrent plus ici que d'éclatantes bouches (Corn., X, 106) ; Ils ont chacun leur culte, et. louant l Immortel... (S'-Ain.. II.

2. Cf. .ces adolescents Du malheur de ma prise entre eux s'esjouissants J. de Schel., Tyr et S.. 68, L0 ; lesdccretsdesasouveraineProvidence....tendantsau hien étemel S . Chantai, Let.y CXXXI, 189); les bruits de ces choses se multiplians à l'infini/ Faivt. L'hon. //., 109 : Si durant tant (F effets à mon hien s'opposanls. .le n'ai pas <!'un murmure accusé ta justice... Kscoute le sujet de mes soucis cuisans Mallc\ illc. /'«» 18 i : Les Centaures, es/ans instruits à monter les chevaux et à les manier, ai/ans quelque différend avec les Lapithes (Ver. des l-'ah.. I. I, 1. II. 7s); on la portera à Paris pour étrevérifiée étants tous assemblés La Rochef., III. 103 : estans estonnezdans le fond de ms consciences (Bnss.. Ponté et Rig.de Dieu. L 653, cité dans L'Introd. de l'abbé Lébareq, XL1X) ; Aujourd'hui estans pleins du Saint Esprit Id., Penfoodfe, exorde, l' n'-.i.. cité ib.).

clément et fidelle (Id., *7).,104). Madame de Sévigné écrit encore : je vous trouve si pleine de re flexions, si stoïcienne, si méprisante les choses de ce monde (VI, 336). C'est un effet de style.

Avec des verbes intransitifs, l'accord a lieu assez souvent dans le commencement du siècle : Elle étoit jusqu'au nombril Sur les ondes paroissante (Malh., I, 316, v. 1) ; il en est de mesmes es grandes adversitez, lesquelles advenantes (Camus, Divers., t. I, 26 v°); des grandes fortunes, lesquelles survenantes (Id., ib.) ; la timidité provenante de leur foiblesse (Id., Iphigène, I, 433) >.

On se rappelle l'exemple classique : Pleurante après son char voulez-vous qu on mevoie? (Rac, II, i01,Andr., 1329 ; cf.: la veuve d'Hector pleurante a vos genoux (Fb., p. 83, v. 860). On a soutenu qu'ici le poète avait usé de l'adjectif verbal. C'est probablement exact, quoique ces exemples de Racine ne soient pas isolés 2.

Voici quelques « adjectifs verbaux » remarquables : Si vous estiez charitable et considérante, vous me plaindriez (Costar, Let., II, 135); ton espargne est toujours pléne et regorgeante [Let. de Phyll., IIe part., 456) ; Vénus à Zénophile apprit V art des carresses, Ces refus convians, ces trompeuses tendresses, Qui font languir délicieusement (La Mesnard.,Po., 338) ; l'endroit ou il est situé... est le plus passant de Paris (Sorel, Polyand., 11,171). Scarron s'y est amusé: Sçais-tu que Messieurs mes Parens Sont de manière assassinante, Sont gens d'une liumeur peu souffrante (Dern. œuv., I, 247).

EN ET LE gérondif. — En même temps que Y « adjectif verbal » tend à se distinguer du participe, celui-ci se dégage du gérondif, lequel ne pouvant plus se caractériser par l'invariabilité, se caractérise par la présence de en. Toutefois, « les gérondifs prennent cette marque devant eux, quand ils veulent, et le plus souvent ils ne la prennent point » (Vaug., I, 315). Les gérondifs

1. Cf. Le divin Sauveur... nous fasse participantes des mérites et yràcesde sa sainte vie et douloureuse passion (Sr Chantai, Let. ,CCXXXV, 3i2) ; si je ne peux dire être un jour sans quelque incommodité, et que je me voie depuis quelque temps fort vacillante à la santé, ce sont toutefois des incommodités plus traînantes et provenantes de Vàge que douloureuses (Ead., ûb.,CCXLVI,356);Ja gelée venante, vous mettrez vos Bacquets dans la cave (Jard. fr., 150) ; je me suis retirée Brûlante de vous voir et de vous réjouir (Rotr., Agés., IV, 1); Ainsi vous quitteriez Alcippe pour un autre Dont vous verriez l'humeur rapportante à la vôtre (Corn., Ment., 4il-2. Texte de 1644. En 16 48, il écrit rapportant ; en 1660, il change le vers); trois pintes de bon miel qui soit de couleur tirante sur le Tanné (Dél. de la Camp., 95).

2. Qu'est-ce que pouvoient faire dans une compagnie composée de plus de deux cents officiers, et agissante avec trois autres compagnies (Retz, II, 57) ; l'animosité des peuples augmentant et les délibérations du Parlement continuantes, il feroit semblant de s'affaiblir (Id., II, 79); Mme de Fruges que vous voyez traînante dans les cabinets, sous le nom de vieille femme, en fut un autre (Id., I, 108-109).

sans en sont communs. Fais meurir seulement les fruicts de mon attente, Espousant un Berger qui te rendra contente (Mairet, Sylv., 69 v. 847) i.

L'emploi de en une fois régularisé, au lieu d'avoir, comme au xvie siècle :

1° Un gérondif : (en) tombant, elle s'est blessée,

2° Un participe tombans (qqf. tombantes) sur l'ennemi à l'im-

variable en nombre: pourvue, ces compagnies achevèrent sa

déroute, 3° Un adjectif : une lèvre tombante,

on aura :

1° Un gérondif avec en: en tombant, elle s'est blessée,

2° Un participe invariable : tombant sur l'ennemi, ces compagnies ache-

vèrentsa déroute, 3° Un adjectif variable : une lèvre tombante.

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